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Weill, Rec. des inscr. égyliennes du Sinaï

2, Les monuments de la XII dynastie à Magharah ne représentent qu’une partie de l'histoire minière de cette période, qui se déroule simultanément, comme nous verrons plus loin, au Sarbout el Khadim.

3. Son monument, dernier en date de ceux de Magharah, est le seul du Nouvel Empire dans cette localité; c'est au Sarbout'el Khadim que le Nouvel Empire a presque tous ses monuments miniers, dont la période s'étend jusqu'à la fin de la XX° dynastie.

On voit que les inscriptions de la XII° dynastie ont disparu presque en totalité. Ces nombreuses inscriptions étaient probablement toutes situées très bas sur le flanc occidental de la vallée, comme celles conservées du groupe 15 et du rocher 16, et ont été irrémédiablement ensevelies par les décombres descendus des énormes et informes excavations qui ont dévoré les mines antiques, détruit nombre des bas-reliefs de l'Ancien Empire, et qui menaçaient, lors de notre arrivée, de supprimer ce qui restait là de monuments égyptiens. Pour parer à ce danger, le plus grand nombre des inscriptions conservées, tant de l'Ancien Empire que de la XII° dynastie, ont été détachées du rocher, descendues au fond à flanc d'éboulis, puis transportées par les vallées jusqu’à la côte et de là en Egypte par la voie maritime: ces précieux monuments sont actuellement en sûreté au musée du Caire, tous réunis à l'exception d'un important fragment du bas-relief de Sanakht, trouvé dans les décombres et transporté en Angleterre, et de la petite inscription de Sahouri devenue la possession du musée de Bruxelles. Un troisième monument fait défaut à la collection du Caire : le beau bas-relief de Semerkha, le prédécesseur de tous les autres, laissé en place à cause de la difficulté qu'on eût éprouvé à le détacher de sa muraille à pic et à lui faire parcourir les 125 m. de distance verticale qu le séparent du fond de la vallée. Aujourd'hui, le site archéologique de Magharah n'est plus qu’un souvenir, les inscriptions parties, les mines antiques détruites, et tout un flanc de vallée déshonoré par les éboulis modernes ; seul, le village retranché des mineurs de la IV* dynastie subsiste, avec le mur de clôture du ravin du côté du nord, et, dominant le tout, le grand monument de Semerkha qui fut au début des temps, sur ces murailles, la première empreinte d'un art splendide.

La montagne entre Magharah et le Sidreh occidental. — Le caractère dominant de la falaise grèseuse qui forme la berge occidentale du O. Genaieh, est que sa pente se redresse en se rapprochant de la verticale à mesure qu’on s'élève, tellement que la crête, dans la région de Magharah !, est pratiquement inac-

1. Une section de cette crête visible sur le phot. de Petrie, Researches, n°39, p. 38,

cessible du fond de la vallée. On atteint sans peine l'étage des mines, à 50 m. de hauteur: pour parvenir au bas-relief isolé de rh ha. 710 m. plus haut (10 de la carte), il y a déjà de sérieuses difficultés à l'escalade, et l'on n'arrive guère à s'élever beaucoup au delà. Au sud du mamelon fortifié, ainsi que du côté méridional du même bloc de montagne, sur le front du O. Sidreh, on rencontre des difficultés analogues, également accentuées pas la désagrégation superficielle, le déchiquètement, les surplombs sans consistance des tables grèseuses. Au nord de Magharah, dans la zone où la falaise vient à former la lèvre supérieure de la faille 2, elle reste d'abord abrupte, puis à 1.000 ou 1.500 m. en ie s'adoucit un peu, assez pour permettre l'arrivée à la crête d'un sentier pénible et peu usité. Le véritable accès du plateau n’est pas de ce côté. Pour y parvenir, il faut l’aborder parles gorges qui descendent dans le O. Sidreh à l’ouest du confluent de Magharah. La première est celle du petit O. Oumm. Themaïm, qui monte rapidement dans la ligne de la faille 4, entre grès et granite, puis infléchit à l’est; nous n'avons pas eu le loisir de poursuivre son exploration et son relevé beaucoup au-dessus du point où l’on rencontre, dans le lit de la vallée, au voisinage de mines antiques détruites aussi complètement que celles de Magharah, un gros bloc avec plusieurs inscriptions hiéroglyphiques !. Nous ne savons pas si la gorge permet de poursuivre beaucoup plus loin en amont, mais nous avons parcouru, sinon relevé, et noté provisoirement sur la carte la vallée suivante à l’ouest, plus importante que celle d'Oumm Themaïm et qui l’enserre dans une sorte de vaste arc de cercle. A l'extrême amont de tous les rameaux l’ascension est pénible, mais possible, et l'on accède ainsi à l'aire supérieure de la montagne qui domine Magharah à l’ouest. C'est un plateau aceidenté, coupé de ravins qui descendent d’une manière générale à l’ouest, semé de lambeaux de tables grèseuses dont les formes relèvent du mécanisme de la dénudation sèche ?. L’altitude

