‹ La prépondérance juive, d'après des documents nouveauxChapitre 51 sur 71 · ADRESSE · texte numérisé non relu

ADRESSE

DE L*AS8EMnLÉR VV.S R RPH KSRNTAN T8 hK LA COMMUNE

A l'assemblée nationale sur l'admiisîon dci Juifs à l'étal civil,

Mcssiciirj, « La dcstinc^o do la plupart des juifs du Roynumc est encore indécise. Pout-élro .ittciidicz-vous qu'une opinion fortcraent

i Oaaetz, t. XI, p. 217.

• JbiJ., p. 217.

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prononcro vint forlidor vos p'iu'rcuscs intontionsct nccôh^rcr lo iiionioiit (lo vdlro JumIIpcNous nous frlicitonsd'Otrc les prciuiora n vous porter colto npinion : cilo n'est pns la nôtre sciilcniont, ollo est colle (les nombreux districts de cette c;\pitido; et c'est Paris tout entier qtii vous parle en ce nionicnlpar notre organo.

« A l'instant do la Révolution, les juifs de Paris, par

leur cour.'tfre, leur zèle, leur patriotisme, ont ae(iuis des droits h la reconnaissanoo pul)li(iue.

« Nous les avons vus avec nous, dc'con's du sigrno national, nous aider à coiKiU('rir — et tous h.'sjoui'sils nous aident à conserver — notre patrimoine ooinmun.

« Ah! Messieurs, 5' j75 ont contribué à la conquête de la libcrti'y pourront -ils être condanuu's à ne pas jouir de leur propre ouvrage ? S'ils sont do vrais citoyens, sous (picl prtjtexte le titre leur en serait -il rcl'uscî? N<)ns osons dire (pi'ils le mériteraient comme une récompense, s'il no leur était pas dû comme un acto do justice,

« Au nom do l'humanité et do la patrie, au nom des

qualités sociales'des juifs, do leurs vertus patri(<ti(iues, do leur vif amour do la lil)iTté, nous vous supplions do leur donner lo litre et les droits dont il si;rait injuste qu'ils fussent privés plus longlemits. Nous les regardons comme nos frères, il nous tardo do les appeler nos concitoyens. AU .' déjà nous les traitons comme tels ; notre intérêt nous fait un besoin d'èlre confondus avec eux, notre intérêt nous donno lo droit do réclamer votro justice cl pour eux et pour nous. Acci'lérez leur bonheur et lo nôtre.

Arrêté par nous commissaires nommés par la Commune. Hôtel do Villo, ce l^'i février 1700.

Siffné : GoDAno ',

Tabbé Deutolio,

DuviiYniEn, rabl)<5 Fauchbt'. »

' Portefeuille do Godard.

« FAUcutT (Claude), «véquec;)W<i(ur»onn*/ du Calvalo», conventionnel girondin, né & Dornes (Nivernais) en 1744, décapite le 31 octobre 1*03. Il enlra de bonne \w\t4 dans les ordres, «l devint i>rodical«ur du roi, abbé de Moutl'ort et grand vicaire de l'urcbeTéque de Douro'ei. Il appartenait à

Î12. niASE JACOniNE

Gotto pétition, i)as mal impcrativc, est oxlrèmonient curicuso. Qu'on roniarqno d'abord les signataires : doux abbés, Bcrtolio et Fauchet; avec le président de la Commune, l'abbé Mulot qui conduisait la députation, cela faisait trois prêtres sur cinq députés, qui venaient réclamer l'émancipation des juifs.

Qu'on remarque aussi cette plirase, cet aveu, embarrassant peut-être, avons-nous dit, pour les juifs : ihont coni)'ibné à la conquête de lu liberté. C'est la Commune, elle-même, qui le déclare et qui s'appuie sur cette déclaration pour obtenir de l'Assemblée nationale rémancii)ation de ses clients. Elle afllrme que les juifs ont contribué à la conquête de la liberté. Qu'est-ce à

