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DÉCISIONS DOCTRINALES

I. Polygamie. — Il est défendu à tous les israélites de tous les États où la polygamie est prohibée par les lois civiles et, en particulier, à ceux de l’Empire de France et du Royaume d’Italie, d’épouser une seconde femme du vivant de la première, à moins qu’un divorce avec celle-ci, prononcé conformément aux dispositions du Code civil et suivi du divorce religieux, ne les ait affranchis des liens du mariage.

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II. Répudiation. — Il est expressément défendu à tout rabbin dans les deux Etats de France et du Royaume d’Italie de prêter son ministère dans aucun acte de répudiation ou de divorce, sans que le jugement civil qui le prononce lui ait été exhibé en bonne forme. Tout rabbin qui se permettrait d’enfreindre le présent statut religieux sera regardé comme indigne d’en exercer à l’avenir les fonctions.

III. Mariage. — Il est défendu à tout rabbin ou autre personne dans les deux États de France et d’Italie, de prêter leur ministère à l’acte religieux du mariage, sans qu’il leur ait apparu auparavant de l’acte des conjoints devant l’officier civil, conformément à la loi. — Les mariages entre israélites et chrétiens, contractés conformément aux lois du Gode civil, sont obligatoires et valables civilement ; et, bien qu’ils ne soient pas susceptibles d’être revêtus des formes religieuses, ils n’entraîneront aucun anathème.

IV. Fraternité. — Le grand Sanhédrin ordonne à tout israélite de l’Empire français et du Royaume d’Italie, et de tous autres lieux, de vivre avec les sujets de chacun des États dans lesquels ils habitent comme avec leurs concitoyens et leurs frères, puisqu’ils reconnaissent Dieu créateur du ciel et de la terre, parce qu’ainsi le veut la lettre et l’esprit de la loi de Moïse.

V . Rapports moraux. — Le grand Sanhédrin prescrit à tous les Israélites, comme devoirs essentiellement religieux et inhérents à leur croyance, la pratique habituelle et constante, envers tous les hommes reconnaissant Dieu créateur du ciel et de la terre, quelque religion qu’ils professent, des actes de justice et de

charité dont les Livres saints leur prescrivent L’accomplissement.

VI. Rapports civils et politiques. — Tout israélite né et élevé en France et dans le Royaume d’Italie, et traité par les lois des deux États comme citoyen, est obligé religieusement de les regarder comme sa patrie, de les servir, de les défendre, d’obéir aux lois et de se conformer, dans toutes ses transactions, aux dispositions du Gode civil. Tout israélite appelé au service militaire est dispensé par la loi, pendant la durée de ce service, de toutes les observances religieuses qui ne peuvent se concilier avec lui.

VII. Professions utiles. — Le grand Sanhédrin ordonne à tous les israélites, et en particulier à ceux de France et d’Italie, qui jouissent maintenant des droits civils et politiques, de rechercher et d’adopter les moyens les plus propres à inspirer à la jeunesse l’amour du travail, et à la diriger vers l’amour des arts et métiers, ainsi que des professions libérales, attendu que ce louable exercice est conforme à notre sainte religion, favorable aux bonnes moeurs, essentiellement utile à la patrie, qui ne saurait voir dans les hommes désœuvrés et sans état que de dangereux citoyens. Il les invite en outre d'acquérir des propriétés foncières, comme un moyen de s’attacher davantage à leur patrie, de renoncer à des occupations qui rendent les hommes odieux ou méprisables aux yeux de leurs concitoyens, et de faire tout ce qui dépendra de nous pour acquérir leur estime et leur bienveillance.

VIII. Prêt entre Israélites. — Le grand Sanhédrin déclare et ordonne, comme devoir religieux, à tous les

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israélites de n’exiger aucun intérêt de leurs coreligionnaires, toutes les fois qu’il s’agira d’aider le père de famille dans le besoin, par un prêt officieux. Il statue, en outre, que le profit légitime du prêt entre coreligionnaires n’est religieusement permis que dans le cas de spéculations commerciales qui font courir un risque au prêteur, ou en cas de lucre cessant, selon le taux fixé par la loi de l’État.

