‹ La prépondérance juive, d'après des documents nouveauxChapitre 26 sur 71 · LA QUESTION JUIVE INTRODUITE · texte numérisé non relu

LA QUESTION JUIVE INTRODUITE

honteux des violences qu'ils ont commises *. » Dans un village cependant, à UiThoUz, les juifs avaient continué à subir de telles sévices, qu'on avait eu besoin de faire appel, pour leur sûreté, à la protection des baïonnettes : un détachement de troupes y était en permanence '. Les choses en étaient là. Mais avec leur sens pratique, nos hébreux ont bien vite compris que nulle protection ne vaudrait pour eux celle de la Déclaration des droits de l'homme qui s'élaborait auprès de l'Assemblée nationale et que, s'ils étaient reconnus comme citoyens, ils seraient couverts d'une façon plus efficace et plus durable. Voilà pourquoi le bon curé Grégoire, d'accord avec eux, pressait do son aiguillon de mouche ou de sa houlette de pasteur, rachèvemcnt de la législation tutélaire; et voilà pourquoi, aussi, le dernier article de la Déclaration des droits n'était pas encore voté que déjà nos juifs, impatients d'être protégés, en réclamaient pour eux la première application.

Une autre cause activait encore leur impatience ; ils étaient las d'avoir été des souffre-douleurs ; la poche au fiel, chez eux, avait crevé.

Chez les peuples, comme chez les individus, il y a une poche au fiel qui' s'emplit, et quand elle se rompt, il en résulte les orages du cœur : ce sont les plus terribles 1 Entre toutes les causes qui amenèrent la Révolution française, celle -là fut peut-être la plus réelle. Ce n'étaient ni les impôts, ni les abus de l'autorité, ni les vexations des intendants, ni les longueurs ruineuses de la justice qui avaient le plus irrité la nation, mais bien

> Rapport lu, «te., p. 10.

* Jbid.^p, il, ii.

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le mépris dont 1ns roturiers avaient été l'objet de la part des grands. Aussi, quand les idées de réforme et d'égalité furent mises en circulation par les livres de Rousseau, le petit peuple s'y jeta avec plus d'avidité que qui que ce soit*. Dans son étude sur V Ancien Régime^ M. Taine a fortement présenté ce^te irritation des classes moyenne et inférieure, et il l'a appuyée d'anecdotes qui serviront à faire comprendre ce que nous avons à dire des orages du cœur chez les juifs :

« Au théâtre de Grenoble, Barnave enfant était avec sa mère dans une loge que le duc de Tonnerre, gouverneur de la province, destinait à l'un de ses complaisants. Le directeur du théjtre, puis l'ofûcier de garde, viennent pri^r madame Barnave de se retirer : elle refuse ; par ordre du gouvernour, quatre fusiliers arrivent pour l'y contraindre. Déjà, le parterre prenait parti et l'on pouvait craindre des violences, lorsque M. Barnave, averti de l'afTront, vint emmener sa femme et dit tout haut : « Je ^ors par ordre du gouverneur. )■> Le public, toute la bourgeoisie indignée, s'engagea à ne revenir au spectacle qu'après satisfaction, et, en effet, le théâtre resta vide pendant plusieurs mois, jusqu'à ce que madame Barnave eût consenti à y reparaître. Le futur député se souvint, plus tard, de l'outrage, et dès lors, se jura « de relever la caste, à

• Au commencement du règne de Louis XVI, un voyagur qui rentrait aprét quelques années d'absence, et à qui l'on demandait quel changement il remarquait dans la iialion, répondit : « Rien autre cKoie, sinon que ce gui »e ditait dam lei salont te répète dam let ruet. * Et ce qu'on répèle dans les rues, c'est la doctrine de Rouaseau, le Ditcoun tur Cinégalité, la Contrat social amplifié, vulgtriaé tt répété par Us disciples aur tous les tous et loua toutes las forma*.

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