la »ccfo de» f7/i<mi>»<'«, et il mtMail ù »c« priiiri|)i'R chrtUiens des rèvorius mjs^tiqties et des idées de réfornintoir; il y «vnit niissi dnii» ce lu-ôtre, h l'ùme orageuse ot pn«siiinnon, du iiiliuii et mi'me du guorrior. Au 14 juillet ITSn, il figurn au nombre (Ihs éli-ct-'urs rounis i\ V\\nU'\ île Ville. On le vil dnns relte jouniee lifininguer le peuple et inarclicr à la tèlo d'une colonne, le sobre à In moin, à l'atlaciue de lu HaBtiilf; Imis fois il ramena les aïsnillnnts dispersés par le feu de la forloi'es'pe. — Clinr;^(î parla Conmuino de prononciT reloi:o funèbre «Ifs i-itovens inmls pendnnt le combat, il prit jiour texte de son discours ces pirniesde saint Paul : a Vos enim od lihrrtntr,,t mcati rstis. Frères, vous ôles apjielés à la liherlé. » (> ([ui fui entiei-enient nouveau dans rdlo ci-i'èinonie, c'est «juo le prédicaleur avait Ini-ni.'ine contribué à la conquête qu'il célébrait; il s'était trouvé ati milieu de ceux diuit il honorait la mémoire; il avait encouru le •même péril «l montré la même intrépiililé. Les relalions du temps ont ronstoto l'effet prodigi.ux de ce discour» Mir un ouditoire dominé des mêmes liassions, du même esprit que l'orateur. Une couronne civique lui fut décernée, et on alla sur-le-champ s'en procurer une ; un héraut la porta devant lui jusqu'à rilôlel de Ville, où il se rendit entouré de tous les offlcicrs du district, entre deux compagnies qui marchaient tambour baUant et enseignes déployées. — Lors de la bénédiction de» drai)eaux de» districts, Fauchet fui encore chargé de prononcer le sermon patriotique adressé aux soldats citoyens; il publia, en outre, diver» opuacules destinés à propager sa doctrine de l'union du christianisme et dea idées nouYelles, entre autres : Dt- la Rdigion nationale, 1789 ; Sermon $ur raccord de la religion et de la liberté, 1791.

Dictionnaire de Pierre Laroune,

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(lire, sinon qu'ils ont pu avoir la main dans tous les êvéncmonts graves do 178Î) et iîOO ?

Qu'on remarque, enfin, coiio parole d'abaissement des sif^niataires : « Notre intérêt nous fait un besoin (Ccirc confoiifhts arec eux. » Ilôlas ! c'était malheureusement une propliétie. Que de chrétiens dégénérés ne S) feront, dans la suite, aucun scrujjule d'être confondus aveclesjuifs ! Les signataires appelaient même cela « un besoin », Apres ces remarques, faites pour éclairer le lecteur, reprenons avec lui le fil du récit.

Telle était donc celte d<''putation envovée par la Commune, au nom des districts de Paris : petite troupe bien décidée à emporter, ce jour-lâ, l'émancipation des juifs.

Mais, ce jour-lâ aussi, le fauteuil d»; la présidence, à rAssembléo nationale, était r)ccuj)é par Tallejrand.

Talleyrand, sans doute, était favorable aux juifs. xSéajimoins, leur admission pure et simple aux droits civils lui apparaissait, comme à beaucoup, grosse do conséquences.

En homme habile, il accueillit avec courtoisie la députalion, écouta une supplication touchante de l'abbé Mulot, reeut d^s mains de' Godard la pétition do la Commune, et répondit : « L'Assemblée nationale s'est fait un devoir sacré de rendre à tous b.'s hommes leurs droits ; elle décrète les conditions nécessaires pour être citoyen actif ; c'est dans cet esprit qu'elle examinera, dans sa justice, les raisons que vous exposez, d'une manière si touchante, en faveur des juifs. L'Assemblée nationale vous invite a assister à la séance ^ »

' Moniteur du l«r mars 1700.

?U . PHASK .lACODINlS

Danslascanco dulondoinaiii (20 fnvricr), loducdc la Roclicfoiicauld-Iiiancourt. ttôs synipatliiqiKi aux israùlit(\s, demandait d('ji\ que rAsscinblée voulût bien fixoruu jour où elle s'()CCUi)orait i\o. leur admission à l'ùtat civil, lorsqu'un déi»utô se leva et répli([ua : « J'observe que la question relative aux juifs est, sans doute, fort importante, mais que nous en avons de j)lus importantes... Jedeniand(} rajourncment de la question sur les juifs*. » Go député est resté inconiui.

Mais, sur son observation, conforme aux secrets désirs du i»lus grand nombre des déi)utés, la question fut encore ajournée.

Et, ainsi,cinquante-nouf districts sur soixante (c'està-dire tout Paris représenté), avaient sollicité, réclamé rentrée des juifs dans la société civile, et la Constituante avait reAbé : pieuve considérable de la répugnance et de la frayeur que lui inspirait cette solution.

Du 26 février 1700 au 7 mai 1791, trois nouvelles tentatives sont faites auprès de la Constituante ; mais lo résultat est toujours ou un ajournement ou do minces concessions *.

• ^foniteur, 27 février 1*00.

• Ces Iroii ti'iiliilives furent : lo 10 avril 1790 (Moniteur du 17 avril); le 20 juillet 171^0 (Moniifur du 22 juillul); le 18 jaiivi.r 1791 (Monittur du 20 janvier) Vuir ci-ds<U9 au cbopitre v, p. lOi-ÔO, le réiumé de c«a troia tenlativei,

UKCOUUS A I, A COMMUN!:: 215

Dôcouragùs et aigris, los (loinaïKloiirs so rftourncnt une douxiome fuis onicielloinoiit vers la (Joiniimne.

