‹ La Presqu'île du SinaiChapitre 35 sur 151 · br Apr · texte numérisé non relu

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4. Diodore, II, 42-43 (Script. Græc. Bibl., 1, p. 156-157); Strabon, XVI, 4, 18 (Script. Get Bibl., p. 660-664). Strabon idee sa source, Artemidore ; quant à Diodore, il ne peut avoir puisé ses renseignements que dans les écrits plus anciens d'Agatharchides, dont quelques fragments, tirés du De mari Erythreo , sont recueillis d'autre part dans la Bibliothèque de Photius : v. Müller, Geogr. græci min., t. 1, p. 175-178.

5. Le Posidium a été fréquemment placé, par les géographes modernes, au Ras Mohammed: v. par exemple Lapie, Aflas univ. de géogr. anc. et

meraie (Potvxwv) dont les arbres fournissent des dattes excellentes et dont les eaux sont abondantes et fraiches. Un autel de pierre très ancien s'élève à cette place, avec une inscription en caractères inconnus ; un homme et une femme sont attachés au culte de la divinité locale. La côte, dans le voisinage de ce point, vers le sud, était anciennement la possession des Maranitæ, que leurs voisins les Garindanei (ou Garindæi, où Garindanenses) exterminèrent pour prendre leur place, et conquérir la source miraculeuse autour de laquelle les Maranitæ se réunissaient tous les cinq ans pour célébrer une fête, offrir des sacrifices et puiser de l’eau qu'ils rapportaient chez eux pour la boire comme remède. Plus au sud, on arrive au point de jonction des eaux du golfe Élanitique venu de la région orientale.

Un nom, dans cette description, est bien connu, celui des Garindanei, qui subsiste dans le nom actuel de la vallée et de l'oasis de Gharandel, où un beau ruisseau coule’à l'air bbre et nourrit des arbres nombreux. Est-ce à dire que la source sacrée des Maranites se trouve à cette place”? Il y a bien, à l'embouchure du O0. Gharandel, les eaux sulfureuses -chaudes de Hammam Faraoun, auxquelles des vertus médicales sont attribuées ; mais la Palmeraie que nous venons de voir décrite, avec ses sources nombreuses et ses dattiers, ne se rencontre pas dans la vallée, et il est clair que pour reconnaitre son emplacement il faut descendre jusqu'à Tôr, où des palmeraies immenses sont effectivement cultivées et arrosées dans les meilleures conditions. Quant à la source sacrée, on peut la reconnaitre, tout près de là, dans les eaux chaudes de Hamman Mousa, captées dans une piscine de construction ancienne où les habitants de la ville vont baigner leurs rhumatismes. Il ne faut pas objecter que si le district de Tôr est celui d'où les Maranites furent expulsés par les Garindanes, il est bien éloigné du site du Gharandel actuel ; car le nom s’est appliqué, dans l'antiquité, à une étendue de côte bien plus considérable, comme on voit par l'emploi du terme chez Pline, Carandra (Hist. Nat., VI, 33), où il désigne toute la région du golfe jusqu'aux abords de sa pointe septentrionale ; de

moderne, 1829 etce., carte 12. Mais il ne semble pas douteux que cette interprélation soit erronée ; d’après la relation, le Posidium est le point de départ d’Ariston, donc un point du fond du golfe.

même encore, à plus de mille ans de distance, chez les géographes arabes, dont le Birket Gorondel sera rencontré et étudié par nous un peu plus loin.

Ceci fait remonter à l’époque d'Agatharchides, comme on voit, l'existence sur l'emplacement de Tôr d’un sanctuaire et d’une source miraculeuse autour desquels les populations environnantes se rassemblaient périodiquement pour des fêtes et pour la grande foire qui en est naturellement inséparable. Mais ce lieu sacré est bien plus ancien que les relations grecques qui nous le décrivent. On doit à Ed. Meyer cette observation récente !, d'une valeur exceptionnelle en ce qui concerne l'histoire de la géographie antique, que l'un des plus anciens documents dont on retrouve les fragments dans le texte biblique tel qu’il nous est parvenu, le document dit élohiste, où E, intercalait dans le voyage des Israëlites au désert une description de l’oasis de Tôr et de son sanctuaire miraculeux. C’est dans ÆExode XV, 22-27 qu'on trouve les lambeaux du passage interpolé. Sans recommencer lelong etdélicat travail de séparation des éléments enchevètrés de J (le iahviste) et de E à cette place, prenons simplement, pour l’'examiner, la version de E telle qu'elle est reconstituée par Meyer :

... 22 a Et Moïse fit partir Israël de la mer des Roseaux ; et ils prirent par le désert de Sur 23 et arrivèrent à Mara. Et ils ne purent boire l'eau à cause de son amertume ; ce pourquoi ils l’appelèrent Mara. 24 Et le peuple murmura contre Moïse et dit : Que boirons-nous ? 25 à Alors il cria vers Iahvé, et Iahvé lui indiqua un bois, qu'il jeta dans l’eau, et alors elle devint douce. 26 Alors il dit : Si vous entendez la voix de Jahvé et faites ce qui est bien à ses yeux, et entendez ses commandements et observez sa loi, je ne ferai point tomber sur toi toutes maladies que J'ai jetées sur l'Égypte : car je suis Jahvé ton guérisseur. 27 Alors ils allèrent à Elim ; et là sont 12 sources et T0 palmiers ; et ils campèrent là près de l’eau.

