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LA VOLTE-FACE DE NAPOLÉON CONTRE LES JUIFS

I. Le décret du 17 mars 1808 restrictif des droits civils des juifs. Émotion et colère dans les communautés juives. — IL Clause au bas du décret : menace de sa prorogation au bout de dix ans. Rire d’un vieux coq. — III. Motifs de cette volteface : ce n’est pas une rupture de la part de Napoléon, mais une mesure de discipline pour dompter le caractère juif. Preuves à l’appui. — IV. Les ju:fs, eux, n’y voient qu’une rupture. Leur accusation contre Molé. Démarches de Furtado pour soustraire ses coreligionnaires aux mesures d’exception et de rigueur. Napoléon se montre inflexible. — V. Impassibilité juive au milieu des souffrances engendrées par l’application du décret : anecdote touchante.

La politique de Napoléon se plaisait aux coups de théâtre. Elle plaçait des heurts et des chocs à côté des bienfaits, pour mieux dompter. Elle achevait par les effets de la crainte, quand elle avait commencé par les attraits de la bonté, contrairement à ce qui se passe dans la religion du Seigneur.

Les Juifs en savent quelque chose.

Bien que ses procédés eussent été un peu brusques, Napoléon s’était montré très favorable à leur égard ; de

leur côté, ils lui avaient décerné volontiers les louanges attribuées, dans la Bible, au Messie. Tout à coup l’Empereur opère une volte-face.

A la date du 17 mars 1808, avait paru au Bulletin des Lois un double décret qui organisait le culte israélite dans l’Empire et lui assignait sa place au soleil de la patrie française : mesure que nous avons exposée au chapitre ive du livre précédent.

Or ce décret n’était pas seul. Un autre l’accompagnait. Et voici que celui-là vient restreindre les droits civils des confiants Hébreux en train de savourer, en France, les facilités et les joies d’une nouvelle Terre promise : l’Empereur ne leur avait-il pas fait espérer, par l’entremise de son commissaire Molé, qu’ils retrouveraient Jérusalem dans la France?

C’était, à la médaille messianique, un revers inattendu.

Ainsi qu’il arrive toutes les fois qu’on est atteint dans le vif de ses intérêts les plus chers, les juifs ne prêtèrent nulle attention au premier décret qui était un bienfait, et déchargèrent toute leur colère sur le second. Ils se mettent à pousser des cris de paons contre l’aigle.

Etait -ce donc, de la part de l’Empereur, un retour à l’offensive contre le judaïsme, une déclaration de guerre après des apparences de paix ?

Nous allons relater le fameux et exaspérant décret ; après quoi, nous ferons connaître, toujours documents en mains, sa vraie signification dans la pensée de Napoléon.

Par ce décret, daté du palais des Tuileries, 17 mars 1808:

CONTRE LES JUIFS

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