‹ La première rideChapitre 16 sur 22 · SCÈNE XÎIl · texte numérisé non relu

SCÈNE XÎIl

Les Mêmes, M"' SA VIGNY.

BIUAVLT, à part.

Madame Savigny !

M"" SAVIGNY, ;i pari.

A mon tour, à présent.

(Elle regarde (pielques instans Bidault, qui affecte un air distrait , et Léon et Antonine. (|ui causent ensem])Ie sans l'apercevoir.)

— ;Vl -

BIDAULT, tredoniiaïU.* Hem î hem !

M"" SAVIGNY, à elle-même , en riant.

M. Bidault a un air de triomplie !.. (Haut.) Eh bien ! messieurs... ma nièce est ici depuis ce malin , et personne encore ne lui a offert de visiter les environs... elle n'est pas même descendue au jardin, je crois... Vous ne savez donc pas quel besoin d'air et de liberté a lUie pauvre recluse qui vient de passer une année entière entre quatre murs !

ANTOMNE.

Ah ! ma tante, ces messiem-s ont projeté une promenade charmante, au contraire. ]Nous allons visiter un parc magniflque. (indiquant Léon.) Monsieur a eu la complaisance d'aller chercher, pour vous , des billets...

M"* SAVIGNY

Qu'il apporte ?.. Vraiment? c'est avoir doublé mon plaisir que de les avoir eus aujourd'hui... Je ne sais comment vous remercier, M. Léon , car chaque jour je dois quelque chose de plus à votre obligeance.**

BIDAULT

Elle est radieuse , à présent.

W"' SAVIGNY

J'avoue que cette promenade , à laquelle je ne m'attendais pas...

ANTONINE

Vous cause autant de joie qu'à moi ?

M"" SAVIGNY

Oui.

BIDAULT

Malgré la fatigue qu'elle promet?

Vous la craignez ?

BIDAULT

Moi! (A part.) Diable! cette figure-là lui va beaucoup mieuv que l'autre.

M"" SAVIGNY

Comment, Antonine? tu savais cela et tu n'es pas venue me prévenir ?

ANTONINE

Ma tante , monsieur ne fait que d'arriver... et puis... j'ai été retenue par M. Bidault.

M°" SAVIGNY

Qu'une partie de campagne ne trouve jamais bien empressé... quoiqu'il aime la promenade... mais la promenade solitaire... à midi... sur la grande route. (Elle rit et va s'asseoir à gauche.)

■ Bidault, M"" Savignj , Aiiloiiinc . Léon. ■• M"« SaTignv, Léon , Anloninc , Bidauli.

LÉON, bas en souriant.

Celle de ce matin avait sans doute un but que nous ne devinons pas.

M°" SAVIGNY, de même.

Je le cojuiais.

LÉON, de même.

Oh ! non.

M"" SAVIGNY

Si... qu'en dit ma nièce?

Comment? vous savez?

M""* SAVIGNY, riant aux éclats.

Ah! ah! ah!

ANTONINE, lias à Bidault.

Comme ma tante est gaie!

«lUAULT, de même à Anlonine.

Oui , il lui a pris tout-à-coup un redoublement de bonne humeur.

LÉON, à M™* Savigny.

Vous trouvez, comme moi, que ce projet était...

M""" SAVIGNY

Extravagant. (Haut.) J'ai envie de mettre pour notre promenade ce chapeau que l'on m'a envoyé hier...

LÉON

Et qui VOUS sied si bien ?

ANTONINE, bas à Bidault.

Je ne sais pas si vous l'avez remaïqué ; mais ma tante est charmante.

BIDAULT , de même.

Oui... elle rajeunit... cela arrive assez mal à propos.

M"' SAVIGNY, riant aux éclats.

Ah ! ah ! ah !

LÉON

Qu'avez-vous?

^,me SAVIGNY.

Rien... ce cher M. Bidault... vous ne savez pas à quel point je le tourmente en ce moment... Ah ! ah ! ah î

BIDAULT, à part.