Ce fut Tallcyrand qui leur en fournit l'occasion. Fut-il complice, ne le fut-il pas? Toujours e^t-ilquoles juifs, aussi iiabilos et plus hal)iles que lui. profitèrent de sou fameux rapport sur la liberté des cultes.

Voici :

Sur le rapport do Talloyrand, l' Assemblée nationale avait décrété la lil)erté compbjte des cultes, la liberté par conséquent d'élever des édilices religieux.

Jusf[u'alors les juifs avaient eu leurs oratoires à l'écart. fiCurs cérémonies religieuses étaient tolérées, mais s'accomplissaient l'in du grand chemin. Une synagogue n'avait point place visible au soleil comme une églis(! catholique.

Miiis Taileyrand a fuit décréter la liberté complote d(}s cultes. En liomnKis expéditifs, los juifs, profitant sans retard et du rapport de Talleyrand et du décret do l'Assemblée, acquièrent pour l'exercice de leur religion un édifice spacieux, étalent leurs cérémonies religieuses au grand jour, et puis viennent proposer, avec leurs plaintes et leurs gémissements, cet argument au Conseil général de la (Commune :

« Notre esclavage religieux a cessé, mais notre esclavage civil dure encore. Et cependant, si nous avons reçu de la loi le droit d'élever des synagogues, pouvons-nous no pas recevoir d'elle aussi le titre et les droits de citoyens? Pouvons-nous être citoyens dans nos synagogues seulement, et hors de là étrangers et esclaves ? Ne serait-il pas contradictoire que la loi nous reconnût d'une part, et nous reniût de Va\iirol II nepeut y

tlG . PHASE JACOBINK

avoir de demi-libe7Héj comme il ny a point de demijustice^. »

Cette requête des juifs au Conseil général de la Commune se terminait ainsi : « C'est la ville de Paris qui a commencé, en quelque sorte, le règne de la liberté des juifs ; c'est à elle qu'il convient d'achever, par son intercession auprès des législateurs, une œuvre digne de son patriotisme et de ses lumières*. »

La municipalité de Paris non seulement ne demeura pas insensible à la requête, mais elle voulut être logique avec les conclusions du rapport de Talleyrand. Sur-lechamp clic prit l'arrêté suivant :

ARRÊTÉ DE LA MUNICIPALITH DE PARIS du 26 mai 1 791.

Le Corps municipal, pénétré de la justice de la demande que les juifs renouvellent avec une si honorable persévérance :

Arrête,

Qu'il sera écrit de nouveau à l'Assemblée nationale pour mettre sous ses yeux et la roquétc des juifs et le vœu de la municipalité, et potir la presser d'étendre formellement aux juifs de la capitale la conséquence des principes bienfaisants qu'elle vient encore de consacrer sur la liberté des opinions religieuses.

Signé : Bailly, maire,

DE JoLY, secrétaire-greffier.

Ces mots « la presser d'étendre formellement » renfermaient évidemment une menace pour l'Assemblée.

• Requête des juifs au Conseil général de la Commune rédigée par OodarJ it trouvée dans son portefeuille; reproduits également daui 1« Moniteur du 11 juin 1791.

« Ibid.

Néanmoins, l'Assemblée constituante se sentait encore assez forte pour résister : elle résista. La question des juifs fat de nouveau ajournée.

11 y avait à la Constituante un logicien inflexible : c'était Duport (Du Port).

Quoique député de la noblesse, Duport avait passé à la Révolution. Après la prise de la Bastille, il avait poussé au désordre^ afin de sillonner profond, disait-il, c'est-â-dire d'assurer la Révolution. Sombre enthousiaste de cette époque, il s'était écrié à l'Assembléo : (( Nous ne travaillons pas pour la France seulement, mais pour toutes les nations. Tous les peuples nous écoutent. Nous sommes les i:engeurs et les précepteurs dît genre liumain. » 11 faisait partie du club des Jacobins ^ Son autorité était grande à la Constituante,

* Bertrand de Mollbvillf, ministre de Louis XVI, a laissé sur Duport, dans son Histoire de la Révolution française, t. IV, des révélations écrasantes, si elles sont vraies. Il les tenait de Louis XVI, qui les avait apprises de Mirabeau lui-même après son rapprochement de la cour. « Le 21 mai 1789, dans la loge des Amis réunis, Adrien Duport avait expliqué les raisons pour lesquelles on pouvait élre assuré qu'aucun gouvernement européen ne ferait une opposition sérieuse à la Révolution, et il avait esquissé tout le plan de la co.istitution de 1791. Après de longues discussions sur ce mémoire, la Fayette, qui se trouvait aussi k ce comité s'il faut en croire Mirabeau, prit la parole et dit à Adrien Duport : « Voilà tans doute un très grand plan; mais quels sont vos mojfens d'exécution f En connaissez-vous gui soient capables de vaincre toutes les résistances auxquelles il faut s'attendre f Vous n'en iniiquet aucun. — Il est vrai que je n'en ai point encore parlé, répondit

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