‹ La Presqu'île du SinaiChapitre 56 sur 151 · Phot. Petrie, Researches, n°5 13, 14, 15, p · texte numérisé non relu

Phot. Petrie, Researches, n°5 13, 14, 15, p

le O. Sidreh vers le nord-est, s'engageant dans la zone grèseuse qui forme la lèvre surélevée de la faille. La vallée, à partir de ce point, se taille un chemin tortueux dans la zone de faille de 5 kilomètres de largeur que nous avons longuement étudiée plus haut, et son tracé extrêmement déconcertant au prime abord est sans relation avec la direction des lignes de rupture. Elle tourne à angle droit, cinq ou six fois, de la manière la plus brusque, recoupée chemin faisant par les plans de décrochement le long desquels apparaît ou disparait l'infrastructure granitique des tables grèseuses, mais sans que les changements de direction cherchent ou évitent en aucune manière les lignes de rupture; il est extrêmement probable qu’à chaque sommet du tracé polygonal du thalweg, dans cette section, s'était simplement creusé à l’origine un entonnoir de déflation, et que la vallée est résultée, comme nous l'avons expliqué plus haut en général, de la mise en communication et de la régularisation par l'érosion en un système d'écoulement unique, de ces cavités fortuites et primitivement isolées. L'aspect du ravin n'est d’ailleurs pas uniforme. Immédiatement en amont du O. Bouderah, dans le grès, les formes des flancs ont encore une certaine ampleur de développement horizontal et leur modelé ne diffère pas essentiellement des types d’érosion normaux ; à droite, le massif grèseux sert de base à la haute cime calcaire du G. Abou Alagha. Sur la rive opposée s'ouvrent divers ravins secondaires, plus ou moins amples, jusqu'au petit O. Oumm Themaïm où nous aurons à revenir et qui se creuse dans la ligne de la faille par laquelle surgit pour la première fois le granite rouge. Au delà de cette ligne, la vallée change brusquement d'apparence. C’est maintenant un couloir aux parois verticales taillées dans le granite rouge strié de veines de diorite noir, avec, au-dessus du granite, de hauts escarpements de grès rouge sombre de formes un peu moins abruptes ; l'impressionnante beauté du passage a frappé de nombreux auteurs de relations de voyage au Sinai. Puis le granite se réengloutit, sans que les formes du paysage s'adoucissent. Un peu plus loin, sur la gauche, s'ouvre la gorge du O. Magharah, où nous n’entrerons pas pour le moment. Le O. Sidreh continue son chemin ascendant dans le grès rouge sombre et s'ouvre bientôt dans la zone d’effondrement de 2.000 m. de largeur dont l’autre bord est formé par la grande falaise granitique du Tartir ed Dhami. La

vallée, très élargie, prend d’abord la direction du sud-est, dans une zone basse où les buttes de sable laissent passer les arêtes des strates inclinées, brisées en dents de scie, des grès jaunâtres de l'infrastructure ; au sud-ouest, grands escarpements de grès rouge à la base, au nord-est, la grande falaise granitique. On infléchit peu à peu vers la gauche jusqu'au pied du granite, où la vallée s'élargit encore et forme une sorte de conque largement évasée par le travail de l’ablation sèche, à la rencontre du Sidreh aval dans la zone basse, du O0. Mokatteb dans le prolongement de la grande faille grès-granite, du Sidreh amont et du O. Neba dans le massif granitique. C'est là ce que Lottin de Laval appelait le « carrefour des quatre ouadys ». Des lignes de pénétration qui s'ouvrent à cette place, l'une, celle du O. Neba, est encore inexplorée ; le Sidreh amont fait partie d’un itinéraire intéressant dont il a été parlé déjà au précédent chapitre, mas la route habituelle des voyageurs emprunte le O. Mokatteb, la célèbre « vallée écrite » dont d'innombrables inscriptions en toutes langues, principalement nabatéennes, mais aussi grecques, latines et d'époque plus récente, couvrent la paroi occidentale le long du sentier, paroi de l'ombre après midi, comme il a été souvent observé, mais surtout paroi de grès propre à être inscrite, alors que nulle inscription n'est reçue par les granites incessamment désagrégés à la surface. On gagne ainsi un col que domine à l’ouest, au-dessus des grès, la cime calcaire de Ferch Gozzlan (725 m.), et l’on descend sur le versant sud, par le O. Gharaouel, dans le grand O. Feiran, que l'on atteint au point précis où la vallée qui vient d'amont le long même de la grande faille, se recourbe vers le sud-ouest perpendiculairement aux lignes de rupture, comme plus au nord le O. Sidreh, pour trouver une sortie de la montagne.

