‹ La présidence des assemblées politiquesChapitre 32 sur 60 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

OllGANISATIO> DU SPILVKEUSHIP

L'impression dominante du visiteur étranger qui pénètre pour la première fois à la Chambre des Représentants est celle de la confusion et du défaut de cohésion. Dans une salle immense, située dans l'aile méridionale du Capitole à Washington, à peu près trois fois grande comme la salle de la Chambre des Communes anglaise, se trouvent réunis près de quatre cents députés, groupés au hasard d'un tirage au sort, sans rigoureuses distinctions de partis et sans chefs apparents. Leurs sièges ne sont pas rangés, comme à la Chambre des Communes, de chaque côté d'une allée qui sépare la majorité de la minorité. Ils sont disposés en rangs concentriques et sont tous tournés du côté du président, dont le magnifique fauteuil de marbre est placé sur une plateforme de marbre faisant saillie dans la salle (1). Ainsi le président est en quelque sorte le centre de l'assemblée et comme le trait d'union de ses mend)res. H n'y a pas en eiïct dans la salle un banc des ministres, comme dans les assemblées européennes, car les ministres ne font pas partie de l'assemblée et ne peuvent y pénétrer. Il n'y a pas davantage de place réservée aux chefs de partis, car, si aux Etatsci) V. l'iiiYCE, La République américaine, éd, fi-aiiraise, t. 1, j). 209.

0IU;A.MSATI().\ du SPEAKEnSIIII» 27)î

Unis, les partis sont lorhMiuMit orii;anisés, ils n'ont |)ns an U.ongivs (le leaders attitrés ehargés de l(»s guider rt (l(^ leur donner le mol d'ordre en toutes circonstances. Les débats du Congrès n'exigent pas d'ailleurs une organisation disciplinée des partis polili(|ues. De ses votes ne dépend pas le sort du gouvernement et, saullorsqu'il s'agit d'une mesure législative importante, à laquelle est lié le sort d'un parti, les membres du parti restent libres de voter à leur guise.

Aussi les débals du Congrès ne présentent-ils pas l'allure théâtrale qu'ont prise les débats des asseml)lées européennes et leur aspect animé. En général, ils ne sont pas intéressants et le public américain ne les suit que de très loin. Des raisons d'ordre physique et architectural contribuent d'ailleurs à ce résultat. A raison même de son immensité, la salle des séances de la Chambre des Représentants est peu propice aux discussions et aux apostrophes. Les orateurs qui, à défaut de tribune, parlent de leur place, comme en Angleterre, éprouvent de grandes difficultés, non pas seulement à se faire écouler, mais à se faire entendre. Au milieu du bruit perpétuel qui s'élève de la salle et des couloirs où les visiteurs promènent leur curiosité indifférente, l'éloquence des députés est mal a l'aise et leurs effets oratoires portent difficilement (1). 11 y a d'ailleurs fort peu d'orateurs à la Chambre

(1) M, BnxcE (Jiéjrubligue américaine, t. I, p, 210) décrit ainsi l'aspect de la Chambre au travail : « Quand vous entrez, dit-il, votre première impression est une impression de bruit et de tumulte. Les couvercles des pupitres qui s'élèvent et s'abaissent, le grincement des plumes, les battements des mains pour appeler les grooms, les piétinements des pieds, le murmure des conversations sur les bancs et dans les galeries, tout cela fait un vacarme que le président, avec les coups secs de son marteau, ou les orateurs, malgré leurs efforts pour enfler leur voix, ne peuvent que très difficilement dominer... Souvent trois ou quatre membres sont debout en même temps, chacun criant pour appeler l'attention du président ; d'autresfatigu('s de rester assis, se lèvent pour se dégourdir... 11 est difficile de concevoir des conditions moins favorables pour les orateurs... La salle actuelle est tellement grande que, seu!, un organe puissant et bien entraîné

des Représentants. La politique n'attire pas aux États-Unis l'élite de la nation et la masse des Représentants ne dépasse pas une honnête médiocrité. En outre, la Cliambre est renouvelée tous les deux ans et son personnel change souvent, car il est de tradition que les sièges de députés ne doivent pas conserver indéliniment les mêmes occupants. De la sorte, et bien que le nombre des députés soit inférieur à celui des membres de la Chambre des Communes et de !a pkipart des assemblées européennes, les membres de la Chambre des Représentants forment, plutôt qu'une assemblée disciplinée, une foule sans traditions, sans idées communes et sans chefs reconnus.

