AOUT A DÉCEMBRE
I. Des considérations présentées au lecteur dans le chapitre précédent, on passe au détail des faits. — II. Ouverture des Etats généraux : une dépulation juive, venue d'Alsace, de Lorraine et des Trois-Evêchés, en instance auprès de 1 'Assemblée nationale. Première tentative, mais qui ne réussit pas, pour introduire la question juive devant l'Assemblée au moment le plus laborieux et le jilus critique de l'année 1789. Le curé Grégoire mené l'entreprise. — IIL Impatience, chez un certain nombre de juifs, d'être reconnus comme citoyens. Motifs de cette impatience : 1° les colères amoncelées de l'Alsace ; 2" la poche au fiel chez les juifs non moins que chez les roturiers et les vilains. — IV. Nouveau plan : les juifs de Paris preunent l'initiative. S'appuyant sur la Déclaration des droits de l'homme, ils réclament le titre de citoyens, comme étant hommes, irréprochables ; et les juifs d'Alsace, pour l'obtenir également, promettent aux Alsaciens de ressembler aux juifs de Paris. Ce plan ne réussit pas. — V. La députalion juive, après avoir langui [ilusieurs mois, est introduite à la barre de l'Assemblée pour présenter sa requête, le 14 aoiîl (avant- dernière séance de l'Assemblée à Versailles). Il est accordé que l'affaire des juifs sera examinée dans le cours de la session. — \l. Introduction olficielle de la question de l'affranchissement du peuple juif, la veille de Noél de l'anné? 1189. On demandée la fois les droits civils pour les juifs, les protestants, les comédiens, le bourreau. Réflexions sur la rencontre singulière, à la barre de r.\ssemblée. des juifs et du bourreau. La
croix et la guillotine. — VII. Robespierre appuie la réhabilitation proposée des juifs et du bourreau. Les historiens israélites, dans leurs récits de cette séance, ont tous omis la funèbre coïncidence. Motif probable de celte omission. L'Assemblée nationale réhabilite l'exécuteur des hautes-œuvres, niais pas les juifs; l'examen de leur soit est ajourne. Colère du journal le Courrier de Paris.
Si le lecteur y a pris garde, les deux chapitres qui précèdent, combinés comme deux flambeaux, ont approché une lumière accusatrice de la Déclaration des droits de l'homme, pour l'examiner à un point de vue qui jusqu'ici était resté dans l'ombre.
Au temps d'Isaïe, les gens de Séir venaient interroger le Voyant, le prophète, et lui disaient : « Veilleur, qu apercevez -vous dans la nuit des événements; veilleur, dites-nous ce que vous apercevez^ ? » Nous aussi, interrogeant, sans aucun parti pris, l'Esprit de justice et de vérité qui ne cesse de planer, même aux jours les plus sombres, sur la société qu'il préserve et dirige, nous lui avons demandé : Veilleur incorruptible, qu''a;percevez-vous dans ce préambule de la Révolution que tant de gens ont pris pour une aurore et qui nous semble receler des ténèbres et des dangers ; veilleur, dites- nous ce que vous apercevez ? Et l'Esprit de justice et de vérité nous a fait cette réponse :
On aperçoit dans ce préambule : le Christ qui est éliminé de la Constitution française et les juifs qui y sont cantonnés comme dans une machine de guerre...
1 La petite tribu de Séir, située dans l'Idumée, était venue interroger le prophète Isaie sur les événements. — Isaïe, chap. xxi, 11, 12.
Ces considérations générales étaient indispensables- Ne fallait-il pas dénoncer la couleur hébraïque qui se dissimule parmi les couleurs de caméléon dont jouit la Déclaration des droits de 1789?
Un état de choses où l'appauvrissement, la mise hors la loi, les continuelles alarmes vont passer du côté des chrétiens, et, au contraire, l'amoncellement des richesses, les faveurs du pouvoir, la sécurité, du côté des juifs, n'est plus un état normal. Il accuse non pas seulement un déplacement d'influences, mais un renversement des anciennes données religieuses et sociales. Le Voyant, cité plus haut, a dit encore : Comme un homme qui a faim songe qu'il mange pendant la nuit, mais, lorsquSl est éveillé, il se trouve vide; et comme celui qui a soif songe qu'il boit, et après que son sommeil est passé, il se lève encore fatigué et altéré^ et il est vide i ainsi se trouvera toute la multitude de ces Nations *... Et, en effet, depuis qu'elles ont rejeté l'obéissance au Christ pour se régir d'après les droits de l'homme, les malheureuses Nations songent, chaque nuit, qu'elles mangent, et elles se réveillent affamées ; qu'elles boivent, et elles se réveillent fatiguées et altérées ; le vide, un vide toujours plus effrayant, a répondu à leur Déclaration des droits !
Il n'y a que les enfants de Jacob qui ne se plaignent point, parce que l'abondance vient à eux !
Gela seul suffirait pour faire juger une œuvre qui a interverti l'ordre des choses, et livré les sources de la vie...
^ ISAÏE, ZX1£, 8.
De ces considérations générales, nous passons maintenant au détail des faits. Dans quelles circonstances la question juive a-t-elle été introduite devant l'Assemblée nationale? Quels en furent et les auxiliaires et les adversaires ? Par quelles péripéties passa-t-elle ? A quels moyens les hébreux eurent-ils recours pour la faire aboutir, et arracher à l'Assemblée le décret d'une émancipation complète? Tels sont les faits très peu connus, tronqués ou mutilés, que nous allons rétablir et mettre en parfaite évidence, les appuyant de documents inattaquables. C'est un morceau d'histoire palpitant.
L'initiative de l'entente qui allait s'établir entre les juifs et la Révolution, appartient au curé d'Emberménil : c'est lui qui les a unis. Lauréat, comme nous l'avons vu, au concours de Metz, il avait trouvé une veine dans la question des juifs. Flatté de leurs éloges et de leurs marques de confiance, il voulut faire, de leur affranchissement, son affaire. Un peu avant l'ouverture des Etats généraux, il avait écrit, en ces termes, à l'un des plus influents d'entre eux, Isaïe Biug, de Metz:
EmberménJl, 23 février 1789.
« Lites-iHoi donc, mon cher Bing, à la veille des Etats généraux, ne devriez-vous pas vous concerter avec d'autres membres de votre nation, pour réclamer les droits et
les avantages des citoyens ? plus que Jamais, voici le moment...
« Aimez toujours votre inviolable ami.