1. Le mérite de la découverte de ces inscriptions ne nous appartient pas; nous les avons retrouvées d’aprèsl'indication de H. Sp. Palmer dans Sinai, etc., p. 98. Cf. Weill, Rec. du Sinaï, p. 30.

2. Le même mécanisme détermine aussi les formes de détail des flancs des vallées, avec leurs tables perpétuellement déchirées, rongées, rompues à l’affleurement; mais les formes d'ensemble de ces vallées, profil des lits, modelé général des versants, résultent de l'écoulement pluvial et fluvial.

moyenne, à la crête sur le O. Genaieh, est voisine de 500 m.; elle va en croissant dans la direction du nord, et au voisinage de l'accès des principaux ravins qui descendent à l’ouest on rencontre sur le grès jaunâtre, aux points eulminants, des îlots de basalte décoloré et désagrégé, vestiges de l’épanchement qui s'étendit sur toute la région grèseuse avant les bouleversements de l'écorce. Nous avons expliqué au chapitre 1 ci-avant, comment la différence de cote entre ces témoins basaltiques et le plan inférieur du basalte dans la zone effondrée à l’est de Magharah, permet dans une certaine mesure d'évaluer l'amplitude du décrochement de la faille 2.

De l’échancrure cotée 470, sur la crête, un sentier de Bédouns dévalant au travers d’éboulis grèseux et basaltiques permet de descendre sans trop de peine dans le lit de la branche occiden-

tale du O. Genaieh.

Le O. Geneh et son éventail d'amont. — Au sortir de l'étroit défilé resserré entre les grès rouges du mamelon fortifié et du G. Zafarani, on voit se développer, montant vers le nord-est en pente très douce, l’ample O. Geneh, au lit majeur large de plus de 300 m. bordé, à gauche, par des grès jaunâtres de faible hauteur surmontés d'une vaste calotte de basalte gris noir, à droite, par des grès sans revêtement basaltique dont la hauteur conservée va en croissant vers le nord-est. Au fond, la vallée paraît se briser et se replier à droite et à gauche à la rencontre de la barrière constituée par le grand mur de granite rouge qui domine toutes les collines en avant et ferme l'horizon.

Dans le lit de gravier du fond de cette large bande, l'érosion fluviale accidentelle a creusé un lit mineur large d'une centaine de mètres, profond d’un mètre ou deux, à berges très nettes et de tracé sinueux. Pas de végétation notable au fond du lit mineur; mais sur les plates-formes de gravier des berges, nombreux bouquets d'arbres, surtout d’acacias sejal dont quelquesuns sont d'âge et de dimensions remarquables: des chameaux broutent leurs épines, des troupeaux de chèvres noires se nourrissent des pousses vertes que l’on coupe pour eux en haut de l'arbre. Ces animaux appartiennent aux tribus bédouines qui exploitent les mines de Magharah et sont établies, non loin de là, dans des conditions voisines de la vie sédentaire. Nous avons

signalé déjà le petit hameau de l'angle sud-est du mamelon forüfié; un groupe plus important de maisons semi-troglodytiques existe sur le flanc gauche de la vallée, au pied de l'escarpement grèseux (v. la carte), et nous en rencontrerons d’autres sur le versant du O. Sidreh. Les mines, les arbres et le voisinage d'une eau excellente ont fait du district un des lieux de résidence les plus importants de la péninsule.

