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CE QUE PRODUIRA L'ENTREPRISE IMPERIALE

humaines se trahissent plus amplement dans l’ouvrage commencé, demeuré debout, et inutile.

C’est ce sentiment pénible que l’on éprouve devant les résultats du grand Sanhédrin convoqué par Napoléon : entreprise hardie, sans précédent dans les siècles chrétiens, dont le but était l’amélioration des israélites et leur fusion avec les autres peuples, et demeurée à peu près stérile. Ce but avait été reconnu, consenti, acclamé en plein Sanhédrin. « Docteurs de la Loi et Notables, vous venez de terminer l’importante mission qui vous a été confiée par un Prince dont les bienfaits changent la destinée des restes d’Israël. Dans les fréquentes conférences que vous avez eues, vous n’avez pas eu une pensée, vous n’avez pas éprouvé un sentiment qui n’ait eu pour unique but V amélioration civile et morale des enfants d’Israël, et l’ardent désir de seconder les desseins magnanimes de Sa Majesté en leur faveur L » Un siècle après, la réponse de l’histoire sera : stérilité.

Si un bras et un génie eussent été capables de faire réussir l’entreprise, n’étaient-ce pas, cependant, le génie et le bras de Napoléon ? L’Empereur n’avait rien négligé pour la réussite : à la représentation nationale des hébreux, exprimée par l’Assemblée des Notables, s’était ajoutée la consécration religieuse, exprimée par le Sanhédrin. Mais il y a des œuvres qui dépassent l’effort humain, et celle-là était du nombre.

Essayons de démontrer les côtés vulnérables, dès le début, de l’audacieuse entreprise.

Dès le début en effet, les israélites eux-mêmes —

i Discours de M. Furtado (Collection des procès-verbaur et décisions du Sanhédrin, p. 99-100.)

non ceux, assurément, qui étaient à portée du bras de Napoléon, mais tous les autres — mont point accordé la moindre confiance à ce qui s’était pompeusement élaboré et décidé à Paris. Dans une lettre indignée, adressée au Sanhédrin, un juif anglais se bâta de blâmer la conduite de cette assemblée : « Quels suffrages avezvous obtenus des communautés juives étrangères à la France ? Nos frères de Constantinople, d’Alep, de Cochin, de Bagdad, et de toutes les contrées qui ne sont point soumises à la domination française, vous ont-ils envoyé des députés ? Ont-ils approuvé vos décisions ? En Angleterre, ils repoussent également votre doctrine religieuse et politique1... » Et plus tard, en 1844, un rabbin célèbre résumera d’une façon ironique l’opinion juive universelle: « Outre que les décisions du Sanhédrin sont peu connues du commun des juifs, ils ne les ont jamais prises au sérieux, sachant bien qu’elles avaient été dictées sous la pression de la crainte qu’inspirait la

colérique volonté de fer du sabre de Marengo . Les

exemplaires de ces décisions doctrinales sont devenus extrêmement rares. Les juifs ne se soucient pas de la publicité de cette mauvaise 'plaisanterie 2. »

« Mauvaise plaisanterie», voilà donc comment l’entreprise de Napoléon a été jugée dans la Synagogue.

Le sans-façon militaire avec lequel l’Empereur avait traité la Loi de Moïse, la rangeant au-dessous du code Napoléon ; les réponses à son fameux questionnaire, dictées, mot pour mot, aux membres du concile juif

1 Malo, Histoire des juifs, p. 445.

2 Le rabbin Drach, Harmonie entre l'Église et la Synagogue , t. I, pages 266, 276.

L’ENTREPRISE IMPERIALE comme à des enfants : tout cela, connu à l’étranger, avait fort mécontenté les vieilles barbes grises de Bagdad, de Cochin, d’Alep, de Constantinople. La lettre du juif anglais en est la preuve !

Un chanoine fort érudit, que nous rencontrions un jour, nous demandait spirituellement : « Au Sanhédrin de Paris, les rabbins n’ont-ils pas eu leurs articles organiques , comme nous clergé catholique, nous avons eu les nôtres au Concordat ? » Le rapprochement est juste. Il n’est donc pas étonnant que le rabbinat, après la disparition du terrible précepteur, ait traité de mauvaise plaisanterie son œuvre du Sanhédrin.

