I»A11AI,I-KI,K
Cette lettre disnit donc :
« D'une faveur aemhhlAo, prc'cipilamment ri inconsidc'rdmciit accordée, rôsulteruient des inconvénients terribles; »
A quatre-vingt-dix -neuf années de distance, le lecteur peut juger si l'ami {\o Godard 8'est trompé, et si les inconvénients sojjt légers*!...
Les liistoriens ontsignal*'* sans détours cette première diflérence que nous venons d(î dévelop[i('r : émancipation i)atiente et gi-aduf'.v* {wov L'xiis XVI, fougueuse et totale avec la Ilévolution. Il y en Ji une deuxième, plus giave, plus profonde, et, malh(Mireus(;ment, elle a échappé aux liisloi-jcns; ou, pout-étre, ont-ils cru prudent de la tair.' ?
* Les liisloiieiis \e^ jiliis favoraMes a ix juifs, qui oui exnmiiié à froid le litige, ont regretté que rémancipation nnit pas été praduelU-; par exemple : Malvkzin, Histoire des juifs de Bordeaux {\^. 273-'i); Wxu.v:/., Histoire des Juif. < dii /-'ra/irr. Voici ci que dit ce dernier, dans sou iiilroduclion : « Nous aurons ù nous demander si l'on n'est pas aile trop loin du premier coup, et s'il iieùt |)as ete d'une politique plus sage et plus prévoyante de mèna'jer (a transition el de subordonner l'ublenlion des droits de citoyen à l'acco nplissement des charj^es civiques. A celte époque de facile entraînement, l'on n'a vu qu'une question à résoudre entre une majorité opjiressive el une minorité opprimée, et l'on a [iroclamé l'égalité des Juifs devant la lui civile, sans s'inquiéter même de Havoir si les juifs voulaient, s'ilspouvaient être des citoyens, si tout leur passé, si toutes leurs habiludej n,» s'y opposaient point pour longtemps encore... On aurait dû se souvenir qu'il n'est pas toujours permis à l'homme d'État de substituer sans transition et sans ménagements, d une Situation injuste et violente, le régime de la justice et de l'égalité. 9
1>KS KKHX KNTRKPniSKS «5
Nous avons fuit lo procès à la Difclaration dns Droits de VhommCy avec uiio critiqun iin[)itoyal)le, à on faliguor niôniiî l 'syonxot INisiu'it du loctour; mais voici lo coup (le \xv\\vv :
La R('V()liitioii a has/; ot appiiyô l'/'inancipation (l(^s juifs sur les (IroUs de Vhomme; Louis XVI, s'il oùt ôtô libre, ii'efit jamais clioisi soinl)lal)l<' haso.
0)1 nous (lira : Quelle ))ase <.'fit donc choisie le monanpu' ?
— Nous r<''pondrons : le droil pidjllc cîiv<Hien^,
— Mais jM)ur(pioi n'*,' fit il pas acccjité, comme hase, les di'oits de i'honinn^?
— Parce que, d'une [)art, dans 1<' CfOiir d'un roi do Franco, et suitout d'un monarque comme Louis XVI, il y avait la sollicitude la i)lus allontivc, la plus tendi-c, la jilus claiivovante poui* les int»"'rôts du p(»uple chrétien, et que, d'aulr«; j)art, c«'tt(* sollicitude clairvoyante lui eut fait saisir tout de suite les dan'5'ers qui pouvai«'nt résulter, pour son peuple, d'une émancipation des juifs basée sur les dioits de l'honnue. Nous touchons ici au point lo pins (h'iicat, le plus important, d(^ toute cette grande question, (ju'on veuille bien méditer ce qui suit:
Les droiU de Vhomme, au premi(;r abord, paraissaient être un terrain neutre, une transaction, où le chrétien et le juif, si longtemps ennemis acharnés, allaient enfin pouvoir se rencontrer et s'entendre. Mais qu'on y prenne garde : en adoptant, comme base de sa rencontre avec le juif, V/iommCj ïliumanilé, le chrétien nécessai-
1 Ses letlres patentes de 1784 concernant les juifs en sont la preuve suffiBaDte(vo;r V Entrée des Inraélites, livre I) ; /V* Juif$ en France, par IIau.r7, paçe 25-27 de l'introduction,
2^ô PARALLÈLE
rement descendait, non pnr humilité, mois par oubli de sa dignitéchrétienne; il se df^gradait ; il s'infériorisait, pour se rencontrer au niveau du juif qui, lui au contraire, montait et se relevait. Oui, nous aurons le courage de le dire, de tous ses contrats ou échanges avec les hébreux, le chrétien n'en fit jamais do plus aveugle ni de plus désastreux. (î"ét;iit l'abandon dnsitrnaiHrrl, cetavantage non seulement céleste, mais terrestre qui lui venait du Christ, et qui faisait sa supériorité; il rej(;tait la perle évangélique M . . .
