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LESTRAVAUX DES DEUX ASSEMBLÉES SERVILITÉ, RÉSISTANCE, SINCÉRITÉ

I Le questionnaire impérial : douze questions posées officiellement parle comte Molé aux Assemblées juives.— II. Leçon faite, la veille, aux députés par M. de Champagny pour leur intimer la manière de répondre. — III. Préambule solennel des réponses : l’Assemblée des Notables range la Loi de Moïse au-dessous du Gode Napoléon ; et le Sanhédrin scinde, sur l’ordre secret de l’Empereur, la Loi mosaïque en deux parts dont l'une est déclarée inapplicable et surannée. —

IV. Réponses de l’Assemblée des Notables au questionnaire impérial ; la leçon est docilement répétée; mais échec de l’Empereur sur la question des mariages mixtes. —

V. Le grand Sanhédrin sanctionne les réponses des Notables et continue leur inflexibilité sur la question des mariages mixtes. Enumération des décisions doctrinales, enlevées au pas de course. — VI. Correspondance loyale au dessein de Napoléon. Sincérité des réponses israélites sur l’amour de la patrie, sur l’usure, sur le service militaire. Magnifique hommage de reconnaissance rendu par l’Assemblée des Notables à la Papauté et au Clergé catholique de tous les siècles. — VII. Satisfaction de l’Empereur de l'issue des séances.

Lejeune comte Molé, suivi des deux autres commissaires, Portalis et Pasquier, est entré dans l’Assemblée des Notables au début de la deuxième séance (29 juillet), un papier à la main ;

C’est un questionnaire impérial.

Avant d’en faire la lecture, il commence, dans un discours d’ouverture que nous connaissons déjà (voir plus haut, pages 50-52) par un avertissement qui présente le joug à l’Assemblée en feignant de croire à son indépendance. Rappelons- en ce joli passage:

c On va vous lire les questions qui vous sont adressées; votre devoir est de faire connaître sur chacune d’elles la vérité tout entière. Nous vous le disons aujourd’hui, et nous le répéterons sans cesse : lorsqu’un monarque aussi ferme que juste, qui sait également tout connaître, tout récompenser et tout punir, interroge ses sujets, ceux-ci, en ne répondant pas avec franchise, se rendraient aussi coupables qu’ils se montreraient aveugles sur leurs véritables intérêts. Sa Majesté veut que vous jouissiez de la plus grande liberté dans vos délibérations. »

Que renferme le questionnaire ?

Posées à l’Assemblée par l’Empereur et Roi, les questions étaient au nombre de douze :

1° Est-il licite aux juifs d’épouser plusieurs femmes ?

2° Le divorce est il permis par la religion juive ?

Le divorce est-il valable sans qu’il soit prononcé par les tribunaux, et en vertu de lois contradictoires à celles du Gode français ?

3° Une juive peut-elle se marier avec un chrétien, et une chrétienne avec un juif?

Ou la loi juive veut-elle que les juifs ne se marient qu’entre eux ?

4° Aux jeux des juifs, les Français sont-ils leurs frères, ou sont-ils des étrangers ?

La Prépondérance juive, II. 5

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5° Qu’est ce que la loi leur prescrit à l’égard des Français qui ne sont pas de leur religion ?

6° Les juifs français regardent-ils la France comme leur patrie ?

Ont-ils l’obligation de la défendre ?

Sont-ils obligés d’obéir aux lois, et de suivre les dispositions du Gode civil ?

7° Qui nomme les rabbins ?

8° Quelles sont leurs fonctions ?

9° Leur autorité n’est-elle fondée que sur l’usage ?

10° Plusieurs professions sont- elles interdites aux juifs?

1 1° L’usure est-elle permise légalement ?

12° L’usure est- elle permise à l’égard des étrangers1 ?

Ges douze questions, si l’on y prend garde, se référaient à quatre groupes :

Les trois premières traitaient de la polygamie, du divorce, et des mariages entre israèlites et chrétiens ;

Les trois suivantes s’occupaient des rapports autorisés par la loi hébraïque entre Israélites et Français ;

Les questions 7, 8 et 9 concernaient Y organisation intérieure des israèlites ;

Les dernières visaient plus particulièrement les choses relatives au commerce .