Cette foule a pourtant besoin d'une direction et elle est naturellement amenée à la demander au speaker de la

peu^ la remplir ; en outre, la multitude des pupitres et des sièges donne à l'orateur la sensation de s'adresser à un mobilier plutôt qu'à des hommes ; très peu, d'ailleurs, de membres présents écoutent les discours; ils restent, il est vrai, dans la salle au lieu de courir à chaque moment dans les couloirs, mais ils sont plus occupés à parler ou à écrire ou bien à lire les journaux qu'à suivre les débats. Il faut bien dire qu'il n'est pas facile de prêter à la discussion une attention soutenue et qu'une voix perçante eist seule susceptible d'avoir raison du murmure continu. Souvent, les journaux, en rendant compte d'un discours plus intéressant que d'ordinaire, constatent « que le discours de M. un tel ou un tel a attiré des auditeurs de toutes les parties de la Chambre ». C'est qu'il ne leur était pas possible d'entendre l'orateur de l'endroit oii ils étaient assis et qu'ils ont été obligés de quitter leur place jDOur s'entasser dans les corridors, près de lui .. Les interruptions, les cris de : « au vote! f>, les réflexions au milieu d'un discours ne sont pas plus fréquentes que dans la Chambre des Communes. Les marques d'approbation sont aussi plus rares. Un battement de mains, des bruits de pupitres qu'on ouvre et qu'on ferme, remplacent les « Ecoutez, écoutez » des Anglais ». M. Bryce conclut un peu plus loin : «Il se dégage de cette assemblée une certaine impression qui n'est pas indigne du pays qu'elle représente. Cette immense salle toute j^risc, pleine d'un vacarme perpétue], cette multitude de figures vives et ardentes, ce bruissement incessant de pieds, ce public irrévérencieux qui se tient dans les galeries... tout cela parle à l'imagination du speclateur comme d'une puissante démocratie, destinée dans un siècle à venir former une moitié du monde civilisé, et dont les intérêts se débattent dans cotte enceinte. »

OUCANISATION lUJ SIMÎAKF.KSIIIP 275

Chaiiihre vers (|iii loiis \os rogards se loiinieiit comme vers le seul homme (jiii puisse la donner. L'alliUule des députés vis-à-vis du si)eaker fait comprendre (pi'il n'est pas seulement leur président, mais leur chef et leur maître, et (|ue de lui dépend, en réalité, le sort de leurs motions et de leurs propositions. Et de fait, le speaker, dont le pouvoir, à la Chambre et en dehors de la Chambre, est l'ait en grande partie de l'absence d'autres pouvoirs, est bien la seule autorité (|ui puisse donner une impulsion à un Congrès, introduire de l'ordre dans ses séances et de l'unité dans son œuvre lédslative. Mais, pour accomplir cette mission, le speaker a besoin de s'appuyer sur un parti dont il cherche à réaliser le programme et dont il prend les principaux membres comme lieutenants. Ainsi le rôle même qu'il doit remplir l'oblige à se montrer homme de parti dans l'exercice de ses fonctions. il ne faut pas s'étonner dès lors que les considérations de partis soient prédominantes dans le choix du speaker et dans toutes les règles qui concourent à l'organisation de la présidence.

