‹ La prépondérance juiveChapitre 29 sur 46 · Français · texte numérisé non relu

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En tout, 498.000 hommes.

Napoléon avait donné rendez-vous à Dresde aux rois ses vassaux. On vit réunis: François II d’Autriche, Frédéric-Guillaume de Prusse, les rois de Bavière et de Wurtemberg, Jérôme, roi de Weslphalie, et les Grands- Ducs de la Confédération, pléiade éclatante, gravitant autour de ce nouveau soleil. Napoléon les regardait comme ses créatures, et disait quand on lui annonçait des rois : Qu’ils attendent. (Cantu, Histoire universelle , t. XVIII.)

DES JUIFS

Le feu éclate, allumé par Rostopchine. Promené par le vent sur tous les quartiers de la ville, l’incendie devient un déluge de flammes. « Les hôpitaux ne pouvant être préservés, les blessés se traînaient avec effort pour mourir hors du brasier. Les soldats, fatigués d’éteindre le feu, retournaient à leurs quartiers, et n’j trouvaient que des charbons. En trois jours, la ville fut réduite en cendres, au milieu desquelles le Kremlin seul resta debout. L’armée victorieuse fut réduite à camper autour d’une ville embrasée. Dans la campagne détrempée par la pluie, le feu des bivouacs était alimenté avec des tableaux, des meubles précieux ; on voyait autour des officiers, des soldats déchirés, brûlés, s’étendre sur des châles de cachemire, sur des pelisses de Sibérie, des tapis de Perse ; la vaisselle d’argent était répandue partout ; mais toutes ces richesses ne les consolaient pas des souffrances que la faim leur faisait éprouver, et de celles qu’ils entrevoyaient dans l’avenir b »

La retraite de Russie commença. Alors survinrent les grands froids, qui devaient non pas produire le désastre, mais le porter à son comble. « La neige se mit à tomber, en effaçant toute trace de routes ; il fallait donc marcher au hasard, la bourrasque dans les yeux, exposé à chaque instant à s’enfoncer dans les marais. Les malheureux soldats, suffoqués par le vent, engourdis par le froid, venaient-ils à heurter quelque pierre, quelque tronc d’arbre, ils tombaient, hors d’état de se relever, et la neige les avait bientôt recouverts.

* César Cantu, Histoire universelle , t. XVIII.

MOUVEMENT TOURNANT

(( Les fusils échappaient de leurs mains roidies, les extrémités gelaient et se gangrenaient ; celui qui s’endormait ne se réveillait plus. Si quelques-uns découvraient un sentier frayé et s’y dirigeaient avec espoir, les paysans et les cosaques en embuscade tombaient sur eux avec furie, et les laissaient expirer lentement sur la neige. Les chevaux, en petit nombre, n'étant pas ferrés à glace glissaient sur le sol durci ; ils brisaient la glace pour trouver quelque peu d’eau, et rongeaient l’écorce gelée des arbres. Lorsqu’enfin il s’affaissaient épuisés de fatigue, on se hâtait de les égorger pour se repaître de leur chair et pour se réchauffer les pieds et les mains dans leurs entrailles palpitantes.

« Chaque bivouac devenait un cimetière par le manque de feu ; les soldats s’y couchaient le sac sur le dos et les cavaliers la bride passée au bras : souvent ils se tenaient embrassés pour se procurer un peu de chaleur l’un à l’autre ; mais souvent aussi, le lendemain matin, ils ne trouvaient près d’eux qu’un cadavre, et le quittaient sans plaindre son sort ; car il avait cessé de souffrir. Si l’on voyait quelque peu de bois, la marmite précieusement conservée était mise sur le feu, et la poudre remplaçait le sel pour assaisonner une poignée de farine de seigle ou un morceau de cheval. Un égoïsme farouche remplaça alors cette générosité qui est l’apanage du soldat, et chacun ne songea plus qu’à soi ; on allait jusqu’à se disputer, le sabre à la main, une misérable croûte de pain, une botte de paille ou un fagot. On ne tendait pas la main au camarade qui tombait ; à tel autre on arrachait de ses épaules, avant qu’il fût gelé et roidi, la pelisse qui le couvrait, pour l’endosser

