CHAPITRE II
LE CHRIST REJETÉ PAR L'AftSEMBLÉE NATIONALE
I. Nom doiiin^ (IniiH |(>« l'Icrilures & l'Advorsairo il« Dieu ; lir so'pi'nt barra on levier. (le nom ta roaline d'iino fiiroii ■oiHiKnahtu on l'H'J. — II. Ah^unce luijitbru qui ëclalu dans lu Jh'claration des droiti de l'homme rtdu citoyen, nniiobfclanl toutes Ifs 0|)olo^'ie8 «m'en a «-jiBiiyo d'en fuiro: la .pierre aiif^iilnire de l'ordre social, le Christ, en a été rejeté, —
III. Il CHt liixtoriqiictii'Mit certiiiii «{uu Ich lé^islati'uri* do 80 ont voulu Bo débarrassar du Cb^i^l comme pierre do l'angle. —
IV. Noirceur do co rejet du Christ. ConIraKie poi|;nanl entre laDt'claralion des droits de l'homme et la Loi laligutf, l'une, constilulion du la Kranco à son tt'^o mûr, l'autre, constitution delà Franco dans sou enfance. — V.Les destinées de la pierre angulaire et les di!slinoc>s de la Franco ofllciollo se séparent. — VI. Co que cette séparation sero pour lu France,
En tcto d'un pareil chapitre, il faut prononcer, à la décharge de la nation française^, le nom do Satan,
C'est lui le grand artisan des révolutions, et on cela, il justifie sou nom de Satan, Vadvevsaire! car telle est la signification, eu hébreu, do co nom maudit. Adver-
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sairo do Dieu, il l'est aussi, dans riiuinaiiité, des évolutions du vrai, du bien, du beau. Il contrarie les évolutions iiar des révolutions.
Adversaire i-arcnient deb(jut, rarement en face, parce qu'il a senti, — et n<> l'a pas oublié, — le bras du Tout-Puissant; mais oblique, détourné, sinueux, à la manière du serpent, dont il a enjprunté la figure et dégradé la marche au paradis terrestre.
Qu'on médite avec attention les diflërentes phases du mal dans l'histoire du monde, et l'on y reconnaîtra aisément les traces sinueuses de l'adversaire qui rampe, cpi(^ et profite. A l'époque de Mahomet, il se sd't de la Bible et du nom d'Abraham pour détacher l'Orient du Christ. A l'époque de Luther, il profite du besoin de réformation qui se fait sentir universellement, pour enlever à l'Eglise, jtar la Réforme, la moitié de l'Occident. Sa marche est presque toujours tortueuse et détournée. Mais voici qu'avec la Révolution française elle se modifie. L'Adversaire change; d'attitude. Ce n'est plus en oblique qu'il vient combattre, mais en face!
Aussi, dans la lutte gigantesque qu'il va engager, un nouveau nom caractéristique lui convient. La Bible, encore, le contient. L'Adversaire^ se montre toujours serpent, mais avec cette qualification étrange et terrible que lui donne Isaïe : le serpent barre, lo serpent levier *. Quelle énergie dans cette figure I On sait quelle est la puissance du levier pour ébranler et soulever.
Quand donc Satan s'est -il montré comme un levier ?
' Berptntem vtcttm^ Iiaie, chap. xxvii
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En ilHO, alors que la société, muo par une forco insolite ot infernale, s'est sentie tout à coup soulevée contre Dieu, mois soulevê(^ îi une hauteur d'orgucMl qui no s'était jamais vue, les Droits de Vho^nmc venant supplanter les droits de Dieu!
Archimcde disait : « Qu'on me âonne un point d'appui, et avec le levier je soulèverai la terre. » Go que le p'iomctre ne pouvait faire, Satan l'a fait. L'Adversaire a trouvé enfin, en ITW, un point d'appui longuement cherché, longuement pré[»aré, dans la raison superlx.^ et solitaire d<; l'homme, cette raison émancipé!» de laf(ji; et, venant s'y insinuer lui-même, s'y appliquer, il forme h; levier : la société est alors renméc et bouleversée jusque dans ses fondements.
