‹ La prépondérance juive (volume 2)Chapitre 14 sur 35 · I.a Prépnnrlèraiire juive · texte numérisé non relu

I.a Prépnnrlèraiire juive

donner leurs privilèges. L'heure était donc à la surexcitation. C'est cependant cette heure que choisit notre Grégoire. Entre la séance qui inaugure la grande discussion des droits de l'homme, et celle qui verra l'enthousiaste entrain de la noblesse et du clergé dans le dépouillement volontaire, il vient poser : les juifs ! Il apparaît à la tribune, des lettres anonymes à la main. Il veut les lire. Un non général retentit dans la salle. Mais Grégoire est opiniâtre -, ce n'est pas pour rien qu'il s'est frotté aux gens de l'Ancien Testament ; il insiste. L'Assemblée, tout entière, jugeant, sans doute, indiscrète et déplacée, la communication dont il l'assiège, crie avec force : Au feu, au feu, les lettres anonymes l Si bien accueilli dans la matinée, Grégoire reparaissait le soir même à la tribune, et, à propos du pillage des couvents, des châteaux et des fermes, il intercalait le pillage des juifs en Alsace. Il s'écrie : « Ministre d'une religion qui regarde tous les hommes comme frères, je réclame en cette circonstance V intervention du 'pouvoir de V Assemblée en faveur de ce peuple proscrit et mallieureux. ^ » II aurait voulu enlever un vote favorable, et, puisqu'on commençait la discussion des droits de Thomme, en faire diriger la première application sur ses protégés.

L'Assemblée resta froide.

Quelques heures après, avons -nous dit, se tenait la séance légendaire de la nuit du 4 août. Quel sujet de réflexions que celui de ces deux séances consécutives :

* Moniteur, 1789, ir 33. — Histoire parlementaire de la Récolution, t. II, p. 209, 212.

les juifs se présentant pour tâcher d'entrer en possession des droits de l'homme, et la noblesse française, avec le clergé, se dépossédant, trop vite peut-être, de leurs droits féodaux et antiques privilèges. M. Thiers a dépeint ainsi ce transport :

« La royauté avait fait le sacrifice empressé de toutes ses prérogatives ; mais on était devant la masse des privilégiés, et tout le monde alors avait ses privilèges : la noblesse, le clergé, le tiers état, les provinces, les villes; et, en face d'une pareille masse d'adversaires, on éprouvait cette espèce d'anxiété que ressent une armée lorsque va retentir le premier coup de canon d'une grande bataille.

« Tout à coup la noblesse française, héroïque dans cette occasion comme elle l'était à Fontenoy, lorsqu'elle s'élançait au galop sur les lignes anglaises, pour ne pas laisser à lïnfanterie l'honneur de braver seule ces lignes redoutables, la noblesse française s'élance à la tribune, et vient la première sacrifier ses privilèges : tous ses membres accourent sans exception. Le clergé, saisi du même enthousiasme, imite son exemple, et il vient immoler ses privilèges, la dime, les bénéfices. Le tiers état suit à son tour avec le même enthousiasme ; et, lorsqu'on a tout sacrifié, on cherche encore dans sa mémoire s'il n'y aurait pas quelque privilège oublié que l'on puisse déposer sur cet autel qui, ce jour-là, était bien l'autel de la patrie ^ »

Et ainsi, des Français et des juifs, les uns se dépouil-

1 Discours sur les libertés politiques, prononce par M. Thiers au Corps législatif, dans la séance du 28 mars 18C5.

laient, les autres se présentaient pour acquérir : ce n'était pas tout à fait la même chose !

Grégoire n'a pas réussi. Mais, avec la ténacité qui le caractérise, et, du reste, soutenu et relancé par ses clients, il se dispose à de nouvelles tentatives : Moïse n'a- 1- il pas frappé, par deux fois, le rocher ? L'adoption de la Déclaration des droits de l'homme, après des débats de plusieurs mois, eut lieu vers la fin d'août. Le curé d'Emberménil ne perd pas de temps; dès le lendemain, il préparait une motion en faveur de ses protégés ; elle commençait ainsi : « Messieurs les députés, vous avez consacré les droits de l'homme et du citoyen, permettez qu'un curé catholique élève la voix en faveur de cinquante mille juifs épars dans le royaume, qui, èlant hommes, réclament les droits de citoyens'^. » La péroraison n'était pas moins pressante : « Arbitres de leur sort, vous bornerez -vous, Messieurs, à une stérile compassion ? N'auront-ils conçu des espérances que pour voir doubler leurs chaînes et river leurs fers, et par qui ?. . . par vous, les représentants généreux d'un peuple dont vous avez cimenté la hberté en abolissant l'esclavage féodal. Vous avez proclamé le roi Restaurateur de la Liberté ; il serait humilié de régner sur des hommes qui n'en jouiraient pas : cinquante mille Français se sont levés esclaves, il dépend de vous qu'ils se couchent libres^ ! » Ainsi qu'on le voit, Grégoire allait vite en besogne : les juifs sont hommes, donc ils doivent être citoyens. Et puis, quelle ruse dans cette dernière

1 yiotion. etc., p. i.

* Ihid., p. 45.

DEVA]:jfT L'ASSEMBLEE NATIONALE 101

phrase : « Cinquante mille Français se sont levés esclaves, il dépend de vous qu'ils se couchent libres. » Mais non, Monsieur le curé, ce ne sont pas cinquante mille Français, ce sont cinquante mille juifs qui se lèvent et se couchent : vous présumez la conclusion !

L'Assemblée nationale ne crut pas devoir entendre la lecture de la motion. Alors Grégoire la fait imprimer et l'adresse au public. « Puisse ma motion, qui n'a pu être prononcée à l'Assemblée nationale, disposer le public en faveur des juifs. Quand leur affaire sera discutée, je redoublerai mes efforts*. » Les allées et les venues de ce singulier pasteur pour faire obtenir aux juifs les droits civils, ne rappellent-elles pas la célèbre fable : le Coche et la Mouche ?

Dans un chemin montant, sablonneux, malaisé Et de tous les côtés au soleil exposé,

Six fort chevaux tiraient un coche.

Femmes, moines, vieillards, tout était descendu. L'attelage suait, soufflait, était rendu. Une mouche survient, et des chevaux s'approche, Prétend les animer par son bourdonnement. Pique l'un, pique l'autre ; et pense à tout moment

Qu'elle fait aller la machine -, S'assied sur le timon, sur le nez du cocher;

Va, vient, fait l'empressée

Après bien du travail, le coche arrive en haut.

Dans cette exquise et tine description du bon la Fontaine, il j a, hélas ! toute l'histoire des efforts de

* Page 15 de la Notice historique qui précède 7a Motion.

- Encore ce mot machine qui se rencontre ici sans que nous l'ayons recherché. Machine de guerre comme le cheval de Troie, lourde machina comme le coche de la Fontaine, ô funeste Déclaration des droits, puissions-nous parvenir à te ridiculiser et à te faire détester!

l'Assemblée nationale autour de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.

Qu'on en juge : Ce chemin montant, sablonneux, malaisé, comme il exprime bien la nouvelle Constitution, raide et abrupte dans son philosophisme, qu'on est en train de gravir depuis que les États généraux sont réunis ;

Le long de cette Constitution, on voit péniblement monter la Déclaration des droits, vrai coche, tant elle est lourde et peu gracieuse !

