DKPUTÉS ADVERSAIRES DES JUIFS
Noms Séances où ils ont parlé.
21 décembre 17H9- 24 décembre 1780.
RewUll M^ ^""'''®'' ^'^'^•
15 avril 17U0.
20 cl 21 juillet 1790. •
27 «eptcmbro 1701.
r 23 dôcombro 17b0.
L'abW Maury j 28 janvier 1700.
' 15 avril l'iOO.
Mgr do la Faro, évoque do Nancy. . . 23 décombro 1789.
Mgr Cortois de Ualoro, évoque do NimoB. 23 décembre 1789.
24 décembre 1789.
U prince de brogllo ^ 18 janvier 1701.
* DiscuAMPs, U$ Société» iccvètei, t. II, livre II, cLap. vi, | 3: ComjiOiition dei loget en i780.
SKSANXIKTES AVANT LE DKCRET 14J
Mgr Fr. do Donnai, évoque do Clermont. 24 docoinbro 1789.
( 24 dôccniliro 1789.
DolaGnlissonnièro j 28 janvier 1790.
Do liaumotz 24 déccmltro 1789.
Schwcndfl (député de l'Alsace). ... 29 janvier 1790.
Fonsining 18 janvier 1791.
Alquier 18 janvier 1791.
Follcvillo 18 janvier 1791.
Figurent également, parmi les adversaires, presque tous les députes de T Alsace.
Entre tous les noms que renferment les deux listes, quatre ont particulièrement brillé dans la discussion do la question juive : Mirabeau, lo curé Grégoire, l'abbé Maury, Rcwbcll. Leurs portraits, comme auxiliaires ou adversaires dos juifs, sont exlrômcmcnt curieux. lU résument l'intérêt do la plupart des séances.
Commençons i)ar le comte do Mirabeau :
On a dit do Mirabeau « qu'il fut lo lion do la Révolution, à la voix puissante et terrible » ; la comparaison est juste, car ceux qui vinrent après lui en furent les tigres.
On a dit également « qu'il ne se donna à aucun parti, mais négocia avec tous, et qu'il n'aima que lui ». C'est vrai encore.
Néanmoins, cette nature géante et égoïste se prit de compassion, et ce fut pour les juifs : comme on voit, quelquefois, un lion tolérer, dans son logement, la compagnie d'un petit chien familier!... On peut aflirmer que,
L« Prt'pondéraDc* Jui?«. 10
IJfl niYSIONOMIK DE L'ASSKMHLKE
sincèrement, il les aima. Il y eut, de sou afTection, plusieurs causes : il les aima, d'abord, à cause de Mendclssolm.
Mcndelssohn, d'origine juive, s'était acquis, à Berlin, le renom de Socratc de rAllomag"no. Mirabeau, lors de la mission diplomatique secrète * qu'il romjdit dans la capitale de la Prusse en 1786-1788, fut mis au courant de cette existence simple et patriarcale qui venait de s'éteindre. En efTot, quand il arriva à Berlin, Mcndelssohn n'était plus. Mais il put apprécier Testimo universelle dont étaient entourés le nom et les écrits do l'illustre philosophe Israélite. Il la partagea. « De celto prédilection do Mirabeau pour Mendelssohn sortit ensuite son afTection pour touto la nation juive *. »
Il faut tout dire. Il est probable que Mirabeau ne fut si sensible à la mémoire de Mendolssohn qu'il n'avait jamais vu, que parce qu'il le fut, préalablement, à l'éclat et aux charmes d'une juive do Berlin, célèbre à la même époquo, par sa beauté, son esprit et par son salon : Henriette de Iirmos, mariée au docteur Ilerz. Mirabeau d(>vint son captif '^ et il n'est pas téméraire de penser que ce fut elle qui sut le mieux lui inspirer
* n Ciilonn*» l'odiéle, ?t l'envoie romme os|iion dnnn les cour» (rAllemoffiia «t Burtnut dnm celle do Prusse pour étudier le prince fulur. Rien do plu» d^(;o(itant que les cinquante et une lellreH de Mirabeau ù Colonne; outre la vonilé poussée jusqu'où délire, il y montre une basse immoralité, et juge grossièrement des perronnes et des choses. Il no s'occupe que des oppétits i^rnoblet du nouveau roi, et conseille à Colonne d'envoyer pour espion une femme, en indiquant les qualités |ihysiques dont elle doit être pourvue. » (Cantu, Ilittoire universelle, i, XVUI, p. ô.)