Encore!., je n'ai jamais vu... on dirait qu'elle se moque de moi.

ANTONINE , à Bidault.

Si nous n'y prenons garde , ma tante se perdra. M. Léon n'est occupé que d'elle...

BIDAULT, à Antonine.

Il faut attirer son attention.

ANTONINE

Comment?

BIDAULT

i\Iettez-vous au piano.

LÉON

Cette gaîté vous va h merveille, Madame.

M"" SAVIGNY

C'est que jamais je ne me suis sentie plus heureuse qu'en ce moment.

LÉON

En vérité ? et ce bonheur vous le trouvez. . .

M°" SAVIGXY.

Dans tout ce qui m'entoure... dans notre petite causerie à voix basse... (Antonine joue quelques préludes.) Jusque dans la figure contrariée de M. Bidault... qui n'est pas aussi plaisante pour vous que pom- moi , je vous l'assure.

BIDAULT, à Antonine, en voyant que Léon et M""' Savigny continuent de causer.

Plus fort.

LÉON

Je crois qu'il commence cà s'apercevoir que ses projets...

M"^ SAVIGNY

Ne réussiront qu'autant que je le voudrai bien.. .je le crois aussi.

BIDAULT

Joli talent!

M""' SAVIGNY

Vous disiez donc que cette gaîté...

BIDAULT, basa Antonine.

Plus fort! (Haut.) Joli talent!., n'est-ce pas? ah! délicieux!

M"" SAVIGNY

Plaît-il? vous trouvez? sincèrement? j'en suis charmée... car je compte sur lui pour embellir mes soirées cet hiver.

BIDAULT, à part.

Enfin, il porte son attention de ce côté. (Bas à Antonine.) Ne quittez pas le piano.

M"* SAVIGNY, se levant.

Je m'étonne, M. Léon , qu'organisé comme vous l'êtes, la musique VOUS laisse plus froid que les autres arts.

LÉON

Permettez...

M"* SAVIGNY

Convenez-en.

ANTONINE , à part en se levant.

C'est agréable.

• M"" Sayl;;iiy. Lénii, Bidault, Auloni.ie.

M"" SAVIGNY

Oui, ma (iière amie, je le prépare des triomphes; et quant à mes bals...

ANTOM>E.

Nous aurons des bals !

LÉON

Vraiment?

A>'T0M>E, bas à Bidault.

Il paraît les aimer.

BIDAULT, de même.

Beaucoup. (Anloniiie joue un commencement de galop. — Haut.) Ah ! voilà une attention dont vous devez savoir un gré infini à Madame votre tante. Mademoiselle... car elle ne danse pas,

M°" SAVIGW.

Rarement du moins.

BIDAULT

Si rarement.... que.... je ne me souviens pas....

^]"" SAVIGÎSV.

Vous n'avez pas de mémoire aujourd'hui , M. Bidault.

BIDAULT

Permettez.... vous m'avez dit cent fois que vous trouviez la contredanse d'une monotonie....

Mais la walse ? (Antonine en commence une.)

M""* SAVIGNY

Oui... la walse... c'est tout autre chose. LÉON , écoulant.

Celle-ci, par exemple.

M°" SAVIGNY

Je la connais... je l'ai déjà entendue...

LÉON

L'hiver dernier... au bal.

BIDAULT, bas à Antonine.

Chut ! assez !

M"* SAVIGNY

Chez le banquier Derville... (Antonine s'arrête.) En effet, je crois me rappeler...

LÉON

Oh! je ne me trompe pas. J'arrivais... l'orchestic jouait précisément cet air...

M"' SAVIGNY

Redis-le donc, Antonine.

* Léon, MniL' Savigny, Biilatilt, Anlunine. "Léon, Mme Saïignj- Antonine, Bidaull

LEOX.

Vous vvalsiez...

M"'" SAVIGNY

Rcdis-le,.. puisque je t'en prie.

Tous les yeux étaient fixés sur vous...

M°' SAVIGNY, écoutant.