Il y a un assemblage bizarre dans la salle et les tribunes de cette Assemblée nationale, comme autour du coche : femmes, moines, vieillards !

L'attelage suait, soufflait, était rendu; et aussi l'Assemblée ! Qu'on lise les comptes-rendus des séances consacrées à la marche pénible de la Déclaration depuis mai jusqu'à la fin d'août, et l'on verra si l'Assemblée a sué...

Et la mouche survient... Est-ce Grégoire, curé d'Emberménil ? ou bien est-ce la question juive ? Car si Grégoire fait l'empressé, la question juive est pressée d'aboutir. Ce qu'il y a de bien certain, c'est que pareille mouche à l'Assemblée nationale, et en l'année 1789, n'était pas complètement inofFensive !

Après bien du travail, le coche arrive en haut : la Déclaration ! Et Grégoire en est enchanté pour ses ouailles de Judée.

Les fils d'Israël qui gravitent autour de Grégoire sont de plusieurs sortes. Il y a d'abord les six juifs qui sont venus officiellement de l'Alsace, de la Lorraine, de Metz et des Trois-Evêchés. Derrière ces envoyés, attendent et font des vœux la plupart des juifs de ces provinces. Il y a ensuite le fameux Gerfberr, qui est en lutte et en procès avec la ville de Strasbourg : celui-là est une vraie puissance par son or, son crédit, et ses relations avec les grands et les pliilosoplies. Il y a, enfin, les juifs de Paris, peu nombreux encore à cette époque ; on n'en compte guère que 500 dans la capitale, mais leurs idées sont très avancées. Ces divers clans d'hébreux sont unanimes à presser la question, à hâter le dénouement. Les juifs des pays limitrophes, à plus forte raison ceux des différentes parties du monde, ignorent complète-^ ment la tentative qui se fait en leur faveur, à savoir les droits civils que l'on sollicite pour eux; ils dorment, assoupis qu'ils sont, depuis des siècles, autour du sépulcre de leur liberté. Mais on ne doute pas de leur adhé sion, dès la grande secousse qui les réveillera; car on trouvera moyen de leur prouver que vont se renouveler, pour eux, les anciennes merveilles de l'entrée d'Israël dans la Terre promise, alors que les émissaires, envoyés pour l'explorer, revenaient avec des fruits d'une grosseur extraordinaire, et une grappe de raisin portée

par deux hommes sur leurs épaules *. Cette perspective de gros bénéfices enflammera leurs descendants, les meneurs n'en doutent pas !

Qu'est-ce donc qui déterminait les juifs d'Alsace, de Paris, et surtout des personnalités comme Gerfberr, à mettre immédiatement à profit la Déclaration des droits, à ne pas perdre de temps, au point que le dernier article de la Déclaration était voté le 26 août, et que, ce 26 août même, les juifs résidant à Paris présentaient à l'Assemblée nationale une adresse pour obtenir les droits civils ; qu'est-ce donc qui les excitait à faire ainsi diligence?

Deux choses : l'orage qui se préparait en Alsace contre les juifs de cette contrée; et aussi l'impatience qui provenait de coeurs aigris par les outrages et le malheur. Expliquons cette hâte :

En Alsace, la position des familles juives n'était plus tenable. Nous avons raconté ailleurs l'épisode inouï des fausses quittances : comment les paysans du Sundgau en Alsace avaient été entraînés par des boutefeux à fabriquer des fausses quittances pour se libérer de leurs dettes envers les juifs usuriers; mais comment, aussi, le gouvernement de Louis XVI, justement honteux d'un pareil procédé de la part de chrétiens, et non moins justement alarmé de la conduite usuraire et oppressive des juifs, s'était hâté d'intervenir soit pour réparer l'injustice des uns, soit pour circonscrire l'usure des autres^. Le Conseil souverain de Colmar avait été saisi

1 Livre des Nombres, chap. xiii, 24-28.

ï Voir YEntrée des Israélites dans la Société franiaise, livre II. cbap. II.

de l'affaire. Un grand procès avait eu lieu. Vérification faite, les créances des juifs sur les chrétiens se montaient à 10.757.161 francs, dont il fallait déduire les effets véreux, les créances caduques et leurs dettes passives. Le 28 août 1787, la cour de Golmar avait rendu un arrêt qui fixait les termes et conditions auxquels les juifs créanciers des chrétiens pourraient exiger le remboursement partiel de leurs créances, dont les titres auraient été reconnus en justice. On croyait donc cette lamentable affaire terminée. 11 n'en était rien. La fabrication des fausses quittances avait continué. Mais ce qui était plus grave, au mois d'août 1789, à l'heure même où les châteaux étaient brûlés et les fermes pillées sur divers points de la France, l'Alsace avait été le théâtre de scènes de délire et de frénésie. Dans plus de vingt villages, les paysans s'étaient rués sur les juifs : « Leurs maisons ont été saccagées; leur argent, leurs effets, pillés; ils ont pris la fuite à demi nus, se sont réfugiés par centaines à Bàle, où ils ont été reçus et traités charitablement. On a violé les greffes, pour y anéantir tous les titres de leurs créances sur les chrétiens*. » — (( Les juifs chassés sont rentrés avant la tin de septembre dans leurs habitations, où ils sont plus campés que logés. Ils doivent rendre grâces à Dieu de la douce température de cethiver^ sans laquelle plusieurs d'entre eux auraient péri de froid, n'ayant trouvé dans leurs maisons ni portes, ni fenêtres, ni fourneaux. Les chrétiens les ont partout assez bien accueillis; ils paraissent

' Rapport lu d l'assemblée de la Société des aynis de la Constitution à Strasbourg, le 27 février 1790, sur la question de letat-civjl des juifs, p. 9.

lOô LA QUESTION JUIVE IxNTRODUITE

honteux des violences qu'ils ont commises *. » Dans un viUage cependant, à Uffholtz, les juifs avaient continué à subir de telles sévices, qu'on avait eu besoin de faire appel, pour leur sûreté, à la protection des baïonnettes : un détachement de troupes y était en permanence ^. Les choses en étaient là. Mais avec leur sens pratique, nos hébreux ont bien vite compris que nulle protection ne vaudrait pour eux celle de la Déclaration des droits de l'homme qui s'élaborait auprès de l'Assemblée nationale et que, s'ils étaient reconnus comme citoyens, ils seraient couverts d'une façon plus efficace et plus durable. Voilà pourquoi le bon curé Grégoire, d'accord avec eux, pressait de son aiguillon de mouche ou de sa houlette de pasteur, l'achèvement de la législation tutélaire; et voilà pourquoi, aussi, le dernier article de la Déclaration des droits n'était pas encore voté que déjà nos juifs, impatients d'être protégés, en réclamaient pour eux la première application.

Une autre cause activait encore leur impatience ; ils étaient las d'avoir été des souffre-douleurs ; la poche au fiel, chez eux, avait crevé.