La plupart de ces règles ont été empruntées pourtant au Parlement anglais et extérieurement l'organisation du speakership de la Chambre des Représentants ressemble à celle du speakership de la Chambre des Communes. Mais de bonne heure, sousl'action des causesque nousavons rappelées, l'esprit de l'institution a été complètement diiïérent. Tandis qu'à la Chambre des Ojmmunes le choix du speaker dépend avant tout de ses qualités personnelles et de son expérience parlementaire, il dépend à la Chambre des Représentants des

considérations politiques et des influences de partis. Sans doute, on tient compte aussi des connaissances parlementaires et des aptitudes présidentielles des candidats. Cela même est une nécessité, car, dans beaucoup de Congrès, la plupart des membres sont ignorants des règlements et, pour (jue le Congrès puisse travailler utilement, le speaker doit les connaître pour eux. Mais, entre deux candidats de valeur inégale et de partis différents, la majorité de l'assemblée n'hésitera pas et choisira toujours le candidat de son parti encore qu'il soit inférieur au candidat de l'autre parti. On peut môme dire que plus grande sera la valeur du candidat de la minorité, plus fort sera l'intérêt de la majorité à lui opposer un concurrent. 11 ne saurait être question ici de courtoisie et d'hommage rendu aux qualités de chacun. Le speaker, à raison de ses immenses prérogatives, peut l'aire beaucoup pour son parti et contre l'autre parti. 11 peut faire d'autant plus qu'il est plus capable. Une majorité a donc toujours intérêt à écarter du speakership un adversaire de valeur alors même qu'elle n'aurait qu'un candidat médiocre à lui opposer. Si le travail qui est fait pour elle est ainsi de qualité inférieure, elle empêche tout au moins qu'il n'en soit fait contre elle.

Chaque Congrès choisit donc invariablement son speaker dans les rangs de la majorité, et, dès que les élections législatives sont terminées et que l'on sait de quel côté se trouve la majorité, on sait par là même dans quel parti sera pris le speaker. La question la plus importante, à moins que le Congrès ne soit très divisé, n'est donc pas celle de l'élection du speaker par le Congrès, c'est celle de la désignation du candidat speaker par le parti qui a la majorité. Cette désignation se fait dans ces réunions de partis (jue les Américains appellent « caucus « et (jui ont poui* but d'adopter une ligne de conduite sur telle ou telle question. Avant même la réunion d'une nouvelle Chambre, chacjue parti entre en a caucus », les litres des divers candidats y sont discutés et

ORC.AMSATION IM' SIT. AKKIISIIII' *2 / /

le caiulidal (|ui a obleiui la majorité dans l(* caucus est désormais considéré comme le seul candidat du parti. Tous les membres du parti sont moralement obligés de voter pour lui alors même qu'ils auraient voté en caucus pour un autre candidat.

Les considérations sous l'iidlucnce desquelles se fait en caucus le choix du candidat speaker sont d'ailleurs nombreuses et diverses. On tient compte tout d'abord des (jualilés personnelles des caiulidats et de leur expérience parlementaire. Ce n'est que tout exceptionnellement que le choix du parti et ensuite de la Chambre s'est porté sur des hommes qui faisaient partie pour la première fois du Congrès (1> Le plus souvent on choisira des hommes qui ont une grande connaissance de la vie parlementaire et qui s'y sont rompus à la présidence des grandes commissions. Les services rendus à la présidence des législatures d'Etats seront également pris en considération. Beaucoup de speakers élus parla Chambre des Représentants avaient été déjà des speakers distingués dans leur Etal '2 . Enfin le caractère des candidats sera un des éléments importants du choix du parti. Vn speaker actif et énergi(|ue est encore plus nécessaire à la majorité du Congrès qu'un speaker au courant de ses règlements o . C'est donc sur un homme au tempérament résolu (jue se portera avant tout le choix de la majorité. Si cet homme se trouve en même temps posséder les qualités intellectuelles qui donnent le prestige et l'empire sur les autres hommes, il se trouvera réaliser de bien près l'idéal de la fonction. Il est d'ailleurs de bonne politique de désigner un candidat qui jouisse d'un prestige peisonnel et qui puisse relever encore

(1) Notarumenl en ISil, pour Clay, et eu 18(30, pour Pennington.

