DUVEYRIER
l'abbé Faucuet-. »
i Portefeuille de Godard.
2 Faughkt (C^^.\xde),ésè^{^xec)ns^itutlonnel duCalvalos, couvenlionr.el girondin, né à Bornes (Nivernais) en 17i4, décapité le 31 octobre 1793. 11 entra de bonne he;u-3 dans les ordres, et devint pré.licale;;r du roi, abbé de Monllbrt et grand vicaire de l'archevêque de Bour-'es. Il appartenait à
Cette pétition, pas mal impérative, est extrêmement curieuse. Qu'on remarque d'abord les signataires : deux abbés, Bertolio et Faucliet ; avec le président de la Commune, l'abbé Mulot qui conduisait la députation, cela faisait trois prêtres sur cinq députés, qui venaient réclamer l'émancipation des juifs.
Qu'on remarque aussi cette phrase, cet aveu, embarrassant peut-être, avons-nous dit, pour les juifs : ils ont contribué à la conquête de la liberté. C'est la Commune, elle-même, qui le déclare et qui s'appuie sur cette déclaration pour obtenir de l'Assemblée nationale l'émancipation de ses clients. Elle affirme que les juifs ont contribué à la conquête de la liberté. Qu'est-ce à
la secte des illuminés, et il mêlait à ses principes chrétiens des rêveries ni3'£tiques et des idées de rérormateur; il y avait aussi dans ce prêtre, à Tàme orageuse et passionnée, du tribun et même du guerrier. Au 14 juillet 1789, il figura au nombre des électeurs réunis à l'Hôtel de Ville. On le vit dans celte journée haranguer le peuple et mai'cher à la tête d'une colonne, le sabre à la main, à l'attaque de la Bastille; trois fois il ramena les assaillants dispersés par le feu de la forteresse. — Chargé par la Commune de prononcer l'éloge funèbre des citoj'ens morts pendant le combat, il prit pour texte de son discours ces p u-oles de saint Paul : « Vos enim ad libertatcru vocati estis, Frères, vous êtes appelés à la liberté.» Ce qui fut entièrement nouveau dans celte cérémonie, c'est que le prédicateur avait lui-même contribué à la cotiqnête qu'il célébrait; il s'était trouvé au milieu de ceux dont il honorait la mémoire; il avait encouru le même péril et montré la même intrépidité. Les relations du temps ont constaté l'effet prodigieux de ce discours sur un auditoire dominé des mêmes passions, du même esprit que l'orateur. Une couronne civique lui fut décernée, et on alla sur-le-champ s'en procurer une ; un héraut la porta devant lui jusqu'à l'Hôtel de Ville, où il se rendit entouré de tous les officiers du district, entre deux compagnies qui marchaient tambour battant et enseignes déployées. — Lors de la bénédiction des drapeaux des districts, Fauchet fut encore chargé de prononcer le sermon patriotique adressé aux soldats citoyens; il publia, en outre, divei's opuscules destinés à propager sa doctrine de lunion du christianisme et des idées nouvelles, entre autres : De la Rcliçjion nationale, 1789 ; Sermon sur l'accord de la religion et de la liberté, 1791.
Dictionnaire de Pierre Larousse.
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dire, sinon qu'ils ont pu avoir la main dans tous les événements graves de 1789 et 1790?
Qu'on remarque, enfin, cette parole d'abaissement des signataires : « Notre intérêt nous fait un besoin d'être confondus avec eux. » Hélas ! c'était malheureusement une prophétie. Que de chrétiens dégénérés ne se feront, dans la suite, aucun scrupule d'être confondus aveclesjuifs ! Les signataires appelaient même cela « un besoin ». Après ces remarques, faites pour éclairer le lecteur, reprenons avec lui le fil du récit.
Telle était donc cette députation envoyée par la Commune, au nom des districts de Paris : petite troupe bien décidée à emporter, ce jour-là, l'émancipation dos juifs.
Mais, ce jour-là aussi, le fauteuil de la présidence, à l'Assemblée nationale, était occupé par Talleyrand.
Tallejrand, sans doute, était favorable aux juifs. Néanmoins, leur admission pure et simple aux droits civils lui apparaissait, comme à beaucoup, grosse de conséquences.