Cette conséquence, désastreuse dans le domaine individuel, se préparait, plus désastreuse encore, dans le domaine social. En edfH :
Par cette déclaration qu'en politique il était homme comme le chrétien, et que le chrétien ne lui était nullement supérieur et n'avait pas d'autres droits que ceux qu'il possédait lui même, l'Israélite va être autorisé à se présenter partout, à concourir ou intriguer partout, à disputer n'importe qu3l poste dans la société. On ne })0urra [Ans lui ri(Mi interdire, lui rien soustraire, lui barrer quoi que ce soit. Si les circonstances ou l'ambition le portent dans le voisinage du trône et même vers le rang suprême, qui donc iiourralui en fermer l'accès ? qui en aura le droit? Il est homme, citoyen, prétendant, comme tout le monde !
Deux comparaisons vont faire toucher du doigt le péril d'une semblable émancipation basée sur la folle Déclara tiou des droits de l'homme :
* Voir l'explicatioD de celte maiheureuw coadescendaace dans notre Entrée des Israélites, p. 319-321.
DKS DKUX ENTREIMUSKS Î37
Ln promièrn : le fameux cheval de Troie. Nous en avons fait le sujet de tout un chapitre au début de ce livre, pour attirer et fixer fortement l'attention. Qu'on le relise : cela en vaut la peine. La Déclaration des droits de l'homme a été le clieval de Troie, pour la société française. Au lieu des Grecs, il en est sorti les hébreux modernes.
Deuxième comi)araison : la tête du serpent et ses anneaux ;
(( Les mouvements du serp< nt dillcrcnt de cnix do tous les autres animaux; on ne saurait dire où gît le principe de son développement; car il n'a ni nageoires, ni })i('(ls, ni ailes, et cep<'ndant il fuit comme une ombre, il s'évanouit magifpienunt. il reparait et dispr.rait encore, send)lable a une jx'tito fnmé(» d'azur ou aux éclairs d'un glaive dans les ténèbroi '. » Sous cette poésie, voici ce qu'il y a de bien réel :
Le serpent a une telle éla5.ticité, une telle agilité, qno, dès que sa tête a passé quelque part, elle entraine de suite tous les anneaux. C'est sa tête qui ouvre le chemin à tout le reste du corps. « Caput serpenlis observa^ dit un Père de l'Église, observe la tête du serpent. C'est elle qu'il faut écraser dès qu'elle parait, car si la tête passe par la moindre ouverture, tous les anneaux ont immédiatement passé avec elle ^. »
Le docte et perspicace évoque fait suivre sa remarque d'une belle application morale : « Dans les tentations, dit-il, une mauvaise pensée se présente-t-elle à l'esprit, c'est la tète du scr2)€nt qui apparaît! Si, malheureuse-
i CnATKAUURIAND.
* Saint Auoubtim.
238 PARALLKLK
nient, on lui donne enlitv dans son esprit, si on la laisse passer, tout le restiî de la tentation passera et s'établira dans le cœur. . . Ecrase la tète, arrête la mauvaise penséo et tu éviteras les autres inconvénients de la tentation : caput calca, cl évades cwleros motus. »
A la suite de l'application mot-alc du grand évoque, nous oserons signaler une application sociale:
La D<}clnralioH des droits de Vliomnic a été, pour la société française, la tète du sei'p(Mit. Avec un pareil principe, ]iasseront, et passeront vite, les conséqu;'nccs les plus inattendues, les plus inouïes, les plus redoutables, véritables anneaux de reptile : parmi ces anneaux, la vitalité et la prépondérance des juifs.
Ah! certes, v\\ écrivant ces lignes, il n'est nullement dans notre intention d'établir une assimilation entre Israël et l'animal qui rampe. Loin de nous pareille pensée! Nous voulons seulement faire observer que la Déclaration des droits de l'homme a été, à l'entréi^ des juifs dans la société, ce que la tcto du serpent est aux anneaux de son corps. L< s droits de V homme ont entraîné rentréo des juifs, comme la tète dont iiuus parlons entraîne un anneau, puis deux, puis tous les autres. Avec une volubilité extraordinaire, ils devinrent citoyens, dès quo le pernicieux l)rincipe fut admis; et citoyens aujourd'hui, ils seront maîtres demain, ils le sont déjà! Nous défions qu'on nous réfute !
