‹ La prépondérance juive (volume 2)Chapitre 5 sur 35 · LE CHRIST REJETE PAR L'ASSEMBLEE NATIONALE · texte numérisé non relu

LE CHRIST REJETE PAR L'ASSEMBLEE NATIONALE

1. Nom donné dans les Écritures à l'Adversaire de Dieu : le serpent barre ou levierT^Ce nom se réalise d'une façon saisissante en 1789. — II. Absence lugubre qui éclate dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, nonobstant toutes les apologies qu'un a essayé d'en faire : la pierre angulaire de l'ordre social, le Christ, en a été rejeté. — m. Il est historiquement certain que les législateurs de 89 ont voulu se débarrasser du Christ comme pierre de l'angle. — IV. Noirceur de ce rejet du Christ. Contraste poignant entre \3i Déclaration des droits de l'homme et la Loi salique,Viine, constitution de la France à son âge mùr, l'autre, constitution de la France dans son enfance. — V. Les destinées de la pierre angulaire et les destinées de la France officielle se séparent. — VI. Ce que cette séparation sera pour la France.

En tête d'un pareil chapitre, il faut prononcer, à la décharge de la nation française, le nom de Satan.

C'est lui le grand artisan des révolutions, et en cela, il justifie son nom de Satan, l" adversaire ! car telle est j/î*^ la signification, on hébreu, de ce nom maudit. Ad ver-

saire de Dieu, il l'est aussi, dans l'humanité, des évolutions du vrai, du bien, du beau. Il contrarie les évolutions par des révolutions.

Adversaire raremeiit^ debout, rarement en face, parce qu'il a senti, — et no Ta pas oublié, — le bras du Tout -Puissant ; mais oblique, détourné, sinueux, à la manière du serpejit, dont il a emprunté la figure et dégradé la marche au paradis terrestre.

Qu'on médite avec attention les différentes phases du mal dans l'histoire du monde, et l'on y reconnaîtra aisément les traces sinueuses de l'adversaire qui rampe, épie et profite. A l'époque de Mahomet, il se sert de la Bible et du nom d'Abraham pour détacher l'Orient du Christ. A l'époque de Luther, il profite du besoin de réformation qui se fait sentir universellement, pour enlever à l'Eglise, par la Réforme, la moitié de l'Occident. Sa marche est presque toujours tortueuse et détournée. Mais voici qu'avec la Révolution française elle se modifie. L'Adversaire change d'attitude. Ce n'est plus en oblique qu'il vient combattre, mais en face!

Aussi, dans la lutte gigantesque qu'il va engager, un nouveau nom caractéristique lui convient. La Bible, encore, le contient. L'Adversaire t^e montre toujours serpent, mais avec cette qualification étrange et terrible que lui donne Isaïe : le serpent bcwre, le serpent levier *.

Quelle énergie dans cette figure !

On sait quelle est la puissance du levier poui' ébranler -^^ et soulever.

Quand donc Satan s'est -il montré comme un levier ?

1 Serjyentem vectem, Isaïe, chap. xxvii ' f?'*!*! - v*7rr»., «/«• /»>*«^

En 1789, alors que la société, mue par une force insolite et infernale, s'est sentie tout à coup soulevée contre Dieu, mais soulevée à une hauteur d'orgueil qui ne s'était jamais vue, les Droits de V homme venant supplanter les droits de Dieu !

Arcliimède disait : « Qu'on me donne un point d'appui, et avec le levier je soulèverai la terre. » Ce que le géomètre ne pouvait faire, Satan l'a fait. L'.Vdversaire a trouvé enfin, en 1789, un point d'appui longuement cherché, longuement préparé, dans la raison superbe et solitaire de l'homme, cette raison émancipée de la foi; et, venant s'y insinuer lui-même, s'y appliquer, il forme le levier : la société est alors remuée et bouleversée jusque dans ses fondements.

En effet, il n'y a que lui d'assez fort JDOur obtenir que, dans l'ébranlement de tout l'édifice social, la Rêi'olutiou, qui signifie retournement, renversement, atteigne cette fuis sa plénitude : mettant en haut ce qui, selon les lois éternelles, devrait être en bas, et en bas ce qui avait été rangé en haut.