En eflet, il n'y a que lui d'assez fort pour obtenir que, dans l'ébranlement de tout l'édifice social, la lié col 1(1 ion, qui signifie retournement, renversement, atteignis celte fois sa i)lénitude : mettant en haut ce qui, selon les lois éternelles, devrait être en bas, et en bas ce qui avait été rangé en haut.
Pour arriver à un tel résultat, le premier elTort du serpent- levier consiste â soulever, et à faire sortir de sa .place l'antique pierre angulaire placée par Glovis aux racines do la société française : le Christ qui aime les Francs, et à lui substituer une autre base. C'est là lo vide, le goufl'rc qui se creuse au-dessous du pompeux portique social, chanté par Grégoire à propos des juifs : « Un siècle nouveau va s'ouvrir, quo les palmes do rHuraanité en ornent le frontispice * I »
' Essai iut' la régi/nération, etc , p. 104.
La rrépondértnca juivt. 3
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GVsl riieuiv, ou jamais, do sonder lo vide, \o goulTre, au dessous du portique qui pot'to à sou froulispicc les palmes de riluinanitû.
Ce portique, annoncé par Grégoire, n'est pas resté imaginaire. L'Ass(Mnblée nationale l'a élevé et lui a donné un nom : la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.
En voici le pompeux frontispice ou préambule :
« Les représentants du peuple français, constitués en Assemblée nationale, considérant que l'ignorance, l'oubli ou le mépris d(^s droits de l'homme sont les seules causes des malheurs publies et de la eoi'ruption des gouvernements, ont résolu d'exposer, dans une déclaration solemudle, les droits naturels, inaliénabh^s et sacrés de l'homme, afin que cette déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs; atin que les actes du .pouvoir législatif et ceux du pouvoir exécutif, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés ; atin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujoiirs au maintien de la constitution et au bonheur do tous.
« En conséquence, l'Assemblée nationale reconnaît et déclare, en présencvî et sous les auspices de l'Etre
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suprême, les droits suivants, de riiommc et du citoyen ...»
Or, quelque indul^'-ento que puisse être l'interprétaliun donnée à ce préambule do la Déclaration, et nonobstant toutes les apologies qu'on a essayé d'en faire, une absence lugubre y éclate, un vide y donne le frisson : le Christ n'est pas nommé.
Passé sous silence, il est rejeté. C'est équivalent! Car, se taire sur le Christ, quand on lui doit tout, c'est le renier ;
Ne i)as le nommer, alors qu'il s'agit, ainsi que le porte ce préambule, de la détermination la plus grave pour la société, d'un nouvel ordre de choses qui doit assurer le bonheur du genre humain, c'est commettre une radiation, une apostasie;
Silence d'autant plus lugubre et formidable dans ses conséquences, qu'il part de la grande assemblée do la nation française et d'une assemblée composée comme elle l'était en 1789.
En effet, comment est-elle composée ?
Parleur éducation, [)ar leur naissance, par leur position sociale, par leurs lumières, les membres qui forment les Etats généraux, sont l'élite de la nation. On compte parmi eux des évèques, des prêtres, des religieux éminents, de plus, tous sont catholiques. Elevés dans les maisons chrétiennes, ils ont eu exclusivement pour maîtres des jésuites, des oratoriens, des sulpiciens, des bénédictins, des barnabitcs, des prêtres séculiers, recommandables par leur savoir et respectés pour leurs vertus. Enfin, ils senties législateursd'unpeuplechrétien.
Il est donc naturel de penser qu'ils vont s'inspirer des
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" doctrines socialc^s cl(^ rÉvnng-ilo, ot qu'ils vont fuiro passer dans leur œuvre, sinon le toxtc^, du moins l'esprit do ce C'jde divin; qu'ils vont chercher les bases principalos du nouvel ordre de choses dans les anciennes traditions de la monarchie de Glovis, de GharliMnapnc et de saint Louis; qu'ils vont interroger avec soin les chartes et les institutions des Etats catholiques do l'Europe; en un mot, que les monuments et les législateurs d(*s sièch's chrétiens seront leurs oracles, de manière a faire servir la sagesse des pères à l'avantage des enfants.
