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NATURELLES DE LA PÉNINSULE

Les pluies irrégulières qui arrosent la surface du désert ne sont pas, malgré la rapidité avec laquelle elles s’écoulent sur le sol dépourvu de végétation, sans alimenter une circulation souterraine notable. Le torrent éventuel qui balaie le fond d’une vallée arrive rarement jusqu’à la mer ; il ralentit sa course à un moment donné, s'arrête et s’absorbe dans le sable, mais le sable rendra plus loin, plus ou moins vite et de manière plus ou moins visible, toute l’eau qu'il a engloutie. Le torrent, lui-même, ne représente pas la masse entière de l’eau tombée ; la surface des plateaux, des flancs des montagnes et des vallées n’abandonne le produit de l’averse au ruissellement qu'après en avoir prélevé, par absorption, une petite partie, qui pénètre dans les couches profondes par les fissures superficielles ou par le simple mécanisme de la capillarité, cireule le long des surfaces naturelles de drainage, plans de joints des strates, plans de faille, plans de contact des dykes avec la roche qui les enserre, se rassemble à la limite des couches imperméables et finit par sourdre à la surface aux points d'affleurement des couches aquiferes ou des surfaces de drainage, partout où la pression hydrostatique est suflisante pour déterminer leur issue.

Ce mécanisme, qui ne diffère essentiellement de celui de la

SURFACE DU SOL ET CONDITIONS GÉNÉRALES DE LA VIE ph

formation des sources en climat tempéré que par la proportion plus faible des eaux directement absorbées et rendues par les versants, se manifeste dans la péninsule par la production de points d’eau dont le fonctionnement et la fréquence sont extrémement variables avec la nature géologique du sol, tellement qu'au point de vue de l’hydrologie, qui détermine le régime de la végétation et par suite le régime de la vie en général et de l’habitat humain, il faut distinguer dans son territoire trois régions nettement différentes, au nord, la table calcaire de Tih, puis, d’un golfe à l’autre, la bande grèseuse orientée généralement est-ouest, au contour éapricieusement dessiné par les failles et les limites d'affleurements, au sud enfin, la grande montagne granitique. La table calcaire du nord, peu élevée (altitudes maxima de 900 ou 1000 m. au voisinage du bord méridional), ne reçoit pas une très grande quantité d’eau et, surtout, absorbe dans la profondeur des couches poreuses, sans la restituer, la petite fraction du produit des averses désertiques qui n’est pas immédiatement écoulée à la mer ou au désert du versant méditerranéen. Les points d’eau y sont extrêmement rares, la végétation pour ainsi dire nulle, et toute organisation humaine, sédentaire où nomade, impossible. Ce plateau ne sera donc jamais, en ce qui concerne les hommes, qu'un lieu de routes. Dans la région grèseuse, caractérisée par un relief très accidenté et par la porosité beaucoup moindre des masses rocheuses, parcourue d’ailleurs, jusqu'à grande distance au nord, par les larges bandes granitiques entraînées par la surrection du massif méridional, l’eau est notablement plus abondante, sort au pied du schiste ou du granite imperméables, et parfois en plein terrain grèseux, en sources assez proches les unes des autres pour que le voyage dans la région soit facile, et partout ailleurs, laisse assez d'humidité pour que le sable du fond des vallées produise de beaux arbres, acacias et térébinthes, et une suffisante quantité de la dure broussaille dont se repaissent les chameaux, les ânes et les chèvres. Ce n’est nulle part encore, sauf peut-être à Gharandel sur la côte occidentale, le ruisseau qui coule et l’oasis verdoyante ; mais la vie des clans nomades est déjà possible dans ces vallées, où elle est menée depuis les origines de l’histoire par des hommes qui vivent de chasse, d’élevage, et du métier qui consiste à fournir des bêtes de somme et des convoyeurs aux étrangers qui traversent leur territoire. C’est

également une région minière, grâce aux filons métallisés et riches en turquoises que renferment les bancs grèseux et qu'exploitaient, comme nous verrons plus loin, les Égyptiens de la plus ancienne époque pharaonique ; mais ces étrangers n'avaient dans le voisinage de leurs mines, non plus que les indigènes, d'établissements permanents et sédentaires, de colonies proprement dites. Des établissements de ce genre n’eussent été possibles que plus au sud, dans la montagne granitique où il n'y à pas de gisements miniers.

