V. note précédente
tié du xv° siècle. La misère de ces cartes générales, dans la région qui nous intéresse, est extrême ! : elles ignorent non seulement Rewich, mais encore les belles cartes catalanes du siècle précédent, et régressent, en ce qui concerne la mer Rouge, jusqu'aux formes inexactes et grossières du x° au x siècle. qui ignorent l'existence du golfe d'Akaba. C'est une chose vraiment extraordinaire, qu'il faille maintenant que nous attendions jusqu'après le milieu du xvu® siècle pour voir les géographes découvrir à nouveau la bifurcation terminale de la mer Rouge.
En 148%, Jean Aerts visite le Sinai ?, et en 1485, Joos van Ghistele, dont la relation fut rédigée par son chapelain Ambrosius Zeebout * ; les pèlerins passèrent à Tôr, où ils rencontrèrent le Vénitien Bonajutus de Albanis, en partance pour Ormouz. Deux ans après, eu 1487, ce sont deux explorateurs portugais, Pedro de Covilham et Alphonse de Païva. qu'onrencontre à Tôr, venus d'Égypte et s’embarquant pour Aden, Malabar et les au delà ; leur voyage est le premier acte de la reconnaissance des Indes par les Portugais avant la découverte de la route du Cap. Tous deux devaient périr en route, mais leurs rapports arrivèrent en Europe *.
On note, à la mème époque, une relation anonyme * de 1486, après quoi l'on arrive à celle d’Arnold von Harîff, dont le long voyage de pèlerinage eut lieu entre 1496 et 1499, et qui a des
4. Un grand nombre de ces planisphères, de 1478 à 1508, dans Nordenskiüld, Facsimile Atlas (1889), pl. I, XXVIII, XXIX, XXXIL, etc., etc.
2, Haecht von Gôrdtsenhoven, Cort verhael eender heerlijcker Reysen, gedaen by den machtighen Facloor des Conines van Portugael Emanuelis die XIVste..., Anvers, 1595, 1619 ; réédité dans Verscheyde Voyagien ofte Reisen, Dordrecht, 1652, p. 90- 264, et en dernier lieu Emmanuel Neefs, Un voyage au XVe siècle en Terre Sainte, Egypte etc., dans Rev. Catholique de Louvain, IX (1873), pp. 268.91, 321-36, 425-51, 553-81 (ce qui concerne le Sinai est dans cette dernière tranche).
3. Tvoyage van Mhr loos van Ghistele oft anders texcellent groot zeldsaem ende vremd voyage, ghedaen by — ... Gand, 4557, 1563, 1572. Consulter Revue générale de Bruxelles, XXXVIT (1883), p. 723-764, XXXVIIT, pp. 46-71, 193-210.
4. Voir à ce sujet W. Heyd, Geschichte des Levantehandels in Mittelalter, trad, F. Reynaud, IT, p. 509.
5. Voyage à la Terre Sainte, au mont Sinai el au couvent de Sainle- Catherine, ms. n° 157 dela bibl. de Rennes ; v. Maillet, Description, notices et extraits des mss. de La bibl. de Rennes, 1837, p. 172-174, et E. Morin, Notice sur un ms. de la bibl. de Rennes, dans Rev. des soc. savantes des départements, II série, V (1860), p. 235-246
notes intéressantes sur le trafic du port de Tôr!. Le Viazo de Joanne Cola, publié pour la première fois en 1500, n'est pas la relation d'un voyage déterminé, mais un guide du pèlerinage, basé principalement sur Breydenbach et les relations apparentées ?. Au cours de ses longs voyages en Orient entre 1501 et 1507, Lodovico Varthema (Louis de Barthema) * traverse la péninsule sinaïtique, dont les routes nous sont décrites de façon plus intéressante, en 1507, par Martin de Baumgarten et son compagnon Georges, prieur de Gaming “, qui furent inquiétés par les Bédouins de Feîran, « un certain jardin », et durent leur abandonner quelque monnaie. Baumgarten est de ceux qui voient le Sinai dans le G. Katherin. En 1512, on trouve une curieuse relation anonyme, rédigée par un moine de Jerusalem dans le but de raconter un miracle advenu au mont Sinai, à la suite de la conversion d’une jeune fille musulmane de Jerusalem *.
