‹ La première rideChapitre 4 sur 22 · M-"^ SAVIGNY, LÉON · texte numérisé non relu

M-"^ SAVIGNY, LÉON

M"* SAVIGNY, riant.

Comprenez-vous quelque chose à l'empressement de M. Bidault?

LÉON

Mais vous-même , Madame , n'êtes-vous pas au fait de ses espérances ?

M"' SAVIGNY, souriant.

Oh î parfaitement ; quoiqu'il se soit renfermé dans un silence absolu depuis que vous... depuis quelque temps.

LÉON

Il cherche à gagner les bonnes grâces de mademoiselle votre nièce et c'est tout simple.

Je crois qu'il ferait mieux d'abord de s'assurer des miennes.

LÉON

Je suis loin de le nier ; mais enfln , si elle ne repoussait pas

complètemcDl ses espérances ; si même elle se prononçaii en favem...

M""* SAVIGNY, liant.

De ^]. Bidault ? au fait je n'y songeais pas. Voilà pour lui un redoutable auxiliaire , dont rinfluence agirait puissamment sm- ma volonté! une enfant qui sort de pension ! Voyez quel bel appui il amait été se créer là ! Comme son avis me déterminerait ! sérieusement, vous ne le craign... vous ne le croyez pas. D'ailleurs, quel intérêt ma nièce peut-elle prendre à ses projets , à son amour? Antonine a dix-huit ans , et à cet âge , une jeune fille est trop occupée de son avenir pour s'inquiéter de celui des autres. Non : je puis vous assiuer qu'elle ne tiendra pas à me donner un mari de sa main , et que je resterai parfaitenient maîtresse de mes actions.

LÉON

Pardon, Madame... il me semble que nous ne nous entendons pas.

M""' SAVIGNY

Tenez : laissons là ma nièce et sa recommandation ; M. Bidault, ses espérances et sa folie. (Après un instant de réflexion.) Je dis sa folie... n'ai-je pas tort? au fond, cela est, peut-être, très raisonnable, et je devrais traiter moins légèrement un projet qui chez lui est sérieux, je crois.

LÉON

Mais qui, pour vous. Madame, n'aurait jamais pu le devenir. D'ailleius, s'il faut vous l'avouer, M. Bidault...

M"* SAVIGNY

Eh bien?

LÉON , à part. C'est toujours désagréable à apprendre à une femme.

M"' SAVIGNY

Je sais ce que vous allez me dire : M. Bidault a quelques petits travers, n'est-ce pas, que vous avez remarqués? mais c'est un homme d'un esprit droit, d'un commerce agréable et de telles qualités sont une garantie de bonheur.

LÉON , timidement.

Peut-être... mais, après tout, ces garanties ne peuvent-elles se rencontrer ailleurs ? croyez-vous que ce soit risquer son avenir que de le confier à l'amour le plus profond , le plus sincère ?

M"' SAVIGNY

Non... si cet amour est durable ; mais qui peut en répondre?

LÉON

Celui qui serait assez hem-eux pom* vous plaire et dont la main...

M™* SAVIGNY, l'interrompant avec émotion. M. Léon!., cette affaire pour laquelle je vous avais demandé votre avis?

LÉO.?

Imperdable, niadamc.

M""^ S.VVIG.\Y.

C'est beaucoup dire... Eh bien! tenez, quelque cliauceuse que soit l'issue d'un procès , je vous crois moins exposé à vous tromper dans cette question-ci que dans l'autre.

LÉON

C'est que vous ignorez, madame, combien est profond et vrai le sentiment qui m'inspire.

M""" SAVIGNY, avec un peu de dignité.

Non... je crois à la sincérité de votre amitié... (Un peu tendrement.) J'y crois, M. Léon.

LÉON

S'il était vrai, je...

M°' SAVIG.NY.

Et , dites-moi , pourrais-je compter dans cette affaire sur l'appui de votre talent?., je n'oublierai jamais l'effet produit pai- votre premier plaidoyer... Un si beau triomphe obtenu si jeune ! à....

LÉON

Vingt-quatre ans.

M""* SAVIGNY

Voyez... (A elle-même.) Quelle folie !.. quelle folie!., c'est impossible. (Haut.) Vous voudrez bien vous charger de ma cause ? (A part.) Et pourtant il m'aime... je n'en puis douter... mais n'est-il pas dupe de ses sentimens et plus taid... Allons, le voilà tout triste, à présent. (Haut.) M. Léon, je n'ai pas oublié ce que vous m'avez dit... J'y penserai.

LÉON

Ah ! madame... cette seule espérance...

M°" SAVIGNY

Chut ! quelqu'un.

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