IX. Prêt entre Israélites et non Israélites. — Le grand Sanhédrin déclare à tous les israélites, et particulièrement à ceux de France et d’Italie, que les dispositions prescrites par la décision précédente sur le prêt officieux ou à intérêt d’hébreu à hébreu, ainsi que les principes et les préceptes rappelés par le texte de l’Écriture Sainte sur cette matière, s’étendent tant à nos compatriotes, sans distinction de religion, qu’à nos coreligionnaires ; il leur ordonne à tous, comme préceptes religieux, de ne faire aucune distinction à l’avenir en matière de prêt entre concitoyens et coreligionnaires, le tout conformément au statut précédent. Quiconque transgressera la présente ordonnance violera un devoir religieux et péchera notoirement contre la loi de Dieu. Il déclare, en outre, que toute usure est indistinctement défendue, non seulement d’hébreu à hébreu et d’hébreu à concitoyen d’une autre religion, mais encore avec les étrangers de toutes les nations, regardant cette pratique comme une iniquité abominable aux yeux du Seigneur. Il ordonne enfin à tous les rabbins, dans leurs prédications et leurs instructions, de ne rien négliger auprès de leurs coreligionnaires pour accréditer dans leur esprit les maximes contenues dans la présente décision.

Ces décisions doctrinales exprimaient exactement les vues de l’Empereur : elles étaient calquées sur les notes envoyées à M. de Champagny. Tous avaient fait leur devoir : Champagny, en avertissant en secret; les commissaires, en exigeant en public; les sanhédrites, en répondant comme ils le faisaient.

Si Napoléon a été loyal dans l’entreprise qu’il avait conçue de fondre les israélites dans la société, bien qu’il l’ait conduite militairement, il est juste de reconnaître que, de leur côté, les israélites ont apporté une correspondance également loyale au dessein de l’Empereur. Cette loyauté est apparente non seulement dans leur docilité, mais dans certaines particularités qui se rattachent aux séances et dont quelques-unes sont restées célèbres.

Lorsque le comte Molé, avant de donner lecture du fameux questionnaire impérial, prononça le sévère discours d’ouverture qui froissa les Notables, parce qu’il émettait des doutes sur leur attachement à leurs nouveaux devoirs; et lorsque, au cours de la lecture du questionnaire, il arriva à la sixième question : Les juifs nés en France et traités par la loi comme citoyens regardent -ils la France comme leur patrie et se croient-ils obligés de la défendre? l’Assemblée, ne

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pouvant contenir son émotion, s’écria tout d’une voix : Oui, jusqu’à la mort i.

L’usure fut également flétrie avec sincérité. On ne saurait nier que le Talmud n’admette l’usure exercée contre les chrétiens, si même il ne la prescrit. Ges sordides dispositions sont la quadruple conséquence : de la perversion du caractère national d’Israël depuis le crime du Golgotha; de la haine et de la jalousie inextinguibles entretenues contre les chrétiens; des représailles que ce peuple souvent spolié opposait à ses oppresseurs: et enfin des malheurs inhérents àsalongue dispersion. Quelles que soient les causes et les circonstances atténuantes, ces sordides dispositions n’en sont ni moins détestables ni moins antisociales. L’Assemblée juive de 1807 eut le mérite et la sincérité de le reconnaître. Si elle n’eut pas le courage de convenir que les mots usuriers et juifs sont devenus synonymes par une sorte de châtiment extraordinaire, elle dégagea l’antique et beau judaïsme de ce reproche, et elle flétrit hautement l’usure : Il était temps, s’écrie le président des Notables, que cette habitude si souvent reprochée aux israélites comme un effet de leur religion, reçût par un tribunal Israélite essentiellement religieux la flétrissure ineffaçable quelle mérite 2.

Et voici cette flétrissure :

« Docteurs de la Loi et Notables,

« Nul d’entre vous ne saurait révoquer en doute que, si nous vivions encore sous les institutions civiles et poli-

1 Organisation civile et religieuse , etc., p. 134.

2 Collection des procès-verbaux et décisions du grand Sanhédrin (1807), p. 101.

tiques de nos ancêtres, si nous formions un État, si nous conservions les mœurs patriarcales du temps d’ Abraham ou de Moïse, et qu’il existât dans Israël de ces hommes que l’opinion publique flétrit si justement sous le nom d’usuriers, nul d’entre vous, dis-je, ne doute qu’ils ne fussent ignominieusement chassés de son sein comme infracteurs des lois divines, et ne cessassent d’appartenir et à la société religieuse et à la société civile.

