‹ La Presqu'île du SinaiChapitre 53 sur 151 · Petrie, Researches, p · texte numérisé non relu

Petrie, Researches, p

Ces « fontaines de Moïse », à une demi-journée de marche à peine, sont bien connues par les puits qui s'ouvrent, à travers le revêtement de gravier, dans le gypse qui forme l'infrastructure et que nous retrouverons à nu, plus loin, dans un vaste périmètre. Ici, le gypse est mêlé d'argile, l’eau est saumâtre et trop malpropre pour être aisément rendue consommable ; mais elle alimente les plantations d’une belle oasis d'un kilomètre d’étendue, où prospèrent des palmeraies fructueuses parmi de vastes bouquets de tamarisques et d’autres espèces sauvages, dont l'acacia sejal à longues épines blanches, qui se rencontre en plus grande abondance plus loin au sud. La source de l'extrémité sud a surélevé ses bords de plusieurs mètres au-dessus de la plaine, en concrétions calcaires et sable agglomérés: comme il a été observé souvent, le fait que l’eau s’élève par moments jusqu'à l'orifice au sommet du monticule, démontre que la nappe qui alimente les puits s'étend, du côté de la montagne, jusqu à 2 kilomètres au moins de distance, là où le sol se relève assez pour que la pression hydrostatique soit capable de produire cet effet.

Une butte de décombres, tout près de là, couverte de poteries dont les plus anciennes sont d'époque romaine, marque ï'emplacement de l'édifice rumé dont il est parlé un peu plus haut.

Passée l'oasis, la plaine dans laquelle le chemin se poursuit devient d’une extrême monotonie pour une cinquantaine de kilomètres. On coupe, à longs intervalles, des ravins peu profonds et de faible pente qui descendent à la mer: les formes de leurs flancs sont très adoucies et rarement on rencontre une berge découpée à lignes nettes par le torrent accidentel. Tels sont, successivement, le O. Er Riën, le O. Kourdiveh, le O. EI Atha ou La-Atha. Sur l'horizon se découpe à grande distance, en avant, le profil caractéristique du G. Hammam Faraoun. Peu de temps avant d'arriver au O. EI Atha, on voit le sentier se partager en deux branches, dont celle de l'ouest se rapproche de la côte et la suit de plus en plus près, tandis que l'autre se tient plus haut sur le plan incliné du vaste glacis. Le sentier supérieur est plus usité, parce qu'il passe, comme on va voir, aux belles eaux du Gharandel moyen; quant au sentier inférieur, qui conduit au Hammam Faraoun, il lire son importance de l'existence de deux points d'eau moins éloignés dont le premier se rencontre dans

le O. EI Atha ! et le second, 20 kilomètres plus loin, au Bir Abon Sourra, entre O. Soudr et O. Ouardân: ces points d'affleurement appartiennent, selon toute apparence, à une nappe arrétée au plan inférieur de la couche alluviale.

Les O. Soudr et Ouardân sont d'assez larges fonds de vallées, très plans, et, grâce à l'humidité qui s’y maintient mieux que sur les parties hautes du plateau de gravier, parsemés de toulfes d'une végétation broussailleuse où figure principalement le retem où genêt blanc sinaïtique, qui donne un aspect particulier et, de loin, une couleur très particulière à toutes les surfaces de la péninsule, fonds d'ouadys ou tables de plateaux, que l'eau courante n'arrose pas mais qui ne sont pas soumises non plus au régime de la dessiccation complète. A partir du O. Ouardan, la physionomie du plateau se modifie peuà peu, par suite du relèvement du sol et de l’affleurement de plus en plus fréquent du gypse de l'infrastructure. Au O. Amara, le revêtement alluvial disparaît tout à fait, et l'on aborde un plateau de gvpse de belle cristallisation qui s'étend entre les O. Amara et Gharandel sur une longueur de 15 kilomètres. Au centre, il s'élève de plus de 100 mètres au-dessus de la mer ; le sentier inférieur en suit la base, tout près du littoral; le sentier supérieur, au tiers de la distance, passe au petit puits d’Aïn Haouara, qu'environne quelque végétation et dont l’eau saumâtre est difficile à utiliser.

La route aussi change d’aspect dès l’abord des roches gypseuses. Les pistes parallèles et quelque peu divagantes de la région de gravier au nord sont remplacées, sur la route supérieure, par un unique et large sentier, bien inserit dans le terrain ferme et dont quelques particularités donnent lieu de croire à des travaux proprement dits d’époque ancienne: telles sont les tranchées dans le roc qui adoucissent à plusieurs reprises les montées et descentes. Nous ferons des observations analogues, un peu plus loin, le long de la remontée du flanc sud-est du O. Gharandel, et nous aurons l’occasion de nous demander si la construction de cette route n'est pas due aux expéditions minières qui se rendaient, à l'époque pharaonique, dans le district grèseux du Sinaï moyen.

1. D’après M. Costa, à qui je dois l'indication de cette source non portée sur les cartes, l’eau y est pure et abondante même à la fin de l'été.

Le O. Gharandel, où finit le plateau gypseux, est une large et profonde vallée, rectiligne dans l’ensemble et taillée, comme il a été expliqué au précédent chapitre, le long de la faille qui descend le gypse, au nord-est, à la hauteur des calcaires de la rive opposée. La route supérieure aboutit, au bas de sa descente, à la jolie oasis de Gharandel!, dont la végétation est nourrie par un écoulement d’eau permanent dont le débit n’est pas inférieur à 80 litres par seconde ?. La source, alimentée par les écoule-

ments et infiltrations du bassin du O. Woutah, — branche principale amont du O. Gharandel dont l'origine supérieure est à 60 kilomètres de l'embouchure, — donne naissance à un ruis-

seau qui coule à l'air libre, en aval de l'oasis du nord-est, sur plusieurs kilomètres, accompagné d'innombrables bouquets de palmiers, de tamarisques et d'acacias sejäl. La vallée finit, à son embouchure, en confluant sur la plage avec le O. Oushêt, qui vient de l’est et découpe, en cet endroit, la base de l'imposant G. Hammam Faraoun, ainsi nommé des sources chaudes qui jaillissent, à peu de distance de la mer, calcaires et sulfureuses, dans le creux même de la faille.

Au delà du O. Gharandel commence, comme nous savons, la zone calcaire, dont les principales lignes topographiques sont constituées par le grand G. Woutah, contrefort de la falaise de Tih découpé parallèlement à elle parle creusement du O0. Woutah, et par le chaïînon côtier dont le G. Hammam Faraoun est le môle septentrional et la partie culminante (480 m.). La côte, dans cette section, étant parallèle aux failles de la zone étudiée en détail plus haut, et formant, au Hamman Faraoun, une falaise abrupte de toute la hauteur de la montagne, il y a lieu de croire qu'on est en présence d’une faille dont la lèvre inférieure disparait sous les flots de la mer Rouge. Du côté de l'intérieur, le terrain s'abaisse plus doucement vers le fond du fossé qui dessine la base du chaînon en arrière ; il comprend, comme on sait, une branche du O. Oushèt, puis le O. Gouêseh, dont la partie centrale est un immense cirque de déflation, puis le cours

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