» Oraetz, Histoire de» juifi, t. XI, p. 101.
> « Mirabeau so montra l'b/)te assidu de cette demeure, bien plut pour Henriette lien que pour son mari. » Orakii, ibid., p. 157. — Lire dana VEntrée de» Itraélitet, etc., le» pages 370, 380,.3.<)1 relative! « k Mirabeau 0l A la juive (le Berlin ».
SES ANXIh':TKS AVANT LE DÉCRET 147
radmiratioii du philosophe disparu, otqui, alkimantdans son cœur une flamme orientale, lui fit promettre de réhabiliter la nation à laquelle Mendelssohn, et cUe-mômc, appartenaient. Chateaubriand a écrit de Mirabeau:
« La nature semblait avoir moulé sa tète pour l'empire ou pour le gibet, taillé ses bras pour étroindre une nation ou pour enlever une femme. Quand il secouait sa criMièro,en regardant le peuple, il l'arrêtait; quand il levait sa patto et montrait ses ongles, la plèbe courait furieuse *. » On saura maintenant qu'entre les femmes enlevées par co colosse, la juive de Berlin fut la i>lus perspicace et, peut-être, la plus dangereuse. Elle devina, elle entendit le volcan qui grondait dans cette poitrine, et mêla aux bouillonnements et aux souffles de feu qui en allaient sortir ceux de sa nation.
Mais les liaisons de Ijerlin n'expliquent pas, seules, lo dévouement de Mirabeau à la race juive. Il l'aima encore à cause du mépris qui pesait sur elle : ce mépris fut comme un lien entre elle et lui. Gela peut paraître étrange, un paradoxe ; mais, que l'on réfléchisse sur la situation de cet homme et do cette race. Mirabeau — tous les historiens en conviennent — était arrivé aux Etats généraux sous le poids écrasant de la renommée de ses vices. Sa première apparition dans les rangs du tiers état avait excité des murmures. Co roi futur de la tribune eut d'abord beaucoup do peine à obtenir la parole j il inspirait lo dégoût aux gens do bien ; on no voulait pas l'entendre, comme si on eût craint l'odeur de ses débauches. Déjà, à propos de sa brochure sur l'agiotago,
* Ca4Ti4UBRUND, Buai iur lo littérature anglaiit»
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dirigée contre Neckcr, il s'était attiré cotte réponse du vertueux Rulhiôro : « Vous, parler de patrie, comte do Mirabeau ! Si un triple airain ne vous couvrait le front, comment ne rougiriez- vous pas de prononcer ce nom ? Ce qui constitue le citoyen, c'est une famille que des liens rattachent à la famille commune, des parents, des amis, des clients, dos biens à utiliser pour eux et la patrie ; des devoirs de fils, do frère, de mari, de pcro à remplir; une carrière honorable à suivre. Mais vous, comte de Mirabeau, avez-vous un seul de ces caractères? Vous, sans asile, sans parents, vous avez pour domicile ordinaire les pi'isons, où, tour à tour, enfermé ou consigné par la prudence paternelle, coupable ou insensé, vous avez distillé les poisons de votre ûmo, rongé do vos dents les barreaux do vos cachots, pour vous exercer à mieux déchirer encore ce qu'il y a do plus honorable et de plus respecté. »
Ecrasé sous cette épouvantable réputation, Mirabeau eut besoin de toute la puissance do son génie, pour so dégager de la montagne de mépris qui pesait sur lui, et que soulevaient à peine les plus rares prodiges d'éloquence. Lorsque ses ennemis ou ses envieux flétrissaient sa vie- passée, il courbait le front, sentant qu'il avait mérité ces reproches. Cette montagne de mépris s'établit comme une infranchissable barrière entre son génie et la confiance de Louis XVL 11 se serait écrié, vers la fin de sa vie : « Ahf si f avais porté dans la Révolution une réputation semblable à celle de Malesherbes, quel sort f assurais à ma patrie M »
« Cautw, Hiitoirt univ.'rselU, t. XVIII, p. n.