DES JUIFS

tiède encore. C’était en vain que ceux qui gisaient sur le sol glacé, tombés d’épuisement ou blessés, pressaient les genoux de leurs frères d’armes, les suppliant, au nom de leurs parents, de leur patrie, de ne pas les abandonner ; puis, quand le tambour battait la marche, ils se traînaient sur la terre avec des hurlements, en leur montrant les cosaques qui arrivaient, implorant comme un dernier service un coup de fusil, pour ne pas tomber au pouvoir de ces barbares L »

Excommunié par le pape, Napoléon s’était écrié en se moquant : Croit-il donc que son excommunication fera tomber les armes des mains de mes soldats? Messager de colère, le froid avait accepté, pour le compte de Dieu, le défi moqueur: Les fusils échappaient de leurs mains roidies!...

C’est à ce moment lugubre que l’histoire place un horrible épisode dont la honte a rejailli sur le nom d’Israël. Il se rattache à l’épouvantable scène du passage de la Bérésina, alors que, pour les survivants, l’horreur grandissait à chaque pas et que le froid s’était encore accru, le thermomètre étant descendu à 35 degrés. C’est le comte de Ségur qui parle, un témoin :

« Vingt mille Français étaient restés à Wilna, malades, blessés, épuisés de fatigue. A la vérité, les Lithuaniens, que nous abandonnions après les avoir tant compromis, en recueillirent et en secoururent quelques uns; mais les juifs, que nous avions protégés, repoussèrent les autres. Ils firent bien plus. La vue de tant de douleurs irrita leur cupidité. Toutefois, si leur infâme

* César Cantu, Histoire universelle , t. XVIII.

MOUVEMENT TOURNANT

avarice, spéculant sur nos misères, se fût contentée de vendre au poids de For de faibles secours, l’histoire dédaignerait de salir ses pages de ce détail dégoûtant ; mais qu’ils aient attiré nos malheureux blessés dans leurs demeures pour les dépouiller, et qu’ ensuite, à la vue des Russes, ils aient précipité par les portes et les fenêtres de leurs maisons ces victimes nues et mourantes ; que, là, ils les aient laissés impitoyablement périr de froid; que même ces vils barbares se soient fait un mérite aux yeux des Russes de les y torturer : des crimes si horribles doivent être dénoncés aux siècles présents et à venir ! Aujourd’hui que nos mains sont impuissantes, il se peut que notre indignation contre ces monstres soit leur seule punition sur cette terre ; mais enfin les assassins rejoindront un jour les victimes, et là sans doute, dans la justice du ciel, nous trouverons notre vengeance L »

L’explosion de douleur et d’indignation du témoin s’est en quelque sorte glacée, à son tour, pour subsister : qui ne la partage? qui n’est avec lui ? Nous-mêmes ! Nous apercevons ces blessés agonisant, attirés et recueillis dans ces cruelles demeures, dénudés par ces mains rapaces, puis rejetés dans le froid terrible par les portes et les fenêtres : peuple d’Israël, garde, oh! garde ce souvenir horrible, pour le jour de tes larmes et de tes expiations ! La vengeance, inscrite au ciel, est remise à la charité sur la terre !...

1 Le comte de Ségur, cité par Roiirbacher, Histoire de l'Église , t. XXVIII, p. 155. — Dareste, Histoire de France , t. VIII, p. 518. — L anecdote du chapitre précédent n’atténue en rien ce récit : l’une est une nouvelle, l’autre est le burin de l’histoire.

DES JUIFS

A côté de Faction barbare des juifs, il faut bien placer aussi, comme conclusion de l’effroyable campagne de Russie, un langage, également barbare, de Napoléon. Avant de monter sur le traîneau qui l’emmena loin des restes de sa malheureuse armée, il rédigea le célèbre trente -neuvième bulletin, où il apprenait à l’Europe étonnée que sa grande armée avait été vaincue par le froid. Il le terminait par ces mots : La santé de Sa Majesté ne fut jamais meilleure.