Mais les membres du Sanhédrin eux-mêmes, tout en se persuadant qu’ils correspondaient loyalement aux desseins de l’Empereur, ont-ils eu, par devers eux, la conviction qu’Israël allait se fusionner et se réconcilier avec les autres peuples ?

Nous ne le croyons pas, nous pensons même le contraire.

En effet, à côté de leur intention sincère d’aimer et de servir leur nouvelle patrie et de se conduire en frères avec les Français, demeurait parallèlement, dans leur cœur, la persuasion héréditaire qu’Israël est une race à part, un peuple choisi, destiné à dominer tôt ou tard sur le monde. Cet esprit de séparatisme et de domination constitue le fond même du judaïsme dévoyé. Le Christ avait voulu joindre le judaïsme au fleuve magnifique qui, sorti de l’Evangile, a changé la face du monde ; mais lui s’est circonscrit, avec dépit, en un lac fermé, aux exhalaisons malsaines. Or, nonobstant les déclarations loyales du Sanhédrin de 1807, cet esprit de sépa-

ratisme et de domination remettra fatalement tout en question entre gens de la Synagogue et les autres peuples. Les sanhédrites ont beau promettre avec transport qu’ils se montreront, eux et leurs descendants, les bons frères des Français, cette promesse, sincère sur leurs lèvres et dans leur cœur, est contredite et comme annulée parleur faux judaïsme, devenu pestilentiel. Il y a, hâtons-nous d’en faire la remarque, un vrai judaïsme qui, avec les apôtres, tous d’origine juive, s’est fondu dans le christianisme ; mais, pour le malheur d’Israël et de l’humanité, subsiste aussi un faux judaïsme qui n’a cessé d’être incommode, parce qu’il perpétue le détestable levain des pharisiens ; et, par lui, les israélites les meilleurs demeurent prédisposés à la haine du nom chrétien, et, conséquemment, des patries chrétiennes. Hélas ! ce faux judaïsme les rend faux malgré eux, alors qu’ils possèdent de belles qualités morales. Que c’est malheureux! Que c’est triste d’apercevoir des intentions loyales au-dessus d’une pente judaïque qui finit par entraîner en bas la loyauté ! Et qu’un tel dualisme est redoutable pour la société ! Les grands banquiers israélites seront en train d’absorber toutes les fortunes privées dans leur colossal agiotage, leur influence dans la presse sera en train de devenir l’écueil de toutes les institutions chrétiennes et patriotiques, qu’ils croiront encore accomplir les promesses de fraternité jurées entre les mains de Napoléon, parce qu’ils payent l’impôt et qu’ils s’acquittent du service militaire. On convient généralement qu’il ne se rencontre pas d’obstacle plus désespérant qu’un jugement faux, compliqué d’entêtement. Eh bien, le-

judaïsme dévoyé n’est rien moins qu’un jugement faux sur le Christ et ia société chrétienne, avec le granit d’un endurcissement de dix-neuf siècles. C’est cependant ce jugement faux, fortifié d’endurcissement, que Napoléon, achevant l’entreprise sans prudence des législateurs de 89, introduisait plus avant, en 1807, dans la société française. L’amélioration des israélites n’étant qu’à la surface, la fusion et la réconciliation avec les autres peuples ne pourront exister aussi qu’à la surface.

L’Empereur lui-même, à ce que raconte l’histoire, n’aurait pas tardé à s’apercevoir de la stérilité de son œuvre. Quelques mois après, se trouvant en Pologne et voyant l’empressement des juifs à se rendre utiles à l’armée française, et à servir, moyennant salaire, de fournisseurs ou d’informateurs, il disait en riant : Voilà pourtant à quoi me sert le grand Sanhédrin 1 ! Réflexion enjouée qui trahissait l’impuissance d’autres résultats.

Quelque chose de plus grave s’est passé au Sanhé drin. La remarque n’en a jamais été faite.

Pour forcer les juifs à renoncer à leurs habitudes apportées de Palestine, Napoléon avait cru habile de scinder la loi de Moïse (voir plus haut page 69). Son œil perçant avait discerné dans la Bible une partie immuable, la doctrine, le culte, et une partie susceptible d’être discutée, les usages palestiniens et politiques. « Qu’on retienne l’une, » avait-il signifié, « qu’on

1 Graetz, Hist. des juifs , t. XI, p. 622. La Prépondérance juive, II.

abandonne l’autre ! » C’est cette distinction qui avait tant irrité les synagogues étrangères, car, dans la loi juive, la connexion est intime entre ce qui est politique et ce qui est religieux.