Chez les peuples, comme chez les individus, il y a une poche au fiel qui s'emplit, et quand elle se rompt, il en résulte les orages du cœur : ce sont les plus terribles ! Entre toutes les causes qui amenèrent la Révolution française, celle -là fut peut-être la plus réelle. Ce n'étaient ni les impôts, ni les abus de l'autorité, ni les vexations des intendants, ni les longueurs ruineuses de la justice qui avaient le plus irrité la nation, mais bien

1 Rapport lu, etc., p. 10.

î Ibid., p. 11, 12.

le mépris dont les roturiers avaient été l'objet de la part des grands. Aussi, quand les idées de réforme et d'égalité furent mises en circulation par les livres de Rousseau, le petit peuple s'y jeta avec plus d'avidité que qui que ce soit *. Dans son étude sur V Ancien Régime, M. Taine a fortement présenté cette irritation des classes moyenne et inférieure, et il l'a appuyée d'anecdotes qui serviront à faire comprendre ce que nous avons à dire des orages du cœur chez les juifs :

« Au théâtre de Grenoble, Barnave enfant était avec sa mère dans une loge que le duc de Tonnerre, gouverneur de la province, destinait à l'un de ses complaisants. Le directeur du théâtre, puis l'officier de garde, viennent prier madame Barnave de se retirer : elle refuse ; par ordre du gouverneur, quatre fusiliers arrivent pour l'y contraindre. Déjà, le parterre prenait parti et l'on pouvait craindre des violences, lorsque M. Barnave, averti de l'affront, vint emmener sa femme et dit tout haut : « Je sors par ordre du gouverneur. » Le public, toute la bourgeoisie indignée, s'engagea à ne revenir au spectacle qu'après satisfaction, et, en effet, le théâtre resta vide pendant plusieurs mois, jusqu'à ce que madame Barnave eût consenti à y reparaître. Le futur député se souvint, plus tard, de l'outrage, et dès lors, se jura « de relever la caste, à

1 Au commencement du régne de Louis XVI, un voyagur qui rentrait après quelques années d'absence, et à qui l'on demandait quel changement il remarquait dans la nation, répondit : « Rien autre chose, sinon que ce qui se disait dans les salons se répète day^s les rues. » Et ce qa'on répète dans les rues, c'est la doctrine de Rousseau, le Discours sur Vinégalité, le Contrat social amplifié, vulgarisé et répété par les disciples sur tous les tons et sous toutes les formes.

laquelle il appartenait, de rhiimiliation à laquelle elle semblait condamnée. »

« Pareillement Lacroix, le futur conventionnel, poussé, à la sortie du théâtre, par un gentilhomme qui donne le bras à une jolie femme, se plaint tout haut. — Qui êtes-voush) — Lui, encore provincial, a la bonhomie de défiler, tout au long, ses nom, prénoms et qualités. — (.( Eh bien, dit l'autre, c^est très bien fait à vous d'être tout cela ; moi, je suis le comte de Chabannes, et je suis très pressé. » Sur quoi, « riant démesurément, » il remonte en voiture. « Ah l Monsieur, disait Lacroix, encore tout chaud de sa mésaventure, l'affreuse distance que Vorgueil et les préjugés mettent entre les hommes ! »

c( Soyez sur que chez Marat, chirurgien aux écuries du comte d'Artois, chez Robespierre, protégé de l'évêque d'Arras, chez Danton, petit avocat à Mery-sur-Seine, chez tous les autres, en vingt rencontres, l'amourpropre avait saigné de même. Grâce à Rousseau, la vanité, si naturelle chez Thomme, si sensible chez un Français, est devenue plus sensible. La moindre nuance, un ton de voix, semblent une marque de dédain. Un jour que l'on parlait devant le ministre de la guerre, d'un officier général, parvenu à ce grade par son mérite : c( Ali, oui, dit le ministre, officier génét^al de fortune ï » Ce mot fut répété, commenté, et fit bien du mal.

« Chez le duc de Penthièvre, les nobles mangent avec le maître de la maison, les roturiers dînent chez son premier gentilhomme et ne viennent au salon que pour le café. Là, ils trouvent « en force et le ton haut » les

autres qui ont eu l'honneur de manger avec Son Altesse et qui ne manquent pas de saluer les arrivants avec une complaisance pleine de protection. Gela suffit ; le duc a beau pousser les attentions jusqu'à la recherche ; Beugnot, si pliant, n'a nulle envie de revenir. On leur garde rancune, non seulement des saints trop courts qu'il font, mais encore des révérences trop grandes qu'on leur fait.

« Quand le cœur est révolté, tout est pour lui sujet de ressentiment. Le tiers état, à l'exemple de Rousseau, sait aux nobles mauvais gré de tout ce qu'ils font, bien mieux de tout ce qu'ils sont, de leur luxe, de leur élégance, de leur badinage, de leurs façons fines et brillantes. Leur froideur comme leur familiarité, leurs attentions comme leurs inattentions sont des offenses, et, sous ces millions de coups d'épingles, réels ou imaginaires, la poche au fiel s'emplit.

« En 1789, elle est pleine et va crever *. »

Eh bien, pareil phénomène moral se produit chez le peuple juif, au moment même où les classes roturières de France lui en donnent l'exemple. Après avoir été souffre-douleurs durant près de deux mille années, estil étonnant que, lorsque des annonces de liberté et d'égalité pénètrent jusque dans les juiveries, son orgueil souffrant se redresse, et que son vieux sang qui a frémi au Sinaï et animé les Machabées, retrouve des bouillonnements ? Chez lui aussi, la poche au fiel s'est emplie, et se rompt.

Ils sont las des termes de mépris que les lois autorisent contre eux, dans les procédures. Les cahiers des

' Taine, l'Ancien Régime, p. 417-20.

lie LA QUESTION JUIVE INTRODUITE

juifs d'Alsace, remis au curé d'Emberménil par le garde des sceaux, contiennent cette doléance et cette demande : « Qu'il soit défendu à tout homme public d'user d'épitliètes flétrissantes, envers les juifs, dans les plaidoyers, actes, significations* », etc.

Ils sont las d'être une source de richesses pour les seigneurs. « Ces malheureux ne peuvent s'établir nulle part, sans la permission du seigneur qui la vend au prix qu'il veut. Ils lui paient un droit annuel de protection. Et le jeune juif, lorsqu'il se marie, est encore obligé de payer la taxe que le seigneur lui impose, pour avoir la permission de s établir dans le village où il est ne ^ ! »

Geriberr, si endurant, est las de l'interminable opposition que les magistrats de Strasbourg font au droit que lui a conféré Louis XVI, en récompense de ses services, de résider dans Strasbourg en homme libre ^. Sa dernière supplique à Sa Majesté décèle une irritation profonde : « Ainsi donc, les magistrats de Strasbourg refusent à Votre Majesté le droit de récompenser le suppliant dans le lieu où il a eu l'honneur de servir Votre Majesté. Quoi ! l'autorité royale qui a tant de pouvoir pour la punition du crime, n'en aurait point pour la récompense des services ! JN 'est-il pas singulier de voir un juif stipiûer les intérêts de l'Etat ! Et pourquoi non ? puisque le gouvernement les a stipulés avec lui, ces intérêts '' ! . . . »

Les juifs de Strasbourg sont las de se voir éconduits

i Grégoire, Motion en faveur des juifs, notice historique, p. 6-7.

