‹ La présidence des assemblées politiquesChapitre 4 sur 60 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

fonde de la Constitution des Etats-Unis, qui veut qu'aucun pouvoir n'absorbe les autres, que chacun d'eux trouve un frein, un point de résistance, et qu'enfin l'Etat soit toujours retenu du côté où il penche. Tel était bien l'idéal des fondateurs de la République. Les pouvoirs ont changé d'aspect à mesure qu'elle allait grandissant et que des problèmes nouveaux surgissaient ; mais, à travers les exagérations et les abus, au fond les maximes vitales sont restées les mêmes et le mécanisme s'est prêté avec une élasticité imprévue à tous les accroissements de ce gigantesque empire. Le jour où l'équilibre des pouvoirs serait décidément rompu, la République serait atteinte.

Il n'y a aucune analogie entre la présidence de la Chambre des représentants aux Etats-Unis et les présidences des assemblées européennes. Il serait tout-à-fait inexact de dire que la présidence des assemblées françaises, par exemple, tient le milieu entre le speakership anglais et le speakership américain. Si cela était vrai, ce serait un intolérable abus : car une présidence politique (j'entends par là celle d'un homme qui reste homme de parti au fauteuil) est un non-sens avec un chef d'Etat constitutionnel et un ministère responsable. Le jour où l'esprit de parti pénètre la magistrature présidentielle, le régime parlementaire est vicié dans son principe.

Le pouvoir disciplinaire du président ne peut s'étendre jusqu'au banc des ministres investis d'un mandat parlementaire qu'à une condition : c'est que jamais, du fauteuil, ne parte

PHEFATK XI

une seule parole qui paraisse venir du hanc du gouvernement.

Entre le président du Corps législatif impérial, serviteur du maître, et le président serviteur d'un parti, il n'y a qu'une dillférence de degré : c'est, au fond, la même oppression.

Poser les questions suivant l'intérêt d'un parti ou du gouvernement ; incliner le règlement au gré de leurs désirs ; se faire, au fauteuil, l'auxiliaire, l'orateur même d'une fraction de la Chambre, tout cela peut à la rigueur se rencontrer dans une période de combat, alors qu'un régime en formation est encore attaqué et menacé et que la forme même du gouvernement est contestée ; mais tout cela devient inadmissible à mesure que les institutions sont plus solidement assises et que la Constitution n'est plus en cause.

En Europe, dans les pays de régime parlementaire, la présidence qui s'écarte le plus de la conception britannique est la présidence de la Chambre des députés italienne : c Le caractère essentiel de cette présidence^ c'est son extrême dépendance des luttes politiques et des questions de partis. Tandis que, dans la plupart des Parlements européens, l'élection du président ne prend qu'indirectement les allures d'une manifestation politique, en Italie elle a officiellement et nettement ce caractère. A l'ouverture de chaque session, le gouvernement et l'opposition se comptent sur le nom du candidat à la présidence qu'ils ont adopté et qu'ils soumettent à la ratification de la Chambre. L'élection du président apparaît donc comme une véritable question de Cabinet, et un échec du candidat gouvernemental est pour le ministère un échec qui entraîne généralement sa retraite. Il résulte de cette coutume une certaine instabilité des fonctions présidentielles, au moins dans les périodes d'instabilité ministérielle : or, dans ces der-

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