I W M'.IC.K
\'<'ii\-lii ilc^ l;is il ni", (les j>al;ii«^, t\i-^ |itnp|('s cl ih'S iiavirrs ;i voiles de |K»iir|trr, «l»'-^ l-aiii-^ <li' jaspe?... Tu le loiih'ras sur les inoiiccaiix d'ai-Lieul lOinnie >ni- de la hi/eine coupée, el lu eiilen<lius, au relenlissenienl du lui'dal, sonner dans luii «niir loule^ le< corrupli<in>> el les puissances.
A MOI m:
Non! non! j'aime mieux le i-elenlisscmcnl de mon ( liap(det, le bois de mon crucilix cl la terre dure de ma cabane!
L'ENVIE
Tout ce que tu n'as pu alteindre, je le ravalerai pour la satisfaction î Tu verras les doclesconfondus, b^s grands abaissés, les riches appauvri^, el b^s belles femmes dédaigneuses que tu cou voilais, pleurant sous la lanlerne d'un lupanar, avec des matelots et des cban'ctiers ([ui b'ur cracheronl à la ligure.
l..\ l'AllKSSK
Enfoui sous le sommeil, plonge-toi dans les In-aliludes de linaclion! l'a pensée, comme un
vautour bors dludeine, ira i\(^ plus m plus rétré-
242 LA TEiNTATION DE SAIXT ANTOINE
cissant son vol, pour s'abattre sur la terre. Tu savoureras Tim mobilité du néant dans le bonheur de vivre, et tu arriveras à n'être plus qu'une sorte de palpitation, et comme une plante humaine.
LA SCIENCE, triomphante.
Je t'apprendrai la place où des soleils apparaîtront, et la caverne, au bord des flots, où pourrit la momie de Cléopâlre. Je ressusciterai les siècles, je t'ouvrirai la Terre ; tu comprendras la Nature et ITdée, le Bien et le Mal, et ton immense amour englobera, comme Téther, l'universalité multiple de la Création. Une soif du vrai, plus désintéressée que l'espoir du paradis, te poussera vers Dieu, et tu le sentiras grandir dans le développement de ta pensée, comme le firmament qui s'élargira sous l'envergure chaque jour plus vaste de ta contemplation.
L'ORGUEIL
11 faut que tu te regardes comme le centre du monde. Tu seras chaste et tu seras fort, tout impassible et intelligent comme le Seigneur luimême. Allons I lève la tête ! pose-toi en face de Dieu! dédaigne tout! Aucun triomphe ne vaut la joie d'en rire, et il y a quelque chose qui dépasse les sommets les plus iiauts, c'est de les mépriser parce qu'ils se trouvent trop bas ! Nourris égoïste-
riti:.Mii:uK \i:i;si()N 2i3
m<Mi( (•«' j)lai>ir r.iionclic ! j^imMc I.i |)laic î .nlorr-
WTnINE
,\o iii'ahaisstM'ai, Sci^iUMirl J<' courbi^rai dans la poussiôro mon Iront ri mon or^neil. ,]o veux mo lonir (levant loi conliiniolicmont, comme un liélirr sur Tantel, comme un hidocaustc (|ni fume.
Alors LK DIAItLE ccarte ilun geste tous les l'échés et, s'.ivan.ant courbé vers saint Antoine :
Oui! rcpousse-losi Elles sont vieilles et lu nas plus besoin crellcs pour venir à moi! Ne vois-tu pas ([uel (lesir «lu mal fait baleter les hommes à ma poursuite , depuis le commencemenl du monde? Mais nous nous touchons, — mainlenant je les ('^Ireins. Le souftle que j'exhale est l'atmosphère de leurs pensées, et moi qui les peidais par le corps, je les perds par l'esprit. In vertige nouveau pousse à l'abîme Ihumanilé rassasiée ! Kntends-tu les civilisations pourries cracjuer dans les ténèbres, comme des palais qui s'écroulent? Les Dieux sont morts, JJabel recommence ! Le Mal enfin triomphe, et, par toutes les voix, il entonne, dans l'immensité vaincue, l'bo^anna formidable de son apothéose!... Veux-hi ([u'il passe en toi?... Veux-lu h^ repaitie do sa beauté infinie?... Veux-lu devenir le Diable?
ANTOINE, priant.
Ah! miséricorde! miséricorde! Béni Ion nom! bénies tes œuvres et que bénie soit ta colère! Je ne cherche pas à te comprendre, mais à t'aimer ; je ne désire pas vivre, je ne veux pas mourir. 0 Sainte Vierge ! ô Jésus ! ô Saint-Esprit. Miséricorde! miséricorde!
Alors le ciel se déchire, et des nuages se repliant sur eux-mêmes largement., découvrent le soleil qui apparaît au milieu, — un immense soleil couleur d'or avec de grands rayons obliques et qui passent, entre les bouffissures des nuées, comme les cordons d un tabernacle entr ouvert. Il frappe en plein le visage de saint Antoine ; le Diable baisse la tête ; les Péchés, livides et tout en sueur, râlent d'épuisement.
LE COCHON, se réjouissant.
Ah! quel bon soleil! j'avais si peur dans la nuit !
LE DIABLE, d'une voix forte.
L'heure a sonné ! il nous faut partir !
La Mort remonte à cheval; les Péchés ont disparu.
ANTOINE lève les bras au ciel; les larmes coulent de ses yeux
il s'écrie :
Ah! merci! merci, Seisfneur!
PHK.MIKItK VKI\SIO\