‹ La prépondérance juive (volume 2)Chapitre 24 sur 35 · A L'ÉMANCIPATION DES ISRAÉLITES · texte numérisé non relu

A L'ÉMANCIPATION DES ISRAÉLITES

I. La comparaison entre la solution roj'aie et la solution révolutionnaire de la question juive projette une vive lumière sur le cours des événements modernes. — II. Points de vue auxquels se plaçait, pour cette solution, le roi Louis XVI; points de vue auxquels s'est placée la Révolution. — III. Première différence capitale : da ces deux modes d'émancipation, rémancipation graduelle et l'émancipation complète et immédiate, Louis XVI eût adopté le premier; la Révolution a imposé l'autre, malgré l'opinion publique, malgré l'Alsace, malgré la Constituante elle-même : c'était dans l'esprit de la Révolution ! — IV. Explication de ces termes : « dans l'esprit de la Révolution». Elle a montré, à l'occasion de la question juive, son esprit d'incontinence. — V. Terribles inconvénients de ce mode d'émancipation prédits à Godard, dès I7i^0. — VI. Deuxième différence capitale, plus grave encore : la Révolution a appuyé l'émancipation des juifs sur les droits de l'homme. Louis XVI, s'il eût été libre, n'eût jamais choisi une pareille base, désastreuse au delà de tout ce qu'on peut âïvc. Comparaisons qui aident à le comprendre. — VU. Jugement de M. de Donald sur l'acte de l'Assemblée consliluante concernant les juifs : de quelle manière il est juste de comjiléter ce jugement.

Nous connaissons maintenant tous les détails du grand labeur. Les démarches que les juifs ont dCi faire,

les inoyeiis qu'ils ont mis en œuvre, les hommes à la protection desquels ils ont eu recours, toute la persévérance qu'ils ont déployée, tous les sentiers qu'ils ont essayés, toute l'adresse et toutes les ressources qu'ils ont dépensées, enfin leur succès complet dii à la Commune : le lecteur connaît tout cela. Il sait la vérité.

Eh bien, maintenant, avant d'exposer la grande journée de l'émancipation, nous allons nous recueillir dans une austère impartialité. Pourquoi ? C'est le moment de mettre en regard l'entreprise de Louis XVI concernant les juifs, et Tentreprise de la Révolution. Il s'agit do se demander quelle eut été, selon toute probabilité, la solution adoptée par Louis XVI dans l'hypothèse où il eiit achevé paisiblement son entreprise, et quelle a été, d'autre part, la solution adoptée par la Révolution. Solution royale, solution révolutionnaire : qui ne voit tout de suite combien les différences, si nous en constatons, seront importantes? Elles donneront le moyen de pénétrer le secret de beaucoup de choses heurtées, bizarres, et même inquiétantes, dans la situation moderne des chrétiens et des juifs.

Rapprochons donc et discernons :

Louis XM a entrepris, ainsi que la Révolution et même bien avant elle, l'affranchissement et la réhabilitation des Israélites, c'est incontestable;. le premier, il les a aimés ! Nous l'avons largement prouvé.

Ils ont voulu — le monarque et la Révolution, l'un comme l'autre — l'entrée des Israélites dans la société, leur participation à la vie civile des peuples. Maleslierbes au nom de Louis XM, Mirabeau au nom de la

Révolution, ont été les deux organes de cotte volonté expresse. Là n'est pos la difficulté.

Où donc est-elle?

Dans cette proposition :

Entrée des Israélites dans la société, participation par eux à la vie civile; mais dans quelle mesure ?

(( Dans une certaine mesure, au moins pour les commencements » , aurait ré'pondu le gouvernement de Louis XVI, s'il eut été libre;

(( Sans mesure », à répondu la Révolution.

A quels points de vue se plaçait donc Louis XVI, en entreprenant rémancipation des Israélites ? A cpiels autres points de vue s'est placée la Révolution ?

Louis XVI, en roi très chrétiini, n'abandonnait pas, en voulant affranchir les Israélites, les horizons du christianisme. 11 s'}' tenait, et visait à réhabiliter et à réjouir ces malheureux, précisément parce que le christianisme, dépositaire de la miséricorde, discerne dans les siècles le moment opportun d'en faire l'application.

La Révolution n'a tenu nul compte du principe religieux. Elle n'a vu, dans les juifs, que des hommes tombés qu'il fallait faire remonter à côté des autres hommes; son entreprise a été pur. ment humanitaire.

Louis XM était non seukment mi très chrétien, mais père vigilant du peu[»le chrétien. A ce titre, il cher-

chait, en se montrant miséricordieux et libéral envers les juifs, à ne pas compromettre les intérêts du peuple chrétien. Sa magnanimité était clairvoyante. En voulant adopter les juifs comme enfants, il se fût bien gardé d'amoindrir ou d'exposer la position de ses autres enfants catholiques, doublement chers à son cœur, parce qu'ils l'étaient à l'Eglise ;

La Révolution, elle, dont la tète porte comme emblème le bonnet phrygien, n'a jamais eu l'idée de ces situations délicates.

Enfin, en étudiant TafiTranchissement des Israélites, Louis XVI se préoccupait de l'avenir de la France ;

La Révolution n'a eu qu'une seule préoccupation : l'Alsace dévorée par les usuriers. Elle ne reprochait aux juifs que leurs usures et les vices inhérents à une longue servitude. Louis XVI observait en eux une hostilité plus profonde, plus difficile à faire disparaître : l'hostilité religieuse.

Tels sont les points de vue généraux sous lesquels, dans la même entreprise li])éralc, apparaissent et Louis XVI et la Révolution. Nous allons constater, à leur lumière, de profondes diflerences entre la solution royale qui se préparait, et la solution révolutionnaire qui a prédominé.

Deux modes d'émancipatio:! étaient en présence.

L'émancipation graduelle ;

L'émancipation complète et immédiate.

La première devait consister à initier peu à peu aux devoirs et aux droits du citoyen ces hommes qui n'avaient jamais été mêlés à la société, neufs, quoique vieux comme le monde, et pleins de vices. 11 y aura pour eux un apprentissage de la liberté et de l'égalité. Us monteront, comme par degrés, jusqu'à l'exercice plein de la vie civile. Le législateur fera, de la qualité parfaite de citoyen, une récompense pour l'accomplissement des premiers devoirs sociaux.

Mais en quoi devai^it consister les concessions, et en quoi, les réserves, de cette émancipation graduelle.

Divers })rojets, assez vagues, avaient été déposés? L'un d'eux (1790) formulait ainsi ces concessions et ces réserves :

« Que le juif soit citoyen sous tous les rapports où il ne sera pas citoyen nuisible, très bien ;

« Que tous les droits dans l'exercice desquels nos lois pourront surveiller sa conscience, lui soient acquis sans distinction, très bien;

« Par exeinpi(^ : qu'il puisse haljiter dans toute l'étcuidue du royaume;

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