En homme habile, il accueillit avec courtoisie la députation, écouta une supplication touchante de l'abbé Mulot, reçut des mains de Godard la pétition de la Commune, et répondit : « L'Assemblée nationale s'est fait un devoir sacré de rendre à tous les hommes leurs droits ; elle décrète les conditions nécessaires pour être citoyen actif ; c'est dans cet esprit qu'elle examinera, dans sa justice, les raisons que vous exposez, d'une manière si touchante, en faveur des juifs. L'Assemblée nationale vous invite à assister à la séance •. »
* Moniteur du !'•''■ mars 1790,
Dans la séance du lendemain {2G février), le duc de la Rochefoucauld-Liancourt, très sympathique aux Israélites, demandait déjà que l'Assemblée voulut bien fixer un jour où elle s'occuperait de leur admission cà l'état civil, lorsqu'un député se leva et répliqua : « J'observe que la question relative aux juifs est, sans doute, fort importante, mais que nous en avons de plus importantes... Je demande Tajournement de la question sur les juifs ^ )) Ce député est resté inconnu .
Mais, sur son ob:servation, conforme aux secrets désirs du plus grand nombre des députés, la question fut encore ajournée.
Et, ainsi, cinquante-neuf districts sur soixante (c'està-dire tout Paris représenté), avaient sollicité, réclamé l'entrée des juifs dans la société civile, et la Constituante avait reiïué : preuve considérable de la répugnance et de la frayeur que lui inspirait cette solution.
Du 26 février 1790 au 7 mai 1791, trois nouvelles tentatives sont faites auprès de la Constituante ; mais le résultat est toujours ou un ajournement ou de minces concessions ^.
i Moniteur, 27 ferier 1790.
2 Ces trois tentatives furent : le 10 avril 1700 (Moniteur du 17aviil); le 20 juillet 17yO (Moniteur du 22juillel); le 18 janvier 1791 (Moniteur du 20 janvier) Voir ci-ds=us au chapitre V, p. 1(34-66, le résumé da ces trois tenlatives.
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Découragés et aigris, les demandeurs se retournent une deuxième fois officiellement vers la Commune.
Ce fut Tallejrand qui leur en fournit l'occasion. Fut-il complice, ne le fut-il pas? Toujours est-il que les juifs, aussi habiles et plus habiles que lui, profitèrent de son fameux rapport sur la liberté des cultes.
Voici :
Sur le rapport de Tallejrand, l'Assemblée nationale avait décrété la liberté complète des cultes, la liberté par conséquent d'élever des édifices religieux.
Jusqu'alors les juifs avaient eu leurs oratoires à l'écart. Leurs cérémonies religieuses étaient tolérées, mais s'accomplissaient loin du grand chemin. Une synagogue n'avait point place visible au soleil comme une église catholique.
Mais Tallejrand a fait décréter la liberté complète des cultes. En hommes expéditifs, les juifs, profitant sans retard et du rapport de Tallejrand et du décret de l'Assemblée, acqiuèrent pour l'exercice de leur religion un édifice spacieux, étalent leurs cérémonies religieuses au grand jour, et puis viennent proposer, avec leurs plaintes et leurs gémissements, cet argument au Conseil général de la Commune :
« Notre esclavage religieux a cessé, mais notre esclavage civil dure encore. Et cependant, si nous avons reçu de la loi le droit d'élever des sjnagogues, pouvons-nous ne pas recevoir d'elle aussi le titre et les droits de citoyens ? Pouvons-nous être citojens dans nos sjnagogues seulement, et hors de là étrangers et esclaves ? Ne serait-il pas contradictoire que la loi nous reconnût d'une part, et nous reniât de Y âiiire'? Il ne 2^eut y
avoi7' de demi-liba^lé. comme il ny a point de demijustice'^. »
Cette requête des juifs au Conseil général de la Commune se terminait ainsi : « C'est la ville de Paris qui a commencé, en quelque sorte, le règne de la liiierté des juifs ; c'est à elle qu'il convient d'achever, par son intercession auprès des législateurs, une œuvre digne de son patriotisme et de ses lumières^. »
La municipalité de Paris non seulement ne demeura pas insensible à lare{{uète,mais elle voulut être logique avec les conclusions du rapport de Talleyrand. Sur-lecliamp elle prit l'arrêté suivant :
ARRÊTÉ DE LA MUNICIPALITÉ DE PARIS du. 2 6 mai 17 91.