(2) V. pour les exemples, Follett, op. cit., p. 33-34.

(3) Colfax, qui fut uq speaker distingué, était, paraît-il, ignorant des règlcïi parlementaires et il dut à ses qualités personnelles sa popularité et ses réélections.

la fonction par ses qualités (1). Enfin, si un parti ne possède pas une grosse majorité au Congrès, il sera même habile pour lui de choisir un candidat qui ne soit pas antipathique à la minorité; de la sorte, le speaker élu ne rencontrera pas une trop forte opposition dans l'accomplissement de sa tache.

Les prérogatives du président sont si importantes et son influence si considérable que d'autres considérations, d'ordre divers, doivent entrer en compte pour sa désignation. A raison du rôle du speaker dans le recrutement des comités du Congrès, d'où dépendra le mouvement législatif, on est obligé de tenir compte des opinions personnelles des candidats sur les principales questions qui devront être discutées dans le Congrès ; on doit tenir compte aussi de leurs relations et de leurs amitiés politiques qui auront une inlluence sur la désignation par le futur speaker des membres des comités. D'un autre côté, il faut faire entrer en considération les questions d' « Etats » et ménager les intérêts et les susceptibilités des différents Etats qui ont des prétentions au speakership (2). Enfin, il faut souvent tenir compte des intérêts privés. Des comités du Congrès relèvent en effet un grand nombre d'affaires qui concernent des particuliers, des villes ou des cor-porations ; tous ces intéressés peuvent faire sentir leur influence sur la désignation du futur speaker chef des comités. Tout cela montre de quelles préoccupations est entouré pour un parti le choix de son candidat speaker, et quelle attention il doit y apporter. Le public qui commence à se

(1) Dans ces dernières années, la situation particulièrement éminente qui a été celle du speaker a clé due en grande partie à l'influence personnelle de Rééd.

(2) Kn 1881, la JSatioii. disait qu'on ne pouvait sonf;ci' à un speaker de New- York, parce que cet Etat avait d6j<à la présidence de la République et deux membres du Cabinet (Nation, XXXIII, A2><-2\)). \ii\ 1881, les républicains (le rOues', (iemandaieril, que le speaker fùl, |)r'isdans rouesl, (^onimo compensalion de la perte du pi-ésîdont Garfield qui venait d'être assassiné.

ORGANISATION DU SPEAKERSIIIP 279

douter dos pouvoirs oxlraordinaires du speaker et de riinportance de sa noiniualioii suit avec une allenliou croissante les diverses phases de cette nomination, l.a désignation par le parti réuni en caucus en est la première et la plus importante ; mais la dernière est l'élection par le Congrès, et cette élection peut à son tour prendre de l'intérêt et passionner l'opinion quand se trouvent en présence les candidats de deux partis de force numérique a pou près égale.

L'élection d'un speaker a toujours lieu dans la première séance d'un nouveau Congrès, c'est-à-dire au mois de décembre qui suit l'année pendant laquelle les membres du Congrès ont été nommés (1;. Cette élection est considérée comme devant passer avant toutes les résolutions dont la Chambre pourrait être saisie. En 1876, notamment, le « clerk » déclara que la question de la nomination du speaker était privilégiée et que. tant qu'elle n'aurait pas été résolue, aucune autre (jueslion ne pourrait otre posée à la Chambre '2 . De la sorte, les députés dont l'élection est contestée peuvent prendre part à l'élection du speaker. 11 est même arrivé à plusieurs reprises que la Chambre a choisi parmi eux son speaker 3).

L'élection a lieu d'ailleurs suivant un cérémonial assez analogue au cérémonial de l'élection du speaker anglais. Lors

(1) Une Chambre nouvellement élue reste ainsi un an sans organisation et sans président. Elle peut, il est vrai, être convoquée en session extraordinaire, à partir du mois de mars, par le président de la République.

(2) V. FoLLETT, op. cit., p 42.

(3) Cela s'est produit notamment pour Carliste, en 1883.