2 Rapport lu à Strasbourg à rassemblée de la Société des amis de la Constitution (1~90), p. 4,

3 Voir VEntrée des Israélites, etc., première partie, chap. vn, ■* Archives nationales, Qi 610, p. 18.

et congédiés, tous les soirs, de la cité, au son de la trompe, et d'être obligés d'aller coucher dans les villages d'alentour*. Cette trompe dont les sons veulent dire : A la porte, les juifs ! leur donne sur les nerfs. Quel épanchement de fiel dans ces lignes : « Nous espérons que la nouvelle municipalité de Strasbourg ne laissera plus fenouvelerchaquejour une occasion d'effrayer les enfants, de leur conter d'impertinentes fables, de jeter dans leurs cœurs des germes de haine, qui se développent par l'éducation, s'enracinent et deviennent indestructibles : je veux parler de cette odieuse corne, dont le son lugubre se répand tous les soirs à l'entrée de la nuit, du haut de la cathédrale, et porte la terreur dans l'âme de tous ceux dont les oreilles n'y sont pas habituées. Les préjugés dont le peuple de Strasbourg est imbu, sa haine aveugle contre les juifs, doivent en grande partie leur origine à l'impression qu'a faite sur les enfants le son de cette corne, aux ridicules histoires qu'on leur a racontées, et dont la tradition se conserve religieusement^. »

Et ainsi, que d'orages du cœur longtemps contenus, à propos de ces termes de mépris employés dans les procédures, de ces lourds impôts à payer aux seigneurs, de ces péages honteux, de ces expulsions quotidiennes, de cette odieuse corne ! Longtemps contenus, ils éclatent, en même temps que semblables orages dans le cœur des roturiers, à la date de 1789 : et c'est ce qui explique pourquoi, dès que la discussion sur les droits de l'homme semble toucher à sa fin, nos juifs sont déjà

1 Voir VEntrée des Israélites, etc., première partie, chap. vi. ~ Rapport lu à Strasbourg, etc., p. 26-7.

là, à la porte de l'Assemblée, dans l'oreille de Grégoire, pour murmurer : Pressez, pressez le dénouement I

Pour réussir, quel plan d'opération a-t-on adopté ? Le suivant: — ce n'est pas à dire que nous l'ayons trouvé tracé au net dans aucun document, mais il ressort avec clarté des pièces que l'on va lire :

Première ligne d'opération. — Gomme les juifs d'Alsace sont très mal notés dans l'opinion publique à cause de leurs usures multipliées qui ont amené la ruine de tant de malheureux cultivateurs, ce sont les juifs de Paris qui ont rédigé, et qui présentent à l'Assemblée nationale la requête par laquelle ils demandent à être admis au nombre des citoyens.

Le raisonnement de leur requête est très simple : Ils sont hommes, ils sont, par leur conduite, irréprochables, dignes d'un autre sort : donc ils doivent être citoyens.

Le ton d'assurance avec lequel leur adresse aux députés est rédigée, ne donnerait-il pas à supposer qu'ils ont été au courant du point de départ et du point d'arrivée de cette fameuse Déclaration des droits ? Qu'on en juge : « Sans doute, et nous aimons à le penser, votre justice ne demandait pomt à être sollicitée, ni prévenue par nos voeux. En restituant à l'homme sa dignité première, en le rétablissant dans la jouissance de ses droits, vous n'avez entendu faire aucune distinction entre un homme et un

DEVANT L'ASSEMBLb:i: XATlUXALE tl3

autre homme ; ce titre nous appartient comme â tous les autres membres de la société ; les droits qui en dérivent nous appartiennent donc également. Voilà la conséquence, rassurante pour nous, qui résulte des principes fondamentaux que vous venez d'établir. Aussi nous sommes certains désormais d'avoir une existence différente de celle à laquelle nous avions été voués jusqu'ici. Le titre d'homme nous garantit celui de citoyen ; et le titre de citoyen nous donnera tous les droits de cité, toutes les facultés civiles, dont nous voyons jouir, à côté de nous, les membres d'une société dont nous faisons partie *. » Une pareille assurance de langage ne supposct-elle pas une connaissance préalable, approfondie, do ce qui se préparait ? Des hommes tenus à l'écart de la société, s'ils n'avaient été au courant (dans les coulisses) de la rédaction, du but et de la portée de la Déclaration des droits, auraient-ils présenté des conclusions si assurées, le 26 août, le soir même du vote de la Déclaration ? L'ignorance n'est-elle pas accompagnée de plus de timidité et de réserve, surtout dans les premières démarches ?

Les juifs de Paris en réclamant leur admission au nombre des citoyens, fondée, d'une part, sur les droits de l'homme, d'autre part, sur « leur soumission aux lois dont ils avaient donné un si constant exemple, leur ardent amour pour le monarque, leur caractère pacifique^ », en un mot sur leur conduite irréprochable,

1 Adresse présentée à l'Assemblée nationale le 26 août 1789, par les juifs résidant à Paris, p. 2-3. — Elle est signée par J. Goldscbmidt, président, Abraham Lopès Lagouna, vice président, Weil, Benjamin. Fernandès, Mardochée Lévi, etc.

2 Expressions contenues dans l'Adresse, p. 4.

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avaient oublié, sans doute, les récriminations et les reproches dont ils avaient été l'objet sous le règne précédent. Une requête des six corps des marchands de Paris, adressée à Sa Majesté le roi Louis XV, représente que l'admission des juifs serait directement contraire aux vues de Sa Majesté de rendre le commerce de plus en plus Ûorissant ; elle renferme ces aménités : « Non seulement ils sont incapables de lui apporter le moindre avantage, mais ils ne sauraient que le désoler et le ruiner... L'admission de cette espèce d'hommes dans une société politique ne peut être que très dangereuse. On peut les comparer à des guêpes qui ne s'introduisent dans les ruches que pour tuer les abeilles, leur ouvrir le ventre et en tirer le miel . . Permettre le commerce à un seul juif dans une ville, c'est l'y permettre à tous, et opposer à chaque négociant les forces d'une nation entière : ce sont des particules de vif-argent qui courent, qui s'égarent, et qui à la moindre pente se réunissent en un bloc principal*. » Les juifs de Paris, ivres de la Révolution qui venait recommencer l'humanité, oubliaient, sans doute, ce passé. Tant il est vrai que le désir de paraître transformé produit souvent, chez le pécheur qui s'amende, l'illusion que sa transformation est déjà réalisée !

Voilà donc la première ligne d'opération : parmi les juifsy ce sont ceux de Paris qui présentent à l'Assemblée nationale une adresse pour obtenir d'être reconnus comme citoyens.

Deuxième ligne d'opération. — Les juifs d'Alsace pro-

1 Archives nationales, ADIB xxvii, n" 26, Requête des marchands et négociants de Paris contre l'admission des juifs, pages 19, 245, 28.

DEVANT L'ASSEMBLKE NATIONALE il5

mettent aux Alsaciens de ressembler à leurs coreligionnaires de Paris.