Pour arriver à un tel résultat, le premier effort du serpent- levier consiste à soulever, et à faire sortir de sa place l'antique pierre angulaire placée par Glovis aux racines de la société française : le Christ qui aime les Francs, et à lui substituer une autre base. C'est là le vide, le gouffre qui se creuse au-dessous du pompeux portique social, chanté par Grégoire à propos des juifs : « Un siècle nouveau va s'ouvrir, que les palmes de l'Humanité en ornent le frontispice ^ ! »

* Essai sur la régénération, etc , p. 194.

C'est l'heure, ou jamais, de sander le vide, le gouffre, au-dessous du portique qui poite à son frontispice les palmes de rilumauitc.

Ce portique, annoncé par Grégoire, n'est pas resté imaginaire. L'Assemblée nationale l'a élevé et lui a donné un nom : la Déclaration des droits de Vhomme et du citoyen.

En voici le pompeux frontispice ou préambule :

« Les représentants du peuple français, constitués en Assemblée nationale, considérant que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de l'homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d'exposer, dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l'homme, afin que cette déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs ; afin que les actes du pouvoir législatif et ceux du pouvoir exécutif, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés ; afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des i)rincipes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la constitution et au bonheur de tous.

(( En conséquence, l'Assemblée nationale reconnaît et déclare, en présenc3 et sous les auspices de l'Etre

suprême, les droits suivants, de l'homme et du citoyen... ))

Or, quelque indulgente que puisse être l'interprétation donnée à ce préambule de la Déclaration, et nonobstant toutes les apologies qu'on a essayé d'en faire, une absence lugubre y éclate, un vide y donne le frisson: le Christ n'est pas nommé.

Passé sous silence, il est rejeté. C'est équivalent! Car, se taire sur le Christ, quand on lui doit tout, c'est le renier ;

Ne pas le nommer, alors qu'il s'agit, ainsi que le porte ce préambule, de la détermination la plus grave pour la société, d'un nouvel ordre de choses qui doit assurer le bonheur du genre humain, c'est commettre une radiation, une apostasie;

Silence d'autant plus lugubre et formidable dans ses conséquences, qu'il part de la grande assemblée de la nation française et d'une assemblée composée comme elle l'était en 1789.

En effet, comment est -elle composée ?

Par leur éducation, par leur naissance, par leur position sociale, par leurs lumières, les membres qui forment les Etats généraux, sont l'élite de la nation. On compte parmi eux des évêques, des prêtres, des religieux éminents, de plus, tous sont catholiques. Elevés dans les maisons chrétiennes, ils ont eu exclusivement pour maîtres des jésuites, des oratoriens, des sulpiciens, des bénédictins, des barnabites, des prêtres séculiers, recommandables par leur savoir et respectés pour leurs vertus .Enfin , ils sont les législateurs d'un peuple chrétien .

Il est donc naturel de penser qu'ils vont s'inspirer des

doctrines sociales de l'Evangile, et qu'ils vont faire passer dans leur œuvre, sinon le texte, du moins l'esprit de ce code divin; qu'ils vont chercher les bases principales du nouvel ordre de choses dans les anciennes traditions de la monarchie de Glovis, de Gharlemagne et de saint Louis; qu'ils vont interroger avec soin les chartes et les institutions des Etats catholiques de l'Europe; en un mot, que les monuments et les législateurs des siècles chrétiens seront leurs oracles, de manière à faire servir la sagesse des pères à l'avantage des enfants.

C'est tout le contraire qui a lieu.

L'Assemblée, ou plutôt la Révolution qu'elle personnifie, coupe en deux la vie de la société française, en répudiant le passé chrétien, et, pour bien montrer qu'elle ne s'inspire plus de ce passé, elle se tait sur le Christ:

Silence sur lui, dans le préambule de la Déclaration;

Silence sur lui, dans l'énoncé des articles;

Silence sur lui, pendant la discussion qui dure plusieurs mois. Pas une fois les noms de Jésus-Christ, de l'Evangile, du christianisme, ne se trouvent sur les lèvres de ces législateurs, pendant la discussion des droits de l'homme. Un tel silence prolongé est funèbre : on ne se tait ainsi que sur les morts ! Le nouvel édifice social s'élève avec la répudiation manifeste de l'ancienne pierre angulaire. Les fondements de la société française sont remués, remaniés. L'homme y supplante l'IIomme- Dieu. Ce n'est plus l'Homme-Dieu qui forme la nouvelle base sociale, c'est l'homme. La société humanitaire est proclamée.

