TOPOGRAPHIE ET HISTOIRE DE MAGHARAH
(carte 3).
Il nous faut revenir, maintenant, le long de la route inférieure du versant occidental, jusqu'à l'endroit où l'on rencontre sur son parcours une des localités les plus célèbres de la péninsule, le Magharah où les Égyptiens de la plus ancienne époque avaient des mines en exploitation et des monuments hiéroglyphiques. Lorsqu'on suit le chemin du O. Sidreh en remontant la vallée, dans la pittoresque section, décrite au paragraphe [°* du présent chapitre, où une gorge aux parois abruptes creuse son lit dans une direction transversale par rapport à celle des failles et se replie cinq ou six fois à angle droit sur elle-même, passé le O. Oumm Themaïm et traversée la petite bande surélevée, entre failles 3 et 4, où les murs de granite rouge, à la base du grès, accentuent l’impressionnante beauté du paysage, on arrive au point où débouche du nord le O. Magharah, en plein grès aux assises horizontales concordantes. Continue-t-on par le O. Sidreh, on ne tarde pas à sortir, du côté de l’est, dans la grande zone basse dont la faille 2 marque la berge occidentale et que nous avons étudiée plus haut au point de vue géologique. Nous connaissons cette route du Sidreh. Engageons-nous dans le 0.
1. Sur cette différence de qualité entre les eaux issues de montagnes granitiques et celles issues de montagnes grèseuses ou calcaires, cf. parmi d’autres Burckhardt, Travels in Syrià (1822), p. 486.
Magharah, large de moins de 100 m., au lit de sable et de gravier en pente douce qui nous conduit, à quelque 600 m. droit au nord, au confluent de deux vallées dont la plus étroite, le O. Genaiïeh, continue à monter dans la direction du nord tandis que l’autre, le O. Geneh, dirigée vers le nord-est, a l'apparence d'une branche principale. C'est, à l'aval, un couloir assez large, mais taillé entre d'abruptes murailles de grès rouge foncé, plus hautes du côté du sud, et qui s'ouvre, au bout de 200 ou 300 m., sur les grands espaces libres que limite à l’ouest la faille 2 et dont le bassin du O. Geneh couvre une importante surface. Le piton montagneux découpé, en pleine lèvre surélevée, par le Geneh aval, le O. Magharah en aval du confluent Genaieh-Geneh, et le O. Sidreh, s'appelle G. Zafarani, la « montagne Jaune » ; il est formé, sur 60 ou 70 m. de hauteur à partir de la base, de grès dévonien rouge sombre, surmonté de grès crétacé Jaunâtre, et son contour est dessiné, à l’est, par une profonde rainure taillée dans la faille et qui permet à un sentier abrupt de passer directement de Sidreh dans Geneh : au col, et sur les deux versants, on observe pour le mieux la juxtaposition du grès rouge sombre en tables horizontales et du grès jaunâtre en tables déversées au nord-est.
De l’autre côté du O. Sidreh, le confluent Geneh-Genaieh découpe, toujours dans la lèvre surélevée, un piton analogue à celui de Zafarani, en façade du côté oriental sur la zone effondrée, avec un sillon de base creusé dans la ligne de faille ; mais il est plus petit en surface et par suite aussi moins élevé, le O. Genaieh se rapprochant obliquement de la faille dans la direction du nord. Nous continuerons à appeler cette hauteur le mamelon fortifié. Elle a une forme vaguement triangulaire, et son isolement du côté du nord résulte de ce que le thalweg du Genaieh dessine un crochet à l’est qui le met à peu de distance de la faille, et que la langue de grès rouge qui subsiste à cette place est profondément échancrée par la dénudation ; plus haut, d’ailleurs, le Genaieh fait un autre crochet en sens inverse avant de déboucher, du côté de l’'amont, dans la zone effondrée. et découper ainsi dans la lèvre supérieure un dernier mamelon encore plus petit et moins élevé que le précédent. Quant au mamelon for- Ufié, qui s'élève à 60 m. environ au-dessus du fond des vallées, il se termine, en haut, à une plate-forme horizontale de 200 m.
de développement, servant de base à une sorte de pyramide de grès jaunâtre qui subsiste au centre.
Le sommet de ce mamelon est un excellent point d'observaton géographique, A l’ouest, le sillon rectiligne Genaieh-Magharah prend en écharpe la lèvre supérieure de la faille et y découpe un triangle dont les éléments, isolés les uns des autres par la dénudation, sont d'importance croissante du nord au sud : d'abord le petit mamelon sans nom, puis celui où se tient l’observateur, puis, de l'autre côté du O. Geneh, le G. Zafarani, puis, au delà du fossé continu du O. Sidreh, les hauteurs analogues mais, notablement plus élevées que dominent encore de plus de 200 m., au sud-ouest, dans les limites du horst entre failles 3 et #, les cimes calcaires du G. Abou Alagha. Si l’on regarde maintenant à l'ouest, de l’autre côté du fossé Genaieh- Magharah, on verra un long escarpement de grès en tables horizontales concordantes avec celles qui leur font vis-à-vis, grès rouge sur 50 m. à la base, grès jaunâtre sur 120 ou 150 m. audessus ; sorte de falaise abrupte, déchirée, presque verticale au voisinage de l’arête supérieure où finit, à l'altitude de 500 m., un large plateau dont la vue nous échappe. Si l'on remarque immédiatement que du eîté du nord-est, nous sommes dominés à peu de distance par les grands arrondis basaltiques qui montent, dans la zone d’effondrement, à plus de 450 m., on se rendra compte que le piton de Magharah n’a, au point de vue topographique, qu'une importance très secondaire au fond de sa cuvette.