Une trouée avait donc été pratiquée dans la Bible.

Ce n’est pas là qu’il eût fallu la faire ; Napoléon s’est trompé.

C’est le Talmud qu’il fallait viser, trouer, raser, in terdire, détruire : le Talmud, livre de plomb sur l’intelligence et le coeur d’Israël, lourde niasse aux fentes de vipères contre les nations, arsenal du diable !

Il fallait mitrailler le Talmud', et ne pas toucher à la Bible !

Or, par un mouvement tournant très habile, les juifs du Sanhédrin enveloppant Molé, commissaire impérial, de flatteries et d’adulations, lui avaient persuadé de s’appuyer sur le Talmud même, comme sur une autorité irrésistible, pour en imposer davantage aux israélites du monde entier, et se concilier plus sûrement leurs sympathies. Et Molé s’était laissé prendre. Avec sa fougue juvénile, il avait débuté ainsi au milieu de ces vieux retors :

« Sa Majesté, en échange de l’auguste protection qu’Elle vous accorde, exige une garantie religieuse de l’entière observation des principes énoncés dans vos réponses. Il faut que ces réponses... puissent être placées à côté du Talmud, et acquièrent ainsi, aux yeux de tous les juifs de tous les pays et de tous les siècles , la plus grande autorité possible \ »

1 Collection des actes de l'Assemblée des Israélites de France et du royaume d'Italie , convoquée à Paris en 1806, p. 238-239.

A côté du Talmud ! jamais bévue et maladresse d’un gouvernement ne s’étalèrent plus énormes, et jamais les juifs ne pratiquèrent plus habile finauderie. Napoléon veut les faire renoncer à leurs vieilles habitudes antisociales, et eux font officiellement reconnaître et consacrer par son gouvernement le Talmud, aliment de leurs haines et de leurs roueries ! Aussi, il faut voir comme leurs réponses au questionnaire impérial se déroulent flanquées de deux redoutes, la Loi de Moïse et le Talmud.

Exemples :

Troisième question

Une juive peut- elle se marier avec un chrétien, et une chrétienne avec un juif?

Réponse

La prohibition ne s’applique qu'aux peuples idolâtres ; et le Talmud déclare formellement que les nations modernes ne le sont pas, puisque, comme nous, elles adorent le Dieu du ciel et de la terre.

Quatrième question

Aux yeux des juifs les Français sont-ils leurs frères, ou sont-ils des étrangers ?

Réponse

Aux yeux des juifs, les Français sont leurs frères, et ne sont point étrangers. L’esprit des lois de Moïse est

conforme à cette manière de considérer les Français Et cette doctrine est professée par le Talmud.

Cinquième question

Quels sont les rapports que leur loi leur prescrit avec les Français qui ne sont pas de leur religion ?

Réponse

Le Talmud et l’usage nous prescrivent avec les Français qui ne sont pas de notre religion, les mêmes rapports que ceux qui existent entre un juif et un autre juif1.

Et ainsi, avec l’agrément et, même, la connivence du gouvernement, le Talmud est solennellement reconnu comme Gode religieux. Nous le répétons, nous insistons, il n’était pas possible de commettre une plus lourde faute, moralement et historiquement. Moralement : on annonce devant tout Paris, devant toute l’Europe, qu’on va réformer les juifs, et on leur permet de faire partir cette réformation du Talmud, qui les a toujours pervertis : inquiétant cercle vicieux, qui sautait aux yeux et que, sans doute, le nouveau dogme de la liberté de conscience empêcha d’apercevoir ou de briser. Si l’Empereur avait eu la prudence d’associer à ses commissaires, publiquement ou secrètement, quelques théologiens catholiques, ceux-ci n’eussent pas manqué de jeter le cri d’alarme contre cette entrée tout à la fois

1 Collection des actes de V Assemblée des Israélites en 18C6, p. 151, 170-171, 173.

subreptice et officielle du Talmud. C’est là un cas, entré cent autres, où l’absence du clergé aura été à jamais regrettable. Si l’autorité ecclésiastique avait eu son rang, comme aux temps de Charlemagne et de saint Louis, dans une question aussi grave, les israélites du Sanhédrin n’eussent pas osé apporter des conclusions basées sur le Talmud. Elles eussent été arrêtées du premier coup. « La loi de Moïse, comme base de votre réformation, » très-bien ! « Le Talmud » jamais ! Napoléon, pour avoir voulu juger en maître compétent une question si ardue, laissa passer l’ennemi dans la place. Voilà comment, au point de vue moral, ce fut une lourde faute.