C'est tout 1<^ contraire^ qui a li<'U.
I/Assemblé(% ou ])lutôt la Révolution qu'elle personnifie, coupe en deux la vi>» de la société française, en lépudiant le passé chrétien, et, pour bien montrer qu'elle ne s'inspire plus de ce j»assé, elle se tait sur le (llirist: Silence sur lui, (lansl(> préambule d»^ la Déclaration; »Sil(Ui('e sur lui, dans l'énoncé desai'ticles; Silence sur lui, pendant la discussion qui dure plusieurs mois. Pas une fois les noms de Jésus-Christ, do l'Evangile, du christianisme, ne se trouvent sur les lèvres de ces législateurs, pendant la discussion des droits de l'homme. TJn UA silcMice prolongé est funèbre : on ne se tait ainsi que sur b^s morts ! Le nouvel édifice social s'élève avec la ré[)udiation manifeste de l'ancienno pierre angulaire. Les fondements do la société française sont remués, remaniés. L'homme y supplante l'Hommc- Dieu. Ce n'est plus l'IIomme-Dieu qui forme la nouvelle base sociale, c'est l'homme. La société humanitaire est proclamée.
Faisons une supposition :
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Si rovenant clans le temps, par une pnrmission divino, saint Paul était miré dans rAsscrnblêo nationalo, qu'oùt-il [x'iisé do la Déclaration dos droits do l'hoinnio ? Saint Paul a été justcm«MU nommé l'Apôtre des nations, parce ([wo, se dépensant pour (îUcs, il les a amenées do l'idolàlrio à la connaissance et à l'amour de Jésus-Christ. Quand il entra au milieu de l'Aréopag*' d'Athonos, il emprunta lo début de sa harangue à cette inscription eéléjjroqu'il avait rencontré; sur sa route : An Dieu incounuK S'il fût entré au miliou des États généraux de la nation française, il eut, à la lecture de la Déclaralion d«îs droits de l'homme, laissé tomber, à coup siir, cette appréciation attristée : An Dieu mficonnu !
Le grand Apôtre, au cours de son apostolat, avait tracé aux nations c(>tte rcglod(> conduite j'i l'égard du Christ: Qaru toutes chosca, il ail le premier raufj*. Mais ici, non seulement le Christ est déchu du premier rang, il n'a plus de rang, il ne compte plus^.
t Actes (1rs Aji'Urcs, xvii, 21.
' Kjiitre aux Coloisif^ns, i, 18.
3 M. Oaiiuiki, un Bki.castki,, ancien «ëualeur, rencontrant na;:uùre, nu ronri d'une de «es ('lo'iuftile!* ex|ilo8ions do foi, la Di.'dai'ation da droits de l'homme, l'a pourfomlue en preux de la vieille Franco :
« Ce prodig^e de la folie du sieclu o«o LAlir un monde en écartant la pierre unjj'ulaire du monde! Certes, ce n'est point un oubli. r4ir, ou temps où la Déilaralion «e délibère, Jésuj-Clirist remplit et vivifie la npliore morale do l'iiumanilé, comme la lumière du suleil écluirc et vivifie le globe.
« Un oubli? é'oit-ll possible diz-liuil cents ans oprès l'ère chrétienne, quand l'Eglise, épouse de l'Ilomine-Dieu, a délivré l'àme humaine des infamies du paganisme, pour la porter sur les plus hautes cimen de la grandeur morale, affranchi la femme et l'enfant, aboli l'esclavage, réprimé toute tyrannie, relevé toute autorité et toute obéissance, inauguré la fraternité par la prière universelle au Père céleste, fait descendre sur la terre l'oiseau divin de la charité pour abriter sous ses ailes les souATrants, lei pauvres et 1m petits, alors que tout désordre et toute souillure ne
On a dit do l'Assofnbléo nationale, pour oxpliqnor ot attônnor sa fauto, qn'(>llo s'était hornôn à êvitor Ic^ nom du Christ dans la (ïonstitution, sans parti pris d'Iiostilitô.
Evitin' h Glirist, surtout quand ou <^st la nation française : quelle excuse !