Faisons une supposition :

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Si revenant dans le temps, par une permission divine, saint Paul était entré dans l'Assemblée nationale, qu'eùt-il pensé de la Déclaration des droits de l'homme ? Saint Paul a été justement nommé l'Apôtre des nations, parce que, se dépensant pour elles, il les a amenées de l'idolâtrie à la connaissance et à l'amour de Jésus-Christ. Quand il entra au milieu de l'Aréopage d'Athènes, il emprunta le début de sa harangue à cette inscription célèbre qu'il avait rencontréj sur sa route : A u Dieu inconnu^. S'il fût entré au milieu des Etats généraux de la nation française, il eût, à la lecture de la Déclaralion des droits de l'homme, laissé tomber, à coup sur, cette appréciation attristée : Au Dieu méconnu !

Le grand Apôtre, au cours de son apostolat, avait tracé aux nations cette règle do conduite à l'égard du Christ : Qu en toutes choses, il ait le premier rang^. Mais ici, non seulement le Christ est déchu du premier rang, il n'a plus de rang, il ne compte plus^.

1 Actes des Apôtres, xvii, 25.

* Ëpitre aux Colossiens, i, 18.

3 M. Gabriel de BELCASTiiL, ancien sénaleur, reucoutraiit naguère, au cours d'une de ses éloquentes exi)losions de foi, la Déclaration des droits de l'homme, l'a pourfendue en preux de la vieille France :

« Ce prodige de la folie du siècle ose bâtir un monde en écarlant la pierre angulaire du monde! Certes, ce n'est point un oubli. Car, au temps où la Déclaration se délibère, Jésus-Christ remplit et vivifie la sphère morale de l'humanilé, comme la lumière du soleil éclaire et vivifie le globe.

« Un oubli? é'ait-il possible djx-liuit cents ans après l'ère chrétienne, quand l'Eglise, épouse de l'Homme-Dieu, a délivré l'àme huri^aine des infamies du paganisme, pour la porter sur les plus hautes cimes de la grandeur morale, affranchi la femme et l'enfant, aboli l'esclavage, réprimé toute lyrannie, relevé toute autorité et toute obéissance, inauguré la fraternité par la prière universelle au Père céleste, fait descendre sur la terre l'oiseau divin de la charité pour abriter sous ses ailes les souffrants, les pauvres et les petits, alors que tout désordre et toute souillure ne

On a dit de l'Assemblée nationale, pour expliquer et atténuer sa faute, qu'elle s'était bornée à éviter le nom du Christ dans la Constitution, sans parti pris d'hostilité.

Eviter le Christ, surtout quand on est la nation française : quelle excuse !

Le serpent a été bien fin, il a inspiré de procéder par élimination. Eliminé de la loi, le nom du Christ le sera des moeurs, et à bref délai. Les lois ne créent -elles pas les mœurs ? Un jour viendra où chez la nation qui fut la valeureuse France, on n'aura plus le courage de prononcer publiquement le nom de Jésus-Christ. Au sein des parlements, ce sera miracle quand un député le fera entendre : on ricanera à gauche, beaucoup à droite baisseront la tête. Dans les autres réunions publiques, on consentira bien, quand on devra nommer la Divinité, à dire : Dieu, mais on évitera soigneusement le nom de Jésus-Christ. Et enfin, au milieu même des familles chrétiennes et entre chrétiens, la prononciation de ce nom auguste deviendra timide et rare. Silence de

seraient plus qu"u;ie iuûdilitë aux bis de TÉi^angile, etiseigiié par elle à l'univers, et que la simple pratique du Décalogue, dont elle est la dépositaire, serait l'avènement de l'âge d'or rêvé ?... Non! C3 silence insultant n'est pa^ l'oubli : c'est l'exil!... Voltaire a passé trente ans à lancer contre le Cliriit le blaspliéiïiî que ma bjuche se refuse à redire ; Rousseau battant en brèche tous les cultes a proclamé la bonté native et l'indépendance de la nature; et la plume de la Constituante est te:iue par les disciples de ces deux apostats. L'exil du Ghj'ist des droits de l'honinif», c'est doijc l'apostasie I »

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faiblesse qui aura eu pour principe, et qui alléguera pour justification, le silence de l'Assemblée nationale. Les législateurs de 89 ont posé la pierre de scandale. Non, il ne leur était pas permis de passer sous silence Celui que les cieux adorent et qui a formé dans l'espace le concert harmonieux des nations chrétiennes, et au milieu d'elles la nation française !