(le la première réunion d'un Congrès, le ^ elerk » ou greffier de la Chambre maintient l'ordre et dirige les débats qui accompagnent l'élection. Chaque parti fait connaître par l'intermédiaire d'un de ses membres les candidats qu'il a choisis en caucus et l'élection a lieu généralement sans discussion ; tout a été dit en caucus sur les mérites des candidats. Quant à la manière de voter, elle a varié suivant les époques. Jusqu'en 1841, on avait voté par « ballolt », c'est-à-dire au scrutin secret. En 1811, on représenta que l'élection du speaker étant un acte essentiellement politique devait se faire par un vote public qui empêcherait les trahisons ou les défections individuelles; et de 18il à 1880, on vota en eiïet « viva voce ^>, à haute voix et publiquement (1). A partir de 1880, on ne trouve plus rien à cet égard dans les règlements de la Chambre. Chaque Congrès est libre, par conséquent, de déterminer la manière dont son président sera élu. Cette élection peut avoir lieu, soit par acclamations, si la majorité est considérable, soit par les procédés de vote usités aux Etats-Unis, c'est-à-dire une division matérielle de l'assemblée analogue au vote par division anglais ou un vote par appel nominal qui est en réalité un vote public. 11 n'y a d'ailleurs élection que quand un candidat a réuni la majorité absolue des votants et, lorsque le Congrès est très divisé, on peut être obligé de procéder ainsi à des votes répétés. Dans la première partie du xix° siècle surtout, oii les majorités étaient moins fortes qu'elles ne le sont maintenant, des luttes acharnées et prolongées se sont engagées autour du siège de speaker (2). Depuis la guerre de sécession, l'élection du speaker n'a plus été sérieusement contestée. Toutes les élections se sont faites sur la question de parti et les partis ont toujours eu une

(1) Congr. Globe, 27*" Congrès, l""" session, p. 2.

(2) V. sur ces luttes et les pi'inci pales élections contestées ainsi que sur les questions qu'elles ont fait naître, Follett, op. cil , p. 51 et s.

(MU;\MSVTl(>.\ DU SPKAKEHSim*

niajorilé sullisanle pour faire passer sans diliicultés leur caiulidat.

Dès (jue le vote est acquis, le clcrk proclame le résultat et annonce que le speaker est élu. Le nouveau président est conduit aussitôt à son siège par le membre de son parti qu'il a vaincu en caucus et par le candidat de la minorité, souvenir évident des règles de courtoisie anglaises. Le speaker adresse alors ses remerciements à l'assemblée dans un discours dont l'usage, établi par le premier speaker de la Chambre des Représentants, Muhlenberg '1), a été constamment maintenu. Toutefois, le caractère de ces discours a varié suivant lesépo([ues. A l'origine, ils contenaient, comme au Parlement anglais, des formules de remerciements et d'excuses et des déclarations d'impartialité. Depuis le milieu du xix" siècle, il y est l'ait moins d'allusions à l'impartialité du président et beaucoup plus aux questions et aux affaires soumises au Congrès. A mesure que les speakers ont pris conscience de leur force et se sont considérés eux-mêmes comme chefs politiques, ils n'ont pas hésité à déclarer, au début de chaque Congrès, la ligne de conduite qu'ils entendaient suivre 2 .

Son discours terminé, le speaker prête serment à la Constitution et fait prêter serment aux autres membres de la Chambre. La masse, svmbole de son autorité, est placée devant lui sur la table, comme au Parlement anglais. La Chambre est constituée et elle peut commencer ses travaux sans autres formalités : 3 .

(1) Armais of Congress., l^'i" Cougr., l'^e sess., 96.

(2) Golîax, au début du 39^ Congrès, a indiqué de la sorte la ligne de conduite à suivre relativement ;i la « reconstruction ». Randall a dénoncé à la Chambre certains actes inconstitutionnels faits par des fonctionnaires exécutifs. Carliste, en 1883, a parlé en leader de son parti {Congr Record., 48e Congr., i^^ sess., 5.)