Le Corps municipal, pénétré de la justice de la demande que les juifs renouvellent avec une si honorable persévérance :
Arrête, Qu'il sera écrit de nouveau à l'Assemblée nationale pour mettre sous ses yeux et la requête des juifs et le vœu de la municipalité, et pour la 'presser d'étendre formellement aux juifs de la capitale la conséquence des principes bienfaisants qu'elle vient encore de consacrer sur la liberté des opinions religieuses.
Signé : Bailly, maire.
DE JoLY, secrétaire-greffier.
Ces mots « la presser d'étendre formellement » renfermaient évidemment une menace pour l'Assemblée.
1 Requête des juifs au Conseil général de la Commune rédigée par Godard et trouvée dans sou purteleuille; reproduite ég-aleuieut daus le Moniteur du 11 juin 1791.
2 Ibid.
Néanmoins, l'Assemblée constituante se sentait encore assez forte pour résister : elle résista. La question des juifs fut de nouveau ajournée.
11 y avait à la Constituante un logicien inflexible : c'était Duport (Du Port) .
Quoique député de la noblesse, Duport avait passé à la Révolution. Après la prise de la Bastille, il avait poussé au désordre^ afin de sillonner jpro fond, disait-il, c'est-à-dire d'assurer la Révolution. Sombre enthousiaste de cette époque, il s'était écrié à l'Assemblée : (( Nous ne travaillons pas pour la France seulement, mais pour toutes les nations. Tous les peuples nous écoutent. Nous sommes les vengeurs et les précepteurs du genre humain. » 11 faisait partie du club des Jacobins ^ Son autorité était grande à la Constituante,
^ Bertrand DE MoLLKViLLE, ministre de Louis XVI, a laissé sur Duport, dans son Histoire de la Révolution française, t. IV, des révélations écrasantes, si elles sont vraies. Il les tenait de Louis XVI, qui les avait apprises de Mirabeau lui-même après son rapprochement de la cour. « Le 21 mai 1789, dans la loge des Atnis réunis, Adrieu Duport avait expliqué les raisons pour lesquelles on pouvait être assuré qu'aucun gouvernement européen ne ferait une opposition sérieuse à la Révolution, et il avait esquissé tout le plan de la constitution de 1791. Après de longues discussions sur ce mémoire, la Fayette, qui se trouvait aussi à ce comité s'il faut en croire Mirabeau, prit la parole et dit à Adrien Duport : « l'oilà sans doute un très grand plan; mais quels sont vos moyens d'exécution? En connaissez-vous qui soient capables de vaincre toutes les résistances auxquelles il faut s'attendre ? Vous n'en indiquez aucun. — 11 est vrai que je n'en ai point encore parlé, répondit
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OÙ il formait, avec Lainetli et Barnave, un triumvirat qui avait hérité de la popularité de Mirabeau.
C'est à lui que les juifs s'adressèrent pour livrer la bataille décisive, et tirer de la Déclaration des droits de riiomme la suprême déduction qui avait tant de peine à en sortir.
