‹ La première visite; comédie en un acteChapitre 5 sur 8 · CAM BROUILLE · texte numérisé non relu

CAM BROUILLE

Ben oui, quoi, la camoutle, c'est du français tout de même, enfin, la lampe si vous aimez mieux, donc vlà la lampe qui roule sur le parquet et llanque le feu aux rideaux. Pas le temps de faire ouf que la baraque commençait à flamber.

Me LAURENCE MOUILLETTE

Ah ! mon Dieu !

CHAMBROUILLE

Je me dis ça va s" voir, on va venir de toutes les directions et on aura des ennuis. Je cours donc à la cuisine avec mes deux idiots qu'étaient pas fiers et à nous trois on éteint l'incendie, f'uis, on veut s'cavaler, mais patatras, au détour du chemin sur qui qu' c'est-y que nous tombons ?

M' LAURENCE MOUILLETTE Est-ce ({ue je sais. moi. ^

CHAMBROUILLE

Sur la rousse.

La rousse.

M'' LAI RENCE MOUILLETTE

CHAMBROUILLE

Enfin, les cognes, les roussins, les flics. Ils me demandent un tas de choses qui les regardaient pas, me fichent de sales boniments, puis, à la fin des fins m'arrêtent.

Pourquoi ?

M" LAURENCE MOUILLETTE

CHAMBROUILLE

Pourquoi? Pour des bêtises... des petits machins de rien du tout... des objets (|ue j'avais mis dans mes poches pour les garer du feu... Ah ben, ils en ont lait des histoires pour ça... Et comment que j ai été traité.. Apache, cambrioleur, que sais-je encore. .lai bien essayé de leur expliquer l'incendie. Ah! ouiche. à l'audience on m'a fichu un an... Et vous trouvez que c'est pas à vous. dégoûter d'être délicat?

M'^ LAURENCE MOUILLETTE, convaincu.

Le fait est ({ue c'est beaucoup... Mais revenons à votre dossier. \'ous êtes, aujourd'hui, inculpé de vol. Vous auriez profité d'un moment d'inattention du sieur I^ougnasson, marchand d'habits, pour vous emparer d'un paletot et d'une paire de chaussures lui appartenant.

t'.HAMBKOUlLLK, auec ralliliide dcdtiigneiise d'un monsieur qui en a vu assez d'dulrcs pour mépriser celle inculpalion dérisoire.

Des blagues, toul ca. Tenez, j" vais vous raeonler ce (jui s'est passé. J'étais chez le père Bougnasson. je voulais lui vendre mon pardessus, histoire, a()rès, de lui en acheter un autre qu' aurait été pins douillet. V là (pu' c'te vieille fripouille veut m'en donner tout juste un larantqué ! Comment trouvezvous le bouillon '

U^ I,AURP:NGE mouillette, dont les yeux ronds expriment à quel poinl le mot « Utranlqué % (/(;/, en ftr(/ol, signifie « quarante sous u, lui est étranger et paraissant n'avoir pas d'opinion bien définie sur le « bouillon » dont il s'agit.

Heu ! ! !

ClIAMBROUILLE

^'ous parlez si je m"ai mis à tuber.

{Un temps pendant lequel jV« Laurence Muuillcltc regrette ie.vcellence de .son éducation et se demande, auec inquiétude, si son ignorance totale de la langue verte ne nuira pas irrémédiablement à son avenir.)

Me LAURENCE MOUILLl-lTTE Vous dites ?

CtL\MBRnUILLE, expliquant.

A crier, tjuoi 1 Là-dessus, voilà-l-il pas que c' sale marchand de puces s" fiche à m'enguirlander.

M" LAI'RENGE M0U1LL]':TTE Enguirlander ?

<;iL4MB0niLLE, même jeu.

A me traiter comme du poisson.

Mo LAURENCE MOUILLETTE Ah ! parfaitement.

