LA QCESTION JUIVE INTRODUITE
par deux hommes sur leurs épaules *. Cette perspective d(î gros bénéfices enflammera leurs descendants, les meneurs n'en doutent pas !
Qu'est-ce donc qui déterminait les juifs d'Alsace, de Paris, et surtout des personnalités comme Cerfberr, à mettre immédiatement à profit la Déclaration des droits, à ne pas perdre de temps, au point que le dernier article de la Déclaration était voté le 20 août, et que, ce 20 août même, les juifs résidant à Paris présentaient à l'Assemblée nationale une adresse pour obtenir les droits civils; qu'est-ce donc qui les excitait à faire ainsi diligence?
Deux choses : l'orage qui se préparait en Alsace contre les juifs de cette contrée; et aussi l'impatience qui provenait de cœurs aigris par les outrages et le malheur. Expliquons cette hâte :
En Alsace, la position des familles juives n'était plus tonable. Nous avons raconté ailleurs l'épisode inouï des fausses quittances : comment les paysans du Sundgau en Alsace avaient été entraînés par des boutefeux à fabriquer des fausses quittances pour se libérer de leurs dettes envers les juifs usuriers; mais comment, aussi, le gouvernement de Louis XVI, justement honteux d'un pareil procédé de la part de chrétiens, et non moins justement alarmé de la conduite usuraire et oppressive des juifs, s'était hâté d'intervenir soit pour réparer l'injustice des uns, soit pour circonscrire l'usure des autres '. Lo Conseil souveraia de Colmar avait été saisi
' Livrt dti Nombrei, cheif. xiii, 24-28.
• Voir VSntrét dti UrailUtt dan* la Société françaisf, livre II, obtp. II.
do l'adaire. Un grand procès avait ou lieu. Vérification faite, les créances des juifs sur l(^s chrétiens se mou taient à 10.757. IGl francs, dont il fallait déduire les effets véreu.x, les créances caduques et leurs dettes passives. Le 28 aoCit 1787, la cour do Colmar avait rendu un arrêt qui fixait les termes et conditions auxquels les juifs créanciers des chrétiens pourraient exiger le remboursement partiel de leurs créances, dont les titres auraient été reconnus en justice. On croyait donc cette lamentable affaire terminée. Il n'en était rien. La fabrication des fausses quittances avait continué. Mais ce qui était plus grave, au mois d'août 1789, â l'heure mémo où les châteaux étaient brûlés et les fermes pillées sur divers points de la France, l'Alsace avait été le théâtre de scènes do délire et de frénésie. Dans plus de vingt villages, les paysans s'étaient rués sur les juifs : « Leurs maisons ont été saccagées; leur argent, leurs effets, pillés; ils ont pris la fuite â demi nus, se sont réfugiés par centaines à Bâle, où ils ont été reçus et traités charitablement. On a violé les greffes, pour y anéantir tous les titres de leurs créances sur les chrétiens ^ » — « Les juifs chassés sont rentrés avant la fin de septembre dans leurs habitations, où ils sont plus campés que logés. Ils doivent rendre grâces à Dieu de la douce température de cet hiver, sans laquelle plusieurs d'entre eux auraient péri do froid, n'ayant trouvé dans leurs maisons ni portes, ni fenêtres, ni fourneaux. Les chrétiens les ont partout assez bion accueillis; ils paraissent
t Rapport lu à rcu$emblée dt la Société dti ami» dt la Cotulitution à Strasbourg, le f7 férrier 1790, tur U quMtioo d« réUt-cirii dM juif*, p. 9.