SCÈNE IL
Les MÊMES, M""^ SAVIGNY.*
M°" SAVIGÎNY.
Vous ici , messieurs ! ces domestiques sont d'une étoiu-derie ! je n'ai pas été prévenue de votre visite.
BIDAULT , à part.
Bon prétexte pour ne pas se montrer en négligé.
LÉON
C'est moi qu'il faut gronder , madame ; j'ai défendu que l'on vous dérangeât.
BIDAULT
Je ne vous demande pas des nouvelles de votre santé ; votre visage frais et riant répond d'avance à mes questions.
M"' SAVIGNY
Eh bien ! mon visage vous trompe , mon cher monsiem' Bidault. J'ai passé une très mauvaise nuit ; et vous me voyez rêveuse et préoccupée.
BIDAULT
En vérité !
M"* SAVIGNY
Oui... ce n'est pas sans motif, je vous en fais juge: veuve et maîti'essede mes actions, ma vie jusqu'ici n'a été troublée par aucun soin , aucune inquiétude. Ma position change aujourd'hui : je vais avoir une surveillance à exercer , des devoirs à remplir ; en luimot, je me charge d'une responsabilité bien capable d'effrayer mon indépendance.
BIDAULT
Comment cela, madame?
M""* SAVIGNY
L'éducation de ma nièce est terminée ; je ne puis plus longtemps laisser cet enfant en pension.
■ Lcoii, M'»'Sa>ipnj' , B'iilai;!!.
BIDAtLT.
Ce serait ui» meiirtie... et... vous avez résola de l'appeler auprès de vous?
M°" SAVIGNY
Oui.
Bientôt?
M""* SAVIGNY
Je l'attends.
BIDAULT, avec transporl.
Vous l'attendez , madame ? sous peu de jours?
M"' SAVIGNY
Aujoui'd'hui même.
Aujoiud'hui!..
A midi.
En vérité !
BIDAULT
M°" SAVIGNY
BIDAULT
M"" SAVIGNY
Qu'avez-vous donc?
BIDAULT , regardant sa montre.
Rien... Mais s'il en est ainsi, elle est en route... elle est près d'icL.. elle va arriver.
M""' SAVIGNY
Sans doute. Eh bien ?
BIDAULT
Rien... (a lui-même.) Elle va arriver!
M"*' SAVIGNY
Mais , mon Dieu ! qu'y a-t-il donc là de si surprenant ?
Rien... vous comprenez? je l'ai vue si petite! la joie... le plaisir... (A lui-m^me.) Elle va arriver !.. (Haut.) Je ne peux pas tenir en place.
M°" SAVIGNY
Comment? vous nous quittez?
BIDAULT
Moi ? du tout... non... je vais au-devant d'elle.
M"' SAVIGNY
Attendez...
BIDAULT
Certainement... (Regardant sa montre.) Midi moins un quart... je
sors.
M°" SAVIGNY
Vous n'y pensez pas : en plein soleil? iwr la chaleur qu'il fait?
BIDAULT
Je suis bien couvert... pardon... au revoir.
ENSEMBLE
Ain : Allons, Marie, à ta tollotlc.
BIDAULT
rardon; mais je ne puis vous dire Pourquoi je sors si brusquement :
Oui : c'est une fièvre , un délire...
Ah ! pour moi quel iieureux moment !
Malgré tout ce qu'on peut vous dire Nous quitter aussi brusquement !
C'est donc une fièvre, un délire?
Attendez encore un moment.
LÉON
Malgré tout ce qu'on peut lui dire , Ils va nous quitter brusquement.
C'est une fièvre , un vrai délire :
Il craindrait de perdre un moment,
BIDAULT, à part.
Sans tarder, de ma main Je vais lui présenter l'hommage :
Il n'est plus permis à mon âge , De rien remettre au lendemain.
REPRISE DE l'ensemble.