LES III^.SITATIONS DE L'ASSEMBLEE
faut que le chêne le plus dur, qu^un iinple airain environne le cœur* » do cette Assemblée!
Et les députés do rAssemblée pensaient entre eux : « Ce bloc enfariné ne nous dit rien qui vaille *I »
Il y a, néanmoins, une exception à signaler. Certains présidents so montrèrent extrêmement attendris, trop pout-ôtre 1 En ce temps de la Constituante, le fauteuil de la présidence voyait so renouveler ses élus tous les mois. Or, quand le fauteuil est occupé par un ami d'Israël, les supplications recommencent plus pressantes, et une tentative est permise. Nous nous abstiendrons de citer des noms; il n'y a pas d'inconvénient, cependant, à nommer l'abbé Grégoire. Il lui arrive de tenir le fauteuil en janvier 1791, et sur-le-champ la question juive fait irruption ; mais il s'attire cette verte leçon du duc doBroglie : « C'est avec surprise que j'entends renouveler à cette tribune une proposition relative à un objet que vous avez, Messieurs, sisagement ajourné depuis i)lusieurs mois. Je no suis pas moins étonné qu'un membre du comité ecclésiastique se soit permis d'intervertir Vordre du jour indiqué, pour faire une proposition aussi dangereuse en elle-même que déplacée dans la circonstance ^.. » Bref, un vrai charme venu d'Israël plana parfois au-dessus de la présidence. De quoi était composé ce charme? Serait habile chimiste celui qui le dirait ! Tous les gens lettrés avaient lu Rousseau, et, vraisemblablement, à la pré- ' sidence de rAssemblée, cette réflexion du philosophe
^ Horace.
* La Fontaini.
* S4aQC« du 18 jaaviar iTW (^onU$\kr dutOjaoTUr 1791).
1«.'" MOYENS EMPLOYÉS TOm VAINCRE
(le Genève ne devait pas ôtre inconnue : « Je me faisais un siècle d'or à ma fantaisie, et, remplissant ces beaux jours de toutes les scènes de ma vie qui m'avaient laissé de doux souvenirs, et de toutes celles que mon cœur désirait encore, je m'attendrissais jusqu'aux larmes sur les vrais plaisirs de l'humanité. » Hypocrite Rousseau 1 naïfs présidents I Le siècle d'or que vous rêvez avec tant de philosophie sentimentale pour vous-mêmes et pour l'humanité n'est plus loin : le peuple juif, émancipé par vous, se chargera de le réaliser, mais à sa façon, et à son profit.
Aussi, avec la supplication sur les lèvres, le second moyen auquel les jnifs eurent recours pour intéresser à leur cause, fui l'or dans leurs mains.
On ne fera jamais croire à i)ersonne que l'or, qui a été, en. tout temps, la grande puissance de ce peuple depuis sa dispersion, ne lui ait pas servi en cette circonstance, et que la bourse, qui lui avait fourni tant de fois les moyens de dénouer les difficultés les plus délicates, ait élé, cette fois, dédaignée par lui, tant sa cause lui aurait semblé idéale, et tant se> vues auraient été désintéressées! C'est, cependant, l'étrange assertion que soutient l'historien Graolz. «Les ennjmisdesjuifs, dit -il, avaient répandu le bruit qu'un juif très riche (Gerfberr) avait
i,E.^ n^:.siTATroNs de I/ASSEMDLÉE ISI
distribué dos sommes d'argent très considérables pour gagner des avocats. C^était une affreuse calomnie. Peut-on suborner ainsi une ville de sept cent mille habitants^ ?» Assertion par trop innocente, et justification par trop partiale I Non, sans doute, on ne suborne pas une ville de sept cent mille habitants ; mais dans une ville de sept cent mille habitants, on peut suborner tel ou tel habitant, tel ou tel avocat, tel ou tel député. C'est ce que nos bons hébreux n'eurent garde de dédaigner. Nous le croyons tros fermement, sans faire tort le moins du monde à leurs qualités. Oui, c'est notre sentiment, ils durent dépenser et distribuer beaucoup d'or. Le duc de Br()glie,dureste,ledéclaraen plein Parlement. « Parmi eux, dit-il dans la séance du 18 janvier 1791, ihj en a un surtout qui a acquis une for/une immense aux ddpens de l'Etal, et qui répand dans la ville de Paris des sommes considérables pour gagner des défenseurs à sa cause*. » Il désignait Gerfborr. Accuser Gcrfberr d'avoir fait sa f<Mtune aux dépens de l'Etat, alors que Louis XVI lui-même avait reconnu, dans des lettres patentes magnifiques, les grands services que Gcrfberr avait rendus à l'État, était une accusation injuste, peu digne du noble duc. Mais que le duc de Broglie ait fait erreur en affirmant « que Gerfberr répandait dans toute la ville de Paris des sommes d'argent pour gagner des défenseurs à sa cause», non, assurément!