« Qu’un million de veuves et d’amantes se consolent ! il se porte bien, et cet homme n’a pas un mot de compassion pour les morts, pas un mot de consolation pour les survivants ! »

C’est la réflexion amère de l’historien Cantu i. Elle est à placer dans le voisinage de l’indignation contre les juifs.

Anticipons, un instant, sur les événements : nous sommes au 17 mars 1818.

A cette date le vieux coq des juiveries riait :

Il y avait dix ans !...

Napoléon n’était plus en Europe : mort, sans avoir quitté la vie ;

Son fameux décret du 17 mars 1808 lui ressemblait :

i Hist. univ ., t. XVIII.

MOUVEMENT TOURNANT

lettre morte, sans avoir été retiré du Bulletin des Lois i.

Au contraire, deux mystérieuses existences, auxquelles la durée a été promise, refoulées un instant et comprimées par la main de fer du despote, avaient repris le cours paisible de leurs destinées : le Pape était rentré dans Rome, et le peuple d’Israël était rentré dans la liberté. Napoléon avait usé son génie à soumettre à sa discipline ces deux existences.

Dans la lutte entre lui et le Pape, le dernier mot était resté au Pape :

Il y a de ces retours où les vues delà Providence sont transparentes. La dernière étape douloureuse de Pie VII avait été Fontainebleau. L’Empereur l’y avait abreuvé d’outrages, jusqu’à lui assigner cinq paoli (2 fr. 75) par jour. Or, dans ce même palais de Fontainebleau, il dut signer son abdication, et les souverains lui assignèrent l’île d’Elbe. .. Pie VII rentra dans Rome au milieu de l’enthousiasme indescriptible de ses sujets; au pont Milvius, la foule détela les chevaux de sa voiture et trentejeunes gens des familles les plus distinguées de Rome la traînèrent jusqu’à Saint-Pierre ; le Pape versait des larmes de joie : l’émotion était immense, elle fut portée à son comble lorsque le vénérable Pontife, descendu de voiture, se mit à gravir lentement, d’un air radieux, les degrés de sa basilique ; aux acclama-

1 « Les juifs ne demandèrent même pas la révocation du décret impérial qui, pendant quatre ans encore, devait, sous le règne de la Charte constitutionnelle, les placer sous une loi d’exception. Us attendirent patiemment le terme où cette ordonnance, suspensive de droits qu'on ne pouvait plus leur contester, devait tomber aux acclamations de la France entière. » (Halévy, Histoire des juifs , p. 315-16).

DES JUIFS

lions, se mêlaient des sanglots. A l’heure où le prisonnier de Fontainebleau rentrait ainsi dans le palais des Papes, Napoléon abordait à File d’Elbe, le seul coin de terre qui lui eût été laissé; il n’en devait plus sortir que pour remettre l’Europe en feu pendant trois mois et s’en aller, autant repoussé par les épouses et les mères qu’emmené par des geôliers, finir lugubrement sa vie sur un rocher.

Dans la lutte entre lui et les fils d’Israël, le dernier mot était aussi resté aux israélites ;

Tandis que tombait, comme un barrage inutile, le décret du 17 mars 1808, ce peuple conservait toutes les positions qu’il avait conquises sous la Révolution et l’Empire :

L’installation des citoyens israélites dans la Déclaration des droits de l’homme ;

L’installation du culte israélite au Bulletin des Lois;

L’installation des consistoires israélites dans les principales villes de France ;

L’installation prochaine du rabbinat au budget des cultes ;

L’installation des noms israélites dans la langue française ;

L’installation des soldats israélites dans l’armée ;

Et partout ailleurs, d’autres installations vont se faire.

Ainsi les juifs avaient repris leur marche en avant, imposée d’abord, puis résolument gardée et défendue, à travers les événements de France. Il y a plus. Maintenant qu’ils se sentaient établis dans de fortes et solides positions en France et dans les pays limitrophes, ils allaient, eux aussi, songer à un empire. En effet,

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