‹ La première tentation de Saint AntoineChapitre 50 sur 81 · LE FAUX ANTOINE · texte numérisé non relu

LE FAUX ANTOINE

Si j'entrais?...

LAMPITO

ïu buvais du Mendès dans les coupes carchésiennes. Tu t'asseyais sur les genoux des grands, et chacun, te prenant par la taille, voulait que tu

iMn:\iii i;i': m'Iimon 12:<

dises (jii(»Iquo clios»'. — Le- pli i lnv(i|.|i('^ écliîUiUcs (lisstM"lai(Mit sur lo IJoaii, Ic^ [M'iiilr»-^, avo«" <!•' ^ramls «;<'sl('s, s\''l)alnssairnl de Ion piijlil, et lo poêles, [)àlissaiil, se seiilaieiil rrissoniier sous leurs liniitjues.

Ce ne sont pas des Harbîues ([ui peiivenl ikjii plus l'ap|)laudir, loi'S([ue lu t'allonges conmie un nageur sur l'épigonion aux (juarante cordes d'or, ou quand, sous rarcliet d'ivoire, rontle ta rilliare creuse, et que la bouclie aux doux accents s'ouvre pour les mélodies de la Muse. 0 Démonassa, loi qui as les sourcils courbes comme l'arc d'x\poIlon ol dont le visage est beau comme la mer tran(|uille, lu n'auras plus les longues Tbesmopliories se déroulant avec des cbonirs sur le cbemin d'Kleusis, ni le lb(5àlre de Baccbus qui glapit de la voix des mimes, ni le port, où l'on se promène, les soirs I...

LA UOUUTISANE

Mais, Lampito, quelqu'un frappe à la porte!

LAMPITO

Non, maîtresse!... c'est l'auvent qui bat contre le mur.

LE FAUX ANTOINE, tenant le marteau.

Mes genoux tremblent, je n'oserai.

LA COURTISANE, se promenant sous les colonnes la tête basse, les bras pendants.

Hélas ! hélas ! il faut partir ! . . . Adieu les longues causeries de l'atelier avec les bons sculpteurs, au bruit des ciseaux de 'fer qui sonnaient sur les marbres de Paros. Le maître, nu bras, pétrissait la brune argile. Du haut de l'escabeau, où je posais debout, je voyais son vaste front se plisser d'inquiétude. Il cherchait sur mon corps la forme conçue, — et il s'épouvantait en l'y découvrant tout à coup plus splendide même que l'idéal, et moi, je riais à voir l'art se désespérer, à cause du dessin de ma rotule et des fossettes de mon

dos.

Le faux Antoine pousse la porte.

LAMPITO, se jetant sur Démonassa.

Maîtresse ! maîtresse ! c'est l'étranger qui m'avait dit de n'en rien dire !...

Tout disparaît.

ANTOINE se relève.

Oii étais-je donc?... dans une rue d'Athènes?... Je n'y ai jamais été cependant!... IN'importe! je sais sûr que les choses s'y trouvent ainsi.

D'où vient que j'y pense encore?... Cela est mal! Mais pourquoi?... Le moindre de mes désirs est tellement clos d'obstacles, que j'y peux circuler tout

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à nmii jiiso, sans aiicnin' crainlc «If |n''iil. Si iiirnie jo n'élais venu dans la solitude ([iiaprc'^s rexercice (les passions, Inii- rùvo niainteniinl ne nie lonrmontcrait pas... pont-ùlre. .le connailrais los caiTssos qni (himnonl... le chm-nic dos aiïoctions nijuidites... les lérocilés du plai>ir...

Il se frappe le front.

Ah I encore ! encore ! où ma pensée court-elle? Je finis par perdre loule possession de nioi-môme, tant elle se trouve dilVuse et rép.niduo.

Il se croise les bras et soupire.

Autrefois |)(uirtant j'étais calme, je vivais dans la simplicité de ma foi, el, chaque matin, quand je m'éveillais, je sentais mon àme s'épanouir sous le regard de Dieu, comme une prairie couverte de rosée qui fume au soleil 1... — Oui, autrefois I au commencement... je venais de quitter la maison...