« Ils se sont bornés à é^■iter son nom sans parti pris d'hostilité, » a-t-on dit, leur prêtant l'attitude de ces hommes bien à plaindre qui, par un reste de crainte révérentielle, évitent sur leur chemin la rencontre d'un sanctuaire, où ils ne voudraient pas entrer. Plût à Dieu que tel eût été, chez les législateurs de 89, le fond de leur pensée et le mobile de leur silence! Mais, hélas ! il n'en a pas été ainsi. 11 est, au contraire, historiquement certain qu'ils ont tenu à se débarasser du Christ comme pierre de l'angle dans la société nouvelle qu'ils fondaient.

Trois choses le prouvent surabondamment :

A. En premier lieu, le but qu'ils poursuivaient.

En effet, que voulaient-ils ?

Refaire la société de fond en comble, en se servant, pour cette reconstruction, du Contrat social de Rousseau, qui a été leur catéchisme et qu'ils ont appliqué de point en point. Ils ont pris, comme type du citoyen qu'ils voulaient former, l'homme abstrait, isolé de la civilisation chrétienne, que Rousseau met en scène, c'està-dire l'homme sans la Révélation, l'homme de la nature. Voilà leur type, ils le disent hautement : « Quand on voulait se représenter la fondation d'une société humaine, on imaginait vaguement une scène demi-bucolique^ demi-théâtrale, à peu près semblable à

celle qu'on voyait sur le frontispice des livres illustrés do morale et de politique. Des hommes demi-mis ou vêtus de peaux de bêtes sont assemblés sous un grand chêne ; au milieu d'eux un vieillard vénérable se lève et leur paile la langue de la nature et de la raison ; il leur propose de s'unir et leur explique à quoi ils s'obligent par cet engagement mutuel ; il leur montre l'accord de l'intérêt public et de l'intérêt privé et finit en leur faisant sentir les beautés de la vertu. Tous aussitôt poussent des cris d'allégresse, s'embrassent, s'empressent autour de lui et le choisissent pour magistrat ; de toutes parts on danse sous les ormeaux, et la félicité désormais est établie sur la terre. — Je n'exagère pas. Les adresses de l'Assemblée nationale à la nation seront des haran gués de ce style. Pendant des années, le gouvernement parlera au peuple comme à un berger de Gessner ^ » Ainsi donc, ce n'était plus le chrétien qui allait être l'objet des sollicitudes des législateurs de 89, c'est l'homme de la nature, l'homme avant et sans la Révélation.

Or, en bonne vérité,

Restait-il, décemment, place pour le Christ dans une entreprise qui faisait table rase, à ce point, du christianisme ?

Ils ont donc éliminé le Christ sciemment. Ne tenant plus compte, pour les Français, de leur qualité de chrétiens, ils ont forcément supprimé, dans la Constitution française, le divin Maître des chrétiens. Dédaignant, pour leur édifice, lospierres vivantes, ils ont,

1 T ^ï^SF., V A ncien Régime, p. 310-311.

à plus forte raison, rejeté la Pierre de V angle. Les uns l'ont fait avec préméditation, les autres, par lâche complaisance. L'influence de Rousseau les a, presque tous, fascinés.

B. Les meneurs et une notable partie de l'Assemblée ont, du reste, révélé et ratifié publi({uement leur hostilité à l'égard du Dieu vivant. Il avait été décidé que l'énumération des Droits de l'homme serait précédée d'un préambule ou frontispice qui, par ses termes solennels, imposerait le respect aux générations futures. On peut le relire au § IP de ce chapitre. Or, lorsque l'Assemblée en arrêta les termes, non seulement il ne fut nullement question du Christ, mais les orages les plus violents éclatèrent quand quelques députés voulurent rattacher ce préambule, ce frontispice, à la notion de la Divinité comme à une voûte tutélaire.

Les journaux de l'époque rapportent ces séances orageuses. En voici l'abrégé fidèle :

L'impiété, déguisée sous le nom de philosophisme, propose d'inscrire dans le préambule que l'homme tient ses droits de la nature. M. le comte de Virieu observe avec force : « Eh ! qu'est-ce que la nature ? Quelle idée présente-t elle ? C'est un mot vide de sens, qui nous dérobe l'idée du Créateur, pour ne considérer que la matière. »

Appuyant ]\[. de Virieu, Lally-Tollendal demande « qu'on n'oublie pas l'Etre suprême » .