Historiquement, la faute n’était pas moins énorme. L’histoire ne disait-elle pas que les souverains Pontifes et les Rois très chrétiens n’avaient cessé de prendre des mesures énergiques contre ce livre assimilé à un ennemi dangereux et dissimulé. Dans ce Paris qui assistait au grand Sanhédrin sans y rien comprendre, vingt charretées de talmuds et de livres juifs avaient, un jour, traversé les rues pour être brûlés en place de Grève. C’était en l’année 1239. Et en 1807, ce maudit livre est déployé par le Sanhédrin comme un phénix qui renaîtrait de ses cendres ; et Paris, qui ne sait plus sa propre histoire, laisse faire ! Les papes Grégoire IX, Innocent IV, Jules III, Paul IV ont écrit de leur propre main aux souverains de France, d’Angleterre, d’Aragon, de Castille, de Léon, de Portugal, d’Autriche, pour leur recommander de refouler dans les ténèbres ce livre que les ténèbres ont formé ; rois et empereurs le traquèrent ; et toi, César de la Révolution, en désaccord

avec la prudence des siècles, tu approuves qu’il soit mis sur le chandelier!

Le comble sera que l’Imprimerie nationale soit chargée de la réimpression du Talmud, et en partie aux frais de l’État. Ce comble se verra en l’année 1876 h

Par le vieux levain pharisaïque qui demeure en eux, et aussi par le livre détestable qui continue de les régir, les israélites, malgré leurs efforts louables, sont donc rebelles au but que s’est proposé Napoléon. Mais ce but lui -même ne dépassait- il pas le pouvoir du puissant Empereur ?

Faire entrer les juifs, de gré ou de force, dans le concert de l’unité nationale, et, par là, dans la famille des peuples avec lesquels ils ne vivraient plus en ennemis, mais se réconcilieraient : tel était l’objectif de Napoléon.

La première partie de ce programme, l’entrée dans le concert de l’unité nationale, était réalisable jusqu’à un certain point, malgré ses dangers pour la nation

1 Législation criminelle du Ta Ivnud. Organisation de la magistrature rabbinique, autorité légale de la mischnah, 'ou traduction critique talmudique synhedrin et makhoth et des deux passages du traité Edjoth , par le Dr J.-J.-M. Rabbinowicz. 1 vol. g. in-8, xxxvi, 231 p., Paris, imprimé par ordre du gouvernement à l’Imprimerie nationale, 1876. — La traduction en français du Talmud de Jérusalem a été faite par Moïse Schwab, Paris, Maisonneuve et Cie.

hospitalière. Il suffisait, pour cela, que les nouveaux citoyens payassent l’impôt commun, fussent appelés au service militaire, eussent l’accès libre de toutes les carrières et des fonctions de l’Etat. Quanta la seconde partie du programme, la réconciliation avec les peuples, c’était autre chose! Cent ans se sont presque écoulés depuis l’ordre d’entrer signifié par l’Empereur, et les revenants de Pâlestine, qui sont entrés dans la grande famille des peuples, circulent comme des fantômes ou s’imposent comme des maîtres, mais ne se sont guère fusionnés, et nullement réconciliés. A part quelques amitiés de passage ou de position, la défiance plane audessus des relations civiles et commerciales. Entre les citoyens autochtones et les citoyens d’acquisition, demeure un abîme que rien n’a pu combler.

L’échec était à prévoir.

Un abbé Emery qui eût été appelé au Conseil de l’Empereur, ou quelque autre théologien versé dans les Ecritures, eût ainsi parlé au Souverain : « Sire, Votre Majesté ne réussira pas.

« — Et pourquoi ? eût brusquement demandé César.