(3) Dans les parlements coloniaux du xviiie siècle, l'élection du speaker était soumise à l'approbation du pouvoir exécutif, représenté par le gou-

Le speaker jouit d'une situation matérielle et morale très élevée. 11 ne possède pas le prestige- que donne au speaker anglais son caractère éminemment impartial ; mais il a l'autorité que donne la puissance eîléctiveet il est entouré du respect que doivent tous les citoyens et tous les fonctionnaires de l'Union à celui qui représente le pouvoir législatif. Matériellement le speaker touche un traitement qui, après avoir subi des augmentations successives (1), est aujourd'hui de 12.000 dollars (00.000 francs), ce qui, aux Etats-Unis, où les salaires des fonctionnaires sont peu élevés, réprésente un traitement important. Au point de vue des préséances, il passe après le vice-président de l'Union et sur le même rang que les juges de la Cour suprême (2). 11 est donc olficiellement le troisième magistrat des Etats-Unis et, en fait, il en est le second, rival en inlluence et en autorité du président de la République (3).

verneur. Cette formalité n'aurait pas eu de sens dans une constitution républicaine basée sur l'idée de la séparation des pouvoirs comme la constitution des Etats-Unis.

(1) La dernière, toute récente, est l'œuvre du 59^ Congrès, qui a porté de 5 000 à 7.500 dollars les appointements des députés et des sénateurs, et de 8.000 à 12.000 dollars ceux du speaker.

(2) « La société de Washington, dit M. Bryce {op. cit , l, p. 208) a été troul)lée récemment par une réclamation delà femme d'un speaker tendant à obtenir le pas sur les femmes de ces juges (de la (Jour suprême). Cette prétention parut si étrange dans un pays démocrati(iue qu'on chercha à arranger l'affaire sans prendre de décision formelle. »

;3) Jus([u'eii 188(3, le speaker était même désigné pour occuper la présidence de la République en cas de disparition du président et du vice-président. L'acte qui règle aujourd'hui la suppléance du président de la République ne parle plus du speaker.

OIU.AMSATION I>U SPFîAKKHSIIIP 203

Le speaker de la (lliamhn* des Ueprésenlants doit sa situalion exeepliomielle à une auln*, considération, c'est qu'encore davanlai^e (pie le s()eaker de la Clianihre des (loniniunes, il est le seul président de rasscnd)léc. La (lonsliUilion et le règlement de la Chamhre ne prévoient pas, en eflet, de viceprésidence dont les titulaires auraient pour fonction de suppléer le speaker. Le règlement de la (Ihambre permet hien au speaker de se l'aire remplacer, mais il lui accorde en même temps le droit de désigner lui-même son suppléant, lorscpie son absence ne doit pas durer plus d'un jour ou plus de dix en cas de maladie 1 . Lorsque le speaker n"a pas fait de noluination ou que son absence se prolonge pendant plus de div jours, la Chambre élit un président /vro lempore qui remplit tous les devoirs parlementaires de la fonction. Cette pratique est assez fréquente, car, à la différence du speaker de la Chambre des Communes, le speaker américain, qui joue un rôle politique actif, est appelé à s'absenter souvent. Mais il n'y a pas dans ces présidents occasionnels et temporaires l'équivalent de vice-présidents, désignés à l'avance, toujours prêts à remplacer le président et conservant leurs fonctions à titre permanent. L'unité qui est le fondement et la raison d'être de la présidence de la Chambre des Représentants a précisément empêché de créer des suppléants au speaker (jui, ayant les mêmes droits ({uelui, auraient pu les exercer dans un esprit différent.

Ce qui fait la force d'un speaker fait aussi sa faiblesse. Tandis que le speaker anglais reste à son poste en dépit de tous les changements qui se produisent dans la composition de l'assemblée, le speaker de la Chambre des Réprésentants, qui a partie liée avec la majorité de l'assemblée, subit les contre-coups de tous les changements de majorités. Lorsque le parti (jui l'a élu a perdu la majorité à la Chambre, le speaker

(1) Toulefois, le choix du speaker doit être approuvé par la Chambre. V. MoREAu et Delpecu, o^î ciL, II, p. 137.