En effet, tandis que leurs coreligionnaires travaillaient à réussir auprès de l'Assemblée nationale, les juifs d'Alsace, de leur côté, tentaient d'adoucir et de se concilier le peuple alsacien. En pendant de l'Adresse des premiers à l'Assemblée nationale, apparaissait une Adresse des juifs alsaciens au peuple d'Alsace. A coup sur, on dut se frotter les yeux à Strasbourg, à Golmar, et surtout dans le Sungau, en lisant ce qui suit :

a) Début :

(( Citoyens, nous attendons de l'Assemblée nationale un décret favorable à nos espérances ; mais nous désirons auparavant vous rassurer sur les inquiétudes et les craintes qu'il pourrait faire naître dans vos esprits. Ne croyez pas que nous en abusions jamais. Si vous jugiez de ce que nous serons un jour par tout ce que nous avons pu être jusqu'à présent, votre erreur serait bien grande, et vous êtes trop sages pour l'adopter. Soyez persuadés, au contraire, que les hommes ne sont, en général, que ce qu'on veut qu'ils soient, et qu'on nous a forcés d'avoir les défauts et les torts qu'on reproche à quelques-uns de nous * . »

b) Promesse de ressembler aux juifs de Paris :

« La capitale du royaume, dans ce moment, fait une démarche solennelle auprès de l'Assemblée nationale, pour lui porter un témoignage authentique en faveur des juifs établis dans son enceinte, et pour lui exprimer

^ Adresse des juifs alsaciens au peuple d'Alsace, p. 1-2.

en même temps le désir que tous ceux de l'Etat participent au même bienfait... Encore une fois, ne désespérez pas de voir une révolution salutaire s'opérer dans nos mœurs, lorsque l'exemple des juifs de Paris, auxquels on ne fait aucun reproche, est un sûr garant de la vérité des promesses que nous osons vous faire ^ »

c) Mais ils ne lâchent pas leurs créances :

« Citoyens I lorsque nous aurons obtenu de l'Assemblée nationale le décret que nous attendons de sa sagesse, daignez donc y applaudir.

« Nous avons des créances sur vous ; ces créances sont considérables, mais des termes très éloignés vous sont accordés par un arrêt du conseil souverain de Golmar, de l'année 1787, pour vous liquider envers nous.

« Serait-ce à raison de ces créances que vous pourriez voir avec déplaisir notre admission au titre do citoyens ? En seriez-vous moins débiteurs? et l'époque du paiement en arriverait-elle plus tard, si nous n'obte nions pas l'acte de justice que l'Assemblée nationale ne peut nous ^'^e fuser ^ ? »

11 faut avouer que pour des gens qui avaient vu les combles de leurs maisons arrachés et qui avaient été houspillés, comme nous l'avons dit, dans plus de vingt villages, il n'y avait pas peu d'outrecuidance et de témérité à parler de la sorte aux Alsaciens. Aussi le plan combiné entre hébreux de Paris et hébreux d'Alsace no réussit guère. L'Assemblée nationale n'eut pas l'air de s'apercevoir, à plus forte raison de s'émouvoir, de

* Adresse des juifs alsaciens au peuple d' Alsace, p. 4.

* Ibid., p. 5-6.

l'adresse des premiers; et l'Alsace, à la lecture de l'adresse des seconds, n'en éprouva que plus d'exaspération. Quant aux six députés juifs, qui étaient venus à Versailles et entouraient Grégoire, ils continuaient à se morfondre, depuis plusieurs mois, sur le seuil de l'Assemblée, sans avoir pu pénétrer une seule fois dans son enceinte ^

Grégoire, cependant, n'a pas tout à fait perdu sa peine. Depuis l'iiorrible journée du 6 octobre à Versailles ', l'Assemblée est humiliée, atterrée, découragée : cent vingt membres ont déserté ses bancs. C'est dans ces circonstances néfastes et à l'avant -dernière séance qui se tient à Versailles, que Grégoire obtient que la députation juive de Lorraine, d'Alsace et des Trois- Évèchés soit enfin introduite pour présenter sa requête. C'est le 14 octobre. A la séance du soir, les six juifs qui composent cette députation sont admis à la barre de l'Assemblée. Plus avisés que leurs coreligionnaires de Paris et de l'Alsace, dont les adresses ont blessé par leurs réclamations hautaines, ils s'avancent avec une

1 Motion en faveur des juifs, par Grégoire, notice historique, p. 12.

2 Une foule ignoble s'était portée de Paris à Versailles. L'Assemblée, en séance, avait été insultée, puis souillée par des gens qui y passèrent la nuit. A l'aube le cluiteau avait été envahi, les appartements, où dormait la reine, assiégés par une bande féroce, deux gardes du corps, tués, et leurs têtes placées en tète de l'immoude cortège qui emiueua le roi et la reine de Versailles à Pai-is,

requête dont la rédaction ne laisse rien à désirer. Leur président, Berr -Isaac-Berr, parle en ces termes :

Messeigneurs,

« C'est au nom de l'Eternel, auteur de toute justice et de toute vérité, au nom de ce Dieu qui, en donnant à chacun les mêmes droits, a prescrit à tous les mêmes devoirs ; c'est au nom de l'humanité outragée depuis tant de siècles par les traitements ignominieux qu'ont subis, dans presque toutes les contrées de la terre, les malheureux descendants du plus ancien de tous les peuples, que nous venons, aujourd'hui, vous conjurer de vouloir bien prendre en considération leur destinée déplorable.

« Partout persécutés, partout aviUs, et cependant toujours soumis, jamais rebelles, objet chez tous les peuples, d'indignation et de mépris, quand ils n'auraient du l'être que de tolérance et de pitié, les juifs que nous représentons à vos pieds se sont permis d'espérer qu'au milieu des travaux importants auxquels vous vous livrez, vous ne dédaignerez pas leurs plaintes, vous écouterez avec quelque intérêt les timides réclamations qu'ils osent former au sein de l'humiliation profonde dans laquelle ils sont ensevelis.

(( Nous n'abuserons pas de vos moments, Messeigneurs, pour vous entretenir de la nature et de la justice de nos demandes ; elles sont consignées dans les mémoires que nous avons l'honneur de mettre sous vos yeux. Puissions-nous vous devoir une existence moins douloureuse que celle à laquelle nous sommes condamnés ! Puisse le voile d'opprobre qui nous couvre depuis si

DEVANT L'ASSEMBLEE NATIONALE lit)

longtemps, se déchirer enfin sur nos tètes ! Que les hommes nous regardent comme leurs frères ! Que cette charité divine, qui vous est si particulièrement recommandée, s'étende aussi sur nous ! Qu'une réforme absolue s'opère dans les institutions si ignominieuses auxquelles nous sommes asservis, et que cette réforme, jusqu'ici trop inutilement souhaitée, que nous sollicitons les larmes aux yeux, soit votre bienfait et votre ouvrage ! »

Ce langage, humble et suppliant, ne pouvait qu'émouvoir. Aussi, M. de Fréteau, président de quinzaine, répond :

« Les grands motifs que vous faites valoir à l'appui de vos demandes, ne permettent pas à l'Assemblée nationale de les entendre sans intérêt; elle prendra votre requête en considération et se trouvera heureuse de rappeler vos frères à la tranquillité et au bonheur, et provisoirement vous pouvez en informer vos commettants *. »

La réponse était vague dans sa bienveillance. Mais Grégoire était là qui avait appris, à bonne école, ce que c'est que le positif. Sur-le-champ, il se lève et dit :

« Attendu qu'on ne peut ajourner à terme fixe l'affaire des juifs, je demande qu'on leur promette, au moins, de la traiter dans le cours de la session présente ^. »

La demande fut accordée par l'Assemblée, « malgré les réclamations de quelques personnes que je suis fort aise de ne pas connaître », écrit Grégoire ^.

