GÉOGRAPHIE ET ROUTES
Au chapitre précédent (paragraphe TI), nous avons arrêté la description géographique du versant occidental à la ligne des O. Feïran et Esh Sheikh, qui dans sa partie supérieure, creusée dans un système de failles avec chute au nord, constitue le sillon de base du grand massif cristallin du sud de la péninsule. Il nous reste à décrire cette montagne méridionale, mieux connue en certaines parties que la région au nord du Feïran, parce qu'elle renferme les massifs que la tradition chrétienne, et à sa suite la tradition arabe, considèrent comme ceux du Sinai biblique. Ce sont les blocs granitiques du Serbäl, et au sud-est, ceux dont le G. Mousa et le G. Katherin forment les pointes et qui renferment le couvent de Sainte-Catherine. L'intérêt qu'on attache à ces lieux nous vaut de posséder, dans les limites de deux rectangles de quelques kilomètres d'étendue, les levés complets exécutés par les membres du Survey de 1868, mais partout en dehors, le pays est aussi incomplètement exploré que dans la zone grèseuse, en ce sens qu'on n'y a encore relevé que des routes, séparées par de vastes blocs de montagne inconnue. Le réseau de ces routes, cependant, doit au voisinage de Sainte- Catherine et à ses communications avec la côte, à Tor, d'être relativement serré, comme on s’en rend compte en jetant les yeux sur les cartes du Survey où simplement sur celles des diverses éditions du Baedeker de la péninsule qui en sont les dérivés directs. A ces descriptions cartographiques il faut ajouter la belle carte topographique et géologique, précise pour la plaine d'El Gâa, qui accompagne les Korallenriffe de Walther, les cartes topographiques et géologiques publiées par Hume et Barron
dans leurs mémoires de 1906 et 1907 et qui ont surtout de la valeur pour l'extrémité sud du versant oriental, enfin un précieux croquis publié anciennement par Laborde et qui ajoute notablement à notre connaissance du O. Hebrân d’après les levés généraux. Dans l'ordre des descriptions, les documents essentiels sont toujours, — outre Walther et Hume pour El Gäa, la base des montagnes et la pointe méridionale, — les mémoires de l' Account of the Survey, dont la substance a passé dans un grand nombre d'ouvrages de vulgarisation, et que suppléent, pour l'usage courant, les abrégés de Baedeker.
Ce qui frappe d'une manière générale dans cette zone, outre l'incomparable beauté des massifs granitiques de 2.000 et 2.500 m. d'altitude au milieu desquels on circule, c’est la fréquence et l'abondance de l'irrigation naturelle des gorges, où se rassemblent des ruisseaux permanents dus à la fonte des neiges des sommets et au lent filtrage de eaux d'écoulement par le lit de sable qui garnit le fond ; le ruisseau coule tantôt sous le sable, tantôt à la surface sur quelques kilomètres, et dès qu'il émerge il donne naissance à une végétation touffue, à de vrais fourrés d'apparence tropicale qui entourent de beaux arbres, palmiers, acacias, tamarisques. Si l’on songe que cette flore abondante et vigoureuse se resserre, en une foule d'endroits, dans le fond d'une gorge tortueuse large de quelques mètres, entre de formidables escarpements de granite rouge zébré de diorite et de porphyre, on imagine dans une certaine mesure l'étrange et magnifique impression que produisent sur le voyageur quelques-uns de ces défilés, dont le parcours occupe une demi-journée de marche.
Les routes principales ! peuvent se classer en deux faisceaux : prolongements des routes supérieure et inférieure précédemment décrites jusqu'au couvent de Sainte-Catherine, et communications du couvent de Sainte-Catherine avec la petite ville de Tôr sur la côte.
Lorsqu'on se dirige sur Sainte-Catherine par le O. Feiran, aussitôt qu'on a franchi l’étroit défilé d'El Bab, la « porte », au-dessus du O. El Akhdar, et qu’on arrive au point où le Feïran finissant se divise en ses deux branches du O. Esh Sheikh et du O. Seläf, il faut choisir entre les routes qu'ouvrent ces
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deux vallées. Le O. Esh Sheikh, au bout d'une dizaine de kilomètres, reçoit du nord les deux vallons parallèles peu distants, nommés tous deux O. Soléf, qui viennent du O. El Akhdar et par où continue, comme nous savons, la route supérieure de la ligne Khamileh-Barak-Lebweh-Berrah : les vallées en amont de ce point de rencontre, O. Esh Sheikh et O. Sahab, jouent le rôle, dans la constitution des itinéraires habituels, de prolongement de cette route supérieure, et sont sans rapport avec le O. Feïran. Dans la plupart des cas, le voyageur montant du Feïran poursuit par le O. Soläf, sur la rive méridionale duquel s'embranche, au bout de 8 kilom., la route qui conduit à Tor par-dessus le nagb Edjaweh et la descente du O. Hebrân. Audessus, le O. Seläf aboutit à la base du nagb EL Häwi !, dide gorge de montée abrupte enserrée de murailles de granite de plusieurs centaines de mètres de hauteur, et du haut de laquelle on contemple en face de soi le G. Mousa etle G. Katherin; de l'autre côté du col (1.550 m.), une faible descente amène dans le large vallon d'Er Râha, qui conflue avec l'extrême amont du O. Esh Sheikh au point précis où remonte, dans le prolongement d'Er Räha, le O. Ed Dèr, « vallée du couvent », qui monte en pente raide et dans laquelle s’abrite, à 1.530 m. d’altitude, le couvent de Sainte-Catherine.
