‹ La présidence des assemblées politiquesChapitre 3 sur 60 · VIII PREFACE · texte numérisé non relu

VIII PREFACE

le mot de Gladstone : « Je ne crois pas que le président d'aucune autre assemblée délibérante, si importante qu'elle soit, puisse avoir une situation qui atteigne à la hauteur des fonctions du speaker ». Oui, c'est parce qu'il est en dehors et audessus des partis, qu'il jouit d'une autorité morale unique. Dans le régime parlementaire, cette conception de la présidence est la seule vraie, car elle est la seule compatible avec l'existence et les droits d'un Cabinet responsable.

Au contraire, aux Etats-Unis, le système représentatif, où les ministres ne font pas partie des Chambres, n'y ont point accès et dépendent du Président de la République seul, a produit des conséquences tout opposées.

Le pouvoir législatif risquait d'être paralysé par l'exécutii, s'il ne s'organisait pas fortement : Or, la concentration de l'action législative s'est opérée avec une énergie toujours croissante entre les mains du président de la Chambre des représentants, de celui qu'on appelle là-bas« le premier législatif».

Le speaker américain n'a de commun avec le speaker anglais que le nom : il ne tient pas, comme lui, la balance égale entre les partis ; il dirige, du fauteuil, le parti qui l'a élu et dont il reste le représentant. 11 continue de voter et de prendre part aux débats. Il propose des bills, des résolutions et des amendements ; (déjà, à la Convention de Philadelphie, Washington, qui la présidait, déposa plusieurs amendements au projet de Constitution). Il nomme les comités de la Chambre et leurs présidents; et, depuis que le comité des règlements, en

1889, s'est attributWin droit souverain sur Tordre des affaires, le speaker, qui y exerce une inlluence prépondérante, peut empêcher les bills auxquels il est hostile et faire aboutir ceux auxquels il est favorable. Enfin, en vertu de son pouvoir de c( reconnaissance », il donne et refuse la parole à qui bon lui semble. Il n'est pas seulement le président des députés, il est leur chef, leur maître. C/est un pouvoir despotique, souvent arbitraire, au service d'une politique personnelle. On a dit : « Heed est assis sur son fauteuil avec les pieds sur le parti républicain ».

Le président de la Chambre des représentants est le rival du Président de la République et peut le tenir en échec. Il peut faire obstacle aux réformes proposées par le gouvernement et même par la majorité de son parti. Ainsi, le speaker Gannon a rendu impossible la revision des tarifs douaniers demandée par M. Roosevelt.

Heureusement pour la Présidence de la République, le développement des questions extérieures, en étendant son champ d'action, est venu lui rendre une partie de sa prépondérance ; mais, dans la politique intérieure, le speaker a paru souvent plus puissant que le président.

M. Ripert voit dans cette institution « un mal, mais un mal nécessaire », parce qu'elle a donné au travail législatif plus d'ordre, de cohésion et de rapidité. Etait-il indispensable d'aller jusque-là? Fallait-il nécessairement, pour assurer l'indépendance du pouvoir législatif et pour accélérer la marche des affaires, pousser le triomphe de l'esprit de parti jusqu'à l'oppression? Ce qui est vrai, c'est qu'un tel phénomène politique est lié à l'ensemble du système représentatif américain et n'est possible que là ; c'est qu'il est une conséquence extrême de la séparation des pouvoirs et dans la logique pro-

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