Li^ serpent a été bien fin, il a inspiré de procéder par élimination. Éliminé do la loi, le nom du Christ le sera des mœurs, et à bref délai. L'^s lois ne cré(Mit-elles pas les mœurs? Un jour viendra où chez la nation qui fut la valeureuse France, on n'aura plus le couraf5''e do prononcer publiquement lo nom de Jésus-(ilirist. Au sein des parlenn^nts, ce sera miracle quand un député lo fera entendre : on ricanera à gauche, beaucoup à droite^ baisseront la tète. Dans les autres réunions })ul)liques, on consentira bien, quand on devra nommer la Divinité, à dii'e : Dieu, mais on évitera soigneusement le nom de Jésus-(]hrist. Et enfin, au milieu môm<» des familles chrétiennes et entre chrétiens, la prononciation d(^ ce nom auguste deviendra timide et rare. Silence de
HiM'aitMit plu» qu'ufic iiiadiililù aux IjIs de l'K/angile, enseigné par elle à l'univern, el que la simple pratique du Décalogue, dont elio est la dépositaire, nerait l'avènement de l'Jge d'or rêvé ?... Non! ce rileiice insultant n'eit pas l'oubli : c'est l'exil!,.. Vultuire a pisso trente ans à lancer contre le Chrut le blaspliémt que ma bjuche le rjfuse à redire ; Rousseau battant en brèche tous les cultes a proclamé lu bonté native et l'indépendance de la nature: et la plume de la Constituante est te:iue par les disciplei de ces deux apostats. L'exil du Christ des droits de i'hommo, c'est doue l'apostasie! » •
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faiblesse; qui aura ou pour principe, et qui alléf^uera pour jus^tification, lo siloncc de rAssonibléc nationale. Les b'gislateurs cL» 89 ont pos*' la pierre de scandale. Non, il nr^ leur était pas permis de passer sous silence Celui que les eieux adorent et qui a formé dans l'esparo le concert harmonieux des nations chrétiennes, et au milieu d'elles la nation française !
« Ils s(î sont bornés à éviter son nom sans parti pris d'hostilité, » a-t-on dit, leur prêtant l'attitude do ces hommes bien à [>laindre qui, par un reste? de crainte révérentielle, évitent sur leur chcMTiin la nmcontro d'un sanctuaire, où ils ne voudraient pas entrer, l'iùt à Dieu que tel efit été, chez les législateurs de 89, le fond de leur pensée et le mobile de leur silence! Mais, hélas ! il n'en a j>as été ainsi. Il est, au contraire, historiquement certain qu'ils ont tenu à se débarasser du (Christ comme pierre de ran{,''le dans la société nouvelle qu'ils fondaient.
Ti'ois choses le prouvent surabondammiMit :
A. En [)r('mier lieu, le Oui qu'ils poursuivaient.
En cH'ct, que voulaient-ils ?
R(>faire la société de fond en comble, en se servant, j»our cette reconstruction, du Contrat .socm/ de Rousseau, qui a été leur catéchisme et qu'ils ont appliqué de point en point. Us ont pris, comme type du citoyen qu'ils voulaient former, l'homme abstrait, isolé de la civilisation chrétienne, que Rousseau met en scène, c'està-dire l'homme sans la Révélation, l'homme de la nature. Voilà leur type, ils lo disent hautement : « Quand on voulait se représenter la fondation d'une société humaine, on imaginait vaguement une scène (lomi-bucolique^ demi-théàtrale, à peu près semblable a
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collo qu'on Voyait sur le frontisiiico dos livres illustrés (le morale et de politique. Des hommes demi-nus ou vêtus de peaux de bêtes sont assemblés sous un g-rand chêne ; au milieu d'eux un vieillard vénérable se lève et leur paile la lan^Mie do la nature et do la raison ; il leur propose d(^ s'unir et leur exi)liquo û quoi ils s'oblig'ent par cet (Mi^a^(Mnent mutu'^1 ; il leur montre l'accord de l'intérêt i)ublic et de l'intéi'êt privé et finit en leur fais;int siMitir les beautésdela vertu. Tous aussitôt poussent des cris d'alkyresso, s'embrassent, s'emprcssi^nt autour de lui (*t le choisissent pour majj^istrat; de toutes parts on danse sous les ormeaux, et la félicité désormais est établie sur la terre. — Je n'f^xapM'o pas. Les adresses de rAsseml)lée nationab^ à la nation seront des haran • puos de c<^ stylo. Pendant d(;s années, \o «^'ouviM'nennuit parlcM'aau peuplecommeâ unborg(M'de Gessncr'.» Ainsi donc, ce n'était plus le chrétien qui allait être l'objet des sollicitudes dos législat(nirs do 89, c'est l'homme de la nature, riiomme avant et sans la Révélation.