Les mains qui tendaient Ter ne sont pas dignes d*éloge ; celles qui l'ont accepté le sont encore moins.
1 Orabtz, HUtoirt dti Jui^, t. XI, p. SU. > MoniUur, du SO jaoTt«r 1701.
1>»1. MOYF-NS KMri-OYF-S POÎ'R VAINCRE
Que los juifs aiont ou recours à un semblable moyen fie persuasion, il fallait s'y attonrlro. Mais que, d'autre part, on ait favorisé leur émancipation en se laissant gagner à leur cause par de l'argent, cela était un signe caractéristique do l'orgueilleuse et, en môme temps, peu ficre époque inaugurée avec la Révolution. Le grave Malesherbes, présidant la section du Conseil d'Etat chargée par Louis XVI d'examiner la cause des juifs, n'eût jamais permis au veau d'or do projeter son ombre dans la salle du Conseil. On n'ose en dire autant de certains membres, môme do certains présidents de rAssombléo consti tuante. La société, hélas ! commençait à présenter cet aspect vénal qui lui venait fatalement dos doctrines matérialistes et des mœurs voltairiennes, et qui, dans la suite, l'assimilera complètement aux juifs. Qui se ressemble s'assemble! Voilà pourquoi les portes de la société n'étaient plus solides devant les juifs. Elles n'étaient plus ces lourdes portes du moyen âge toutes verrouillées d'honneur. La clef d'or y jouait déjà avec aisance. « 0 ville vénale ! » s'était écrié un étranger à l'aspect do l'ancienne Rome dégénérée ; « il ne te manque qu'un acheteur l » Avec leur finesse de pénétration, les juifs avaient pressenti que la société était devenue vénale, ot eux- mômes se présentaient comme acheteurs 1
En employant les supplications et l'or, les juifs assiégeaient la société par des moyens en quelque sorte fami-
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lior-s ot qui lour appartonaient. Mais voici que, d'clloinôrnc, la société leur ofTro imprudemment le moyen d'entrer, sans coup férir, dans son soin : ce moyen, c'est In Déclaration dos droits do l'homme !