LE COCHON

J'ai souvenir d une basse-cour, entre ([ualie murs, avec une mare bourbeuse, un large fumier gras et une auge de bois neuf, toujours pleine de son. Je dormais à l'ombre, le groin posé sur des tétines roses, et j'avais continuellement dans la gorge le goiit du lait.

ANTOINE

Qui l'habile maintenant, la maison paternelle .\.. Oh ! comme ma mère pleurait, (juand je suis

parti!... Pense-l-elle à moi toujours?... Vit-elle encore?... ElJe doit être bien vieille... bien vieille!...

Et, clignant des yeux vers l'horizon, il aperçoit tout au loin, au milieu des sables, de petites cabanes en terre grise sous un bouquet de palmiers dont les rameaux se balancent. Des chiens se traînent sur les seuils déserts, un troupeau de buffles passe et même il distingue, dans les palissades de roseau sec, des poules picorant du blé, sous le ventre des ânes.

Mais UNE VIEILLE FEMME, qui file au fuseau, sort de sa maison en regardant d'un air inquiet. — Elle est toute courbée, ridée, maigre, couverte de haillons, et, de temps à autre, pour essuyer ses paupières rouges, elle prend à pleines mains les longs cheveux qui lui pendent sur les épaules, plus blancs et pêle-mêle que le lin de sa quenouille, et elle murmure :

Les publicains ont tout enlevé!... Je suis malade... Je vais mourir... Où est-il donc?

ANTOINE

Me voilàj mère ! c'est moi ! c'est moi ! je reviens !

Et, courant les bras étendus, il se heurte contre la roche et s'}' ensanglante le visage. — Il regarde autour de lui. La lampe brûle, le cochon sommeille, les bribes des paniers, par terre, se soulèvent au vent.

11 pleure.

Ah! je suis blessé !... je soutTre I... Je n'ai pourtant jamais fait de mal à personne, moi ! D'où vient tout cela ? pourquoi donc ?

Silence. Il reprend :

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Il laiidrail... (|iic je puisse lixL»r mon atlonli(Jii ^iir (|Uol(iue clioso (riiiéluanlaMe ol cprollo n'en l»uiii;(*àt pas; — inai> >iir (juoi .\.. Ali! si j'rssa\ :ii< (le lire celle vieille BiLle ([ue i'erniilc l'aul, eu mourant, m'a donnée !

11 va dans sa cabane, en rapporte un livre, s'asseoit sur le banc, feuillette tout au hasard, puis il lit :

«... après s'être consolé île cette perte, alla à riiamnas avec Iliras d'Odolla, le pasteur de ses troupeaux... •>

Ah!... cela me fait du l»ien...ma tête se dégage !

« ... pour voir ceux (jui tondaient ses brebis... »

lu bi'lement part de l'horizon.

C'est comme si j'y élais... et même il me semble {|u'au loin...

Une lueur ardente poudroie dans {atmosphère ; les terraius se haussent, et le sable tout doucement disparaît sous l'herbe.

(( Thamar ayant été avertie que Judas, son beau-père, allait à Thamnas... »

De grandes monlaj^nes découpent dan-- un ciel violet leurs pics bleus e-^calopés. 11 y a des tentes sur les collines, avec des troupeaux île moutons noirs. On entend crier des pasteurs; les clochettes tintent.

Et, continuant à lire. Antoine voit eu face de lui deux chemius qui s entre-croisent.

Une femme vient s'asseoir au bord. Ses prunelles brillent dans la fente de son voile blanc t[ui lui passe

à plusieurs tours sur le visage, et écarte de sa tête ses gros anneaux d'or, en soulevant le bout de ses oreilles, La brise colle contre son ventre sa robe d'été qui s'agite derrière elle, en claquant à Fair, comme un drapeau.

Un pasteur s'avance vêtu d'un manteau jaune attaché autour de son front par un cercle dairain. Il porte un bâton recourbé et marche gravement dans des sandales en peau de bouc.

11 s'approche, — ils sont face à face, — ils se parlent bas. L'homme retire de son doigt une bague d'argent, de sa tête le cercle d'airain, dépose son bâton, et LA FEMME passe la bague à son doigt, le cercle à son bras, prend le bâton et dit :

Tout de suite !... là!...

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