1 iIoniteu)',du. 13 au 15 octobre 1789.

- Grégoire, Motion, etc. Notice historique, p. xv.

' Ibid,, p. 15.

13y LA QUESTION JUIVE INTRODUITE

L'Assemblée s'est installée à Paris, salle du Manège ; elle y tient ses séances depuis deux mois. Dans les séances du 21, du 23 et du 24 décembre, l'affaire des juifs est officiellement appelée. C'était la veille de Noël !

L'anniversaire de la venue en ce monde du Libérateur était ainsi choisi par la divine Providence, pour introduire devant les peuples la cause de l'affranchis soment ou de la libération de l'ancien peuple de Dieu. La Chambre française n'y fit nulle attention, de même qu'elle ne se souvenait plus, selon toutes les apparences, de l'outrage à la Divinité que, peu auparavant, le Moniteur avait enregistré dans ses colonnes en comparant la nuit du 4 août à la nuit sacrée du Rédempteur du monde. Nous l'avons rapporté plus haut. 11 est utile de rappeler ici les traits les plus poignants :

« En une nuit, la face de la France a changé;

(( En une nuit, l'arbre fameux de la féodalité, dont l'ombre couvrait toute la France, a été déraciné;

(( En une nuit, l'homme a repris la place que lui marquaient la nature et la raison ;

« ,En une nuit, les longues entreprises de la cour de Rome, ses abus, son avidité, ont trouvé un terme et une barrière insurmontable que viennent do poser pour une éternité la sagesse et la raison luimaine;

« En une nuit la France a été sauvée, régénérée^. »

t Moniteur, il69, ii" 3S.

C'était peut-être pour punir ce contraste sacrilège, que la divine Providence faisait, à son tour, appeler la question d'afFranchissemeiit de son ancien peuple, la veille de Noël. Il n'y a encore qu'un point lumineux presque imperceptible, mais qui grandira !

Aussi bien, tout est indécis et complexe dans le retour de ce peuple, c'est un crépuscule; on y distingue les combats de la miséricorde et de la justice. Tandis que sa cause était appelée la veille de Noël, d'autre part, un personnage funèbre surgissait à ses côtés, réclamant comme lui les droits civils, et dans la même séance : l'exécuteur des hautes- œuvres !

Dans l'ancienne société, la privation des droits civils atteignait maintes catégories de personnes, entre autres : les juifs, les protestants, les comédiens, le bourreau; les juifs et les protestants, parce que leurs croyances étaient en opposition avec les lois fondamentales et les coutumes du pays; les comédiens et le bourreau, parce qu'ils exerçaient des métiers réputés infâmes.

Dans les séances du 21, du 23 et du 24 décembre, ces quatre catégories d'incapables se présentaient ensemble, et sur la même ligne, devant l'Assemblée nationale, pour réclamer les droits civils.

Gomment cet assemblage des juifs et du bourreau ne fixerait -il pas notre pensée? Les historiens Israélites en ont fait mystère dans leurs mémoires !

L'exécuteur des hautes œuvres se présentait donc, lui aussi, pour obtenir sa réhabilitation. Quelques jours auparavant, en ce même mois de décembre, les instruments de supplice qui forment son domaine, avaient été transformés, perfectionnés; il venait demander à se

transformer lui-même ! Voici, d'après les documents de l'époque, comment fut proposée et adoptée cette double funèbre transformation, celle des instruments, celle de l'exécuteur; nous y joignons, à l'adresse de nos anciens coreligionnaires, quelques réflexions, toujours soumises avec respect, surtout en pareille matière ! Transformation des instruments de supplice. — <( Dans la séance du l'"" décembre 1789, M. le docteur Guillotin vint lire un long discours sur la réformation du code pénal, dont le Moniteur n'a pas jugé à propos de conserver un seul mot. C'est dans ce discours qu'il proposa de décréter qu'il n'y aurait plus qu'un seul genre de supplice pour les crimes capitaux ; de substituer au bras du bourreau l'action d'une machine, de cette machine qu'on appelle aujourd'hui guillotine. « Avec mamacJiine, dit M. Guillotin, Jg vous fais sauter la tête d'un clin cVœil, et vous ne souffrez point. » L'Assemblé se mit à rire. Elle écouta cependant le reste du rapport avec attention, il fut terminé par les propositions suivantes :

Art. I. — Les délits du même genre seront punis par le même genre de peine, quels que soient le rang et l'état du coupable.

Art. II. — Dans tous les cas où la loi prononcera la peine de mort contre un accusé, le supplice sera le même ; le criminel sera décapité. Il le sera par l'effet d'un simiile mécanisme ^

Le docteur Guillotin, député de Paiis, était uu habile médecin et le plus doux des hommes . Ce fut par un sentiment d'humanité qu'il proposa la décapitation à la

* Histoire parlementaire de la Révolution française, par Bûchez et Houx, t. III, p. 4i7-8.

place du gibet, de la roue et du bûcher; et ainsi « le nom d'un homme de bien fut donné à cet instrument de mort d'une si exécrable célébrité ^ »

Que nos anciens coreligionnaires veuillent bien maintenant réfléchir sur le rapprochement qui suit :

Le monde chrétien, il y a bientôt deux mille ans, et le monde révolutionnaire, il y a un siècle, se sont ouverts par deux transformations fameuses, qui écrasent la pensée : la croix et la guillotine.

Dans l'antiquité, la croix était réputée un bois infâme à Rome et presque partout, on ne suppliciait par la croix que les esclaves et les plus vils malfaiteurs. Tout à coup, cet instrument de supplice se transforme : les pierres précieuses l'ornent à l'envi, tous les bijoux lui cèdent le premier rang; il monte jusque dans le diadème des rois ! Et non seulement cet instrument de supplice se transfigure, mais, ce qui est plus extraordinaire, il transfigure le monde. Les vertus anciennes viennent se réfugier sous son ombre où elles refleurissent, et de nouvelles y éclosent, d'une beauté merveilleuse, l'humilité, la chasteté, la charité, l'héroïsme du martyre ! Le rayonnement de cette croix devient tellement superbe qu'il dépasse celui du soleil : l'astre du jour, dans sa course, n'éclaire qu'un seul hémisphère à la fois, les rayons de la croix enveloppent tous les

* PouJOULAT, Histoire de la Révolution française, chap. viii. — Guillolin, qui n'avait été guidé que par l'amour de l'humanité, comprit bientôt le mal qu'il avait fait involontairement, et maudit son œuvre. Il se prononça avec énergie contre les excès de la Terreur, fut emprisoimé, et, sans le 9 thermidor, il eût été exécuté. Il passa le reste de ses jours dans la retraite. C'est lui qui eut l'idée de l'association médicale qui est devenue l'Académie de médecine.

l?i LA QUESTION JUIVE INTRODUITE

mondes ! Quand on dira d'un hardi navigateur qu'il est allé planter la croix sur des rivages étrangers, tout le monde comprendra par là que, sur ces rivages, il est allé introduire et commencer la civilisation. Auprès de tous les royaumes civilisés, elle devient le signe de Flionneur et des récompenses nationales. Et enfin, quand Bossuet voudra faire l'éloge, devant la plus magnifique cour de l'univers, du genre de vie qui prime tous les autres, il dira d'une princesse : Maintenant elle a préféré la croix au trône.