284 LIVRE 11. DKrXlÈ.ME PARTIE. CHAPITRE 11

se voit dépouiller de son office au profit d'un représentant d'un autre parti. 11 n'y a, dans le vote qui le renverse, rien d'offensant pour lui, mais simplement l'application normale et régulière des règles parlementaires américaines. On peut même dire que la chute d'un speaker dont le parti a perdu la majorité est d'autant plus sure qu'ayant occupé sa fonction avec plus d'éclat et d'autorité il a rendu plus de services à son parti. En 1889, Carlisle, éminent représentant du parti démocrate, a été battu par Reed à seize voix de différence. En 1891 , Reed, qui avait rendu de grands services au parti républicain, a été à son tour battu par Crisp et n'est remonté au fauteuil présidentiel qu'en 1895, lorsque les républicains eurent reconquis la majorité qu'ils ont conservée depuis lors. La liste des speakers de la Chambre des Réprésentants donne ainsi une idée très approximative des mouvements de partis et des changements de majorités qui se sont produits au XI x*" siècle (1).

Tant que la majorité au Congrès reste la même, le speaker qui est nommé pour la durée d'un Congrès, c'est-à-dire pour deux ans, est généralement réélu. Certains speakers ont été ainsi élus trois à ({uatre fois et un des plus célèbres, Henry Clay, a été élu six fois, en deux speakerships il est vrai. De la sorte, les speakers qui se sontac([uittés avec talent de leurs fonctions les occupent longtemps et peuvent acquérir l'autorité et la connaissance des règlements qui facilitent leur tâche. Depuis 18()0,Coirax, Rlainc, Randall et Carlisle sont restés chacun six ans au speakcrsliip. Reed a présidé également le Congrès pendant six ans, mais avec une interruption de quatre ans au profit de Crisp élu des démocrates. Il peut se faire pourtant (pi'un speaker qui s'est montré audessous de ses fonctions ou qui simplement n'a pas suffisamment contenté son parti ne soit pas réélu 2)'. Cela s'est déjà produit à dif-

(1; V. celU; liste dans Kom-ktt, op. cit., p. 335.

(2) D'après les auteurs aiuéricaius (v. nolarniuent (Iushiag, Lau- and prac-

(>R(;.\MS\TION I>r SPKAKI.nSHIP 2Hr)

fércntes ro])risos, en \\\X). iiolamincnl ou WvW fut r{Mii[)la('('' par Polk cl en \{]\\ ou HuiihM- l'ut i-(Mn|)lacô|)ar Wliilo. Depuis la guerre do sécessiorKil n'\ ;i plus eu d'exemples de sjjeakers ainsi renversés par leur pro[)re })arli. Les speakers onl pris d'ailleurs, dansées dernières années, le earaetère de eiiefs de partis et leur valeur a été bien supérieure à celle des speakers de la première moitié du xix*' siècle.

Lorsque le speaker sort de charge à la fin d'un Congrès, il est d'usagç à la Chambre des Représentants, comme à la Chambre des Communes, de lui voter des remerciements qui sont une formalité de courtoisie et un hommage rendu à ses qualités (1). Pourtant il est rare que l'assemblée soit unanime, suivant la tradition anglaise, dans ces motions de remerciements. Précisément parce que le speaker doit, à son poste, servir son parti, il est amené à se rendre désagréable au parti adverse. Aussi arrive-t-il assez souvent que la minorité fasse ses réserves à la fin du Congrès et refuse de s'associer au vote de la majorité. Quand Polk quitta le speakership en 1830, le vote de remerciements qui lui fut adressé réunit î)4 oui contre 57 non, opposition qui fut considérée comme élevée (2). De même, à la fin du premier speakership de Reed, en 1891, le parti démocrate refusa en masse

tice of Législative Assem biles, 1S99, p. 117), le speaker, responsable devant son parti, pourrait même être renversé au cours de son mandat par un vote de méfiance. Mais, outre que ce principe paraît contestable, il n'en a jamais été fait d'applications.