1 Recueil des lois concernant les israèlites depuis la Révolution de 1789, par Halphen, p. 249-50. Collection des actes de l'Assemblée des israèlites en 18C6, p. 132-133.

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« Sa Majesté veut que vous jouissiez de la plus grande liberté dans vos délibérations, » venait de dire, avec une pompeuse complaisance et un imperturbable sang-froid, le comte Molé.

Or, la veille et les jours précédents, M. de Champagny, ce préparateur ou appariteur secret de la question juive dont nous avons esquissé le rôle ci-dessus (p. 45-46), avait pris toutes ses mesures pour assurer le triomphe du programme qu’il avait reçu de son maître, dans des notes confidentielles.

Ces notes contenaient, outre le questionnaire dont venait donner lecture le comte Molé, les réponses que devront faire Messieurs les Juifs. Le contraste est piquant entre l’excitation à la liberté venant du commissaire du Gouvernement, et le résultat à obtenir impérativement tracé à M. de Champagny ;

Les notes disent :

Première question. — Est -il licite aux juifs d’épouser plusieurs femmes ? (Il faut que la réponse négative soit positivement énoncée , et que V Assemblée constituée en grand Sanhédrin défende en Europe la polygamie.)

Deuxième question. — Le divorce est-il permis par la religion juive? Le divorce est-il valable, sans qu’il soit prononcé par les tribunaux, et en vertu de lois contradictoires à celles du Gode français? (Il Faut que

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V Assemblée défende le divorce , hors les cas permis par la loi civile dans le Code de Napoléon , et qu'il ne puisse avoir lieu qu' après avoir été prononcé par l'autorité civile.)

Troisième question. — Une juive peut-elle se marier avec un chrétien, et une chrétienne avec un juif? Ou la loi juive veut-elle que les juifs ne se marient qu’entre eux. (Il faut que le grand Sanhédrin déclare que le mariage religieux ne peut avoir lieu qu' après avoir été prononcé par d' autorité civile , et que des juifs ou juives puissent épouser des Français ou Françaises. Il faut même que les grands rabbins recommandent ces unions , coynme moyens de protection et de convenance pour le peuple juif. )

Sixième question. — Les juifs français regardentils la France comme leur patrie ? Ont-ils l’obligation de la défendre ? (Il faut que le Sanhédrin déclare que les juifs doivent défendre la France comme ils défendraient J érusalem, etc.)

Septième question. — Qui nomme les rabbins? (Il faut que le Sanhédrin décide *..., etc.)

Sont-ils assez reluisants, tous ces il faut? On dirait des canons, non d’Eglise, mais d’acier, placés en tête de chaque question du Concile hébraïque, et prêts à enfiler rabbins et députés !

« Sa Majesté veut que vous jouissiez de la plus grande

1 Notes secrètes adressées par l’Empereur à M. Champagny en 1806 (copiées fidèlement sur les originaux, en 1813, par M. Baude, conseiller d’Etat et adressées par lui en 1841 aux Archives Israélites , avec un témoignage d’authenticité). Archives israêlites , année 1841, p. 138-142.

liberté dans vos délibérations, » venait de déclarer le comte Molé ;

« Il faut . il taut . qu’on réponde de telle ma¬

nière, » enjoignait Sa Majesté à M. de Champagny; et celui-ci a pris toutes ses mesures pour que la leçon, faite par lui, en particulier, aux différents groupes, soit bien retenue.

O liberté, née de la Révolution et élevée dans le palais de César, que tes deux fronts sont remarquables ! et que ton avenir promet !

