‹ La prépondérance juive, d'après des documents nouveauxChapitre 24 sur 71 · LA QXIESTION JUIVE INTRODUITE · texte numérisé non relu

LA QXIESTION JUIVE INTRODUITE

laient, les autres se présentaient pour acquérir : ce n'était pas tout à fait la même chose I

Grégoire n'a pas réussi. Mais, avec la ténacité qui le caractérise, et, du reste, soutenu et relancé par ses clients, il se dispose à de nouvelles tentatives : Moïse n'a-t-il pas frappé, par deux fois, le rocher ? L'adoption de la Déclaration des droits de l'homme, après des débats de plusieurs mois, eut lieu vers la fin d'août. Le curé d'Emberménil ne perd pas do temps; dès le lendemain, il préparait une motion en faveur de ses protégés ; elle commençait ainsi : « Messieurs les députés, vous avez consacré les droits de l'homme et du citoyen, permettez qu'un curé catholique élève la voix en faveur do cin quante mille juifs épars dans le royaume, qui, étant hommes, réclament les droits de citoyens \ » La péroraison n'était pas moins pressante : « Arbitres de leur sort, vous bornerez-vous. Messieurs, à une stérile compassion? N'auront-ils conçu des espérances que pour voir doubler leurs chaînes et river leurs fors, et par qui ?... par vous, les représentants généreux d'un peuple dont vous avez cimenté la liberté en abolissant l'esclavage féodal. Vous ^vez proclamé le roi Restaurateur de la Liberté ; il serait humilié do régner sur xles ■liorames qui n'en jouiraient pas : cinquante mille Français se sont levés esclaves, il dépend de vous qu'ils se couchent libres* 1 » Ainsi qu'on le voit, Grégoire allait vite en besogne : lesjuifs sont hommes, donc ils doivent être citoyens. Et puis, quelle ruse dans cette dernière

*■ Motion, «te, p. 1.

» Ibtd., p. 45.

phrase : « Cinquante mille Français se sont levés esclaves, il dépend do vous qu'ils se couchent libres. » Mais non, Monsieur le curé, ce ne sont pas cinquante mille Français, ce sont cinquante mille juifs qui se lèvent et se couchent : vous présumez la conclusion ! . L'Assemblée nationale no crut pas devoir entendre la lecture de la motion. Alors Grégoire la fait imprimer et l'adresse au public. « Puisse ma motion, qui n'a pu être prononcée à l'Assemblée nationale, disposer le public en faveur des juifs. Quand leur aflaire sera discutée, je redoublerai mes efforts*. » Les allées et les venues de ce singulier pasteur pour faire obtenir aux juifs les droits civils, ne rappellent-elles pas la célèbre fable : le Coche et la Mouche ?

Dans un chemin montant, sablonneux, malaisé Kt do tous les côtes au soleil expose,

Six fort clievaux tiraient un coche.

Femmes, moines, vieillards, tout ctait descendu. L'attelage nuait; noufilait, était rendu. Une mouche survient, et des chevaux s'approche. Prétend les animer par son bourdonnement, Pique l'un, pique l'autre; et pense à tout moment

Qu'elle fait aller la machine ', S'assied sur le timon, sur le nez du .cocher;

Va, vient, fait l'empressée

Après bien du travail, le coche arrive en haut.

Dans cette exquise et fine description du bon la Fontaine, il y a, hélas I toute rhistoire des eâbrts do

> Page 15 de la Notice historique qui précède la Motion.

* Encore ce mot maohin4 qui se rencontre ici sans que nous Tajons recherché. Machine de guerre comme le cheval d« Troie, lourde machins comme le coche de la Fontaine, ô funeste Dëclaralion des droits, puissioQS>nous parvenir à te ridiculiser et à te faire détester!

10? LA OÛKSTION JUIVE INTRODTnTK

r Asjîcmblée nationale autour dn la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.

Qu'on en juge : Ce chemin montant, sablonneux, malaisé, comme il exprime bien la nouvelle Constitution, raide et abrupte dans son [>hilosophismo, qu'on est en train de gravir depuis que les États généraux sont réunis ;

Le long de cette Constitution, on voit péniblement monter la Déclaration dos droits, vrai coche, tant elle est lourde et peu gracieuse !

11 y a un assemblage bizarre dans la salle et les tribunes de cette Assemblée nationale, comme autour du coche : femmes, moines, vieillards !

L'attelage suait, soufriait, était rendu; et aussi l'Assemblée ! Qu'on lise les comi»tes-ren(lus des séances consacrées à la marche pénible de la Déclaration depuis mai jusqu'à la tin d'août, et l'on verra si l'Assemblée a sué...

Et la mouche survient... Est-ce Grégoire, curé d'Emberménil ? ou bien est-ce la question juive ? Car si Grégoire fait l'empressé, la question juive est pressée d'aboutir. Ce qu'il y. a de bien certain, c'est que pareille mouche à l'Assemblée nationale, et en l'aunéo 1789, n'était pas complètement inofTensivc I

Après bien du travail, le coche arrive eu haut : la Déclaration ! Et Grégoire en est enchanté pour ses ouailles de Judée.

Los fils d'Israël qui gravitent autour do Grégoire sont do plusieurs sortes. Il y a d'abord les six juifs qui sont venus ofliciellcniont de l'Alsace, de la Lorraine, de Metz et dos Trois-Évêchés. Derrière cos envoyés, attendent et font des vœux la plui»art dos juifs de ces provinces. Il y a ensuite le fameux Gcrfborr, qui est en lutte et en procès avec la ville do Strasbourg : celui-là est une vraie puissance par son or, son crédit, et ses relations avec les grands et les philosophes. Il y a, enfin, les juifs de Paris, peu nombreux (Micore à cotte époque ; on n'en compte guère que 500 dans la capitale, mais leurs idées sont très avancées. Ces divers clans d'hébreux sont unanimes à presser la question, û hâter le dénouement. Les juifs des pays limitrophes, à plus forte raison ceux des diflerentes parties du monde, ignorent complètement la tentative qui se fait en leur faveur, à savoir les droits civils que l'on sollicite pour eux; ils dorment, assoupis qu'ils sont, depuis dos siècles, autour du sépulcre de leur liberté. Mais on ne doute pas de leur adhésion, dès la grande secousse qui les réveillera; car oq trouvera moyen de leur prouver que vont se renouveler, pour eux, les anciennes merveilles de l'entrée d'Israël dans la Terre promise, alors que les émissaires, envoyés pour l'explorer, revenaient avec des fruits d'une grosseur extraordinaire, et une grappe de raisin portée

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