En 1532 a lieu le voyage de Denis Possot 5, en 1533 celui de
4. E. v. Groote, Die Pilgerfahrt des A. v. Harff von Côln durch Italien, Syrien, Aegypten, Arabien..., Cologne, 1860. ÿ
2. Iloanne Cola, Viazo da Venesià al sancto Jherusalem et al monte Sinai, sepolcro de sancta Chaterina..., très nombreuses éditions depuis celle de Bologne, 1500, jusqu’à celle de Turin, 1769.
3. Îlinerario de Ludovico de Verthema Bolognese nello Egypto, nella Surria, nella Arabia deserta et felice..., très nombreuses publications depuis celle de Rome, 1510; noter les diverses éditions de Ramusio, Navigationi e viagqi, Venise, 1550, 1554, 1563, 1606 et 1613 ; dans l’éd. de cette dernière année, v. t. I, p. 147-174. Modernes : Em. Masi, Viaggio di Varlhema in Oriente, Bologne, 1884; Alberto Bacchi della Lega, linerario di Ludovico Varthema etc., Bologne, 1885. On peut se borner à consulter Ch. Schefer, Les voyages de Ludovico di Varthema ou le viateur en la plus grande partie d'Orient, traduits de l'italien en français par J. Balarin de Raconis, dans Rec. de voyages et de doc. pour servir à l'histoire de la géographie depuis le XII jusqu'à la fin du XV siècle, IX (1888).
*. Martinia Baumgarten peregrinalio in Ægyptum, Arabiam, Palestinam el Syriam, éd. Donauer, Nuremberg, 1594, el Georgii Gemnicensis Ephemeris peregrinalionis transmarinæ, dans Pezii Thesaur. anecd., t. II, 3° partie, p. #55 suiv. Cf., sur ces deux relations et leurs rapports, W. Heyd dans Petzholdt, Bibliogr. Anzeiger, 1873, p. 4-9.
5. Ein gross wunderzaichen auff dem perg Sinay bey sant Katherinen grab geschehen jm aylfften jare. Dise newe zeyttung hat ein frümer parfüsser prüder von der obseruantz von Jherusalem ete., 1512.
6. Denis Possot, Très ample ct abondante description du voyage de la Terre Sainte etc., Paris, privilège daté de 1536 ; Ch. Schefer, Le Voyage de la Terre Saincte composé par Maitre Denis Possot et achevé par Messire Charles Philippe, dans Rec. de Voyages et de doc. ete., XI (4890).
Bonaventure Brochart !. En 1541 nous abordons la péninsule d’un tout autre côté que ne font les pèlerins occidentaux, avec l'amiral portugais Juan de Castro, vice-roi des Indes, qui, venu de Goa, opère la reconnaissance de la mer Rouge jusqu'à Suez même ?, Il donne une description remarquable du port, de la ville et de l'oasis de Tôr, de sa population chrétienne groupée autour d’un couvent #, et des montagnes en arrière, dans l’intérieur desquelles il sait que se trouve, à trois Journées de distance, le couvent de « Sainte-Catherine du mont Sinai “ ». Sur le sommet de ces montagnes, dit-il ailleurs plus généralement, « vivent des Chrétiens ‘qui mènent la vie monastique suivant le mode grec 5 ». 11 décrit également Suez et sa rade, où stationne la flotte turque 6, et donne des plans intéressants de Suez et de Tôr 7; la seule faute grave qu'il commet au point de vue géographique consiste à ignorer le golfe d’Akaba — nous l’avons signalée plus haut à identifier Tôr avec Elana et à croire, par suite, que le golfe de Suez est le golfe Elanitique des
(chap. 11, paragraphe I)
Anciens.
Paul Belon du Mans, en 1546, nous ramène sur la route ordinaure d'Égypte au Sinai par Feiran, dont le voyageur, après les
1. Bonaventura Brochart, l{inéraire des Lieux Saints de la Palestine et du Mont Sinaien Arabie, Paris, 1533, suivi de plusieurs autres éditions françaises et latines.
2, Don Ioam de Castro, Roleiro em que se contem a viagem que fizeram os Portuguezes no anno de 1541, partindo da nobre cidade de Goa atee Soez, que he no fim, e slemidade do mar Roxo. Une version latine, qui diffère assez sensiblement de la version portugaise, a pour titre [{inerarium maris Rubri, seu Sinus Arabici, auctore D. Ioanne de Castro, et latin et portugais sont réunis dans l'édition de A. Nunes de Carvalho, Paris, 1833, où ce qui concerne la péninsule et le golfe de Suez se trouvera pp. 196-223 (portugais), 316 suiv. (latin). Plusieurs cartes assez remarquables (v. n. ci-dessous).