DES DEUX ENTREPRISES
Rcvolulion, ont êlô l(»s doux orgimcs do celte volonté exprosse. Là n'est });ts la difliculté.
Où donc estcllo?
Dans cotto proposition :
Entivo dos israélitcs dans la sociétô, participation paroux il la vie civile; mais dans quelle mesure ?
« Dans une certaine niosuro, au moins i)our les commencements », aurait ivpondu le gouvernement do Louis XVI, s'il eût ctê libre;
« Sans mesure », a répondu la Uévolution.
A rpiels points d(» vue se plaçait donc I/)uis XVI, on ( ntrepr.Miant rémancipation des israélites ? A quels auti'es points do vue s'est placée la Révolution ?
Louis X\'I, en roi livs clnV'lii'n, n'ahaudonnait pas, en voulant aflranchir les isi'aéiites, les hoi'i/ons du cliris tianisme. Il s'y tenait, et visait à rélialùliter età réjouir ces malheur<MJx, précisément i)arco(pi(^ le christianisme, dépositaire do la miséricorde, discorno dans les siècles le moment opportun d'en faire l'application.
La Révolution n'a tenu nul compto du principe religieux. Elle n'a vu, dans les juifs, que des honuncs tombés qu'il fallait faire remonter à côté des autres hommes; son entreprise a été purcniont humanitaire.
Louis XVI était non seulement roi très chrétien, mais pêrc vigilant du peuple chrétien. A ce titre, il cher-
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chait, en se montrant niiséricorcUcux et libéral envers les juifs, à ne pas compromettre les intérêts du peuple chrétien. Sa niafenianimité était clairvoyante. En voulant adopter les juifs connue enfants, il se fût bien gardé d'amoindrir ou d'exposer la position do ses autres enfants catholiques, doublement chers à son cœur, parce qu'ils l'étaient à l'Église;
La Révolution, elle, dont la tète porte comme emblème le bonnot phrygien, n'a jamais eu l'idée de ces situations délicates.
Enfin, en étudiant raiïranchissement des Israélites, Louis XVI se préoccupait de l'avenir de la Franco ;
La Révolution n'a eu qu'une seide préoccupation : l'Alsace dévoré^ par les usuriers. Elle ne reprochait aux juifs que leurs usuros et les vices inhérents à une longue servitude. Louis XVI observait en eux une hostilité plus profomle, plus difrtcile à faire disparaître : l'hostilité religieuse.
Tels sont les points de vue généraux sous lesquels, dans la môme entreprise libérale, apparaissent et Louis XVI et la Révolution. Nous allons constater, à leur lumière, de profondes différences entre la solution royale qui se préparait, et la solution révolutionnaire qui a prédominé.
DES DEUX ENTRKPIU8E8 • 2?i
Doux modes (rùinancipatioii ùlai<Mit eu [)rôscncc.
L'éinaïu'iimtioii graduelle ;
li'éuiauciiialion complète et iiumédiate.
La première devait consister à initier peu à peu aux devoirs et aux droits du citoyen ces hommes qui n'avaient janjais été mêlés â la sociô»té, neufs, quoique vieux commo le monde, et pleins deviccs. Il y aura pour eux unappnMilissagc de la liberté et do l'égalité. Ils monteront, comme par degrés, jusrpi'à rexercice i)lein de la vie civile. JiO législateur fera, de la qualité parfaite de citoyen, une récompense pour l'accomplissement des premiers devoirs sociaux.
Mais en quoi devaient consister les concessions, et en quoi, les réiervos, de c>tte émancipation graduelle.
Divers projets, assez vagues, avaient été déposés? L'un d'eux (1790) formulait ainsi ces concessions et ces réserves :
« Que le juif soit citoyen sous tous les rapports où il ne sera pas citoyen nuisible, très bien ;
« Que tous les droits dans l'oxercico d.'squels nos lois pourront surveiller sa conscienco, lui soient acquis sans distinction, très bien;
« Par exemple : qu'il puisse habiter dans toute l'étendue du royaunio j
WO rARAM-kl,E
(( Votor (Ions l(^s asseiiiblécs primaires tic la nation, pour élirolos représentants, et concourir avec les autres citoyens à la rédaction des caliiers d'instruction;
(( Tenir une place dans les délibérations publiques et communales;
«Acquérir une maison jiour l'occuper avec toute sa famille;
« Qu'il ]»uisse être» admis dons toutes les corporations des arts lilx'raux et mécanicpies; faire le c»»mmerce, dovenii' fermi<M', cultivateur, posséder d(»s terres à baux, devenir mémo acquéreur de biens fonds;
(( Qu'il ptiiss(3 enfin exercer librement son culte, tant qu'il ne troublera pas l'ordre;
« Tout cela est possibb», charitable même, et doit être largement accoi-dé aux nouveaux citoyens.
« Mais qu'^>î aucun ras le jiiif ne soit cligible pour les corps politiques, administratifs et judiciaires. C'està-dire, qu'il ne soit nnôtu iVaucune de ces fondions importantes et délicates auxquelles doivent touj<jurs^r^sider les principes d^une jnorale chrétienne^. »
Telle était l'émancipation graduelle, avec ses réserves et ses précautions.
L'émancipation complète et immédiate devait, au contraire, consister à supprimer tous les intermédiaires, à déclarer sur-le-champ le juif citoyen parfait, â lui dire : « Désormais, tu es à la société, et la société est à toi. »
• Programmo lire de l'uuvrag«t La Juif» (l'AUace,li$cs vtJuget{\'VO\ !•. Ul-145.