‹ La prépondérance juive, d'après des documents nouveauxChapitre 32 sur 71 · SES ANXIÉTÉS AVANT LE DÉCRET · texte numérisé non relu

SES ANXIÉTÉS AVANT LE DÉCRET

A la suite de Grégoire, les juifs sauteront dp la mômo manière dans la société !...

Le curé d'Ernborménil ne devait-il pas, on une cause d'une gravité si exceptionnelle, imiter la prudence do ri'glise qui, en l'ordonnant prêtre, lui avait confié ses propres intérêts, et alors, au lieu de se poser en bruyant libérateur des israélitcs, se ranger humbloment derrière les évêques membres de l'Assemblée, qui conseillaient, avec la bonté pour ce peuple, la circonspection ? Quel contraste pénible, à la tribune de l'Assemblée, entre la pétulance de ce i)rêtre indiscipliné et la sage mesure do Mgr de la Fare, son évêquc à Nancy? L'évoque dit: « Les juifs ont des griefs à faire redresser. Le législateur a oublié qu'ils sont hommes et malheureux. 11 faut leur accorder la protection, la sûreté, la liberté ; mais on faire des citoyens actifs, non... Mon cahier m'ordonne de réclamer contre cette motion ^ » Grégoire a d'autres idées que sou évcque,et, quand une fois il les a, a Je suis, a-t il dit de lui-même, com)nc le yranit; on i^cut me briser, on ne me plie pas *. »

Un esprit suffisant, avec un zèle inconsidéré, a presque toujours dos vues courtes. Le curé d'Emberménil en est la preuve. N'a-t-il pas répété à satiété, pour dissiper les craintes qu'on avait d'accorder tous les droits civils et politiques aux hébreux : « Nous ne verrons pas do juifs ceindre le diadème, et en leur accordant une terre de Gessen, nous n'irons pas chercher nos Pharaons chez eux'. » Pauvre Grégoire! pauvre vue courte ! Il

< Moniteur^ 23 décembre 1789.

• Carnot, Mémoirei de Orégoire,

* Or^goir* apport* e«lU raiaoa rtsauranU dana aon E$$ai sur la ré/4-

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était pourtant facile de prévoir que les émancipés do la v(?illo deviendraient, dès le lendemain, les rois de l'époque, pharaons d'un nouveau genre ! Mais la poussière d'or des Hébreux ne Taurait-ello pas ébloui lui-même î On est tenté do le croire. Nous l'avons comparé à la mouche du coche (page 101 ) ; à la fin do la montée, le bon la Fontaine fait dire à sa mouche :

Çù, Messieurs les chevaux, payez-moi do ma peine.

A coup sûr, le curé d'Einbcrménil n'a pas traversé la Révolution française les mains vides. Des républicains, il a accepté un évêché ; de l'empereur Napoléon, les titres de comte, de sénateur, do commandeur de la Légion d'honneur, avec une dotation considérable en espèces sonnantes. L'émancipation des pauvres noirs do Saint- Domingue, dont il a été l'ardent promoteur, lui a, diton, procuré de gros avantages*. Seule, l'émancipation du riche Israël ne lui aurait -elle rien rapporté? Ce n'est guère probable. Ses biographes, du reste, ne lo ménagent pas à cet endroit.

Mais, pour en revenir à ses idées fausses sur la question juive, l'impatient orgueil qui l'agitait de la faire triompher était tel, qu'il n'a pas reculé, lui prêtre, devant la calomnie, la trahison : pour réhabiliter lo peuple du Calvaire, il n'a pas hésité à dénigrer le peuple de l'Eglise. Ses écrits sur les juifs, ses motions à l'Assemblée en leur

nération de$ juift, p. 130; il la répèU daai m Motioit tt% favtur du

Juifti, dépotât à l'AiiembU* national*, p. 17.

1 Bertrand d« Mull«vlll«, dan* ion llittoirt dt la liévolulion^ t. VIII, p. 38J, pjrl« d'une j^raliflcation de 80.000 franca que lui aurait prétenléa la;Société des Aïoii des noira.

SKS ANXIKTKS AVANT LE DECRET IW

faveur, sont parsemés de traits comme ceux-ci : « C'est nous qui les avons contraints à devenir vicieux. Le juif était méprisé, il est devenu méprisable; à sa place, peutûtre eussions nous été pires!... Los crimes des juifs, l(Mirs malheurs accusent notre conduite à leur égard. Nations, avouez en gémissant que c'est votre ouvrage. Les juifs ont produit les eflets, vous aviez posé les causes : quels sont les plus coupables ^ ? » On aurait dit qu'il prenait à tâche de transporter les épines do la couronne do Jésus sur la tête des juifs... C'est cet esprit de dénigrement qui lo poussa à faire d'activés démarches auprès do l'Assenibléo nationale j)Our obtenir que le décret d'émancipation fut adopté et promulgué le jour anniversaire de la Saint-Barthêlemj. Il avoue lui -môme ses démarches. « J'aurais voulu que l'affaire fût disculée cl (Ido'c'lée le jour de la Saint-Barthdlemi/, pour qu'un acte de justice et de bienfaisance marquât Vannicersaire d'un crime d jamais exécrable^. » Qui no Voit qu'un pareil proj(>t impliquait et dissimulait uno injure gratuite envers l'Église ? Car un prêtre catholique, qui vient demander qu'on émancipe les juifs lo jour anniversaire do la Saint-Barthélémy, expose tout d'abord les ignorants et les simples à croire que l'Église sent le besoin d'une réparation, et qu'elle veut so faire pardonner le massacre des protestants par l'émancipation des Israélites. Eh bien, l'Église n'a rien à so faire pardonner; elle réprouve la Saint-Barthélémy comme un exécrable attentat de la politique. L'Assem-

* Eiiai sur la régénération desjuit», pog«i 10, 43, 44, 71, «te., tte. » Motion en faveur dtt juif», prirae*, p. 10.

