SES ANXIÉTKS AVANT LE DÉCRET
IVl fut lo mépris sous lequel vécut Mirabeau. Or, u'cst-il pas naturel, dans le fond resté bon de la naturo luunaine, que, lorsqu'on a connu le mépris et qu'on lo sait mérité, on a compassion de ceux qui ont eu lo malheur de naîtreet trouver le jour au sein de ce mépris: et alors on no refuse pas le secours qu'ils viennent vous demander! C'est là ce qui achève d'expliquer la grando sympathie que Mirabeau a témoignée à la cause des juifs. Dans l'écrit qu'il publia en leur faveur, de la Réforme politique dcii juifs, il ne peut, à propos de l'attrait do la gloire qui existe pour tout homme, retenir ce cri presque poignant, à l'adresse du pauvre juif: « Ltro infortuné, sans patrie, qui ne peut nulle part acquérir, ni exercer librement ses talents; à la vertu de qui l'on n'a point foi, et pour lequel il n'existe aucune espèce de gloire* !... »
Voilà comment nous expliquons, avec des preuves suffisantes, la sympathie de Mirabeau pour cette raco malheureuse. Après cela, que l'or des juifs n'ait pas contribué à favoriser et à cimenter plus solidement cette sympathie, non seulement nous n'avons garde do nous révolter à cette pensée, mais môme nous n'avons nulle peine à l'admettre. Il est d'une parfaite certitude historique que le grand et pauvre Mirabeau fut dans le besoin toute sa vie, à cause do ses plaisirs ; il est également d'une parfaite certitude que, sur des conseils pressants, Louis XVI se résigna à acheter Mirabeau, et lui donna 600.000 francs, outre une pension de 50.000 francs par mois *. On ne s'expose donc pas à
i De la Réforme politique d«» juift, par Mirabeau, p. 61.
* Cantu, t. XVIII, p. 26. — « L«s relations d« Mirabeau avec Moniiaar
m PIIYSIONOMIK DK L'ASSKMBLÉE
faire un jiigCDiont tômérairo, en pensant que, si le roi de France, pour s'altaclicr Mirabeau, dut donner de l'or, à plus forte raison, durent en glisser les fils d'Israël I Ils se rappelèrent, sans doute, dans cette circonstance, un épisode de la Bible, leur ancienne liistoirc : ce lion, qui fut rencontré sur le chemin, avec un rayon de miel dans la bouche K 11 est probable qu'ils imitèrent les abeilles, et que, dans la bouche du lion delà Révolution, l'éloquence fut aidée d'un lingot i)ersuasif !...
Outre ces différentes explications, il reste acquis, par le Monileur, que Mirabeau fut au sein de l'Assemblce nationale le champion déclaré et dévoué de la cause juive. D'autres, peut-être, tirent plus en détail; lui posa les grandes lignes, les défendit, et en assura le maintien. Il lançait des mots qui portaient coup. L'Assemblée était-elle lasse ou eflVayée, a-t-on dit, il suffisait que cette tète hideuse et sublime se montrât à la tribune, et que sa voix puissante lit entendre quelques-uns de ces mots qui ont besoin d'être prononcés, et non pas écrits, pour lui imprimer une violente secouseet la réchau/Ter'. Ainsi enarriva-t-il plusieurs fois pour cette question do
n'eurent d'jiutrei fuilos que lo promensa d'uiioainbatBade et un truitcment lur la caksetto do Louis XVI, traitement de DU.OOJ fr. par tnuis pendunt quelque temps ; co réstillat n'ctiiit pus un des moinlreii vœux de l'orateur tourmenté de grandei dettes et de ^rondi besoinn. Moiié en 1772, il n'uvait point encore payé les habits de noce k la un d'octobre 1780, ■ (PouJOULAT, Hiitoirtdi la Hi'volution, p,103.) — « Dévoré de beioint* méconteat du présent, il l'avonçoit vert un avenir inconnu, fttisont tout •uppoier de ••• lalenla, de iod ambition, de let vices, du raauvaie état de la fortune, et autoritunt, par le cjrnitme de aei propos, tous les soupçon* et toutes lei calomnies. ■ (Taisas, Hittoirt de la liévo:ution françaite, t. I, p. 133).
* Iliétoire de Samson,
* TiiiKRS, Iliilolre de la Ii(.'volutlon fvançain, p. 1?4.