Ce nom d' « Etre suprême » n'exprimait, il faut, hélas ! le reconnaître, que le rainimum de la Divinité ; néanmoins, lorsque, plusieurs fois, ce minimiim de la Divinité est sollicité auprès de l'Assemblée, le tumulte des

opposants et des tribunes couvre la voix des orateurs, et le parti pris de ne pas entendre se manifeste de la façon la plus évidente.

lien fut ainsi surtout dans les dernières séances :

L'évèque de Glermont avait exposé que les principes de la Constitution française devaient reposer sur la religion comme sur une base éternelle ;

Cette fois, Mirabeau prend la peine de répondre. Il le fait sur un ton dédaigneux et parfois ironique : « Nous n avons, dit-il, qu'à nous occuper des choses de ce monde... Permettons la liberté des cultes, ne disons pas autre chose et dormons en paix. »

La discussion reprend un autre jour; Maillet et le comte de Glermont-Lodève insistent pour que la nécessité de la religion soit afiîrméa et le respect du culte de chacun proclamé comme un droit; mais Tallejrand répond « qu'on s'occupera de cela dans la Constitution, mais que la place de ces affirmations n'est pas dans la Déclaration » . Cette repartie empreinte de dédain est accueillie par une approbation bruyante. La discussion ne peut continuer. Un désordre évidemment calculé empêche les contradictions de se produire. Le tumulte est tel, que le président offre deux fois sa démission *.

Finalement, ce minimum de la Divinité, conçu en ces termes : « En présence et sous les auspices de l'Etre suprême », parvint à passer, parce qu'il excluait la reconnaissance du Dieu vivant de la Révélation. Semblable à un dogue féroce qui est encore retenu, l'impiété révolutionnaire consentait en grognant à laisser écrire

i Roux ET BucnEi, H ist. parle ûi. ds ^(iîé(;o;., t. lUséaoces d'août(l789).

dans le préambule la vague constatation de l'Être suprême « expressément réduit au rôle d'un témoin sans autorité, dont la présence n'embarrasse guère l'Assemblée, qui le salue pour la forme en lui donnant congé ^ » C. Est- il besoin d'apporter, en dernière preuve de l'exclusion bien arrêtée du Christ dans la pensée des législateurs, les m^iicles de la Déclaration qui font suite au préambule et forment les principes de 89 ^ ? Un historien peu suspect a eu le courage de dire : « Ce sont autant de poignards dirigés contre la société : il suffira de pousser le manche pour faire entrer la lame ^. » Les législateurs de 89 ont effilé la lame, les clubs et les

1 Dix Ans de l'histoire du droit, 1789- 17C9, par Lucien Brun, p. 17-18.

2 Les articles de la Déclaration peuvent se distribuer en deux catégories, selon la très juste classification de M. Lu< ien Brun.

« La première contient des maximes vulgaires de justice universelle absolument indiscutables. Ainsi : les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur ruiilité commune; la loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société; tout ce qui n'est pas défendu par la loi ne peut être empêcbé et nul ne peut être contraint de faire ce qu'elle n'ordonne pas ; la loi est la même pour tous; tous les citoyens sont admissibles à tous les emplois et il n'y a entre eux de motifs de préférence que le degré de leur capacité à les remplir; la propriété est un droit inviolable et sacré, etc.

« Rien de tout cela n'est sujet à contradiclion. On s'étonne seulement que les législateurs de 89 aient pu croire qu'Us révélaient au monde des vérités inconnues, en proclamant avec tant de pompe des axiomes de di'oit naturel, dont ils devaient, sans doute, s'inspirer pour opérer les réformes nécessaires, mais qui, avant eux, n'étaient pas ignorés même par les gouvernements qui les avaient méconnus dans la pratique.

« La deuxième catégorie renferme les célèbres articles qui forment plus particulièrement les principes de 89. Trois idées se dégagent de leurs diverses formules, les voici : 1° nul n'est tenu d'obéir aux lois qu'il n'a pas consenties ; 2' le pouvoir légitime est dans le nombre; 3' tous les hommes naissent et demeurent égaux. Tels sont, d'après cet exact résumé, les principes de 89. Le premier nie l'autorité, le second nie la liberté et le troisième, la justice. » Dix Am de Vhistoire du droit, 1789-1799, par Lucien Brun, p. 24-5.

3 Tajnb, la Bévolution, t. I, p. 275,

hordes de 93 se chargeront de pousser le manche. Qu'on en juge:

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