Si quelque lecteur Israélite a été choqué d î la comparaison que nous avons du «Mni)loyer, nous supplions do tout notre cœur Celui que représentait le serpent d'airain, de guérir la blessur.) faite par notre plume!
Di:s l)Ki;.\ KNTHEI'IUSKS 219 ^
T«'l était riiiiinensc pôril (ruiic émancipation j
Ikjscc sur ]os droits do l'hommo. En 1791, beaucoup l'ontrcvoyaiont, la redoutaient. L'Assemblée consti- ,
tuante l'entrevoyait mieux que i)(>rsonnc, puisqu'elle \
bésitnit toujours, et puisque les clameurs retentis- :
santés de l'Alsace n»» cessaient de l'avertir; mais, disons-le, rAss(înibléo n'a i»as eu riuunililé couraf,''euso (1(3 ^'avouer à elle-même qu'elle avait fait fausse l'oute, que sa Déclnrali(jii des droits élait danj^ei'cuse, et, n'ayant lias eu le coura^'-e de cet aveu, elle n'a pas eu, non plus, celui de 1 ris< r, avec des mains loyales et françaises, l'instrument fatal qu'elle avait fabriqué!...
Est il ])('soin maint(>nant de i)rouver longucnKMit que Louis XVI, s'il eût été libre, n'eût jamais clioisi une parcilb» base d'émancipation? Ah! il aimait trop TKg'lisc, trop l(i }i(!Ui)le chrétien! Lorsque les États f,'énérau\ lui d(Mnandêrent de sanctionner la Constitution d(3 1789, il fit cette réserve : « J(î ne m'explique pas sur la D(^clar(ttion des droits de niommc; oWq contient de très bonnes maximes propres à guid(T vos travaux; mais elle renferme d<,'s principes susceptibles d'application et même d'interprétation diflerentes ^ » Et plus tard, dans la i)risou du Tenii»lc, lo royal i)risonnier écrivait sur son testament : « Je prie Dieu de recevoir l^ repentir profond que j'ai d'avoir njis mon nom (quoique cela fût contre ma volonté) à des actes qui peuvent être contraires à la discipline et à la croyance do rÉjjlisc catholique *. » Une [lareillo c nancipation dos juifs, si formidable dans son point do
• l'ouJObLAT, Iliatoircde la lii'volution, [>, l?l.
« /6id., p. 321, .
240 l'ARALLKI-E
départ et ses coiiséqiiciicos, Louis XVI no l'oùt donc jamais choisie, ni adoptée de son propre mouvement. Oui, il eût adopté un mode d'alTranchisscment liono rablc pour les israélites, mais en même temps tutélaiiv) pour le peuple chrétien. En un mot, roi do France et très catholique, il eût nj^i avec le tact delà situation. La Révolution n'a j)as ou ce tact, elle ne pouvait pas l'avoir !
C'est là, si on y réll(!'chit, ce qui distinguei'a toujours les actes de la monarchie chrétienne dos actes do la Uévolulion impi.î. Un roi do Fi'ance apportait du tae't dans les afTair^-s; la Révolution française l'a r<'mplacé par la brutalit)'*. La question dos juifs on est une prouve iialpablo. Avoc un tact parfait, Louis XVI allait pas à pas, dogr<"' [)ar do^M-é, dans cet allranchissèment; il aimait les pauvres juifs, il les voulait libres, éclairés, heureux, mais en mémo t^mps il prenait garde, avec un soin jaloux, dî no pas cjmpromottrc les intérêts de ses suj(>ts chrétions. Il chorcjiait un rapprochement honoraldî pour les uns, tutélaire pour les autres : ilyeùt réussi. La Révolution, en orçTueillouï'o parvenu \ a dit aux juifs : « Entrez », sans s'inquiéter si, avec cette entrée, no coïncideraient point la sortie et le dépérissement do l'inlluonco chrétienne et française. En supposant (pi'elle l'ait prévu, elle a dû éprouver une joie infornale !
Entre le roi et la Révolution, la pauvre Assamblée Constituante pensait cjuiuio le roi, dans cette question des juifs; et cependant elle les a émancipés comme voulait la Révolution;
« On ne va Jamais si hin qui lorsqu'on ne sait pas oit l'on va, » Cromwjlla dit cela;