Or, en bonne vérité.
Restait-il, décemment, ]>lace pour le Christ dans uno entreprise qui faisait table rase, à ce point, du christianisme ?
Ils ont donc éliminé le Christ sciemment. Ne tenant plus coilfJ>te, })Our b»s Français, de leur qualité de chrétiens, ils ont forcément supprimé., dans la Constitution française, le divin Maître des chrétiens. Dédaif?nant, pour leur édifice, lospien^es vivantes, ils ont,
t Taii«r, VAneien Régime, p. 3t0-311.
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à i)lus forte raison, rojoté la Pierre de Vanfjlc. Los uns l'ont fait avec préin(Mlitation,los autres, par lâche complaisance. L'influence de Rousseau les a, presque tous, fascinés.
B. Les meneurs et une notable partie de l'Assembléo ont, du reste, révélé et ratifié publirpiement leur hostilité à l'égard du Dieu vivant. Il avait été décidé que l'énumération des Droits de l'homme serait précédée d'un préambule ou fi'ontispice qui, par ses termes solennels, imî)Oseraitle respoctaux générations futures. On p(.'Ut le relire au § II" de ce cliapitre. Or, lorsque TAssombléi^ (Ml arrêta b^s termes, non seulement il no fut mdlement question du Christ, mais les orages les plus viobMits éclatèrent quand quelques députés voulurtMit rattacher ce j)réambnle, ce frontispice, â la notion de la Divinité comme â une voûte tutélaire.
L(^s journaux de répoqu(^ rapportent ces séances oragousi^s. Kn voici l'abrégé fuléb^ :
L'impiété, déguisée sous le nom de philosophisme, propos(^ d'inscrire dans lo préambule que l'homme tient ses droits de la nature. M. h» comte de Virieu observe avec forc(^ : « Eh ! qu'est-ce que la nature ? Quelle idée présente-t elle? C'est un mot vide de sens, qui nous dérobe l'idée du Créateur, pour ne considérer que la matière. »
Apj)U}'ant M. de Virieu, Lally-Toîînndal demande « qu'on n'oublie pas l'Ltre suprême ».
Ce nom d' « Lire suprême » n'exprimait, il faut, hélas 1 le reconnaître, que le minimum de la Divinité ; néanmoins, lorsque, plusieurs fois, co minimum de la Divinité est sollicité auprès de l'Assemblée, le tumulte des
opposants ot dos tribunes couvre la voix des orateurs, et le parti pris do no pas entendre se manifeste de la façon la plus évidcnti;.
11 (Ml fut ainsi surtout dans les dernières séancos :
L'évèque do Glonnont avait ox[)osé cpie los i)rincipcs de la Constitution franoaiso devaient reposer sur la religion comme sur une baseéternello;
Cette fuis, Mirabeau prend la peine de répondre. Il le fitit sur un ton dédaif;n(Mix et parfois ironique : « Xous n avons, dit-il, (ju'à )iO((fi occitpor des choses dn ce monde.,. Permettons la liberté des cultes, ne disons pas autre chose et dormons en paix. »
La discussion nq)ren(l un autre jour; Maillet et le comte d(î Clermont-Lodov(» insistent pour que la nécessité de la religion soit affirmée et lo rc^spect du culte de chacun j>roclamé comme un droit; mais Talleyrand répond « qu'on s'occupera de cela dans la Constitution, mais que la place do ces affiimalions n'est pas dans la Déclaration )). CqH^ repartie empreinte de dédain est accu'Mllio par une approbation bruyante. La discussion ne peut continuer. Un désordre évidennni'nt calculé empêche les contradictions de se produire. Le tumulte est tel, que h» président .offre deux fois sa démission ^
Finalement, ce minimum de la Divinité, conçu en ces termes : « En présence ot sous les auspices de l'Etre suprême », parvint à passer, parce qu'il excluait la reconnaissance du Dieu vivant do la Révélation. Semblable à un dogue féroce qui est encore retenu, l'impiété révolutionnaire consentait en grognant à laisser écrire
* Roux ET BuoiK, tf/«(.j)ar(«rn. dj laRéool., (. iltt^ABCM d'août(t789).