Un des chemins tracés par Major Macdonald suit le haut de la berge à gauche du lit central, détache un rameau vers le groupe des maisons bédouines du pied de la montagne noire et descend, un peu plus loin, dans le lit central où on le perd. Sur le flanc opposé de la vallée, dans cette section, les collines grèseuses sont d'abord assez basses, très attaquées par la dénudation, découpées en buttes parmi lesquelles débouche, à peu de distance de l'aval, un important ravin dont nous suivrons les lignes ; plus loin, les hauteurs de l'arrière-plan se rapprochent de la vallée, se dressent en une falaise d’une trentaine de mètres faisant face à l’escarpement grèseux de même hauteur qui, sur l’autre rive, sert de soubassement aux collines de basalte, Plus loin encore, à 1400 m. environ du mamelon fortifié, la vallée se partage en un éventail de branches supérieures, dont les principales sont les branches extrêmes de droite et de gauche. Celle de gauche marque la limite de conservation de l'épanchement basaltique et constitue, de ce côté, le sillon de base de la montagne noire, dans laquelle ses rameaux supérieurs fournissent des accès commodes; sur sa rive orientale, la dénudation a totalement enlevé le basalte, et le grès jaunâtre, profondément creusé par une foule de petits ravins, se montre à nu jusqu'au pied de la falaise granitique. Cette grande branche, dans les 500 ou 600 m. de son cours inférieur, immédiatement en amont du confluent coté 330, est remarquable par le lit en méandres creusé par l'érosion, sur une largeur de quelques mètres, dans une couche d’alluvions sablonneuses de grande épaisseur et assez consistantes pour que des berges verticales de 6 à 10 m. puissent s’y maintenir; il en résulte une sorte de chemin creux d'aspect fort étrange. À peu de distance au-dessus du confluent 330 se détache du thalweg, sur la droite, un ravin qui monte beaucoup plus vite et aboutit, au pied du granite, à la bouche de l'échancrure profonde dans laquelle se rassemblent les eaux de la source qui alimente toute la région.

Pour arriver là, point n’est besoin de suivre le lit impraticable duravin. Au confluent 330, on retrouve le chemin de Macdonald, qui gravit en lacets soigneusement excavés, faciles aux bêtes de somme, une pente raide aboutissant à une surface plane très encombrée de pierres, véritable aire de dénudation ! dans laquelle le sentier de largeur uniforme est bordé, à la manière de Macdonald, de deux petites haies de pierres retirées du milieu du chemin. Le voisinage de la falaise de granite rouge de 350 mêtres de hauteur cause une impression des plus saisissantes et qui va s’accentuant à mesure qu'on s’en rapproche. On finit par toucher le granite sur la ligne de la faille, on s'engage dans une gorge étroite et abrupte, dont le fond est encombré d'énormes blocs de granite rouge, et presqu'immédiatement, on trouve le puits, une excavation rectangulaire creusée dans le rocher et dans laquelle l’eau tient sa surface à quelques pieds au-dessous du sol environnant. L'observation a été faite à plusieurs reprises que ce puits est très différent des puits dus à l'industrie indigène qu'on rencontre dans la péninsule et qui tous possèdent un revêtement intérieur en maçonnerie rapportée; rien de pareil dans l’excavation de Magharah, dont le creusement peut être attribué sans invraisemblance aux mineurs de la première époque pharaonique. Son eau est excellente, abondante en hiver et pratiquement inépuisable dans la saison chaude.