GH.\Mi;ii()(TLLE

Moi, naturellement, je réponds ; dun mot en vient un autre ; puis à la fin des fins, comme j'aime pas les disputes :

« Puisque c'est comme ça, que j' lui fais avec dignité, je fiche le camp, mais ça n'emj)êchera pas de dire qu' c'est malheureux d' voir des vieux fourneaux aussi mal polis avec le pauvr' monde. » Ça lui en a bouché un coin. Sur ce, je prends mon chapeau, son pardessus et j' m'en vas!

Me LAURENCE MOUILLETTE Comment, son pardessus?

CHAMBROUILLE, avec simplicité et bonhomie.

Dame, je m'avais trompé; au lieu de prendre le mien, j'avais pris 1' sien.

Me LAURENCE MOUILLETTE, dogmatique.

L'erreur, cependant n'était guère possible ; le pardessus volé était presque neuf, tandis que le vôtre...

{Coup dd'il sur la mise lamentable de Chambrouille.)

CHAMBROUILLE, cherclumt une e.vcuse.

Jai la vue basse.

M'' LAURENCE M0U1LI>ETTE, sccpliqae.

Au point de ne pas vous apercevoir qu'il contenait un portefeuille avec deux cent cinquante francs?

CflAMBROUILLE, sans s'émouvoir.

Je n'ai pas compté.

M" LAURENCE MOUILLETTE Entin, vous auriez dû rapporter le tout.

CHAMBROUILLE

Plus souvent ! Il aurait été capable de me traiter de voleur. On aurait encore été injuste avec moi... Merci, ça suffisait comme ça. Moi je me connais, je ne suis pas méchant mais quand la moutarde me monte au nez, je suis capable de tout. Alors, dans l'intérêt du bonhomme comme pour moi, j'ai trouvé plus prudent de rester là où j'étais. J'suis pas un criminel, moi !

M-- LAUUENCK MUUILLCTTE

C'est sur sa phiinle cjne vous avez été arrêté. Cependant, vos dénégations énergiques avaient un instant troublé le juge d'instruction. Peut être devant l'absence de preuves eussiezvous bénélicié d'un non-lieu, si celte nialbeureuse dénonciation... vous vous souvenez, la lelti-e (|ui a été remise devant nous, et sur laquelle on vous a interrogé '. — n'était venue vous désigner, hélas ! formellement, comme le voleur du sieur Bougnasson. Devant l'évidence, vous avez avoué.

(^HAMBROUItXE, logique.

J'étais bien forcé.

Me LAUtiENGE MOUILLETTE

Dans ces conditions, je ne vois pas trop ce qui va nous restera plaider... L'indulgence?

GtlAMBRC)UILLE, qui rci/arde M'' Laurence Monillelle, avec une ironie où se mêle une bienveillance méprisante.

L'indulgence ! Comme ça prendra.

(Imitant Invocat à la tmrre.)

CllAMBROl'tLLl-:

«.Mon client, cet honnèlc travailleur sans place... depuis vingt ans ! »

Ils sont tout de même plus malins que ça... L'indulgence !

M-' LAURENCE MOUILLETTE Pas l'indulgence?... Mais alors?

ÔHAMBROUILLE, avec la décision d'un général en clxef réglant un plan de bataille.

D'abord, ce qu'il faut, c'est gagner du temps.

Me LAURENT MOUILLETTE, débordé.

Vous croyez... Je pourrais demander une remise.

GHAMBROUILLE

Une remise?... Mauvais.

lî __

M" r.Al ItENGK MOUrLLRTTK Alors, quoi i

CHAiMBROUILLE

La nullité de l'instruction.

M" LA.URENGK MOUILLETTE, très enniujé, car, s'il est de première force sur le droit lomain et le droit constitutionnel, il n'a que des idées approximatives sur ce qui pourrait motiver la nullité de la procédure.

Mon Dieu... oui .. Mais...

GHAMRROriLLR, pour le mettre sur la voie. ,

La lettre.

M-^ LAURENCE MOUILLETTE Quelle lettre ?