Il faut reconnaître qu'ils avaient été tenaces, et surtout bons logiciens ;
Tenaces, puisque, dans l'espace de deux ans, c'està-dire pendant toute la durée de la Constituante, la question de leur émancipation avait été quatorze fois présentée par eux, écartée et ajournée quatorze fois par les législateurs, et qu'ils étaient encore là pour la leur
Adrien Duport en poussant un profond soupir ; j'y ai beaucoup rélléchi... j'en connais de sûrs... mais ils sont d'une telle nature qneje frémis moimême d"y penser, et je ne pourrai me déterminer à vous les faire connaître qu'autant que vous approuverez tout mon plan, que vous serez bien convaincus qu'il est indispensable de l'adopter et qu'il n'y en a pas d'autre à suivre j)our assurer non seulement le succès de la Révolution, mais aussi le salut de l'Etat... » Après avoir excité la curiosité de ses auditeurs, il ajouta : « Ci n"est que par les moyens de terreur qu'on parvient à se mettre à la tète d'une révolution et à la gouverner. Il n'y en a pas une seule, dans quelque pays que ce soit, que je ne puisse citera l'appui de cette vérité. Il faut donc, quelque répugnance que nous y ajons tous, se lesigner au sacrifice de quelques jjersounes marquantes... » Leduc de la Rochefoucauld fut très frappé des réflexions d'Adiien Duport et finit, comme tous les autres membres du comité, par adopter le plan et les moyens d'exécution qu'il proposait. Des instructions conformes à ce plan furent données aux principaux agents du comité des insurrections, qui était déjà organisé et auquel Adrien Duport n'était-rien moins qu'étranger. L'exécution suivit de prés. Le massacre de MM. de Launay, de Flesselles, Foulon et Berthier, et leurs têtes, promenées au bout d'une pique, furent les premiers essais de cette conspiration philanthropique. » Bertuand de 'MOLLKYiL'LE, Histoire de la Révolution française, t. IV, p. 181 et suiv. — Louis Blanc, dans Y llistoii e dr'. la Recolution française, t. II, p. 318, attribue également à Duport 1 organisation des massacres de Paris et des paniques ré,)uudue3 dans les provinces. — C'est donc ù ce terrible sectaire que les juifs, fatigués de tant d'ajournements, s'adressèrent pour être iulroduils sommairement dans la société.
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présenter une quinzième fois à la veille de la dissolution de l'Assemblée;
Bons logiciens, parce qu'ils exigeaient qu'on tirât, de la Déclaration, des conséquences logiques qu'on ne voulait pas y apercevoir. MM. les législateurs de 1789, dédaignant le vieux christianisme, avaient voulu construire leur société nouvelle sur le modèle des mathématiques. Ils s'en vantaient très haut. Gondorcet avait écrit : « Les méthodes des sciences mathématiques, appliquées à de nouveaux objets, ont ouvert des routes nouvelles aux sciences politiques et morales. » Jean- Jacques, dans le Contrat social, était allé jusqu'à faire le calcul mathématique de la fraction de souveraineté qui revenait à chacun. Eh bien, en fait de mathé-' matiques, les juifs se chargeaient d'en remontrer à n'importe qui dans ce monde qui se proclamait nouveau. Aussi, étant donnée la Déclaration des droits de l'homme, ils se tenaient là, obstinés à vouloir en tirer une conséquence à leur profit, toutes les conséquences !
On était donc arrivé à la veille de la clôture. C'était l'avant-dernière séance. Il n'y avait plus ni temps à perdre, ni sursis à accepter. Duport se lève et, au milieu d'un silence solennel, prononce ces paroles : « Je crois que la liberté des cultes ne permet plus qu'aucune distinction soit mise entre les droits politiques des citoyens à raison de leur croyance. La question de l'existence politique des juifs a été ajournée ; cependant les Turcs, les musulmans, les hommes de tuutes les sectes sont admis à jouir en France des droits politiques. Je demande que l'ajournement soit révoqué, et qu'on conséquence il
soit décrété que les juifs jouiront en France des droits de citoyen actifs »
Rewbell, l'opiniâtre adversaire des Israélites, veut combattre la proposition de Duport.
Mais Régnault de Saint-Jean-d'Angélj, lui coupant la parole, s'écrie : « Je demande qu'on rappelle à l'ordre tous ceux qui parleront contre cette proposition, car c'est la Constituiion elle-même qu'ils comballrord^. »
Lorsqu'un corps de troupe bat en retraite, si on parvient à le jeter sur un obstacle pour le détruire ou l'obliger à se rendre, on dit, en terme do guerre, qu'il est acculé. C'était la situation sans issue de la Constituante, à l'heure avancée de sa retraite. Elle se trouvait *enface de cette alternative : ou mettre bas les armes devant les juifs, ou détruire la Constitution, son oeuvre, ce qui équivalait, pour la Constituante, à se détruire elle-même devant l'histoire. Elle était acculée.
La fameuse Déclaration des droits de l'homme était devenue une impasse, un cul-de-sac. L'Assemblée demeura silencieuse devant l'apostrophe de Régnault de Saint-Jean-d'Angély. La victoire restait aux juifs.
i Moniteur du 2i> septembre 1791.
2 Ibid.