Lorsqu'on tente de remonter la gorge au-dessus de la source, on avance avec peine au travers des amoncellements de blocs de granite tombés des crêtes, et l’on renonce vite à gagner le haut de la montagne par les sillons terriblement abrupts qui échancrent les flancs du ravin. On est là comme au fond d'un puits de granite rouge, écrasé par les masses que domine le pie du Tartir, sans échappée sur l'extérieur, dans un silence absolu, étouflant, sous une impression de solitude qui dépasse tout ce qu'on éprouve dans les grands défilés granitiques, O. Sidreh, O. Slé et vingt autres du sud de la péninsule, où l'on circule sur un lit de sable régulier et débarrassé de décombres; ce qui domine ici est précisément la notion opposée à celle d'un défilé, la notion quelque peu angoissante du sans issue.

1. Spécimen excellent du désert de pierres en région de stratification horizontale sans dislocations, soumise à l'influence agissante de la dénudation sèche,

Si l’on redescend maintenant dans le O. Geneh jusqu'à la cote 330, au concours des branches du grand éventail, on trouvera une ligne d'exploration facile vers l'est dans la branche extrême de droite, qui est la branche principale de la vallée et circule, un peu au-dessus, dans une sorte de conque (v. coupe grs) largement évasée dans le grès jaunâtre taillé, particulièrement au sud, en un curieux escarpement hémicireulaire. Au pied du granite, la conque se resserre et se prolonge dans la montagne rouge sous la forme d’un beau vallon qui ne s'étrangle point avant de s’être divisé en trois ou quatre ravins divergents ; il coupe profondément l'escarpe granitique et sépare du bloc montagneux du Tartir, terminé au sud-est par une échine à l'arête déchiquetée, un autre bloc allongé parallèlement au front général et de hauteur un peu moindre. Quant aux ravins supérieurs auxquels conduit cette vallée, ils permettent peut-être de s'élever sans trop de peine jusqu’à la crête que domine le Tartir ; il serait d’un intérêt véritable de faire de ce côté la tentative d'ascension à laquelle nous n'avons pas eu le loisir de nous livrer.

Aucun sentier, cependant, n’attaque de front l’escarpe granitique. Les hommes se tiennent dans les lignes de communication naturelles de la zone basse, où s’est formé, entre autres, un sentier très foulé qui suit le pied de la falaise au plus près, dans tout l'espace que comprend notre carte et sans doute fort loin en dehors de part et d'autre. Nous l'avons relevé sur plusieurs sections, où un pointillé fin l'indique. Au sud-est, 1l monte du O. Geneh et se tient, au pied du granite, sur la ligne la plus haute du glacis que sillonnent d'innombrables rigoles descendant à l’ouest et au sud ; il est quelquefois suivi, de ce côté, en place du grand chemin du 0. Sidreh, par les voyageurs se rendant au carrefour du O. Mokatteb. Au nord il est recouvert, à proximité du puits, par le chemin frayé de Macdonald, s’en détache pour franchir l’échine grèseuse de formes adoucies cotée 450, descend dans un ravin secondaire, remonte en lacets la pente opposée et gagne finalement, à l'extrême amont du bassin du Geneh du côté du nord, un col sans difficulté creusé au contact du granite et du grès et sur l’autre versant duquel il redescend dans un r'avin dépendant du O. Genaieh. Il monte et descend ensuite, toujours le plus près possible du pied de la grande falaise, au travers des

accidents de cette vallée haute, et nous le perdons de vue au nord-ouest, toujours aussi bien foulé, se dirigeant vers un point inconnu de la région du O. Baba. Toute la montagne sinaitique est ainsi parcourue d'un réseau de sentiers qui réservent bien des surprises au géographe, et dont les voyageurs européens n'ont jamais eu le temps de suivre, en dehors des routes traditionnelles, même une petite partie.