« Eh bien, ce qu’eussent fait les magistrats et les lois chez nos ancêtres, c’est à vous, ministres du culte, qu’il appartient aujourd’hui de le faire, à l’aide de l’influence religieuse et morale que vous donnera le ministère respectable que vous remplirez.

« Tonnez contre cette habitude déshonorante et antisociale 1 ! »

Et encore :

« Qu’on ne vienne pas nous objecter qu’un vice, que la Loi proscrit dans Israël, puisse être toléré envers les étrangers. Il n’j a dans la Loi ni deux poids ni deux mesures ; elle est une, et par conséquent obligatoire envers les étrangers.

« Il est donc indispensable, il est donc de notre devoir, de censurer hautement ces excès destructeurs de toute morale publique ; il est essentiel d’opposer une digue à ce torrent dévastateur. Que ceux qui se sont avilis, au point de méconnaître et d’altérer ainsi la pureté de la morale d’Israël, rentrent en eux-mêmes ;

1 Rapport de M. Furtado au nom de la Commission des Neuf.

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qu’ils rougissent de leur ignorance ; qu’ils s’empressent d’abandonner tous ces excès; qu’ils inspirent à leurs enfants des sentiments conformes aux lois divines et humaines; qu’ils reprennent, puisqu’ils en ont la liberté, l’agriculture, les arts et les métiers qui ont illustré nos ancêtres; alors, seulement alors, ils auront accompli la Loi, et se rendront agréables et au Dieu d’Israël et aux hommes L »

Là où la correspondance loyale des députés au dessein de l’Empereur n’a pas moins d’éclat, c’est dans leur adhésion complète à la conscription militaire. Les juifs l’avaient en horreur; ils la fuyaient, l’éludaient, nous l’avons dit plus haut (page 20-21). Mais, pour plaire à Napoléon, il n’est aucune répugnance qu’ils ne soient prêts à surmonter. Les éloges qu’ils lui ont prodigués ont dépassé le but, ils ont été excessifs; mais l’eflusion de leur reconnaissance n’a pas consisté seulement dans des paroles outrées, elle s’est manifestée par des actes où ils ont soulevé, en hommes forts, leur nature devenue lâche sous le poids séculaire des humiliations; ils ont accepté avec entrain le service des armes pour tous leurs coreligionnaires, entre les mains desquels ils ont rapporté l’épée des Machabées. Le jour de la fête de l’Empereur, le rabbin Segré s’écriait : « Maintenant que notre sort est lié à celui de la patrie, notre cœur pour ainsi dire s’est déjà ennobli. Embrassons avec ardeur une félicité qui nous fut si longtemps inconnue; demandons des armes pour défendre de toute insulte cette patrie si chère 2. »

1 Discours du Président du Sanhédrin, M. Sinzheim.

2 Organisation civile et religieuse , etc., p. 208.

En conséquence de ce vœu, la Commission des Neuf inscrivait dans son projet d’organisation des synagogues de l’Empire :

l’assemblée DES ISRAÉLITES DE L’EMPIRE DE FRANCE ET DU ROYAUME D’iTALIE

. Considérant que c’est le devoir de tous les israé-

lites de l’Empire français et du Royaume d’Italie, de verser leur sang dans les combats pour la cause de la France, avec ce même dévouement et cette même valeur que les ancêtres combattaient autrefois les nations ennemies de la Cité sainte, et de chercher les occasions de se rendre dignes des bienfaits qu’un grand prince daigne en ce moment répandre sur eux ;

Arrête :

Que les Consistoires achèveront de détruire 'par leur intervention et leur zèle U éloignement que pourrait avoir la jeunesse Israélite pour le noble métier des armes i.

Mais le plus éclatant témoignagne de leur sincérité fut, incontestablement, l’hommage spontané qui sortit de leurs rangs à l’adresse de la Papauté et du clergé catholique de tous les siècles. On était arrivé à la clôture de l’Assemblée des Notables ; la protection de Napoléon le Grand remplissait d’ivresse, d’étonnement et de reconnaissance tous les représentants. Quelle différence, pensaient-ils, avec les humiliations du passé ! Néanmoins,

