‹ La prépondérance juive, d'après des documents nouveauxChapitre 44 sur 71 · LES HÉSITATIONS DE L'ASSEMBLKK · texte numérisé non relu

LES HÉSITATIONS DE L'ASSEMBLKK

nous confions à vous tous ; et votre respect connu pour les droits de l'homme, V impossibilité uù vous êtes aujourd'hui de vous mettre en contradiction avec tous CCS actes de sagesse et de justice qui sont émanés de vous, la douleur que vous auriez de déshonorer, par une injustice éclatante, une constitution qui doit faire le bonheur de la Franco et l'objet de l'admiration des étrangers : tout nous garantit que notre cause, qui a trouvé hier tant d'adversaires parmi vous, trouvera en vous tous, aujourd'hui, autant de soutiens et de défenseurs *. )) Que pouvait -on répondre à la logique de ces observations ? Rien.

Los intéressés disent encore aux législateurs : « Si vous nous refusez, votre refus semblera une approbation solennelle des haines populaires contre les juifs. Car le peuple comparant la Déclaration des droits de V homme , si souvent lue et relue par lui, avec la malheureuse destinée des juifs, en conclura guils ne sont pas des hommes... Vous repousseriez dans le fond des cœurs le préjugé qui est prêt à s'en échapper... Et la fureur du peuple qui a si souvent éclaté contre les juifs, serait plus facile encore à s'entlammer ^. »

L'histoire n'a enregistré aucune réponse à ces arguments. L'embarras de l'Assemblée était manifeste.

' Souvelle Adresse des juifs d CAssetnbléj n Utonaltt du 2i décembre 1789, p. 3.

• Pétition des juifs à V Assemblée nuionale du 28 jûDvier 1790, p. 78-9, p. 94. — Cette pétitioa t'ouvre par cette arrogante déclaration :

• lia demandent k être citotxms. Le droit qu'ils ont à être déclarés tela, l'aTantage qui en résultera pour la France, les incouTénients qui résulteraient d'un décret opposé 4 leurs tobux, tout cela est exposé dans cet écrit avec l'énergie qui convient à des homnnes qui réclament -ion une grdce, mai» un acte dtjuttice» (p. 7-8).

190 MOYKNS EMPLOYES POUR VAINXRE

Les iégislatcurs de 89 ayant renversé inconsidérément tout l'ancien ordre de choses au nom des droits de l'homme, voici qu'une invasion inattendue, non do barbares, comme au iv' siècle, mais de maudits, une race méprisée de tous, se présente à l'improvislc, pour bénéficier immédiatement de la législation nouvelle. Il fuut avouer que cette ai)i'arition inattendue était bien faite pour abasourdir rAsscnibléc. Elle aurait voulu no pas encore étendre, à ces étrangers, la reconnaissance de l'homme et ses droits ; mais les juifs lui criaient : « Go serait vous mettre en contradiction avec la Constitution... ce serait vous déshonorer vous-mêmes!... Ce serait nous exposer à une persécution plus épouvantable que toutes les précédentes... Nous sommes des hommes!... » Et les législateurs étaient muets d'embarras et de crainte.

Longtemps, la société avait repoussé le Juif-Errant de son sein, lui disant: Marche, marche î Mais la société ayant cos-sé d'être chrétienne, et les nouveaux législateurs hésitant à reconnaître, à propos dos juifs, les conséquences des droits de l'homme, ceux-ci retournaient contre l'Assemblée le mot célèbre et fatal et, à leur tour, lui criaient : Marche, marche I

Ils employèrent enfin un dernier moyen, celui-là occulte et détourné, répréhensible en tous points : le 7'ecouf's aux faubourgs cl à la Commune, « Les repré-

LES IIKSITATIONS DE L'ASSEMBIJOK VH

sentants des juifs perdaient patience », dit un de leurs historiens*. La souffrance do l'attente n'excuse pas l'emploi des voies obliques. Leur pétition (du 28 janvier 1790) à l'Assemblée nationale rcnforniait cet audacieux programme : « Tout ce qu'on n'aurait pas osé, ou tout ce qu'on n'aurait osé qu'avec des précautions infinies, à une époque plus reculée, on peut et on doit l'oser dans ce moment de régénération universelle, où toutes les idées et tous les sentiments prennent une nouvelle direction ; eiil faut se hâter de r oser ^. » Eux-mêmes ne mirent que trop bien en pratique ce conseil de direction.

Nous sommes, ici, en possession du dernier secret do la manière dont s'est faite l'émancipation juive. Maies herbes et Louis XVI, voilà les débuts ; les faubourgs et la Commune, voilà le dénouement. Aussi, étant donnée cette vérité historique : que c'est, bel et bien, à la Commune que les juifs ont demandé la suprême impulsion, le catégorique secours qui a fait aboutir leur émancipation, il importe, avant de raconter les événements, d'ajouter un trait nu tableau que nous avons tracé do l'Assemblée constituante, lorsque nous avons décrit, au commencement du IV'chapitrc, sa couleur locale.

Nous l'avons dépeinte ainsi : Assemblée enthousiaste et généreuse, mais idéologue, théâtrale, pleine de présomption et do sufâsanco. Nous tenions en réserve, pour le rapporter à cette place, ce dernier trait : Assemblée entièrement soumise à Taction des faubourgs et de la Commune de Paris.

i Okabtz, t. XI.

* Pétition d«t juif» adreuéé A rAuttnbtée nationale 1« S8 jan vivr 1790, p. 96.

i9t . MOYKNS EMPLOYÉS POUR VAINCRE

Ce fait historique est aujourd'hui trop connu pour qu'il soit besoin d'apporter grand nombre de citations. Une seule suffira : « En deliors de l'Assemblée nationale, il y a de véritables pouvoirs : l'Hôtel de Ville, les districts et les clubs. Là se préparent les agitations de la rue, les menaces, les complots... Les chibs avaient un moyen d'action qui s'appelait le sabbal; c'était une association de dix hommes dévoués, prenant l'ordre de tous les jours, que chacun d'eux donnait ensuite à dix hommes appartenant aux divers bataillons de la garde nationale do Paris; tous les bataillons et toutes les sections recevaient à la fois la même proposition d'émeute, la même démonstration contre les autorités constituées*. »

L'oppression do l'Assemblée nationale par la Commune et les districts, tel fut donc le caractère distinctif de la Révolution. En rupture avec son souverain, cette Assemblée pré.>^omptueuse élait obligée d'accorder en bas ce qu'elle refusait on haut : l'obéissance. On décrétait les lois dans l'Assemblée, mais on les recevait, pré parées, de l'Hôtel de Ville et des clubs.

Eh bien, les Israélites étaient, évidemment, trop perspicaces et trop retors pour ne pas mettre à profit cette confusion des pouvoirs. Toujours ajournés et déboutés par l'Assemblée, ils se retournèrent vers l'Hôtel de Ville, vers la Commune, et se concertèrent avec la force occulte pour obliger la force légale et législative à s'occuper d'eux et à leur être favorable.

' Mémoirtêdt la Faytttt, X, U. — Hiitoirt de la Révolution, par Poujoulat, p. 167-9.

Page 1