La montagne noire el ses abords. — La grande colline de basalte qui s'étend sur près de 2.000 m. de longueur, du nord au sud, entre Magharah et la falaise granitique, joue le rôle d'un obstacle qn'on tourne plus volontiers qu’on ne le traverse. Il est intéressant de suivre sa base. Le O. Genaieh, au-dessus des mamelons de Magharah, se divise en deux grandes branches dont celle de droite se poursuit dans la direction du nord, l'espace de 1.000 m. à vol. d'oiseau, puis tourne à l'est vers la grande falaise en détachant vers le nord un rameau secondaire. Ce Genaieh supérieur devient progressivement plus resserré, plus incliné, prend l'apparence des petites vallées telles que le Oumm Themaïm que nous connaissons plus au sud-ouest, avec des tournants pittoresques et de jolis bouquets d'arbres çà et là dans le lit de sable. A droite, les pentes noires de basalte se dressent extrêmement abruptes à 150 m. de hauteur, couvrant de leurs éboulis les talus clairs du grès sous-jacent ; à gauche, entre les deux branches du Genaieh, la dénudation a dégagé une zone basse dont la surface est tellement désorganisée, tellement hérissée d'obstacles secondaires de tout genre, que son parcours est difficile. Elle s'élève progressivement, vers le nord, jusqu'à ce qu'on retrouve le basalte conservé sur le grès, un autre groupe de collines noires qui remplissent toute la largeur de la zone d’effondrement et que nous n'avons pas relevées : nous nous limitons, de ce côté, au lit du Genaieh supérieur, dirigé maintenant vers la falaise granitique entre des berges grèseuses de couleur claire surmontées de grandes collines noirâtres. La pente de la montagne noire au sud, passé le tournant, reste abrupte, puis s'adoueit en même temps que la vallée monte plus vite; on arrive dans une sorte d'esplanade, cotée 385, où la vallée se subdivise en plusieurs rameaux dont les deux principaux se replient, à droite et à gauche, le long de la grande

falaise, et, bientôt réduits à l'état de ravines pierreuses et raides, permettent d’escalader assez facilement les pentes basaltiques environnantes. Du côté du nord-ouest, on est sur La ligne du sentier inexploré dont nous parlions tout à l'heure; au sudest, une courte montée aboutit au col coté 430, au contact du granite, d'où le sentier indigène poursuit, en montées et descentes, vers le puits du Tartir, et où le rameau le plus septentrional du O. Geneh prend son origine. Les éboulis basaltiques rendent assez pénible, à l’amont, la descente de ce ravin, qui s’adoucit plus bas et aboutit à l'aval, entre les hautes berges de sable consistant dont nous avons dit un mot, au grand tournant du O. Geneh principal, sur lequel la montagne noire dresse sa façade sud jusqu'au point où elle retourne au nord-ouest en face des mamelons de Magharah.

Tel est le cercle des vallées qui entourent la montagne noire. C’est naturellement sur les faces sud et ouest, où le fossé est descendu le plus bas, que le sommet est le plus difficilement accessible ; pour gagner cette aire supérieure, le mieux est d'emprunter l'un des nombreux rameaux de rive occidentale du vallon descendant du col 430 au contact de la montagne noire. On remarque que ces ravins, développés en longueur, descendent d’une crête très rejetée vers l’ouest et d’où la montagne tombe à pic sur le versant du O. Genaieh, ce qui revient à dire que la pente générale de l'aire supérieure est à l’est, parallèlement à l'inclinaison des strates grèseuses sous-jacentes.

L'ascension de la montagne noire, dominée par la falaise grèseuse de l’ouest et, de beaucoup plus haut, par la falaise granitique, procure cependant de belles vues sur les bassins de Genaieh et de Geneh et mérite d’être faite à cause des formes arrondies du basalte, si caractéristiquement différentes des formes déchirées des tables grèseuses et des arêtes granitiques. Dans ce district, où l'écoulement fluvial gouverne le profil des vallées mais où la déflation est le principal mode d'action de la sculpture de détail des roches, il semble que le basalte, plus compact que le grès, soit moins accessible à la désagrégation sèche et que l'action prédominante de l'érosion produise en terrain basaltique des formes comparables à celles des climats tempérés; les surfaces basaltiques ainsi dessinées n'échappent d’ailleurs pas, dans le détail, à la désagrégation sèche superficielle, qui se manifeste

par la production d'un cailloutis mobile sur les surfaces horizontales.

