XII PREFACE
nières années, l'Italie a compté de nombreuses crises ministérielles ». Et M. Ripert ajoute : c( Les présidents de la Chambre italienne, une fois installés au fauteuil, ont pour devoir, comme les autres présidents des assemblées européennes, l'impartialité dans la direction des débats ; mais leur origine politique tend, cela est incontestable^ à diminuer leur autorité morale et l'instabilité de leur fonction lui enlève de sa force. »
Ainsi, en Italie, la présidence de la Chambre est liée au gouvernement; le sort du ministère dépend du fauteuil; le pouvoir est l'enjeu de la lutte présidentielle. C'est découvrir le président, en quelque sorte, avant la lettre, et mettre à l'origine la passion de parti là où doit régner l'impartialité.
En France, à travers toutes nos révolutions et nos fréquents changements de régime, nous avons eu des types de présidents plutôt qu'un type de présidence ; nous avons eu, malheureusement pour nous, plus d'un président de parti, voire même de combat, ce qui montre bien que, pour le fonctionnement des institutions parlementaires, nous sommes en retard de plusieurs siècles sur les Anglais.
Je ne parle pas des présidents de la Révolution, qui étaient élus pour quinze jours ou pour un mois ; je ne parle pas non plus des présidents non électifs, nommés par le pouvoir exécutif, sous le premier Empire, la Restauration, le second Empire. Mais, sous la monarchie de juillet, les fonctions étaient encore si mal définies, qu'au début, Gasimir-Périer et Laffitte furent à la fois présidents de la Chambre et ministres.
Dupin, qui présida la Chambre pendant sept ans, de 1832 à 1839, se [)ir|uait d'im[)artialité ; il se vantait d'être l'homme
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de l'assemblée tout entière ; il proclamait très haut que « la présidence de la Chambre était la première dignité de l'Etat et (ju'on ne pouvait que déchoir quand on y était parvenu. » Mais, en réalité, il ne cessa de mettre rinlïuence ([ue lui donnait sa charge au service de ses idées ; il continua de voter et intervint dans les débats, au point d'amener en 1837 la chute du ministère Mole.
A l'Assemblée législative, ce fut pis encore : il mena, du fauteuil, un combat quotidien contre la Montagne, et il le mena de telle sorte et avec de telles provocations, qu'une partie de la gauche, par défiance contre lui, s'unit aux amis de l'Elysée pour repousser la proposition des questeurs, qui eût donné à l'Assemblée le moyen de se défendre contre les entreprises du pouvoir exécutif ; de sorte que Dupin contribua à faciliter le coup d'Etat, auquel, du reste, il devait ensuite se rallier. De même que la faiblesse de Sauzet avait contribué à la chute de la monarchie de juillet, de même i'humeur combative de Dupin contribua à la chute de la deuxième République.
Les débuts de la troisième furent marqués, au contraire, par une circonstance heureuse. Sur les conseils de Thiers, Jules Grévy fut élu président de l'Asssemblée nationale par les monarchistes en même temps que par les républicains. Grévy avait les vertus maîtresses du président : Tesprit clair, le sang-froid et l'équité. Jugement sur et fin, décision rapide, dignité, calme bon sens, habitudes d'esprit juridique, longue expérience de la vie et des mouvements des assemblées,