Beaucoup do Franoais légers et irréligieux — d'autant plus légers qu'ils sont devenus irréligieux — n'ont jamais pris garde à la broche formidable que la Déclaration des droits do l'homme venait pratiquer dans la société chrétienne. Qu'ils veuillent bien s'en rendre compte une bonne fois, en lisant ce qui suit :
Du moment qu'à la base de la société, les législateurs do 89 retiraient V Evangile do Jésus-Christ pour lui substituer le (7o;î^'a^ sofirtMe Rousseau, et du moment que, pour être citoyen d'une nation toile que la Franco, il suffisait à l'avenir d'être Jiomme, sans plus se préoccuper du titre de chrétien, il s'ensuivait : que les juifs avaient le droit de se présenter, pour devenir citoyens; car eux aussi étaient hommes ! Ils le comprirent bien vite et, bien vite aussi, se présentèrent. Le lecteur nous saura certainement gré de lui mettre sous les yeux doux tableaux saisissants, empruntés à l'historien qui a retrouvé la couleiir locale de la Révolution ; nous y jyouterons une couleur juive:
« Un ferment nouveau est entré dans la masse ignorante et grossière, et les idées nouvelles font leur effet. Il y a longtemps qu'elles ont filtré insensiblement de couche en couche, et qu'après avoir gagné l'aristocratie, toute la partie lettrée du tiers état, les gens de loi, les écoles, toute la Jeunesse, elles se sont insinuées, goutte à goutte et par mille fissures, dans la classe qui vit du travail de ses bras. Les grands seigneurs, à leur
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toiletlCy ont railla le chvhtianisme et affirmé les droits de l'homme devant leurs valet^y leurs perruquiers, leurs fournisseurs et toute leur antichambre. Les gens do lettres, les avocats, les procureurs, ont répété, d'un ton plus âprc,los mômes diatribes et les mômes théories aux cafés, aux restaurants, dans les promenades et dans tous les lieux publics. On a parlé devant les gens du peuple comme s'ils n'étaient point là et, de toute cette éloquence déversée sans précaution, il a jailli des éclaboussuros jusque dans le cerveau de l'artisan, du cabareticr, du commissionnaire, de la revendeuse ^.. » Nous ajoutons : et du juif. En ofTet, les juifs, eux aussi, en vendant leurs fripes et en faisant leurs échanges, ont retenu et rapporté dans los ruelles de leurs quartiers à part ce qu'ils ont entendu dire des droits de l'homme. Est-il, alors, étonnant qu'ils redressent leur front humilié, puisqu'aux yeux d».» la nouvelle législation, la tache du déicide ne compte plus, et qu'ils disent : Nous aussi, nous scynmes des hommes, et comme hommes, nous demandons à partager les droits de tous! Avaient-ils tort? Qu'on réponde. Du moment que les représentants d'une nation chrétienne abandonnaient les sommets créés par le christianisme pour descendre et se placer sur le terrain de la pure humanité y pourquoi, sur ce terrain, les juifs ne se seraient-ils pas empressés d'accourir, on relevant la tête ? Us ont accouru. Dans ce danger de leur apparition, qui sont les coupables?
Autre tableau de l'époque :
* Tai!«i, la Révolution, U l, p. 34 -&.
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On connaît la fameuse fùto do la Fédération, célébrée lo 14 juillet 1790, et qui fui, en quelque sorte, l'idylle du Contrat social. Au Champ do Mars, théâtre de la fêt*', et où se pressaient plus de trois cent mille patriotes, au mo:nont où le canon annonça le serment do fidélité, tous les bras se levèrent, toutes les voix crièrent : Je le jure. Avant et après lo serment, ce fut comme un délire dont voici quelques détails qui forment tableau. (( A Paris, écrit un témoin oculaire, j'ai vu des chevaliers do Saint Louis et des aumôniers danser dans la rue avec les individus do leur département. Au Champ de Mars, lo jour do la fédération, malgré la pluie qui tombe à Ilots, les premiers arrivés commencent à danser ; ceux qui suivent se joignent à eux et forment une rondo qui ombrasse bientôt une partie du Champ de Mars... Trois cent mille spectateurs battaient la mesure avec h^s mains. — Les jours suivants, au Champ de Mars et dans les rues, on danse encore, on boit, on chante ; il y a Ijal et rafraîchissement à la halle au blé, bal sur remplacement de la Bastille. — A Tours, où cinquante -doux détaohcmcnts des provinces voisines se sont assemblés, vers quatre heures du soir, par un élan irrésistible do gaieté folle, les officiers, bas-ofliciers et soldats, pêle-mêle, se mettent à courir dans les rues, formant des danses, criant : Vive le roi ! Vivo la nation ! jetant leurs chapeaux en l'air, et forçant à danser toutes les personnes qu'ils rencontrent sur leur chemin. Un chanoine de la cathédrale, qui passait tranquillement, est affublé d'un bonnet de grenadier, en • traîné dans la ronde : après lui, deux religieux ; on les embrasse beaucoup, puis on les laisso aller... Par-