L’'aire supérieure de la montagne noire est un plan, renflé de petites croupes allongées, découpé par le réseau des ravins qui descendent à l’est et terminé, à l’ouest, à la crète rectiligne de l'escarpement du O. Genaieh. Dans les creux de cette plateforme, on a la surprise de rencontrer des buissons et quelques beaux arbres.

Le secteur entre Geneh et Sidreh. — Le G. Zafarani, au sommet de l’'échancrure creusée le long de la faille 2, se soude à l'extrémité d'une sorte d’échine ou de faisceau d’échines irrégulières de grès jaunâtre aux assises plongeantes au nord-est, dont les pentes tombent brusquement, au sud, dans le grand O. Sidreh élargi, tandis que du côté du O. Geneh, la montagne s'étend en une sorte de plateau accidenté, profondément attaqué par la dénudation et sillonné d’un inextricable réseau de ravines grandes et petites. Vers l’ouest, dans la zone plus profondément creusée que draîne un grandvallon aboutissant au Geneh non loin du G. Zafarani, les croupes sont de formes extrêmement adoucies, arrondies comme par l'action prédominante de l'érosion pluviale; les ravins ne se creusent en gorges, les tables grèseuses brisées ne commencent à faires saillie sur les flancs qu’au-dessus de l'horizontale 350, qui marque à peu près, du nord-ouest au sud-est, l’affleurement de tables inclinées plus dures qui se brisent en escarpement sur le O. Geneh même. A peu de distance audessus, d’ailleurs, sur le versant de Geneh, les formes adoucies reprennent leur prédominance, jusqu'à ce que la zone vallonnée se soude, à l’amont, au glacis plan issu du pied de la falaise granitique et qui absorbe également l’arête de formes déchirées qui court vers le G. Zafarani à l'altitude moyenne de 400 m. |

La meilleure ligne d'exploration, dans cette zone, est fournie par le grand vallon qui débouche près du bas de O. Geneh. Rien de particulier à noter, au point de vue lopographique, avant l'entrée en gorge abrupte, un peu au-dessous de la courbe 350, au point où la vallée détache un rameau dans la direction du sud. Suivons d'abord le rameau principal vers l’est, franchissons une cascade sèche fort pittoresque, et nous sortirons, au-dessus,

dans une région de formes douces analogues à celles du bas de la vallée. Aux environs de la courbe 400, les vallées parallèles coupent une épaisse lame basaltique insérée, à leur inclinaison, entre deux assises grèseuses; nous avons parlé, au précédent chapitre, de cette cheminée de sortie du grand épanchement. Si l'on pousse de là une pointe au nord, on arrivera vite sur la crête de la conque hémicirculaire du Geneh amont ; si l’on continue vers l'est, on abordera le glacis du pied du granite, où passe le grand sentier bédouin du pied de la falaise, et dont la pente uniforme au sud-ouest est creusée de nombreuses ravines d’abord parallèles qui se répartissent, ensuite, entre les deux versants de la montagne.

Redescendons maintenant sur le versant sud par le ravin au fond duquel s'abrite la maison de sheikh notée sur la carte, une habitation cubique en maçonnerie liée, perchée au sommet d'une éminence, qui paraît luxueuse et singulière dans ce pays; elle était en construction à la fin de 1904. A peu de distance plus bas, on aboutit dans le O. El Rharageh, dont le cours supérieur infléchit à l’est et que nous n'avons pas relevé plus loin; il marque, en aval, la limite entre la montagne grèseuse accidentée et les grandes surfaces plus complètement démolies de la rive droite du O. Sidreh, où les arêtes des tables inclinées sortent seulement, de distance en distance, d’un lit de sable en pente douce.