Au nord, on voit le O. Genaieh déboucher en amont dans la zone effondrée et se partager en deux branches, dont la plus occidentale échappe à la vue, masquée par la saillie de la grande falaise grèseuse dont le pied, à partir de ce point, suit le tracé de la faille ; l’autre branche monte droit au nord et se perd dans les lignes d'un groupe de vastes hauteurs basaltiques que nous appellerons les montagnes noires, qui bornent l'horizon du côté du nord dans toute la largeur de la zone effondrée et dont la plus rapprochée, au nord-est, s'avance Jusqu'à quelques centaines de mètres de notre point d'observation ; elle s'incline, au sud, vers le O. Geneh, dont le large lit traverse la zone effondrée de bord en bord et gouverne les principales lignes du terrain dans cette zone. Cette grande montagne noire, entre Genaieh et Geneh, contraste de la manière la plus vive avec
les grès tabulaires déchiquetés qui l’avoisinent, tant par sa couleur que par ses formes largement arrondies ; d’une manière non moins caractéristique elle se profile, dans une direction dont le nord-est marque l'axe, sur la grande falaise de granite rouge qui la domine à 750 m. d'altitude, fermant l'horizon, lèvre supérieure de la faille 1, berge orientale de la zone effondrée du O. Geneh et limite géographique, nette et infranchissable comme un mur, du district de Magharah.
La falaise granitique, déchiquetée et dentelée à la crête, court presque exactement en ligne droite du nord-ouest au sud-est ; à sa base se creuse la vaste conque dans laquelle les branches supérieures du O. Geneh s'élèvent doucement, modelant un glacis dont la cote ne tarde pas à dépasser celle du sommet du mamelon fortifié. Plus au sud, c’est-à-dire droit à l'est pour l'observateur de Magharah, entre la falaise de granite, le O. Geneh, le flanc oriental du G. Zafarani et le O. Sidreh, s'étend une région semi-montagneuse, dont la surface de grès jaunâtre déchiqueté est dépouillée de tout revêtement basaltique et fait contraste avec la montagne noire de l’autre rive du O. Geneh ; comme nous l'avons indiqué au précédent chapitre, le lit du O. Geneh marque probablement l'emplacement d’une falle transversale secondaire qui, abaissant davantage le terrain au nord, a permis de ce côté la conservation sur le grès de la grande couche de basalte.
Tels sont les principaux traits qui se présentent immédiatement à l’œil du haut du mamelon fortifié. Pour décrire de plus près le terrain, le plus commode sera maintenant de le partager en secteurs et d'explorer successivement :
1° La localité de Magharah, vallons et mamelons :
2° La grande falaise océidentale et la montagne en arrière, au nord du O. Sidreh ;
3° Le O. Geneh et sa conque d'amont jusqu’au pied de la falaise orientale :
k° La montagne noire et les vallées qui l'encadrent ;
d° Le secteur entre Geneh et Sidreh :
6° La montagne au sud du O. Sidreh.
La localité de Magharah. — Magharah proprement dit, la localité minière si souvent décrite à cause des excavations antiques
et des inscriptions égyptiennes qu'on y rencontre, comprend le lit et les flancs du O. Genaïieh sur une longueur de moins de 500 m., à hauteur du mamelon fortifié, ce mamelon lui-même et ses abords immédiats sur les vallées environnantes. Les mines et les bas-reliefs égyptiens sont situés sur le flanc ouest du Gen&ieh, à 50 m. au-dessus du fond de la vallée, et répartis le long du plan d'affleurement horizontal des couches minces de grès à turquoises et à minerais métalliques qui s’intercalent, comme nous savons, entre le dévonien et le crétacé inférieur. Ces mines, conservées intactes jusqu'après 1897, étaient de belles cavités vastes, bien taillées en galeries profondes ou en salles avec piliers de soutènement ménagés, analogues de tout point à celles qui furent creusées dans les couches métallifères du O. Kharit, mais particulièrement remarquables par leur datation précise: alors que les mines du O. Kharit, nous l'avons vu, sont sans inscriptions, de grands bas-reliefs et inscriptions hiéroglyphiques décorent, à Magharah, le fronton ou les parois latérales de l'entrée de toutes les exploitations. Nous avons, de ces mines, de nombreuses descriptions antérieures, dont il serait vain de vouloir retrouver les éléments sur place, étant donné que ces précieux monuments de l'industrie antique ont été détruits en totalité par un essai de réexploitation de la turquoise tenté en 1901 par une compagnie anglaise et poursuivi, depuis lors, par les efforts incohérents et sans contrôle des indigènes. D'énormes cavités ont dévoré toute la ligne des vieilles excavations régulières, et l’escarpement grèseux audessous disparait presqu'entièrement sous un seul talus d’éboulis qui défigure la vallée, Des monuments inscrits signalés antérieurement, quelques-uns sont enfouis sous dix mètres de décombres, d’autres ont été détruits par le progrès des excavations, et nous n'avons plus retrouvé en 1904 qu'une moitié à peine de leur nombre primitif. Une ou deux galeries anciennes subsistent, cependant, avec leurs parois verticales zébrées des traces du ciseau de cuivre des ouvriers égyptiens qui y travaillèrent pour la dernière fois {,
Les mineurs qui extrayaient de ces galeries le grès à mafhal*