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dans lo prcambulo la vaguo constatation de l'Êtro suprôino « oxprossômont réduit au rlAo d'un témoin sans autorité, dont la présonco n'onibarrasso guôrcrAssombléo,qui io salue pour la forme en lui donnant congé ^ » C. Est- il besoin d'apporter, en dernière preuve do l'exclusion bien arrêtée du Clirist dans la j)ensée des législateurs, les articles de la Déclaration qui font suite au préambide et forment les principes do 89 *? Un historien peu suspect a eu le courage d<! dire : « Ce sont autant de poignards dirigés contre la société : il suffira de pousser le manche pour faire entrer la lame ^. » Les législateurs de 80 ont effilé la lame, les clubs et les
« Dix Ans de l'histoire du droit, 1789-1*'.9, pnr Lucikn Brun, p. 17-18.
< Les articles de la DL^rlaralioii peuvent se distrilxier en deux catégories, selon la très juslc claHsiflcalioii de >L Lurieii Hrun.
• Lu }ircmi')ie contient des maximes vulpairo-i de justice universelle absolumcnt indiscutiibleH. Ainsi : Ich dislinctions eociolen no peuvent ùlre fundées que sur l'ulilité commune; In loi n'u lo droit de défendre que les actions nnisildes ù la société; tout ce qui n'est pas défendu par la loi ne peut être empoché et nul ne jieut éiro contioiut de fuiro ce qu'elle n'ordonne pas ; la loi eit la mémo pour tous; ton» les citoyens ront admisnibles & tous les emplois et il n'y u cutro eux do motifs de préférence que le degré de leur capacité à les remplir; la propriété est un droit inviolable et sacré, etc.
« Rien de tout cela n'est sujet ii contradiction. On s'étonna seulement que les li^gisialeurs de 80 aient pu croire qu'ils révélaient au monde dea vérités inonnnes, en proclamant avec tant de pompe des axiomes de droit naturel, dont ils devaient, sans doute, s'inspirer pour opérer les réformes nécessaires, mais qui, avant eux, n'étaient pas ignorés même par les gouvernomeiits qui les avaient méconnus dans la pratique.
« La deuxième catégorie renferme les célèbres articles qui forment plua particulièrement les i)rincipeR de 89. Trois idëet se dégagent de leurs diverses formules, les voici : io nul n'est tenu d'obéir aux lois qu'il n'a pas consenties ; 2" le pouvoir légitime est dam le nombre; 3' tous les bommai naissent et demeurent égaux. Tels sont, d'après cat exact résumé, les principes de 80. Le premier nie l'autorité, 1« second nie la liberté et le iroiaiéme, la justice. » Dix Ani de Chistoir« du droit, 1769-1799, par Lucikn Brun, p. 24-6.
' Tajnk, la Révolutlonri. l, p- S7&.
44 IK CFIRIST RKJETÈ
hordes de 93 se chargeront de pousser le manche. Qu'on en juge:
PRISCITES KN 89
Aht. II. — Les droits iiatureh et imprescriptibles th' l'homme tout... la résistance à l'oppression.
Art. XV. — La socctil a le droit de demander compte n tout agent public de ton adminixtra- (ion.
Art. I. — Les hommes uaisicnt et demeurent libres et égaux en droits.
Art. III. — Le principe de ioutif souveraineté réside esscntiellement dant la nation.
Art. VI. — La loi est l'exprèstion de la volonté générale.