Telle est la transformation qui a marqué la genèse du monde chrétien.

Le monde révolutionnaire, en s'ouvrant, a voulu avoir aussi la sienne, inhérente également à un instrument de supplice : la guillotine.

A quoi n'a-t-on pas eu recours pour célébrer l'invention de cette mécanique sépulcrale, de ces bois de justice, ainsi qu'on les dénomme aujourd'hui ? C'est au nom de la patrie en danger qu'ils furent dressés sur la place de la Révolution. Le couteau tombait au cri de Vive la Nation ! Dans son ambition impie et sauvage de singer la popularité et la diffusion de la croix, l'ivresse révolutionnaire alla jusqu'à faire fabriquer des multitudes de petites guillotines, jouets pour les enfants, ornements pour les foyers *. Des personnes, touchées des bons services de la guillotine, faisaient présont de sommes d'argent pour son entretien ^ ! . . . D'autre part, les scènes les plus attendrissantes se sont passées au pied

1 « Les enfants avaient pour jouets de petites guillotines à oiseaux. » Chateaubriand, E^aai sur la littérature anglaise, IV"^ partie. - Moniteur, u° 198.

de cet instrument de supplice : la jeune fille et la jeune femme devenaient tout à coup grandes comme le dévouement, sublimes comme le martyre ; le vieillard regrettait de n'avoir à donner qu'un reste de vie, en témoignage de sa foi ; ils montaient, presque tous, les degrés de l'échafaud en se montrant le ciel et en pardonnant à leurs bourreaux. « Il y avait une heure d'angoisse, l'heure du soir, où le messager de la justice révolutionnaire arrivait pour désigner les prisonniers qui, le lendemain, devaient paraître devant le tribunal ; les parents et les amis se prenaient par la main, et, par un instinct de conservation, s'appuyaient les uns contre les autres. Le cœur se déchirait aux adieux *. » Mais en présence de l'échafaud, la résignation, le calme, l'espérance avaient vite retrouvé leur empire, et de l'autel du sacrifice, des légions d'anges montaient au ciel ^ !

D'où vient donc, cependant, que, nonobstant ces scènes attendrissantes, et à rencontre des hymnes de

1 PouJOULAT, Histoire de la Révolution française.

* Quelques exemples entre mille. Seize carmélites de Royal-Lieu, près Compiégne, se sont acheminées vers le bourreau, chantant le Salve Reglna. Combien leurs voix devaient être touchantes lorsqu'elles disaient: FAa ergo advocata nostra! L'angélique concert continua Jusqu'au pied

de l'écliafaud, et ne cessa tout à fait qu'au dernier coup de hache

Vingt paysannes du Poitou s'avançaient vers la mort; l'une d'elles allaitait son enfant; elle aurait voulu lui donner toute la vie qu'elle allait perdre; lorsqu'elle arriva au pied de l'échafaud, on lui arracha son enfant du sein!... D'anciens serviteurs de la royauté, des femmes qui avaientconnu les fêtes de Versailles, furent placés dans la charrette de Madame Elisabeth. La pieuse et irréprochable princesse remplaçait le prêtre auprès de ses compagnons de supplice, elle fut l'ange de leur derniei^è heure. Ses compagnes eurent la consolation de l'embrasser; chaque condamné, descendu de la charrette, salua respectueusement la princesse avant de monter à l'échafaud. Nous ne connaissons pas de scène d'une grandeur plus attendrissante. Madame Elisabeth périt la dernière. Elle avait 30 ans. » Poujoulat, Histoire de la Révolution. '' 0 ,^,^f

la Révolution, la guillotine est devenue un objet d'exécration, alors que la croix continuait son rayonnement pur et lumineux ?

D'où vient que devant l'instrument de supplice de la plate-forme du Golgotha, les générations ont passé et passent en s'inclinant d'admiration et d'amour, tandis que devant l'instrument de supplice de la place de la Révolution , elles ont baissé la tête avec effroi et horreur ?

Des deux instruments de supplice, l'un était réputé plus infâme, et c'était la croix !... En effet, par respect pour son titre de citoyen romain, saint Paul ne fut que décapité, tandis que saint Pierre fut crucifié.

D'où vient qu'on n'a jamais trouvé étrange le cri d'admiration et d'empressement poussé par saint André vers l'instrument de son supplice ? Dès qu'il l'aperçoit, il s'écrie : « 0 croixj ô bonne croioc, qui êtes devenue si belle, vous après laquelle f ai si longtemps soupiré, vous que fai si ardemment aimée, vous que fai si yersévêramment recherchée , et que mon impatience trouve enfin préparée, recevez-tnoi, prenez-moi du milieu des hommes pour me rendre à mon divin Maître, afin que par vous me reçoive Celui qui par vous m'a racheté *. » Qui a jamais songé à pousser vers la guillotine un cri semblable ? Et d'où vient même que pour savoir mourir sous le couteau de la guillotine, tout condamné, innocent ou coupable, a besoin, au pied de l'échafaud, de baiser la croix ^ ?

1 Bréviaire romain.

• Voici un des plus hauts spectacles de la terre : aux deux coins de cet échalaud, les deux justices sont en présence, la justice humaine et la justice divine : l'une, implacable et appuyée sur un glaive, est accompagnée du desespoir; l'autre, tenant une croix trempée de pleurs, se montre

Saint Jean Ghrjsostome disait au peuple de Gonstantinople : « Qui de vous voudrait toucher aux instruments funestes de la mort des criminels ? Qui n'en a pas horreur, au contraire ? et qui ne se croirait pas déshonoré, si on l'obligeait à conserver quelque partie du gibet où ils ont été suspendus * ? » Qui de nous vou drait conserver à son foyer et, montrer à ses visiteurs un des bois où aurait été suspendu le couteau de la guillotine ? D'où vient, au contraire, qu'on éprouve un sentiment de joie à posséder, et un mouvement d'honneur à montrer, un morceau du bois de la vraie croix ?

D'où viennent ces différences profondes? D'où viennent ces oppositions saisissantes ? Elles ont tourmenté ma pensée ; elles causeront pareil tourment chez quiconque voudra bien réfléchir. Elles ne s'expliquent pas sans une raison majeure. Que tes plus savants rabbins se lèvent, 6 Israël, et te donnent cette explication ! Je les adjure de parler. Pour ma part, j'ai ouvert notr(3 vieille Bible à l'endroit de ces paroles d'Isaïe : « Nou.'i l'avons regardé, il était l'homme de douleurs, il a porté riniqailé de nous tous... Il sera exposé comme un étendard devant tous les peuples; les nations viendront lui offrir leurs prières, et son sépulcre sera glorieux^ ï)\ puis, satisfait de ce trait de lumière et fermant la Bible, je me suis dit : voici la raison des senti-

entre la pitié et l'espérance; l'une a pour ministre un homme de sang, l'autre un homme de paix; l'une condamne, l'autre absout; innocente oti coupable, la première dit à la victime : « Meurs! » La seconde lui crie : « Fils de l'innocence ou du repentir, montez au ciel. » Chateaubrianu. Génie du Christianisme.

i Saint Chrysost., lib. Quod Christus sit Deus, c. ix.

