GRÉGOIRE
curé d'Emberménil *.
Son conseil fut suivi, et, au printemps de cette année 1789, six juifs s'acheminaient vers Paris.
Les Étatsgénéraux ayant été convoqués par LouisXVÏ, de tous les points de la France, divisée en sénéchaussées et en bailliages, étaient partis, pour la capitale, et les députés nommés et les cahiers remis aux députés. Ces cahiers renfermaient les doléances et les vœux des populations ; le pays s'y exprimait librement sur les réformes qu'il croyait utiles Les juifs d'Alsace, de Lorraine et des Trois -Evèchés, ne jouissant pas des droits de citoyens, n'avaient pu participer à ce grand mouvement de vie nationale. Néanmoins, au mois de mai 1789, « des lettres du garde des sceaux, remises par les intendants, aA'aient autorisé les juifs à s'assembler par- devant leurs syndics, en la manière accoutumée, pour nommer chacun deux députés dans leurs provinces respectives, et apporter les cahiers de leurs doléances, qui devaient être fondus en un seul lors de leur réunion dans la capitale, et remis ensuite au garde des sceaux, pour en référer au roi ^ «. Ce qui s'était fait, et les six juifs, en route vers la capitale, étaient ces députés ^.
1 Archives Israélites, année 1S44, p. 416.
2 Motion en faveur des juifs, par Grégoire, p. 5.
3 Les députés d'Alsace étaient : D. Sintzheim et S. Seiignoan Vittersheim ; les députés de Lorraine : Mayer-Marx et Berr-Isaac-Berr: les députés de Metz et des Trois-Évèchés : Goudchaux, Maver Calin et Louis W'olf.
Les voici arrivés à Paris, puis à Versailles, où l'Assemblée siège. Ils ont trouvé un centre assez singulier : le logis du curé Grégoire, député de la Lorraine, qui est devenu leur homme. C'est à lui, du reste, que le garde des sceaux a renvoyé les cahiers des juifs, pour en faire usage à l'Assemblée nationale ^ Ensemble, protégés et protecteur suivent les séances qui se tiennent à Versailles. Les fils d'Israël, en gens intéressés et habiles, ne perdent pas de vue un seul des mouvements de l'Assemblée, et le naïf et libéral Grégoire, flatté d'avoir l'Ancien Testament sous ses ailes, se donne des airs de Moïse cherchant un gué pour introduire ses clients dans la terre de la liberté !
Le premier essai ne fut pas heureux. Il fut tenté le lundi 3 août. L'Assemblée se trouvait dans un état de surexcitation facile à comprendre. On venait d'apprendre, par des lettres venues des provinces, que les propriétés étaient la proie du plus coupable brigandage, que les châteaux étaient brûlés, les couvents détruits, et les fermes abandonnées au piUage. Dans la séance qui avait précédé (samedi 1" août), on avait tiévreusement commencé la discussion sur la Constitution, par cette question : Mettra-t-oa on ne mettra-t-on pas une Déclaration des droits de Vhomrne et du citoyen en tète de la Constitution? ÇÀm\adinie-ûx orateurs s'étaient fait inscrire. Enlin, dans la séance qui allait suivre (mardi 4 août), devait avoir lieu cette superbe explosion de dépouillement volontaire où clergé et noblesse rivaliseraient de désintéressement, pour aban-
1 « M. le Garde des sceaux actuel m'a renvoyé les pièces pour eu faire usage à l'Assemblée nationale. » Motion, etc., p. 5.