A son embouchure, 25 ou 30 kilom. plus bas, le O. Feiran est une large vallée taillée en roche calcaire, qui passe à 10 kilom. de distance du rivage, dans le voisinage de l'extrémité nord de la grande plaine d'El Gâa dont on a parlé plus haut. Passées les portes ainsi ouvertes dans le flanc sud de la vallée, celle-ci devient beaucoup plus resserrée, dans le calcaire d'abord puis dans la zone grèseuse du G. Mokatteb, jusqu'à ce qu'au confluent du O. Gharaouel elle prenne tout à coup les formes larges et amples d’une grande vallée en infléchissant sa direction à l’est

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puis au sud-est. Cet étranglement de la vallée à l'aval constitue, nous l'avons dit, ce que Fraas appelait le renversement de son modelé érosif, et ce phénomène s’explique lorsqu'on remarque qu'en aval du O. Gharaouel, elle est taillée perpendicularement aux failles, tandis qu'à partir de ce confluent, en amont, elle suit la ligne des failles du bord nord-ouest du grand horst et, plus au sud, du bord septentrional de l'autre horst constitué par le massif du Serbàl. La vallée semble descendre droit de cette énorme montagne, dont la couronne à cinq pointes attire le regard de très loin, sur la route d'où nous venons ; mais arrivée à sa base, elle infléchit à l’est et garde cette dernière direction jusque dans le voisinage des confluents des O0. El Akhdar et Esh Sheikh, qui descendent de l'E.-N.-E. et dessinent, de ce côté, le fossé de base du grand pointement granitique.

En plusieurs points du cours moyen du Feiran se rencontrent les restes de dépôts alluviaux calcaires et marneux de grande importance, qui remplirent entièrement des sections restreintes du fond de la vallée à une certaine époque et dont subsistent de vastes lambeaux accrochés aux parois, découpés en falaise et profondément attaqués par l'érosion !. Leur répartition le long de la vallée donne l'impression d’être toute fortuite, et elle l’est en réalité, car chacune des masses alluviales isolées doit être rapportée à l'un de ces phénomènes d'écoulement pluvial dont l’action, au désert, est celle de trombes formidables mais ne s'exerce que sur une zone extrèmement limitée. A l'endroit de la vallée où le torrent vient à perdre sa vitesse, 1l abandonne les terres qu'il charrie, et le point de ce dépôt aura toutes chances d'être différent la prochaine fois que la même vallée verra se reproduire le phénomène. En ce qui concerne les marnes et calcaires abandonnés dans le O. Feiran, l'époque des dépôts n'est évidemment pas postérieure à celle où des sédiments calcaires, sur.tables grèseuses, existaient encore au sommet des montagnes granitiques qui encadrent la vallée. Progressivement, ces assises sédimentares ont été enlevées, partie par déflation, partie par entrainement érosif au fond de la vallée, où leurs débris formèrent de vastes couches que les averses suivantes arrivèrent

1. Walther, Korallenriffe, p.18, fig. 12; Denudation, p. 86-87, fig. 51 3. Waislenbildung, p. 63-64; Barron, loc. cit., p+ 102-103.

tôt ou tard à enlever et à emporter à la mer ; aujourd’hui, le gra nite dénudé des alentours ne laisse plus rien tomber au fond des vallées, et les derniers vestiges des dépôts antérieurs, dans le O. Feiran, le O. Hebrân et le O. Esh Sheikh !, attendent les torrents éventuels qui finiront de les balayer et mettront les vallées au type définitif sans éboulis ni débris qui est celui de la vallée cristalline en région désertique.