Tous les éléments de la description d'Agatharchides se retrouvent là, comme on voit, à 600 ans de distance, la palmeraie et ses eaux, puis le nom d’Ælim, « les dieux », correspondant à ous sv two zepeves Oeors de la relation grecque ; enfin le nom de

4. Ed. Meyer, Die Israeliten und ihre Nachbarstärmme, 1906, p. 100 suiv. R. We. — La Presqu'ile du Sinai. 7

98 CHAPITRE Ill

Mara, qu'on retrouve dans celui des Maranites. Ce n'est point ici le lieu de nous demander quelle était la forme primitive du récit du voyage des Israelites d'Égypte en Palestine, comment le texte évolua, et ce qu'il faut penser, au point de vue des conceptions antiques sur l’Exode, de l'intercalation dans la narration, à l'époque de E (vint siècle av. J.-C.), de cette description de l’oasis péninsulaire : nous envisagerons brièvement ces questions lorsque nous esquisserons, à propos du Sinaï des montagnes du sud de la péninsule, l’histoire de la conception sinaïtique. Pour le moment, il suflira d'observer, avec Ed. Meyer, que l’intercalation du passage qu'on vient de citer est une tentative de revendication pour la religion de Tahvé du lieu sacré des bords de la mer Rouge. Le sanctuaire existait donc déjà au vin® siècle, et l'on est obligé d'admettre que son attraction s'exerçait, dans la direction du nord, jusque sur les populations palestiniennes, puisque les rédacteurs israelites de cette époque éprouvaient le besoin de le rendre orthodoxe en l’annexant au iahvisme.

Le nom de la localité est inconnu, à cette époque lointaine comme à celle d’Agatharchides, mais on peut croire qu'elle portait, de toute antiquité, le nom de Raïthou sous lequel on la désigne à partir du début de la période chrétienne et d’un bout à l’autre de la période byzantine. Le nom apparaît pour la première fois dans les écrits de Ptolémée le Géographe !, qui nomme le peuple des Raifhénoïàcôté des Saracènes et des Munichiates ; ce dernier nom est inconnu par ailleurs, mais celui des Saracènes, dont c'est également ici la première apparition, servira invariablement aux chrétiens du 1v° au vu siècle pour désigner les tribus indigènes avoisinant leurs colonies.

A l’époque chrétienne, Raït hou est déjà occupé par les moines, en même temps que de nombreuses oasis de la montagne intérieure, au 1v° siècle, comme on voit par les relations d'Ammonus et de Nilus auxquelles nous aurons à revenir lorsquenous ferons la géographie des chrétientés de la péninsule : et l'on retrouve Raithou mentionné dans les titres de certains évêques du Sinai au vi siècle. La localité reparaît dans les premières en date des descriptions arabes de la côte occidentale, mais son nom, circonstance curieuse, est ignoré des Arabes, qui usent, comme nous allons voir maintenant, d'une désignation différente

1. Ptolémée, V, XVI; C. Müller, Ptol. Geogr., Il, pp. 993-995.

Istachri, décrivant la côte de la péninsule à partir de Kolzoum, ditqu'on n'y rencontre point de lieux habités, à l'exception de quelques hameaux de pêcheurs avec quelques palmiers, aux points appelés Taran et Chabilat, jusqu'à ce qu'on arrive à l’endroit situé vis-à-vis du Gebel Tour !. Quel est ce point de la côte ? Moukaddasi dit ? que le Tour Sina est proche de la mer de Kolzoum, et qu'on y va en partant d’un endroit nommé el'-mn, à deux jours de la montagne, le lieu où Moïse et les Israelites trouvèrent les douze sources. Le Tour Sina où l'on se rend ainsi de la côte n'est autre chose, comme nous verrons en détail au chapitre V'ci-après, que le Sinai des moines avec le couvent de Sainte-Catherine établi depuis le vi siècle au pied du G. Mousa et dont Tôr est le port sur la mer Rouge, à deux jours de distance ; dans le nom d'el'mn, onreconnaïît sans peine celui d'Elim, que la tradition monacale localise à Tôr ?. Cela étant, il ne fait pas de doute que dans le passage précité d’Istachri, il faille comprendre : « l'endroit situé à hauteur du Gebel Tour », et reconnaître dans cet endroit le port et la ville que les modernes appellent Tèr ; et l'on voit alors comment l'antique Raithou arriva, dans la langue des Arabes, à prendre le nom de la montagne en arrière. Chez tous les géographes arabes on trouve, pour désigner la montagne du sud de la péninsule, cette appellation de Gebel Tour ‘, quelquefois Gebel Tour Sina® d’après le Tour Sina, le Sinai monacal dont nous venons d'indiquer l'emplacement. Le mot Tour, comme l'explique Yakout d'après les géographes antérieurs et comme le répètent, d’après lui el d’autres, Aboulfeda, Kalkaschandi et Macrizi5, est un mot hébreu qui

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