PHYSIONOMIE DE L'ASSEMBLEE
Le lutteur le plus acharné contre rémaiicipation juive fut Rewbcll. Il n'abandonna pas, un seul instant, la broche.
11 était rude et blessant par la vivacité ri IViproté de son langage, a Rewbeli, médiocre avocat do Golmar, violent, sans éclat à l'Assemblée constituante, instigateur de la violation du secret dos lettres, se signala par son animosité contre Louis XVI. Se trouvant àMayenco pendant qu'on faisait le procès do ce prince, il écrivit pour presser la condamnation, s'étonnant que Louis Capet vécût eticorc '. » Qu'on infère do là s'il devait être tendre pour les juifs.
A lui, comme député de l'Alsace, aboutissaient toutes les plaintes de cette malheureuse province dévorée par les usuriers. Gomme, à la séance du 24 décembre 1789, lo comte de Glermont-Tonncnc insistait en faveur do l'émancipation, le fougueux député de l'Alsace s'écria : « Lo décret qui élèvera les juifs au rang de citoyens sera, n'en doutez point, leur arrêt de mort en Alsace, tant lo peuple les y déteste, et tant je crains que sa fureur se réveille sur eux * ! »
C'est à la suite do celte séance que Rewbcll, attaqué
• Poo;ouuT, Histoire de la [iévolution, j». 497.— Dkzodht, Dictionnaire, tu mol Rewbeli.
I Moniteur, Hiid, 24 d4c«m ira.
SKS AN.MKTKS AVANT I.K DKCRKT U)i
par Camille Desmoulms, au sujet de Topiiiion qu'il avait défendue de coucert avec Tabbé Maury, écrivit au spirituel pamphlétaire une lettre où il l'invitait à aller s'assurer [)ar ses yeuv, en Alsace, de la véritable situation dos choses. « \'otre humanité, lui dit-il, au bout de quelques heures do séjour, vous porterait à coup sur à employer tous vos talents en faveur de la classe nombreuse, laborieuse et bravo de mes infortunés compatriotes, opprimés et pressurés do la manière la plus atroce parla lidrdc cruelle de fvs .l/)wca»' /i.s- entassés dans mon pays *. »
Peu s'en fallut (|ue l'arrêt de mort, prophétisé par Rewbell, ne reçût son exécution en avril 1790. Lorsqu'on apprit en Alsace que l'Assemblée constituante se disposait à rendre un décrit favorable aux juifs, une sourde rumeur se répandit partout. Les scènes barbares de la fin de l'été précédent, allaient recommencer (voir plus haut p. 105 G). Heureusement que le comte de Glermont-TonufTre, l'abbé (Grégoire, Mirabeau, Rœdorer, se hâtèrent d'informer l'Assemblée des dangers que couraient leurs clients. Pour la seconde fois, l'Assemblée nationale mit leurs personnes et leurs biens sous la sauvegarde de la loi. Et comme Louis XVI était encore roi, le généreux monarque s'empressa de leur accorder sa protection. Une proclamation du roi parut en Alsace * ; et de plus, par son ordre, M. de la
' Hai.lkz, Des juifi en France, p. 171.
< Proclamation du Roi :
« Vu la décret dont la teneur suit :
fl Décret de l'Auembiée nationale, du 16 avril 1T9\
< L'Assemblée nationale met de nouveau les juifs de I'AIbac* at dea autres prorioces du royaume sous la sauvegarde de la loi, défend i!i toute*
)'ré)iOB()«rfinc« jui^ e. 1 1
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Tour-du-Pin écrivit eu leur faveur à M. do Rocharabeau, qui commandait eu cette province*. Les juifs tout tremblants furent protégés, et la triste prophétie de Rewbell ne s'accomplit pas.
Rewbell est, dans l'histoire, une des dernières figures où se lise l'acharnement contre les Israélites. Celui qui s'étonnait que Louis Capet vécût encore pouvait bien concevoir le même étonnement sur les restes de ce peuple indestructible dans sa durée *.
Autour des figures que nous venons de présenter : Mirabeau, Grégoire, Maury, Rewbell, se concentrent, pendant deux ans, les divergences do l'Assemblée dans
personnes d'altcnter A leur ffkrelé ; ordonne aux municipalités et aux gordtis nationales de |iruté|,'cr île luiil leur |)ouvi>ir leurs personnes et leurs propriétés.
« I^ roi 0 sanctionné et sanctionne ledit dëcrel, en conséquence mandé •t ordonne aux muiiicipalilés et nux gardes nationales de s'y conformer, et (le le foire exécuter et obntrver.
« Fait à Paris, le 18 avril 1790 et denolrd régne le seizième.
Signé: LOUIS.
Par le Roi :
Signé .'Du Saint-Phiest. •
• ORiooiRK, Motion «n faveur des juifs, noti 'e historique, p. 10.
* Rewbell fut le |ierséculeur constant des émigrés. Son talent et beoii» coup d'opiiiiùireié au travail lui valurent dans la suite la présidence du Directoire; son caractère hrutal et tronchant le rendit pru propre aux relations étrangères, dont il crut pouvoir se charger. Sous Bonaparte, il entra au conseil den Anciens, disparut de la vie politique aprèi le 18 brumaire, et mourut dans le llaut-Rbin, avec une réputation d'avorice.