La persistance jusqu'à nos jours de ces dépôts, ainsi que leur grande importance en hauteur, a conduit Walther à cette importante remarque * que dans la région où le O. Feiran descend du S.-E. au N,-0. dans le granite, il a commencé par être une vallée sans issue, un bassin fermé dans le fond duquel les torrents éventuels précipitèrent les matériaux des couches calcaires supérieures, par quantités énormes qui ne pouvaient que s'accumuler. Plus tard seulement, l'érosion arriva à pratiquer une brèche dans la barrière du G. Meharret (un peu en amont de l'entrée dans la bande grèseuse), dont la disposition primitive est visible aujourd’hui encore, et dès lors seulement commença le jeu régulier de l'entraînement à la mer des débris sédimentaires, non complètement terminé à l'heure actuelle. Comment, maintenant, un bassin de l'importance du Feiran moyen a pu arriver à se creuser sans l'intervention d'un déversoir et du mécanisme habituel de la régression érosive, on aurait peine à le comprendre si l’on ne savait que ce mode d’excavation, par désagrégation superficielle et déflation, est un des procédés habituels de la démolition désertique. Le long du Feiran moyen, toutefois, l’ablation sèche n'a pas travaillé au hasard, guidée comme elle était par la faille du nord-est du horst du Serbäl; c'est le long de cette ligne, au contact du granite rouge et du granite gris, que s’approfondit le

large bassin qui s’étrangle en défilé, plus bas, avant de pénétrer

dans la région grèseuse et calcaire.

Au bout d'une douzaine de kilomètres en amont du O. Gharaouel, notre route atteint dans la vallée la célèbre oasis de Feiran, où de riches végétations de tamarisques, d’acacias sejal, de palmiersdattiers et de buissons de toute sorte sont alimentés par un beau

1. Outre les endroits cités à la n. précédente, v. la bonne photographie du O. Esh Sheikh avec ses « dépôts lacustres » dans Barron, loc. cil., pl. IV (p. 102). ,

2, Walter, Korallenriffe, p. 18.

ruisseau coulant à l'air libre sur 4 kilom. de longueur. On rencontre là des groupes de maisons bédouines et les ruines de l’ancienne ville de Pharan, qui possédait une grande église et des maisons en pierre bien bâties. Nous ferons l'histoire de ce Leu au chapitre suivant.

Le Feîfran proprement dit finit au confluent du 0. Esh Sheikh, au-dessus duquel la vallée principale prend le nom de O. Selaf et monte vers le sud-est; c’est elle que suit la route la plus fréquentée, qui bifurque, plus loin, et permettra au voyageur de poursuivre, au sud-est, sur le couvent de Sainte-Catherine, ou de passer vers le sud dans le O. Hebrân, pour de là se diriger sur Tôr. Quant aux lignes parallèles des O. El Akhdar ,et Esh Sheikh, elles recoupent, au bout d'une dizaine de kilomètres, la route supérieure du versant occidental de la péninsule, que nous avons laissée à son amorce du O. Taiebah sur la route inférieure etqu'il convient de parcourir avant de nous engager plus loin dans le grand massif cristallin du sud.

Le O. Taiebah, dont on remonte au sortir du O. Shebeikeh le cours moyen taillé dans le calcaire, prend à l’amont le nom de O. Hamr, « vallée Rouge », à cause du grès dont elle met à découvert les assises supérieures, sous le calcaire, au sud et à l’est de la cime du Sarbout ed Djemel dont la vallée serre de près la base. Nous avons décrit, plus haut, la géologie de cette intéressante zone de passage, au-dessus de laquelle les branches supérieures de la vallée conduisent, par plusieurs voies, sur l’are du vaste plateau grèseux en lequel s'élargit, à l’ouest, le Debbet er Ramleh. On peut distinguer, montant du O. Hamr, deux chemins principaux. Le plus septentrional longe, à une lieue de distance, le pied de la falaise de Tih, et prend à peu près la ligne médiane du Debbet, où 1l se tient longtemps; l’autre se dirige, au sortr du O. Hamr, sur le haut promontoire montagneux que dessine, en plan, l'angle du O. Suwig et du O. Nasb, et pour y parvenir, effectue une descente d’une centaine de mètres jusqu’au fond du O. Baba, à l’endroit où aboutissent dans cette vallée le O. Beda et le O. Suwig ; après quoi le chemin continue par le 0. Suwig au pied de la falaise de schistes et de grès que nous avons précédemment étudiée et qui devient, à mesure qu'on avance, plus abrupte et plus haute. D'abord facilement accessible, largement ouverte au débouché des O. Nasb et Lahyan, puis du

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