DES DEUX ENTREPRISES W
IjOs meneurs parmi los juifs, dont les principaux étaient Gcrfbcrr, Berr-Isaac-Bcrr et le bataillon des juifs parisiens, redoutaient extrêmement rémancipation graduelle, ses réserves et ses tiMiipéramonts. Leur plus important mémoire, adressé le 2S janvier 1790 à l'Assemblée constituante, la réprouve et la combat avec vivacité :
(( lie droit de citoyen doit être accordé aux juifs, sans restriction et sans retard; il serait à la fois injuste et dang"oreux de vouloir les i)réparer â le recevoir par des améliorations (j'raduécs, et il y aurait aussi injustice ot dang(T à ne pas les en revêtir avec la plus grande promptitude...
«... Serait-il juste de les priver de leurs droits, de les condannier à l'isolement et â l'opprobre, parce qu'il y a parmi eux des juifs avilis? Si ceux ci n'eu sont pas cucon3 dignes, ils le deviendront. S'ils n'en sont pas dignes encore, faut il pour cela en priver les autres ?
(( La justice rejette donc tous les tempéraments.
« Voyez maintenant les inconvénients qui en résulteraient :
(( En Hitardant le moment de la civilisation pour les juifs, vos tempéraments auraient j)0ur objet de leur donner des lois particulières... Mais, nous le disons iiautcment : plus on ferait de ces règlements particuliers, et plus on fortifierait la li(/ ne de démarcation qui a existé jusqu'à présent entre les juifs et les chrétiens; tandis que les elTorts communs doivent tendre à V effacer en^ iiàrement^. »
» Pétition ile$ juifi àCA»!*emhlée nationaU^ JJ jonvÉar 17W# n. 10, p. 92-93.
£?8 PAnALLÈLK
Ce ménioiro, ndrcssé \ nr les juifs à rAssemblrc nntioiiolo, et signé Cerfbcrr et BcTJ'-haac-Berr^ est dû à la plume de leur elier {imi Tavocat Godiird'.
On pouvait leur répondre, à lui et à eux : que la question étiiit précisément de savoir 's'il était opportun dV'flacor absolument la ligne de démarcation, de faire tomlx-r entièrement le mur de séjiaration. N'y nvnit il p;is dan^n'r âdétruii'(» brusquement la muraille? n'y aurait -il pas, tout au contraire, sagesse; à y pratiquer d'abord des poites de communication?
Co sont ces jK»rt(>s qu'aurait ouvertes Louis X\'I, avec ])onté, en faisant entrer les Israélites, par groupes, dans la vi(> civile de France, mîtis en maint(M)ant des rés(M'ves. 11 nous ]»;irait évident, en effet, qu*; Louis XVI n'a pas eu la pensée de l'émancipation comjtléle du premier couj). La sage conduite du monarque et l'esprit circonspect de la monarcliif^ française ne laissent pas d(^ doutes sui' les précautions qui eussent entour*' le bienfait royal. Nous l'avons, du reste, surabondamment prouvé dans noti*e premier ouvrage'.
Mais voici une im[)ortantc remarque sur cette émancipation "graduelle :
Que la nionarcliic; clirélienne eût opté pour ce mode d'émancipation : il n'y a, en cela, rien d'étonnant;
Qucles vieux juifs du Ghetto regardassent de travers toute émancipation qu'on leur annonçait, même graduelle, et n(î partageassent point l'impatience de leurs
* Dnn» une lellie ndreKsée ù M.MalItl du Puii, directeur du Mercure, Oudard recunnHlt qu'il «si l'auteur dtj ce miimoire, de cette i)etitiun des juift. (Lettre inédite, qui fait pnrtie du portefeuille de Godard.)
• Kntrée dei Israélita darxB la Syciété française, p. 469-405,