4 Organisation civile et religieuse , etc., p. 287-88.

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derrière cette protection du grand capitaine, leur regard aperçut une autre protection qui, pacifique et ininterrompue, les avait couverts à toutes les sombres périodes de ]eur histoire : celle des Papes et du clergé catholique. Et alors, comme un nuage d’encens, leur reconnaissance monta de la sphère politique dans la sphère religieuse. Emouvant et magnifique fut cet hommage ! il présenta quelque analogie avec le cantique de Moïse après le passage de la mer Rouge. Le Législateur des hébreux avait remercié, dans les plus beaux transports de la langue sainte, le Dieu tout-puissant d’avoir arraché son peuple à la servitude de l’Egypte ; l’étonnant discours qu’on va lire, applaudi par toute l’Assemblée de 1806, frémissante et debout, vint remercier la Papauté d’avoir protégé Israël durant la servitude de dix- huit siècles au milieu des nations. C’est au député de Nice, M. Avigdor, que revient l’honneur d’avoir fait entendre, au nom des juifs rassemblés et dispersés, ces nobles et touchants accents :

Les plus célèbres moralistes chrétiens ont défendu les persécutions, professé la tolérance et prêché la charité fraternelle.

Saint Athanase (liv. Ier) dit :

« C'est une exécrable hérésie de vouloir tirer par la force, par les coups, par les emprisonnements, ceux qu’on n’a pu convaincre par la raison. »

« Rien n’est plus contraire à la religion, dit Justin martyr (liv. V), que la contrainte. »

« Persécuterons-nous, dit saint Augustin, ceux que Dieu tolère ? »

Lactance (liv. III) dit à ce sujet :

« La religion forcée n’est plus religion ; il faut persuader et non contraindre; la religion ne se commande point. »

Saint Bernard dit : « Conseillez, et ne forcez pas. »

C’est par suite de ces principes sacrés de morale que, dans différents temps, les Pontifes romains ont protégé et accueilli dans leurs États les juifs persécutés et expulsés de diverses parties de l’Europe ; et que les ecclésiastiques de tous les pays les ont souvent défendus dans plusieurs États de cette partie du monde.

Vers le milieu du septième siècle, saint Grégoire défendit les juifs et les protégea dans tout le monde chrétien .

Au dixième siècle , les Évêques d'Espagne opposèrent la plus grande énergie au peuple qui voulait les massacrer.

Le pontife Alexandre II écrivit à ces évêques une lettre pleine de félicitations pour la conduite sage quils avaient tenue à ce sujet.

Dans le onzième siècle , les juifs, en très grand nombre dans les diocèses d'Uzês et de Clermont , furent puissamment protégés par les Evêques.

Saint Bernard les défendit dans le douzième siècle de la fureur des croisés.

Innocent II et Alexandre III les protégèrent également.

Dans le treizième siècle, Grégoire IX les préserva , tant en France qu'en Angleterre et en Espagne, des grands malheurs dont on les menaçait; il défendit, sous peine d' excommunication, dé contraindre leur conscience et de troubler leurs fêtes.

Clément V fit plus que de les protéger , il leur facilita encore les moyens d' instruction.

Clément VI leur accorda un asile à Avignon , alors qu'on les persécutait dans tout le reste de l'Europe.

Vers le milieu du même siècle, l'Évêque de Spire empêcha la libération que les débiteurs des juifs réclamaient de force, sous le faux prétexte d'usure si souvent renouvelé.

Dans les siècles suivants , Nicolas II écrivit à l'Inquisition, pour l'empêcher decontraindre les juifs à embrasser le christianisme .

Clément XIII calma l' inquiétude des pères de famille , alarmés sur le sort de leurs enfants qu' on arrachait souvent du sein de leur propre mère.

Il serait facile de citer une infinité d’autres actions chari-

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tables dont les israélites ont été à diverses époques l’objet, de la part des ecclésiastiques instruits des devoirs des hommes et de ceux de leur religion.

Le peuple d’Israël, toujours malheureux et presque toujours opprimé, n’a jamais eu le moyen ni l’occasion de manifester sa reconnaissance pour tant de bienfaits ; reconnaissance d’autant plus douce à témoigner, qu’il la doit à des hommes désintéressés et doublement respectables.

Depuis dix- huit siècles, la circonstance où nous nous trouvons est la seule qui se soit présentée pour faire connaître les sentiments dont nos cœurs sont pénétrés.

Cette grande et heureuse 'circonstance, que nous devons à notre auguste et immortel Empereur, est aussi la plus convenable, la plus belle comme la plus glorieuse, pour exprimer aux philanthropes de tous les pays, et notamment aux ecclésiastiques, notre entière gratitude envers eux et envers leurs prédécesseurs.