Les mesures, avons-nous dit, sont bien prises. En effet, voulant, avant tout, s’assurer d’un poste avantageux et d’un point d’opération fixe, l’Empereur a encore donné cet ordre, dans ses notes secrètes, à M. de Champagny :

« Pour marcher d’une manière régulière, il faudrait déclarer qu’il y a dans les lois de Moïse des dispositions religieuses et des dispositions politiques ; que les dispositions religieuses sont immuables , mais qu’il n’en est pas de même des dispositions politiques qui sont susceptibles de modifications... Après la déclaration de ce principe viendra l’application1. »

Forcer les juifs à capituler sur leur propre territoire et à abandonner leurs vieux usages, en scindant la Loi

1 Notes secrètes, etc. (Archives Israélites, année 18il, p. 144.)

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de Moïse en deux portions, dont l’une sera déclarée inapplicable et surannée, ne sera-ce pas le chef-d’œuvre de la stratégie de Napoléon dans sa campagne hébraïque? Il y a encore ce mot de lui, dans ses notes secrètes à M. de Ghampagny : « Il faut ôter des lois de Moïse tout ce qui est intolérant 1... »

Nos hébreux vont-ils prêter le flanc à cette stratégie?

Voici, d’abord, l’Assemblée des Notables. Elle tient sa troisième séance (4 août 1806). On va répondre au questionnaire impérial. Mais une déclaration solennelle précède les réponses. Que proclame cette déclaration?

« L’Assemblée, vivement pénétrée des sentiments de reconnaissance, d’amour, de respect et d’admiration pour la personne sacrée de Sa Majesté Impériale et Royale, déclare, au nom des Français qui professent la religion de Moïse, que, pour se rendre dignes des bienfaits que Sa Majesté leur prépare, ils sont dans l’intention de se conformer à ses volontés paternelles ; que leur religion leur ordonne de regarder comme loi suprême la loi du Prince en matière civile et politique ; qu’ainsi, lors même que leur Code religieux ou les interprétations qu'on lui donne renfermeraient des dispositions civiles ou politiques qui ne seraient pas en harmonie avec le Code français , ces dispositions cesseraient dès lors de les régir, puisqu’ils doivent avant tout reconnaître la loi du Prince et lui obéir 2. »

Du coup, la Loi de Moïse était rangée au-dessous du

1 Lettre de Napoléon à M. Champagny, Posen, le 29 novembre 1806. (Archives Israélites , année 1841, p. 143-144.)

* Collection des actes de V Assemblée des Israélites de France et du royaume d’Italie, convoquée à Paris en 1806, p. 147.

Gode Napoléon. Le Judaïsme se mettait à la discrétion de César. Cette soumission à la loi du Prince, exprimée avec tant d’ardeur, rappelle la réflexion de Bossuet : « Qu'as-tu fait, ô peuple ingrat?... Souviens-toi de cette parole de tes pères : Nous ri avons 'point d'autre roi que César. Le Messie ne sera pas ton roi; garde bien ce que tu as choisi : demeure l’esclave de César et des rois jusqu’à ce que la plénitude des gentils soit entrée , et qu' enfin tout Israël soit sauvé 1. »

Pénétrons maintenant, de l’Assemblée des Notables, dans le Sanhédrin :

Les 7 1 sont assis en demi-cercle, comme à Jérusalem. Ils vont faire précéder leurs décisions doctrinales d’un préambule : sera- 1- il plus indépendant que la déclaration des Notables ?

Histoire, prête l’oreille, et enregistre :

Préambule des Décrets

« Béni soit à jamais le Seigneur Dieu d’Israël qui a placé sur le trône de France et du royaume d’Italie un Prince selon son cœur.

« Dieu a vu l’abaissement des descendants de l’antique Jacob, et il a choisi Napoléon le Grand pour être l’instrument de sa miséricorde.

ce Le Seigneur juge les pensées, lui seul commande aux consciences, et son Oint chéri a permis que chacun adorât le Seigneur selon sa croyance et sa foi.

« A l’ombre de son nom, la sécurité est entrée dans

â Bossuet, Discours sur l'Histoire universelle , IIe partie, chap. xxiv

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nos cœurs et dans nos demeures; et nous pouvons désormais bâtir, ensemencer, moissonner, cultiver les sciences humaines, appartenir à la grande famille de TÉtat, le servir et nous glorifier de ses nobles destinées.

« Sa haute sagesse a permis que cette Assemblée célèbre dans nos annales, et dont l’expérience et la vertu dictaient les décisions, reparût après quinze siècles et concourût à ses bienfaits sur Israël.

