LA ZONE DE FAILLE DU SUD-OUEST ET LE DISTRICT DE MAGHARAH
Rétrogradons maintenant dans le O. Baba jusqu'à son confluent avec le O. Shellal et remontons cette dernière vallée, creusée, vers le sud-est, sur la ligne de contact des calcaires et des roches anciennes constituée par la grande faille qui effleure, plus au nord, la plaine de Markha. Souvent parcourue, entre les O. Baba et Sidreh, cette ligne géologique devenue ligne géographique et suivie par un des chemins les plus fréquentés de la péninsule à été décrite à maintes reprises, notamment par Walther!, Morgan?, Fourtau # et Raboissoné. Un coup d'œil sur la ne montre que deux vallées, creusées d'une manière générale le long de la faille, le O. Shellal et le O. Bouderah, descendent SH deux directions opposées vers le O0. Baba et le 0. Sidreh et s'adossent, au milieu, au col ou nagh Bouderah. A
Walther, Korallenriffe (1888), P- 10-12 et fig. Morgan, Rechoe hes sur Da Ori igines de LÉ ec I (1898), p. 218. Fourtau, loe. cit., pp. 14-15, 29-30.
Raboisson, Rp on PRES de la péninsule sinaïtique, dans Bull. de l'Institut Egyptien, 1900, p. 61,
l’ouest de la faille, la montagne entière est calcaire. A l’est, au bas du O. Shellal, on à d'abord des granites surmontés de grès, mais bientôt rien que du grès, dès que l'ascension du thalweg a rattrapé le plan de séparation des deux roches. Le col se place dans le grès!, et comme on a eu déjà l'occasion de le dire, au niveau du plan de séparation du grès dévonien et du grès crétacé, c'est-à-dire des couches minces de calcaire carbonifère et de grès à minerais métalliques. En redescendant dans le O. Bouderah, on retrouve le granite à la base du grès et l’on circule dans un faisceau de failles encore mal relevées qui ont pour effet de faire disparaître rapidement, de l’est à l'ouest, le granite sous le grès et le grès sous le calcaire.
Le O. Bouderah descend dans le O. Sidreh, importante vallée qui à partir du confluent s'élève, vers l’est, dans la roche grèseuse et descend, à l’ouest, dans le calcaire : à 12 ou 15 kilom. en aval, elle débouche sur la plaine de Markha, à 10 kilom. au sud de l'embouchure du O. Legam, et son cours inférieur, dans le calcaire, ne présente selon toute apparence rien de particulier au point de vue morphogénique. Quant à la faille Shellal-Bouderah, elle se perd, au sud du O. Sidreh, dans une montagne entièrement inexplorée où l'on ne peut, jusqu'à présent, que deviner son passage, jusquà ce qu'on la retrouve, à 12 kilom. de distance à vol d'oiseau, dans le O. Feïran où elle met en contact, exactement de la même manière, une lèvre occidentale de calcaire et une lèvre orientale de grès dévonien *.
Le bassin du O. Sidreh et de ses nombreuses ramifications immédiatement en amont du débouché de Bouderah, constitue le district de Magharah, région de configuration géographique et géologique extrêmement intéressante, dont la dénudation a façonné le sol dans une zone de faille de 5 kilom. de largeur, limitée du côté le plus élevé par la faille la plus importante du système des ruptures du golfe de Suez. Dans le voisinage du
1. De même que la plus grande partie des thalwegs qui y donnent accès et qui circulent, depuis le O. Baba, en pleine lèvre surélevée.
2. C'est le lieu d'observer, en ce qui concerne les grès de l’ouest de la faille Bouderah-Shellal, le fonctionnement du double mécanisme de disparition que nous avons, au début, expliqué en général : définitivement recouverts par les assises calcaires, vers le nord-ouest, à partir des pentes du Gebel Markha, ces grès sont, d'autre part, brusquement engloutis sous les calcaires, au sud-ouest, par la chute de la faille.
O. Bouderah, le O. Sidreh ne montre surses flancs, d’abord, que des grès, surmontés, au sud, par les importantes formations calcaires dont la conservation en cet endroit produit le pie du G. Abou Alagha (710 m.)!. Au bout d’un kilomètre, environ, la vallée se resserre et devient extrêmement tortueuse ; elle reçoit, du nord-ouest, un important ravin parallèle au O. Bouderah, et immédiatement après, du même côté, la petite gorge du O. Oumm Themaïm creusée dans une faille parallèle à celle de Bouderah et de même sens, c'est-à-dire ayant pour effet d'abaisser le terrain à l'ouest. À partir de ce point, le lecteur voudra bien diriger sa marche sur notre carte 3, qui donne la topographie complète du district de Magharah au 1/20.000, avec le tracé des failles, et qu'accompagnent des coupes à la même échelle. La faille de Oumm Themaim porte, dans notre classification, le n° 4, celle de Bouderah étant la cinquième ; nous rencontrerons, chemin faisant, les n% 3, 2 et 1. A l'entrée du O. Oumm Themaïm, on voit que le flanc occidental du ravin est formé de grès de Nubie {crétacé inférieur), tandis que le flanc oriental montre, à la base, un escarpement de 50 ou 60 m. de . granite rouge surmonté des assises rouge sombre de grès dévonien (coupe æy); l'amplitude du décrochement ne peut être inférieure à 200 mètres. La masse granitique est toute sillonnée de larges veines de diorite vert-noir qui courent du haut en bas de la roche cristalline et s'arrêtent brusquement au plan de contact avec le grès, ce qui montre que leur intrusion dans le granite est antérieure au dépôt des premiers sédiments ; partout où nous apparaîtra, dans cette région, le granite rouge, nous le verrons strié avec une abondance extraordinaire des mêmes veines de diorite.
Le O. Oumm Themaïm monte vite, et au bout de 500 ou 600 m., le granite a disparu et les branches amont de la vallée circulent en pleine roche grèseuse. Quant au O. Sidreh, immédiatement en amont de la faille, il se replie à angle droit vers le sud-est, et 500 m.. plus loin, retourne à angle droit vers le nordest avec la même brusquerie : les parois de la vallée, dont l'étage inférieur est taillé maintenant dans le granite rouge, sont extrêmement abruptes et possèdent la netteté de coupes géolo-