(1) V, CusuiKG, op cit., p. 126.

(2, V. FoLr.ETT, op. cit., p. 87-

de s'associer à la motion de remerciements présentée par M. iViac-Kinley qui ne fui votée que par 456 oui contre 118 non et 55 abstentions (1). Reed reconnut d'ailleurs luimôme qu'il avait agi en homme de parti.

Quand la motion de remerciements dans laquelle ne figure souvent pas le mot « impartial » a été adoptée, le speaker exprime à la Chambre sa gratitude pour l'hommage qu'elle vient de lui faire. U prie les députés d'excuser les incidents qui ont pu se produire, défend sa conduite en invoquant ses doubles devoirs envers la Chambre et envers son parti et adresse ses adieux à l'assemblée. Quand le résultat des élections pour le futur Congrès qui, à cette époque, est déjà connu (2), a été favorable à son parti, le speaker ne fait ainsi qu'une fausse sortie, car il est sur, à moins de raisons exceptionnelles, de remonter à son poste. Mais quand, au contraire, la majorité a changé, les adieux du speaker sont définitifs, et il ne peut espérer reconquérir son siège qu'à la faveur d'un nouveau changement de majorité.

Le sort des anciens speakers est ainsi tout différent de celui des speakers de la Chambre des Communes qui sortent de charge pour prendre une retraite que la générosité de l'assemblée leur a faite dorée. Les speakers américains, après comme avant leur speakership, restentdes hommes politiques qui continuent à lutter pour leur parti et qui peuvent être appelés à d'autres fonctions politiques ou à des charges importantes de l'Etat. Parmi les speakers du xix^ siècle, onze sont devenus sénateurs, cinq ministres, quatre gouverneurs

(i) Gongr. Record., 51^ Congr., 2^ sess., 3,817.

(2) Les élections législatives ont toujours lieu dans les derniers mois de l'année, les années paires. La Chambre issue de ces élections se réunit seu lement au mois de décembre de l'année suivante et tient doux sessions, l'une, la session longue qui dure de décembre à juillet ou août, l'autre, la session courte, qui dure de décembre au 4 mars de l'année suivante. A cette époque, on connaît depuis quelques mois le résultat des élections pour le nouveau Congrès.

OUr.AMSATION DU SPIvVKERSIl 1 1»

(IKtats, quatre o?U été employés à des missions à l'étranger, plusieurs, dont Clay,onl été candidats malheureux à la présidence ; un seul, Polk, est devenu président de la Uépuhli- (jue (1).

On pourrait s'étonner qu'une charge aussi importante n'ait pas conduit [)lus IVécpiemmentàla |)rési(iencedcla Képul)li(|ue et que celui ({ui est considéré comme le second personnage de l'Union n'en soit pas devenu plus souvent le premier. En y réfléchissant, il n'y a pourtant là rien ([ue de conforme à la nature des choses. Le speaker, à raison même de sa situation et des prérogatives qu'elle lui confère, est obligé de prendre une attitude nettement accusée qui lui attire souvent les inimitiés du parti adverse et quelquefois même de certains membres de son parti. Il devient ainsi un mauvais candidat à la présidence de la République et se voit préférer, dans les réunions du parti, un homme politique auquel son caractère et son rôle plus eiïacés permettent de rallier un plus grand nombre de suffrages. M. Bryce, dans un des chapitres de sa République américaine, explique pourquoi les grands hommes ne sont pas, en général, choisis présidents (2). C'est pour les mêmes raisons que les speakers de la Chambre des Représentants, bien que beaucoup d'entre eux aient été, sinon de grands hommes, au moins des hommes distingués, n'ont pas jusqu'à présent passé de la présidence de la Chambre à la présidence de l'Union.

(1; V. FoLLETT, op. cit., p. 271, (2) V. Bryce, op. cit., t. I, p. 120.

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