« Réunis aujourd’hui sous sa puissante protection dans sa bonne ville de Paris, au nombre de soixante et onze, docteurs de la loi et notables d’Israël, nous nous constituons en grand Sanhédrin, afin de trouver en nous le moyen et la force de rendre des ordonnances religieuses conformes aux principes de nos saintes lois, et qui servent de règle et d’exemple à tous les israélites.

« Ces ordonnances apprendront aux nations que nos dogmes se concilient avec les lois civiles sous lesquelles nous vivons, et ne nous séparent point de la société des hommes.

« En conséquence, déclarons :

« Que la loi divine , ce précieux héritage de nos ancêtres , contient des dispositions religieuses et des dispositions politiques ;

« Que les dispositions religieuses sont , parleur nature, absolues et indépendantes des circonstances et des temps ;

« Qu’il n’en est pas de même des dispositions politiques, c’est-à-dire de celles qui constituent le Gouvernement, et qui étaient destinées à régir le peuple d’Israël dans la Palestine lorsqu’il avait ses rois, ses pontifes et ses magistrats;

ce Que ces dispositions politiques ne sauraient être applicables depuis qu’il ne forme plus un corps de nation *... »

Sauf le ton un peu emphatique du préambule, c’est la répétition, mot à mot, de la leçon faite, la veille, par M. de Champagny d’après les instructions secrètes de l’Empereur, et scrupuleusement retenue par les 7 1 .

La stratégie de l’Empereur a réussi, les juifs ont capitulé sur leur propre territoire, la Bible est scindée: le reste sera accordé à peu près sans résistance.

Un auteur a dit, avec une pointe d’ironie : « Les députés israélites savaient dans quel sens ils devaient répondre pour être agréables, et, comme c’étaient en grande majorité des hommes très distingués et élevés bien au-dessus des préjugés vulgaires, il est permis de penser que leurs réponses, conformes aux désirs de Napoléon, étaient conformes aussi à leur conviction personnelle 2. »

Les questions proposées étaient donc au nombre de douze. Nous ne reproduirons pas, de crainte de fatiguer le lecteur, les longues dissertations qui sortirent de l’Assemblée des Notables: il suffira d’énumérer le précis des réponses, pour constater que chaque notable avait bien retenu la leçon faite en particulier, et qu’aux

1 Décisions doctrinales du grand Sanhédrin, préambule des décrets. (Halphen, Recueil des lois concernant les israélites, p. 20-21.)

2 Hallez, Des juifs en France, p. 200-1.

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reluisants 11 faut , consignés dans les instructions secrètes à M. de Champagny, correspondaient, dans les rangs de l'Assemblée, des amen alignés et sonores comme des armes qu'on présente à un chef militaire !

L’Assemblée décida, comme conformes à la Loi française :

La monogamie ;

La validité du divorce, uniquement avec le consentement des tribunaux du pays ;

La faculté de contracter mariage avec les chrétiens ;

Les Français sont les frères des juifs français ;

11 n’existe pas de différence dans la manière de traiter des coreligionnaires ou des compatriotes chrétiens ;

La France est notre patrie ;

Le mode d’élection des rabbins n’est pas déterminé ;

Leur influence est fondée sur l’usage ;

Ils ne jouissent d’aucune autorité ;

Nulle profession n’est interdite ;

L’usure est contraire à la Loi mosaïque ; elle est honteuse.

Dans cette adhésion ponctuelle aux vues de l’Empereur, il y eut cependant une réserve, presqu’une résistance, qui fait honneur au sang d’Abraham : ce fut sur la question des mariages mixtes. Napoléon avait dit dans ses notes écrites à M. de Champagny : Il faut que des juifs ou juives puissent épouser des Français ou Françaises . Il faut même que les grands rabbins recovnmandent ces unions comme moyen de protection et de convenance pour le peuple juif 1 . Or, quand vint,