- IsAÏE, chap. LUI et xi.

ments si profondément dissemblables qu'excitent, chez tous les peuples du monde, la croix et la guillotine :

Sous la guillotine, les victimes, si saintes et innocentes fussent-elles, n'ont été que des créatures ;

Sur la croix, la victime était le Fils de Dieu !

Voilà pourquoi la croix est recherchée, multipliée à l'infini, glorifiée, adorée ; Dieu a régné par le bois, regnavit a ligno Deus * 1

Dans le même mois de décembre de l'année 1789, se groupaient donc ces différentes coïncidences : le docteur Guillotin faisait accepter son invention ; l'exécuteur des hautes œuvres, après avoir vu transformer les instruments de supplice, venait, à son tour, solliciter sa propre transformation par la demande des droits civils ; enfin, les juifs se rencontraient à la barre de l'Assemblée avec lui, pour le même objet.

Les historiens Israélites qui rapportent cette séance font mention de la demande de réhabilitation pour les comédiens, pour les protestants, pour les juifs ; mais tous se taisent sur la participation du bourreau à la même requête. Elle est inscrite, cependant, tout au long, avec les trois autres, dM Moniteur, et l'on éprouve même un frisson en apercevant, dans le compte rendu officiel, parmi les députés qui montent à la tribune pour

' Hjniue liturgique. ,j H.

plaider la cause tant du bourreau que des juifs, qui? Robespierre. Robespierre intercédant en faveur du bourreau et des juifs, quelle singulière intercession ! Voici une partie de sa motion :

Pour le bourreau : « On ne dira jamais avec succès, dans cette assemblée, qu'une fonction nécessaire de la loi puisse être flétrie par la lui. Il faut changer cette loi, et le préjugé n'ayant plus de bases, disparaîtra. «

Pour les juifs : « On vous a dit sur les juifs des choses infiniment exagérées et souvent contraires à l'histoire. Les vices des juifs naissent de l'avilissement dans lequel vous les avez plongés ; ils seront bons quand ils pourront trouver quelque avantage â l'être... Je pense donc qu'on ne peut les priver des droits sacrés que leur donne le titre d'homme *. ))

Telles sont les paroles et tels sont les faits. — Pourquoi donc les historiens Israélites ont -ils jugé à propos de taire le nom du bourreau et de le retrancher du groupe qui se présenta à la réhabilitation ? Pourquoi?... Ah ! c'est que la coïncidence était par trop frappante, trop instructive, trop éloquente, trop écrasante. Les juifs apparaissant sur la scène avec le bourreau, quel rappel du passé, quels souvenirs ! . . . Tout enfant d'Israël, en lisant ces lignes, n'éprouvera-t-il pas un trouble et un malaise que les historiens ont voulu lui épargner- ?

Eh bien, voici quel fut le dénouement :

La demande collective de réhabilitation avait donc

i Moniteur, 1789, décembre, p. 503-4.

2 Les historiens Israélites, BéJarrIde (les Juifs en France), Halévy (Histjire des juifs), et autres, ont tous gardé le silence sur celte funèbre rencontre.

La Pri'-pnndéraiicu juive. ^ 9

été introduite devant l'Assemblée le 21 décembre ; elle fut discutée le 23 et le 24, et le résultat fut celui-ci :

Le bourreau fut réhabilité, mais pas les juifs, l'examen de leur sort fut ajourné*. Oui, cet être « dont les autres habitations fuient la demeure... qui vit dans une espèce de vide avec sa femelle et ses petits^ », cet être, le voilà qui a désormais sa place dans la société ; il aura la dernière, mais il en a une, et le peuple d'Israël n'en a pas encore ! . . . Ce serait toutefois se méprendre que d'attribuer aux législateurs de 1789 une pensée préméditée, une pensée de christianisme, quand ils firent passer le bourreau avant les juifs dans l'admission aux droits de citoyen. Aucun motif religieux ne guida leur conduite, lorsque, le 24 décembre 1789, ils réhabilitèrent l'exécuteur et ajournèrent la réhabilitation des juifs. Mais la Providence permit que, puisque la Révolution voulait systématiquement exclure Jésus-Christ et oublier la tache de sang sur le front des juifs dans leur procès de réhabilitation, ia tache de sang- reparût brusquement, par la présence fortuite du bourreau à côté des juifs, et par le contraste de la réhabilitation de l'un avec l'ajournement des autres. Bien des députés durent faire tout bas cette réflexion.

* Voici le décret de l'Assemblée nalionaie (24 décembre).

1" (Pour les prolestant.*). Que les non catholiques lont ca^^ahles de tous les emplois civils et militaires coranie les autres citoyens.

2" (Pour les comédiens et le bourreau). Qu'il ne jiourva être opposé à l'éligibilité d'aucun citoyen d'autres motifs d'exclusion que ceux qui résultent des décrets constitutionnels.

Et l'Assemblée ajoute : Quelle n'enlend rien innover relativement aux juifs, sur l'état desquels clU se réserve de prononcer, (Moniteur 2'i décembre 1789i)

2 t)'s Ma:stre.

Pour nous, qui avons déterré ce détail jusqu'ici soigneusement recouvert d'ombre et de silence, et qui croyons devoir le mettre en relief après un siècle d'oubli, nous l'accompagnerons de cet aveu que l'impartiale vérité nous commande : La journée du 24 décembre 1789 fut profondément humiliante pour notre race, mais elle fut d'une justice sublime ! Oui, le bourreau méritait d'être réhabilité avant nous ; car le bourreau ne fait mourir que les hommes, des coupables, et nous, nous avions fait mourir le Fils de Dieu, l'innocent ! C^est une bonne chose, Seigneur, que vous nous ayez humiliés^ \... Oh! puisse cette pensée pénitente, que nous avons tracée à l'encontre de l'orgueil Israélite, toucher votre miséricorde, ô Père de Jésus-Christ, et compter pour la conversion de nos frères en Israël !

Les Israélites d'alors furent, eux, profondément blessés. La preuve écrite en est également restée. Quelques jours après l'ajournement, une des feuilles les plus lues de Paris et dévouée auxjuifs, contenait ces paroles, véritable explosion de colère et de dégoût : « Dans un moment où les droits de l'homme sont reconnus ; dans un moment où le plus vil des êtres, couvert en tout temps de la boue de l'infamie, a eu l'audace de faire entendre sa voix sinistre dans les tribunaux(le bourreau), comment est-il possible que les juifs, ce peuple antique que le préjugé seul s'est efforcé d'avilir, aient encore besoin de défenseurs ? Pourquoi le peuple de Dieu, pourquoi ce peuple, dégradé à force d'injures humiliantes, est-il forcé de descendre aux prières pour obtenir la

1 Psaume Je David.VHï

qualité d'homme : qualité d'homme qu'on ne refuse pas à l'une de ces créatures infâmes dont on ne pardonne l'existence que parce ce qu'une nature marâtre a permis qu'il y eût des crimes et des crapauds \ »

Quel langage !

Tel fut Fépisode de la rencontre du bourreau et des juifs à la barre de l'Assemblée.

^ Le Courrier de Paris dans les provinces et des provinces à Paris, no XXV (2 février 1790), p 3S9-W.

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