Le O. El Rharageh descend sans accident dans le O. Sidreh. Pour revenir vers l’ouest, empruntons le sentier qui passe dans l’échancrure entre deux langues rocheuses cotées 350 à la base : il nous conduira au bord d’une conque très profondément dessinée (v. coupe grs) dont il est intéressant de gagner l'intérieur, à flanc de coteau, au pied d’un abrupt de 25 ou 30 m. de hauteur qui forme le fond du cirque. Un sentier en lacets le gravit, s'engage par un ravin ascendant dans une montagne de formes déchiquetées très pittoresques, traverse, au sommet du col, un petit désert de sable fin avec dunes en mimature, et redescend, sur le versant nord, dans la zone où notre vallée de départ se creuse en gorges au passage de couches grèseuses résistantes. Dans un ravin secondaire, à l'issue inférieure des lacets du sentier on franchit une cascade, analogue à celle déjà rencontrée, et au pied de l’escarpement, dans une sorte de grotte, on trouve une

R. Wei. — La presqu'île du Sinai. it

cavité où les eaux d'écoulement se rassemblent et se conservent en quantité assez grande. Ces eaux, beaucoup moins éloignées de Magharah que celles du puits du Tartir, contribueraient utilement à l’approvisionnement de la place si elles étaient moins chargées d'impuretés terreuses.

Du fond de la conque à l'ouest du O. El Rharageh on peut aussi gagner les abords de Magharah par le versant méridional des hauteurs; un sentier bédouin, également noté sur la carte, indique le chemin à suivre. De curieuses habitations indigènes se blottissent dans une grotte au pied de l’escarpement hémicirculaire. Au delà, on chemine à niveau le long des corniches formées par les tables grèseuses en retrait les unes sur les autres, brisées sur le O. Sidreh et plongeant au nord-est à contrepente (v. coupe mnop, extrémité droite); on s'élève ainsi lentement et l’on aboutit au-dessus du col dont l’autre flanc est formé par le grès rouge du O. Zafarani et d’où l'on descend à volonté dans une vallée ou dans l’autre.

Toute cette petite montagne est sillonnée, comme on voit, de sentiers aménagés par des siècles de passage humain. Nous avons vu le sentier du Geneh inférieur au O. El Rharageh, par la source aux eaux argileuses, et l'autre sentier par le col du G. Zafarani, le flanc méridional de la vallée et la conque à l'ouest du Rharageh; du fond de cette conque, un autre chemin descend directement dans le O. Sidreh, et un autre encore du col du G. Zafarani, du haut duquel la descente au sud est abrupte et pittoresque !; du côté du nord, différents sentiers y accèdent qui permettent de descendre dans le O. Geneh par le vallon du cimetière bédouin ou, si l'on veut, plus à droite. Tous ces chemins sont utilisés, actuellement, par la population relativement nombreuse qui s'occupe à chercher des turquoises à Magharah et habite d’une manière sédentaire des hameaux dont nous avons rencontré trois ou quatre, sur le flanc nord du O. Geneh et aux abords du 0. El Rharageh; mais il né fait pas de doute que les principaux centres d'habitation sont situés plus loin, dans les replis des grands espaces de terrain au sud-est du O. El Rharageh, en dehors des limites qu'il a été possible à nos relevés d'atteindre.

L. La phot. de Petrie, Researches, n°38, p.36, est prise du huat du mamelon de Magharah par-dessus le col, dans la direction du sud; à droite, le G. Zafarani; à gauche, la région tabulaire inclinée ; au fond, la plaine du Sidreh amont.

La montagne au sud du O. Sidreh. — Le G. Abou Alagha, dont la cime calcaire se dresse à près de 750 m. d'altitude dans les limites du horst entre failles 3 et 4, est d'exploration difficile à cause de l’escarpement de ses flancs et du petit nombre des sillons naturels qui pénètrent à l’intérieur. Les couches calcaires se superposent aux assises grèseuses dont la série entière est iei conservée et repose, à l’air libre, sur le granite rouge de l'infrastructure, de sorte qu'une étude complète de la stratigraphie de la montagne donnerait des renseignements définitifs sur la puissance, à Magharah, du dévonien et du crétacé supérieur; cette étude est à inscrire en première ligne au programme de l'exploration géologique future de la région !. Notons seulement que la succession complète des couches apparaît sur deux fronts de la montagne, au nord, d’abord, le long de l’entaille souvent décrite du O. Sidreh, puis à l’est, au fond du petit O. Madhba dont nous avons signalé, au précédent chapitre, les particularités géologiques. Il monte dans le grès rouge et se heurte à une énorme muraille dont la base est formée par un escarpement de granite rouge à pic sur 20 m. C'est la faille n° 3 qu'on rencontre à cette place. Le ravin se replie à angle droit, le long de l'escarpement de la lèvre surélevée, en deux branches opposées dont celle du sud se laisse suivre facilement assez loin, puis finit à une muraille abrupte. L'accès des pentes d'Abou Alagha, de ce côté, paraît présenter des difficultés sérieuses.