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bléo nationale, dont un grand nombre de membres étaient encore chrétiens, comprit la si^milication redoutable d'un tel acte : elle écarta le projet de Grégoire.

On a cherché à excuser les hardiesses du curé d'Emberménil en disant qu'il avait voulu cJiristianiscr la liévolution. Hélas ! c'est le contraire qui est arrivé. La Révolution le décliristianisa. Que d'imprudents ont eu le même sortquclui ! Le reste de sa vie, et sa fin, furent déplorables ^

La sévérité de jugement, que le dévouement à l'Église et la défense du peuple chrétien ont commandée à notre I)lume, n'a point baimi, pourtant, la reconnaissance do notre cœur. Grégoire a aimé les israélites ; appuyés ou non par des récompenses temporelles, ses succès furent souvent émus, convaincus, sincères : « Puisse'jCf disait- il, alléger les peines d'une nation infortunée, et lui procurer un défenseur plus éloquent; elle n'en trourera pa'i un plus célé^l » La reconnaissance fait qu'on éprouve un poignant serrement do cœur lorsqu'on compare le sort do ceux qui ont commencé notre émancipation avec le sort de ceux qui l'ont achevée : Louis XVI et Malesherbes, Mirabeau et Grégoire ! Les' deux premiers mourant en martyrs sur un échafaud, les deux autres mourant comme il n'est pas

' M. Guizol a (racé un poriroit sévère du n vieux jacobin, qui avait fuit la guerre aux honnêtes gon8,à la propriété, à la liberté, aux droits et au repos d« tous ». Du Gouvernement de la France, 1820, p. 232.

* Motion, etc., p. 42. — Il disait encore : t Le souffle de la colère divine a dispersé les enfants de Jacob sur l'étendue du globe pour un temps limité, mais il dirige les événements d'une manière conforme à »es vues supérieures ; et sons doute il nous réserve la gloire de préparer par nos bontés la révolution qui doit régénérer ce peuple. Il tiendra, cet bea^ rcui jour, et aaas doute nous toucbons à ton aurore. •Ibid., p. 17.

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permis de mourir : Mirabeau demanda sur son lit de mort de la musique et des fleurs, et Grégoire refusa à rÉjj'lise sa mère, do se rétracter.

Pauvre Mirabeau ! pauvre curé d'Emberménil I Puisse ce qu'ils ont fait pour Israël avoir adouci pour eux la justice de Dieu l

En face de ces deux zélés promoteurs do Téniancipation isrnélite, se dressèrent, dans les rangs de laConstitiiant(% deux principaux adversaires : l'abbé Maury et Uewbrll.

L'abbé Maury — plus tard le cardinal Maury — était fils d'un iiunible cordonnier do Valréas (Vaucluse). D'une nature ardente, spirituel, très instruit, d'une forte et abondante éloquence, il entra, comme député du clergé, aux Etats généraux de 1780. Sa gl.ire fut d'oser tenir tète presque seul à la foudroyante parole de Mirabeau. 11 se déclara le défenseur de l'Église et de la royauté. On a porté sur lui ce jugement impartial :

« L'abbé Maury, le Mirabeau du côté droit, improvisateur si puissant avec une langue toujours classique, montre un spectacle inouï dans l'histoire: c'est celui d'un homme du peuple protégeant tout le passé que le peuple veut détruire, défendant les privilèges et les titres de la noblesse malgré la noblesse elle-même, demandant pour la monarchie plus de garanties que n'ose

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on demander le roi, entourant de ses bras nerveux V œuvre des su'' des, qui tombait pièce à pièce devant lui... Etrange et glorieuse destinée qui aboutira à d'indignes faiblesses. Ces révolutions que l'abbé Maury poursuit avec une si éloquente audace, sembleront vouloir se venger de ses coups en dérobant à ses yeux la ligne du devoir * ! »

Cet homme, qui combat au nom du passé, qui entoure de ses bras nerveux l'œuvre des siècles au moment où elle tombe pièce à pièce, s'avance avec la môme attitude dans la question des juifs. Prêtre, il veut qu'on les respecte; Français, il s'oppose à ce qu'on les introduise au cœur de la Franco, en leur confiant le maniement des affaires publiques.

Sa plaidoirie contre eux fit sensation :

« J'observe d'abord que le mot./wî/ n'est pas le nom d'une secte, mais d'une nation qui a des lois, qui 1rs a toujours suivies, et qui veut encore les suivre. Appeler les juifs des citoyens, ce serait comme si l'on disait que, sans lettres de naturalité et sans cesser d'èlrc Anglais et Danois, les Anglais et les Danois pourraient devenir citoyens français... Les juifs ont traversé dixsept siècles sans se mêler aux autres peuples.

<c Ils ne doivent pas être persécutés; ils sont hommes, ils sont nos frères; et anathème à quiconque parlerait d'intolérance! Nul ne peut être inquiété pour ses opinions religieuses; vous l'avez reconnu, cl dès lors vous avez assuré aux juifs la protection la plus étendue. Qu'ils soient donc protégés commo individus et

> Hii'oire de la Rvolution, par PoU40ur.AT| p. 155-0.

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