« — Sire, Votre Majesté est extraordinaire : ses œuvres éblouissent et terrassent. Mais cette œuvre de réconciliation est réservée à un homme plus extraordinaire encore que Napoléon; il a nom : le prophète Élie.

« C’est de lui qu’il est écrit au livre des oracles infaillibles :

« È lie rétablira toutes choses *... Il réunira les

1 Paroles mêmes de Jesus-Christ, en saint Matthieu, xvn, il.

cœurs des 'pères avec leurs enfants , et les cœurs des enfants avec leurs pères 1.

« Sire, votre glaive est un éclair, et vos cavaliers font voler le feu. Mais ce prophète, lui aussi, a été enlevé par des chevaux de feu, et il doit revenir pour faire cesser rendurcissement de ce peuple juif auquel Votre Majesté s’intéresse, et pour le réconcilier avec les autres peuples.

« Sire, Votre Majesté peut préparer les voies à ce grand oeuvre, mais en s'y prenant d’une autre manière. »

En effet, la fusion que rêvait Napoléon entre les israélites et les peuples de son empire, sur quoi l’appuyait-il principalement? Il l’appuyait, après les rapports que créerait entre eux l’égalité devant la loi, sur la chair et le sang , au moyen des mariages mixtes. Le potentat regardait le mariage comme le principal et plus efficace moyen de fusion. Ne s’était-il pas attaché à mêler les hommes nouveaux aux races anciennes ; sa cour offrait la plus étrange bigarrure d’hyménées. Il avait contracté, pour les siens, des alliances de famille avec les princes germaniques; une fille du roi de Bavière venait d’épouser le vice- roi d’Italie, Eugène, son fils adoptif; et lui-même songeait à vieillir ses origines dans un hymen avec une archiduchesse. Il se persuada qu’il mêlerait pareillement, au moyen des mariages, les juifs avec les* chrétiens. Erreur! Le

1 Malachie, iv, 6 — Saint Jean Chrysostome, saint Jean Damascène et Théodoret expliquent ainsi ce texle: « Elie tournera les cœurs des pères, c'est-à-dire des juifs qui sont les ancêtres, vers les chrétiens qui sont leur postérité, et les cœurs de ceux-ci vers leurs ancêtres, de telle sorte qu’ils n’aient plus qu’un même amour et qu’une même foi. » (Corn. Lapierre, Comment, sur Malachie , t. XIV, p. 617.)

Sanhédrin résista : le peuple juif ne se mêle pas 1 ! Lorsqu’ aura sonné, à l’horloge des siècles, l'heure tardive de la réconciliation, la fusion s’accomplira, non au moyen de la chair et du sang, comme le voulait Napoléon, mais dans la vision de la vérité et dans la vertu de la parole du saint prophète.

Voilà pourquoi, ô César, tu n’atteindras pas ton but. Le prophète plus extraordinaire que toi est désigné, dans la Tradition catholique, sous un nom réjouissant, en rapport avec ce but : l’agrafe d’or d’Israël et des Nations. Vers le soir des siècles, dans un crépuscule magnifique, il réconciliera les cœurs, unissant, comme un nœud d’amour, Israël et les Nations sur le sein de l’Église !

Agrafe ton manteau de batailles, ô César, enfonce tes éperons dans les flancs de ton coursier, et pars : la réconciliation des juifs avec le genre humain n’est pas ton affaire.

Une objection, cependant.

Cette réconciliation dont Dieu s’est réservé le succès, Napoléon ne pouvait-il la préparer dans la vie civile, tout comme Gharlemagne a préparé l’entrée dans la civilisation aux peuples du Nord ?

* Voir plus haut, pages 74-77.

Assurément, Napoléon en eût été le pionnier, s’il avait apporté dans son entreprise les vues de foi de Charlemagne. Mais aux obstacles déjà constatés, qui provenaient soit des israélites soit du but lui-même, le grand Empereur en a encore ajouté d’autres, suscités par son impériale personne.

Continuant les errements de la Constituante qui avait répudié le Christ des fondements de la société moderne, Napoléon se substituait, d'une façon inconsciente sans doute, à Celui qui seul, ici-bas, exerce le rôle de pierre angulaire. C’est dans ce sens qu’il faut interpréter les étonnantes paroles de flatterie que voici, prononcées en plein Sanhédrin : Cette conception philanthropique est digne de ce grand homme , qui ne peut exclusivement

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