Au sud du O. Madhba, la montagne grèseuse en dehors des limites de notre carte, sur la rive O0. du O. Sidreh, reste haute et abrupte dans la direction du O. Mokatteb; ses lignes intérieures sont naturellement inexplorées.

TOPOGRAPHIE ET HISTOIRE DU SARBOUT EL KHADIM (cartes 4, 5 et 6) Nous avons expliqué, au paragraphe I du présent chapitre, que

le promontoire délimité de trois côtés par le O. Bateh, le 0. Suwig et le O. Sarbout est un bastion extrêmement abrupt sur ces val-

1. Cf. d'ailleurs, sur la géologie et la configuration du G. Abou Alagha, Baïron, loc. cit., p. 24.

lées et seulement accessible avec facilité du côté où il se relie au grand massif montagneux du sud (v. carte 2), d'où monte de la région deMagharah, par les O. Sidreh et Oumm AJraf, la route principale qui donne accès au temple du Sarbout et aux mines exploitées anciennement sur l’aire supérieure du plateau aux alentours. Cette route n'avait été signalée avant 1904 par aucun voyageur ; tous les visiteurs du Sarbout, avant nous, avaient invariablement abordé la montagne par la falaise du O. Suwig et le sentier impraticable du O. Dhaba ! dont les difficultés ont produit une impression si justifiée sur tous les auteurs de descriptions. Qu'ils vinssent par là, cela s'explique en considérant que le Sarbout n'était généralement pour eux qu'un point intéressant sur le chemin supérieur du versant occidental, du O. Gharandel à la grande montagne sinaïtique par le O. Taiebah, le O. Hamr, le O. Suwig et le O. Khamileh. Pour qui connaît cependant les conditions de la localité minière du plateau, 1l est évident d'avance que les Égyptiens possédaient un autre chemin d'accès que l'échelle du O. Dhaba, et dès avant l'expédition de 1904 nous cherchions ?, d’après les relations de voyage et les cartes existantes, à discuter ce problème partiellement élueidé aujourd’hui. Nous aurons à y revenir un peu plus loin. | En amont du point où le O. Oumm Ajraf détache au nord-est, dans la direction du Khamileh supérieur, le O. El Hamr qui permet un passage facile d'une vallée dans l’autre, ce Oumm Ajraf prend le nom de O. Sayeh et infléchit progressivement au nord-ouest dans le grès rouge superposé au schiste. Le O. Sayeh se rétrécit et se creuse entre des murailles grèseuses tout à fait semblables à celles de la région du Genaieh mais moins hautes, parce qu'à l'altitude où l’on se trouve, la plate-forme supérieure du plateau est toute proche : on voit cependant se dresser à l'arrière-plan, dans diverses directions, de hautes montagnes

1. On a la preuve, cependant, que plusieurs voyugeurs sont arrivés au Sarbout ou en sont partis par la route Sidreh-Oumm Ajraf, notamment, en 1878, F. W. Holland (v. Weill, Rec. du Sinaï, p. 73, n. 3); Macdonald, de toute évidence, eut l’occasion de la connaître, pendant les vingt ans de ses investigations dans le pays, et nous croyons savoir aussi que G. Bénédite, en 1889 ou 1890, est descendu par là du Sarbout à Magharah. Il est à regretler que Macdonald, Holland et Bénédite aient fail connaître si peu de chose de leurs notes sinaïtiques.

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