1 Notes secrètes de l’Empereur à M. de Champagny en 1806 (Archives israélites, année 1841, p. 140).

dans l’Assemblée des Notables, l’examen de cette troisième question, une irritation très vive s’empara d’un grand nombre de membres, surtout des rabbins, aux jeux desquels le cours du sang d’Abraham allait devenir trouble, comme un fleuve qui reçoit des affluents. Les rabbins voulaient donner, seuls, la décision, à l’exclusion des laïques, parce que « de même que lorsqu’il s’agit de décider de points astronomiques, on s’adresse uniquement à des astronomes, de même on doit laisser aux théologiens tout ce qui a trait à la Religion 1 ; » et les rabbins allemands en particulier exigeaient que la décision fût d’une rigueur inexorable « parce qu’ils ressentaient de grandes inquiétudes de conscience sur cette question qui visait le judaïsme au cœur 2. » On ne pouvait cependant dire carrément non au terrible César. On répondit : « Que la loi religieuse ne prohibait absolument le mariage qu’avec les sept nations cliananèennes , Amon et Moab (dans le passé), et les idolâtres (dans le présent) ; que les nations modernes ne sont pas idolâtres, puisqu’elles adorent un Dieu unique; que plusieurs mariages mixtes s’étaient accomplis, à différentes époques, entre les juifs et les chrétiens en France, en Espagne et en Allemagne; mais que les rabbins ne seraient pas plus disposés à bénir le mariage d’une chrétienne avec un juif, ou d’une juive avec un chrétien, que les prêtres catholiques ne consentiraient à bénir dè pareilles unions 3. »

La réponse ne manquait pas d’habileté.

1 Collection des actes de V Assemblée des Israélites, etc., p. 149.

2 Ghaetz, t. XI, p. 287.

3 Collection, etc.,p. 152.

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L’Empereur, satisfait des réponses sur tout le reste, ne se montra nullement mécontent de l’échec sur les mariages mixtes : il se flattait de le réparer auprès du grand Sanhédrin.

Le rôle et la fonction du grand Sanhédrin, dans la pensée de Napoléon, devaient consister à traduire en décrets doctrinaux les décisions des Notables, couronnant ainsi le travail de la représentation nationale hébraïque par la sanction et le prestige de la religion.

Au point de vue purement humain, cette gradation dans l’entreprise présentait de l’habileté et de la grandeur, nous l’avons fait remarquer dans ce qui précède (page 41).

Le Sanhédrin s’apprêta à être docile, comme l’Assemblée des Notables, aux vues et leçons impériales ; mais, chose remarquable et honorable! les Sanhédrites continuèrent l’inflexibilité des Notables dans la question des mariages mixtes. Cette inflexibilité sauva le sang d’ Abraham. Elle était providentielle. Ce sang que la Providence avait protégé contre toutes les passions de l’homme et les invasions des peuples antiques dans les tentes d’Israël, afin d’en faire sortir le Messie, elle le protégeait encore contre les attentats de la Révolution et les visées d’un potentat superbe qui ne pensait qu’à mêler et fusionner. O César, tu as ton étoile, mais Israël a ses destinées : elles doivent le conduire jusqu’au der-

nier soir du monde, et il importe que son sang demeure sans mélange, afin qu’il puisse répondre : présent ! et être reconnu sans peine, quand le Dieu des batailles l’appellera comme suprême réserve ! Tout ce que Napoléon put obtenir du Sanhédrin se borna à éloigner l’anathème des mariages mixtes : ils ne seraient pas bénis par les rabbins, mais il ne seraient pas, non plus, anathématisés par eux.

A part cet article essentiel, tout ce que l’Empereur exigeait fut voté et enlevé au pas de course. Napoléon avait coutume de ne pas laisser, à ceux qu’il voulait subjuguer, le temps de la réflexion. Huit séances furent consacrées à une législation nouvelle et impromptue qui remuait de fond en comble la loi de Moïse. Pour le seul Décalogue, le grand législateur des hébreux avait passé quarante jours sur le Sinaï : les nouveaux législateurs n’eurent, de par l’Empereur, que trente jours, durant lesquels se tinrent huit séances, du 9 février au 2 mars (1807)... Voici leurs décrets, présentés ici dans leurs conclusions substantielles.

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