‹ La prépondérance juive, d'après des documents nouveauxChapitre 50 sur 71 · PHASE JACOBINE · texte numérisé non relu

PHASE JACOBINE

Un autre détail plus curieux encore :

Dans leur tournée, les quatre solliciteurs, appuyés par le district des Carmélites, obtinrent pour l'émancipation l'adhésion unanime des autres districts de Paris, sauf un, qui refusa obstinément la sienne. Qui le croirait, et qui retiendra son sourire en l'apitronant ? ce fut le district des fripiers. Dans ses notes, l'avocat Godard n'en souftle mot. 11 feint même, en bon avocat, l'unanimité des suffrages des districts. Mais cette curieuse exception est attestée par les juifs eux-mêmes. « Les solliciteurs se sont d'abord rendus aux quarante-huit sections de Paris, pour les engager à soutenir lonidemande. Quarante-sept l'ont accueillie à l'unanimité: une seule s'y est refusée : c'était celle des fripiers do la halle ! ce refus ne demande pas d'explication ^ » — « Il n'y eut que les revendeurs de la halle qui refusèrent de donner leur consentement, car ils redoutaient la concurrence *. *>

Nous ne pouvons nous empêcher de faire ici une réih^xion sur la passion révolutionnaire, qui transforme soudainement l'hostilité do toute une ville vu appui. Voici donc 48 sections de Paris, sauf une, qui appuient la demande, d'émancipation des juifs. Or, quelques années auparavant, lorsque sous Louis XV, les juifs, tolérés à Paris, voulurent tentor quolques démarches pour obte-

* Archivet ùrat lites, année 1841, p. ôo2, — Tandi» qu« lei Archives israi/lites parlent de êeetionn, les papierx deOodard «l 1« Kecueil officiel des lois font mention de districts. Ont qu'en eflfet Part* était divisé en 00 districts et en 48 sections. Cinquante-neuf distrirU ou quarante-sept »ection» approuvèrent donc la demande d'émancipation : les fripiers de la Hslle, seuls, la repoussèrent.

> Orabti, t. XI, p. 2IÔ-17.

nir le droit de bourgeoisie, tous los marchands et négociants de Paris se levèrent unanimement contre la prétention de CCS proscrits. Nous avons, sous les yeux, en écrivant ceci, la requête des six corps de marchands et néyociants de Paris contre V admission desjuifs\ adressée à Sa Majesté le roi Louis XV. Certes, les pauvres malheureux n'y sont pas présentés sous d'attrayantes couleurs ; « L'admission de cette espèce d'hommes, dit la requête des marchands, ne peut être que très dangereuse ; on peut les comparer à des gué pL's qui n(> s'introduisent dans les ruches que pour tuer L'S abeilles, leur ouvrir le ventre et en tirer le miel qui est dans leurs entrailles ; tels sont les juifs, auxquels il est impossible de supposer les qualités de citoyens *... » Et un peu plus loin: « Le négociant chrétien fait seul son commerce, chaque maison de commerce est en quelque façon isolée, tandis que les juifs, ce sont des particules de vif-argent qui courent, qui s'égarent, et qui, à la moindre pente, se réunissent on un bloc principal ^, etc. » Cela s'imprimait vers 1700, et tous les corps des marcliaud.^ d(^ Paris étaient unanimes à signer la rt^quête, pour repousser les juifs. Quelques années se passent; c'est 17<S9, qu'aperçoit -on ? Tous les districts do Paris, sauf celui des fripiers, sollicitant, pour ces mêmes juifs, la qualité de citoyens. Entre ces deux attitudes de la môme ville, qu'était-ii survenu ' la passion révolutionnaire.

Les fripiers seuls se montrèrçut avisés.

^ Piéco conservée aux Aroliivei nalionaUi, ADIB, XXVII, o* 3it « Ibtd.,p. 10.

> Ibid.,p. 24.

L« Pripondiranoe Joiv*. 14

{I0 PHASE JACOniNK

L'ab])ô Mulot, présidoiit do la Cummunc, ot l'avocat Godard, sont (Mi présonco de riVssciublÔG nationale (25 février 1700).

Ils conduisent une députatiDii envoyée par l'Ifotel do Ville. Ilsn^présentenl les (50 districts, sauf un, et viennent, par conséquent, au nom de tous ces districts, au nom de la municipalité entière, réclamer l'émancipation des Juifs. « Tous les quartiers, â l'exception de celui do la Halle, avaient donné leur approbation ^ »

L<nir réclame est catéj.'-orique. L'histoire dit qu'ils s'ctai(Mit rendus à rAss(Mul)lée nationale « pour lui demander, (ju plutôt poor la forcer de signer le décret concernant l<\s juifs '. »

Nous avons trouvé, dans les papiers de Godard, la minute de la pétition qu'il dé[iosn, au nom do la Commune, sur le bureau do l'Assemblée nationale. En voici quelques passages, où l'on remarquera un aveu significatif, embarrassant, peut-être, pour les juifs :

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