Empressons-nous, Messieurs, de profiter de cette époque mémorable, payons-leur ce juste tribut de reconnaissance que nous leur devons ; faisons retentir dans cette enceinte l’expression de toute notre gratitude. Témoignons- leur avec solennité nos sincères remerciements pour les bienfaits successifs -dont ils ont comblé les générations qui nous ont précédés.

Le procès-verbal termine ainsi :

« L’assemblée a applaudi au discours deM. Avigdor ; elle en a délibéré l’insertion en entier dans le procèsverbal, ainsi que l’impression, et a adopté l’arrêté qui suit :

« Les députés de l’Empire de France et du Royaume d’Italie au synode hébraïque, décrété le 30 mai dernier, pénétrés de gratitude pour les bienfaits successifs du clergé chrétien, dans les siècles passés, en faveur des israélites des divers États de l’Europe ;

« Pleins de reconnaissance pour l’accueil que divers Pontifes et plusieurs autres ecclésiastiques ont fait dans

différents temps aux israélites de divers pays, alors que la barbarie, les préjugés et l’ignorance réunis persécutaient et expulsaient les juifs du sein des sociétés ;

« Arrêtent que l’expression de ces sentiments sera consignée dans le procès-verbal de ce jour, pour qu’elle demeure à jamais comme un témoignage authentique de la gratitude des israélites de cette assemblée pour les bienfaits que les générations qui les ont précédés ont reçus des ecclésiastiques de divers pays de l’Europe ;

« Arrêtent, en outre, que copie de ces sentiments sera envoyée à S. Exc. le Ministre des cultes 1. »

Jamais, ô peuple d’Israël, tu ne fus mieux inspiré depuis ton long exil : tous tes Talmuds ne valent pas cette effusion de ta reconnaissance et ce monument de ta sincérité.

L’Empereur ne vit qu’une seule fois les juifs durant la tenue de leurs séances à Paris. Une députation composée de neuf membres (la Commission des Neuf) fut reçue en audience privée, et fit bonne impression sur le souverain. L’historien israélite Graetz, qui rapporte cette audience, exagère un peu, croyons-nous, 1 impression pour et contre : « L’Empereur, qui s’était ima-

* Organisation civile et religieuse , etc., p. 314-328.

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giné recevoir des marchands de bric à brac, des usuriers, des êtres rampants, pliés en deux, rusés, avides de gain, vit avec étonnement, dans ces membres de la Commission, des hommes d’un caractère solide et digne, ayant de l’intelligence, un maintien imposant, et dont quelques-uns auraient pu figurer avec avantage dans son Conseil d’État i. »

Satisfait de son entrevue avec les personnes, l’Empereur ne le fut pas moins des résultats des séances. Comment ne l’ eût-il pas été ? Il avait été loué, encensé, comparé au Messie; la loi de Moïse avait été rangée au-dessous du code Napoléon ; sauf l’article des mariages, toutes ses volontés transmises par M. de Champagny et par les commissaires, avaient été accomplies de point en point ; des conscrits israélites allaient augmenter l’effectif de ses bataillons ; bref, l’antique obstination hébraïque était tombée à l’éclair de son sabre. La terre se tut devant Alexandre 2, avait-il lu dans la Bible des hébreux ; lui qui aimait à se comparer à Alexandre fut satisfait de leur silence et de leur soumission. Entre les fumées de deux batailles, il trouva le temps de témoigner sa satisfaction. Le 9 mars 1807, le grand Sanhédrin avait tenu sa huitième et dernière séance ; Napoléon, revenu de la sanglante bataille d’Eylau, était à Ostende ; il écrivit en ces termes à M. de Ghampagny :

1 Graetz, Hist. des juifs, t. XI, p. 2 87.

2 Ier Livre des Mach i, 3.

Ostende, 30 mars 1807.

Monsieur Champagny, j’ai reçu votre lettre du 18 mars avec le mémoire de mes commissaires près le grand Sanhédrin. Ils ont rempli le but que je me proposais, malgré les obstacles qu’ils ont eu à vaincre; témoignez-leur ma satisfaction.

Napoléon 1.

L’Empereur était satisfait. Mais le peuple français avait-il lieu de l’être?

Et le peuple juif lui-même partagea- t-il cette satisfaction ? Nous allons l’examiner.

1 Correspondance de Napoléon , t. XIII, pièce n° 1 2.226, p. 716.

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