Oui... oui... c'est bien cela... ce motif me revient en mémoire à présent... il me semble que j'entends encore rorchestre... que je me sens emportée par ce tourbillon...

BIDAULT, à part.

Ah! mon Dieu! est-ce qu'elle va danser?

M"' SAVIGINY.

Car si la contredanse fatigue, la walse entraine, enivre... et dès qu'un seul accord a frappé mon oreille...

15IDAILT.

Ah! mon Dieu!.. Madame, est-ce que vous songeriez....

M°"SAVIG>Y, riant.

Ah! ah! ah! quelle bonne folie ce serait... convenez-en... ici... en plein jour... mais ne m'en défiez pas!

lUUAULT.

Comment donc?..

M""' SAVIGNY

Vous m'en défiez?... Antonine !... cette walse!...

ANTOMNE.

Mais, ma tante....

M"" SAVIGNY

Tu parais l'aimer ?.. tu l'as choisie !.. et je t'en prie d'aillem's... pour moi... pom- M. Bidault qui serait bien aise de me voir tenir la gageure... (Riant.) Ah! ah! je suis plus folle que vous ne pensez. BIDAVLT, passant entre M""* Savigny et Antonine.

Madame , voulez-vous au moins me faire l'honneur de m'accepter...

M""* SAVIGNY

Pour cavalier?., oh! non! je ne vous trouve pas assez gai pour cela. Allons! le signal Antonine!

ANTONINE, à part.

Oh ! mes mains tremblent d'impatience.

BIDAULT, de même.

Tout va de travers. C'est un fait exprès.

UN DOMESTIQUE , entrant.

Madame, les chevaux sont arrivés.

M"^ SAVIGNY

Les chevaux !

BIDAULT, à part.

Ah ! je vais prendre ma revanche.

Qui les a demandés?

Mais... t'est moi.

Ah!

'"' SAVIG.NY.

BIDAULT

■"■^ S.WIGNV.

BIDAULT

Oui... c'est une petite surprise que je vous ai ménagée. Je sais que M. Léon est passionné pour l'équitation , ainsi que vous , Madame ; que M"" Antonine serait bien aise de son côté de faire une promenade à cheval, et j'ai cru être agréable à tout le monde, en envoyant chercher...

M""' SAV1G.>Y

Vraiment?..

BIDAULT

Oui... c'est une attention...

M""* SAVIGM.

Vous n'avez jamais que de bonnes idées. Et vous monterez avec nous?., c'est juste... pour tenir compagnie à Antonine qui n'a pas l'habitude non plus...

BIDAULT, à part.

Qu'est-ce qu'elle dit ?

M""' SAVIG.W.

Pour moi , j'aime une course vive , emportée , rapide. M. Léon est excellent cavalier; il jugera si je peux le suivre. A>TOM>E, à part.

Je ne reconnais plus ma tante.

jjnic SAVIG.W.

Notre promenade, grâce à vous, aura un autre caractère, mais je m'y promets autant de plaisir. Antonine, tu trouveras une amazone ici... M. Bidault, je vous la confie... le rendez-vous au château du baron d'Olbray... A cheval, Messieurs.

ENSEMBLE

An Hu r.licval du Brasseur.

m"* savigny.

Hâtons-nous ; car d'impatience .Je sens mon cœur battre vraiment.

Pour faire briller ma science , Je ne veux pas perdre un moment.

BIDAULT

Ah! quel feu ! quelle iuipaliencc!

Je ne la comprends plus vraiment : Sans nous attendre elle s'élance Et craint de perdre un seul moment.

Eh! bien?

Je suis anéanti.

Elle part !

LÉON

Ail! quel feu! quelle impatience 1 Elle est charmante maintenant :

Pour mériter sa confiance ,Ie ne veux pas perdre un instant.

ANTOMNE.

Ah! quel feu! quelle impatience!

Je ne la comprends plus vraiment.

Sans nous attendre elle s'élance.

Et craint de perdre un seul moment.

SCÈISE XIV.

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