Dans cette montagne méridionale seule, en effet, les plus indispensables conditions de la vie sédentaire se trouvent réalisées. Son périmètre, déjà reconnu plus haut, a la forme d'un triangle dont la pointe regarde le sud, à l'extrémité de la péninsule, dont le côté occidental est formé par la grande escarpe du G. Thebt, du G. Oumm Shômer et du G. Serbäl sur la plaine d'El Gäa, et dont le côté septentrional est facile à suivre, au pied du flanc nord du Serbàl, par le O. Feiran et le O. Esh Sheikh. Les sommets de ces grands massifs, qui gagnent partout une altitude supérieure à 2.000 m., reçoivent la neige en hiver et la laissent ruisseler lentement, d'un bout de l’année à l’autre, au fond des innombrables vallées et ravins où la cuvette granitique imperméable retient l’eau, soit à l'état d’imbibition dans le lit de sable, soit à la surface. Pas une de ces gorges abruptes coupées dans le granite qui ne possède son ruisseau plus ou moins permanent, et partout où l’eau sort du sable, jaillit spontanément une admirable et dense végétation de caractère tropical, dans laquelle dominent, aux yeux, les grands arbres, le tamarisque farfa, le . palmier sauvage, l’acacia seJal, et qui constitue l'élément naturel dont la zone grèseuse plus au nord est dépourvue et sans lequel l'installation sédentaire au désert n'est pas possible : l'oasis. Strictement limitée à la bande de terrain arrosée ou humectée, l'oasis serpente au fond de la vallée, parfois au fond d'une gorge large de quelques mètres, encadrée d'énormes falaises abruptes, et si l'on se représente l'étroit ruban de végétation, le long du ruisseau, entre les flambovantes murailles dénudées, sous le soleil et le ciel bleu, on pourra se faire une idée de la beauté de certaines routes du sud de la péninsule. La plus étendue de ces oasis est celle de Feiran, dont le beau ruisseau est alimenté par les eaux du flane nord du Serbàl ; mais des fonds de vallées

semblablement arrosés se rencontrent à chaque tournant de route, sur le versant d'El Gâa comme dans la montagne intérieure, et le couvent de Sainte-Catherine, au pied du G. Mousa, possède dans son enceinte des sources nombreuses qui jullissent intarissablement de la base de la montagne.

Les eaux des cimes portent même la vie à grande distance du pied de l'escarpe extérieure de l’ouest, grâce à la disposition précédemment expliquée du lit rocheux sur lequel reposent les immenses dépôts alluviaux vomis par les ravins et qui constituent la plaine désertique d'El Gâa. Sous le sable et le gravier, la roche e$t en cuvette synclinale, et cette cuvette dirige les eaux du versant ouest du Serbàl et du O. Hebrân, sous les couches perméables, jusqu'à la pointe du G. El Arabah, où elles alimentent au bord de la mer, à quelques mètres sous la surface du sol, une nappe aquifère de débit illimité. Des puits, creusés là anciennement, ont permis les belles plantations de palmiers qui n'ont jamais cessé d’être développées et soigneusement entretenues et ont donné naissance, à l'origine, à la petite ville de Tôr, sur la côte.

Les hommes ont mis à profit, à une époque ancienne, ces conditions favorables que les régions plus au nord ne connaissent pas. Alors que le plateau de Tih est l'absolu désert, sans végétation et sans eau, qu'on ne connaît que pour le traverser le plus rapidement possible, et que dans la zone du grès, à côté des mines où s'installent pour une saison les travailleurs étrangers, les clans indigènes de bergers et de chasseurs mènent la vie nomade, dans la montagne méridionale on constate de très bonne heure des établissements sédentaires, de vraies villes ou villages, dans les principales oasis que remplissent, plus tard, les couvents de la période chrétienne. On voit combien les trois zones géologiques de la péninsule ont une histoire différente, et c'est parce que le régime de leurs eaux est différent, ainsi que les conditions vitales qui en résultent. ;

De même la configuration géographique, étroitement liée aux conditions géologiques, diffère profondément du plateau calcaire du nord aux grès déchiquetés de la zone intermédiaire, et de cette zone grèseuse aux grandes montagnes granitiques du sud. Dans les chapitres qui suivent nous étudierons, pour chacune de ces régions dissemblables par tous leurs caractères, d'abord la sur-

face du sol et ses lignes, puis le détail de l'hydrologie, les routes, fonctions à la fois du tracé des lignes naturelles et de la répartition des points d’eau, puis les phénomènes de l'histoire, qui peuvent dépendre à l’origine de forces extérieures mais dont le développement n'est jamais explicable que par les circonstances naturelles locales. Avant de nous engager dans cette étude par zones naturelles, il est encore possible de dire quelques mots en général de la flore de la péninsule, et aussi de sa population moderne, dont la vie a été refondue dans un moule uniforme de nomadisme à la suite de la ruine des établissements sédentaires de la montagne méridionale,

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