SKS ANXIÉTÉS AVANT LE DECRET
les débats sur les juifs, les animosités des uns, les encouragements des autres.
Et quel est le résultat des débats ?
L'hésitation, hésitation toujours croissante, et, par suite, des ajournements indéfinis de la question.
Des historiens trop favorables conviennent bien que l'affaire des juifs fut ajournée plusieurs fois, mais ils ajoutent que « chaque fuis elle fut différée par l'urgence et la niultiplicilô d'autres occupations* ». Gela n'est point la vérité. On n'ajourne pas une affaire comme cello-là, durant deux ans, uniquement parce qu'on a d'autres occupations. Des historiens plus impartiaux disent franchement pourquoi l'Assemblée ajournait : parce qu'elle avait de vagues appréhensions. « Malgré toutes les instances, la question dos juifs dans fouie sa fo7xe ne fut portée que très tard à l'ordre du jour de rAsscmbléo nationale, comme si cette dernière eût craint de soulever celte nf] aire ^. » Et encore : « La question juive devenait de plus en plus brûlante... Mais toujours des ajournements... Les représentants des juifs perdaient patience '. » Pareil aveu justifie bien ce que nous avons dit au début de ce chapitre, et qu'il importe de répéter : cette assemblée que rien n'étonne, que rien n'arrête, enthousiaste jusqu'à la présomption, se sent mal à Taise, indécise, faible, devant une sanction, un décret concernant les juifs. Ce décret, elle mettra deux ans à le rédiger ; elle le
i C'est le •entinaani d« Grégoire. (Motion an faveur de$ juift, notic* hii torique, p. 10.) ' Ohaetz, Histoirt dtt juif*, t. XI, rbap. v. » Ibid.
m l'IIYSIONOMIK DE 1/ASSEMBLEK
rédigera en onzo fuis, accordant do temps eu temps quelque chose ; il faudra le lui arracher, en quelque sorte, morceau par morceau.
Voici, du reste, le tableau des tâtonnements, des ajournements, et des concessions partielles et successives de rAssetnblée :
Le 24 décembre 1789, la question est donc une première fois ajournée.
■ Le 28 janvier 1790, on reconnaît et on confirme les droits oivils anciennement accordés aux juifs do Bordeaux par Henri II (»t quelques-uns do ses successeurs ; mais nouvel ajournement pour les juifs d'Alsace *.
Un mois après, le 20 février 1790, le duc de la Rochefuucauld-Liancourt demande à l'Assemblée do dxer le jour où elle s'occupera de l'état civil à accorder au reste' des juifs; on lui répond que celte question est sans doute fort importante, mais qu'on en a qui le sont davantage, et l'ajournement est voté '.
Dix-huit jours après, le 16 avril 1790, les juifs d'Alsace, menacés par des populations en fureur, sont placés, .par un décret spécial, sous la sauvegarde de la loi et de TAssemblée nationale ; mais l'examen de leur sort définitif est encore ajourné '.
Quatorze jours après, le 30 avril 1790, les partisans qu'ils ont au sein de l'Assemblée reviennent à la charge, à propos d'un décret tendant à faire jouir des droits de
' ifoniteur du 2d janvier 171K). — Détails tur c«tt« léance dam It BêCueil de» lois concernant le* iaraélitet par Halphtn, p. 195 j(K). ' Moniteur du 27 février 17V0.
1 Moniteur du 17 avril 1700.