CHAMBROUILLE

Voyons, vous venez d'y faire allusion y a pas deux minutes... la lettre quon a apportée quand vous étiez chez le juge d'instruction.

M'' LAURENCE MOUtt.LETTE, ci qui tout cela ne dit rien, nmis qui feint de comprendre

Ah ! oui.

CHAMBROUILLE

On m'a interrogé dessus, vous vous en souvenez? Le juge m'a posé un tas de questions.

Me LAURENCE MOUILLETTl- Oui. (7/ réfléchit. Un temps. Avec ingénuité.) Après.

CHAMBROUILLE

Après !' Eh bien, il n'avait pas le droit. La lettre n'était pas au dossier, elle n'a pas été communicjuée avant l'interrogatoire à la défense, loi de 97... {Se ^roltant les mains.) Vous allez voir. (Appréciant.) Avec ça, on va bien gagner — oh ! oui - un bon mois! Comme je vais aller chercher dans les... (Interrogeant du regard M'^ Laurence Mouillette qui na aucune idée du <i tarif », puisqu'il na pas encore plaidé.) Deux mois? Trois? Mettons quatre.

Avec lui peu de veine, j'nrriver;\i, gnice à celle millilé, à l:iire toul mon lemps en prévention.

M' LAr'REXGE MOUIl-LETTK, un peu gcnc, an peu confus, mais ne poannn! dissimuler reslime qu'il ressent pour une telle compétence.

On voil bien qne ce nest pas la première lois (jue vous venez ici, car vous connaissez votre Code...

CHAMBROUIIJ.E, avec un sourire ironique.

(>omme un avocat.

M- LAURENCE MOUILLETTE, tousse embarrasse.

Hum ! hum !

CHAMBROUILLE, modeste.

Ah dame ! à la longue ! Tenez, une fois, un soir, on m'arrête, « Mon vieux Julol, que je m'dis, pas vu, pas pris ; pris rousti ; l'y coupes pas de les six mois. » V'h\ t'y pas qu'arrivé à la tour pointue, je m'aperçois qu'on m'avait signifié un mandat d'amener..., pas un mandat d'arrêt. Vous pigez le truc'.'

M'' LAURENCE MOUILLLTTE, qui ne piyr rien depuis quelques minutes, mais donnerait uolontiers bien des choses pour que Chambrouilie ne .t'en aperçut pas.

Parbleu !

CHAMBROUILLE

Je passe la nuil au ballon. Le lendemain soir, j'y étais encore.

M" LAURENCE MOUILLETTE, henreu.v de placer son mot.

Naturellement.

CHAMBROUILLE, indigné.

Comment, naturellement?,.. Avec un mandat d'amener? J'devais être interrogé dans les vingt-quatre heures, où. passé c'dclai, on était forcé de m'remettre en liberté. J'ai fait tellement de barouf qu'on a fini par me relâcher. Vous parlez d'une veine.

Me LAURENCE MOUILLETTE, avec admiration

Ah ! vous êtes fort.

CHAMBROUILLE, modeste.

Je sais surtout « la pratiquer ». (Négligemment .) J'en ai des masses de petits Irucs comme ça.

Me LAURENCE ^[Ol;ILLETTE, est définitivement subjugué par cet homme qui sait tant de choses et dont — pourquoi pas ? — tes conseils pourraient lui être infiniment précieux, surtout pour la petite affaire qui oient de lui être confiée et dans laquelle il serait désireux d • remporter un éclatant succès. Alors, avec l'élan brusque d'un homme qui se jette à l'eau.

Ecoutez, Chambrouille. J'ai une petite alTairequi m'embarrasse et si..., mon Dieu, vous pouviez... me donner... pas un

conseil..., non mais un... {Et. tandis que Chambrouille,

dun geste hienveiUanf l'invite à s'expliquer.) Voilà, il s'agit d'une femme qui a volé un corsage aux Galeries Lafayette et qui...

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