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L'autre route conduisant au couvent est celle qu'amorcent, venant du O. Berrah par delà le O. EI Akhdar, les deux petits O. Soléf à leur débouché dans le O. Esh Sheikh. On a le choix, en ce point, entre la route directe mais abrupte du O. Sahab, qui franchit un col à 1.150 m. et redescend sur la route précédente à l'extrémité du O. Selàf, à la base du nagb EI Hàwi, et la route la plus pratiquée fournie par le O. Esh Sheikh dans tout son développement en demi-cercle. Cette vallée monte, vers l’est, largement creusée au pied du grand escarpement granitique dans lequel elle semble attendre que s'ouvre une porte. Le sentier traverse des fourrés de tamarisques de plus en plus nombreux qui se transforment, à un moment donné, en un véritable bois de 2 kil. de longueur, dont les arbres aux énormes branches
1. Cet itinéraire par le O. Solàf et le nagb El Hawi, le plus direct de Feiran à Sainte-Catherine, était suivi par une antique route construite et pavée, dont Rüppell a relevé les vestiges en 1826 (Reisen in Nubien etc. 1829, p. 261).
tordues sont très vieux. A peu de distance au-dessus, le flanc gauche de la vallée s'ouvre, à niveau du fond, sur une plane de sable doucement ascendante dont on n'aperçoit pas les limites à l'est et au nord, et qui s'étend peut-être jusqu'au pied de la falaise calcaire, se reliant vers l'ouest aux sables de la grande plaine de Ramleh. Des chemins s’éloignent, dans ce désert de sable, vers les gorges toutes proches du versant oriental de la péninsule. Mais l'échappée sur l'espace libre ne dure qu'un instant, car aussitôt la vallée tourne à droite, franchement au sud, et pénètre avec la route au cœur de la grande montagne par le défilé grandiose d'El Watiyeh, au-dessus duquel un long sillon dans le granite, orienté nord-sud en discordance avec les nombreuses lignes N.-0.—S.-E. du versant occidental, est dessiné par le O. Esh Sheikh et le petit vallon ascendant du O0. Es Sadad !, que prolongent sur l’autre versant la descente du O. Sebayeh et le cours supérieur du O. Tarfah que nous suivrons tout à l'heure. Notre route monte d'abord le O. Esh Sheikh, traverse la plaine évasée où l'on remarque le tombeau de Nebi Saleh, arrive au confluent du O. Es Sadad, évite la ligne droite offerte par ce ravin pour obliquer à droite avec la vallée principale qui reçoit, comme nous avons vu, le grand vallon d'Er Räâha, descendant du nagb El Hâwi, et que prolonge la remontée du O. Ed Dér.
Au-dessus du couvent (1.530 m.), le O. Ed Dêr poursuit une montée abrupte dans la même direction, sous le nom de O. Schouaïb, jusqu'à un col à l'altitude de 1.730 m. de l'autre côté duquel on descend sans difficulté sur le point culminant (1 570 m.) du fossé nord-sud dont nous parlions tout à l'heure, O0. Es Sadad descendant au nord dans le O. Esh Sheikh, O. Sebayeh descendant au sud. Quant à la montagne à laquelle s'adosse le couvent et qui se dresse du côté occidental du fossé de base constitué par les O. Ed Dêr et Schouaib, bornée sur l’autre flanc par le fossé parallèle du O. El Ledja, elle forme le massif du G. Mousa de la tradition sinaïtique, qui réserve particulièrement ce nom à l'extrémité méridionale, dont la pointe monte à 2.240 m., tandis que l'extrémité nord, un peu moins élevée, garde le nom plus purement indigène de Ras Es Safsafeh.
1. V., pour les environs immédiats de Sainte-Catherine, le croquis de
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Le couvent de Sainte-Catherine, les chemins d'accès à la montagne, le G. Mousa, le Ras Es Safsafeh, l'espèce de haut plateau hérissé de pointes et d’arêtes qui sert de soubassement aux cimes traditionnelles et que parsèment chapelles, ermitages anciens, petits couvents abandonnés, monuments frustes de toutes les époques, et sur l’autre versant le O. El Ledja avec ses jardins et le petit couvent ancien d'El Arbaïn, tout cela constitue un ensemble extrêmement intéressant mais dont nous ne croyons pas nécessaire de donner une description après tant d’autres. Nous aurons d’ailleurs à y revenir plus loin, pour la topographie et l’histoire des établissements chrétiens. pains nous, Il, à renvoyer le lecteur aux documents principaux cités plus haut et, particulièrement, aux nombreuses photographies du couvent et des alentours et qu'on trouve dans les albums du Survey, à compléter par quelques vues récentes de Petrie, Researches, n° 164- 169 (p. 238), et, si l’on veut, par un petit nombre de jolis dessins de J. Keast Lord (The Leisure Hour, 1870, pp. 617,713). Notons aussi que l'enceinte du couvent est un des points les mieux alimentés de la péninsule en eau potable, qui sort de nombreuses fontaines bien captées et jamais taries ; sous les murs, le long de la vallée descendante, dans des jardins dont la fertilité est soigneusement entretenue depuis des siècles, tout un système de ruisselets alimente des potagers étendus et de beaux arbres en grand nombre.
Arrivons maintenant aux communications du couvent avec la côte de la mer Rouge à Tôr. Des deux routes principales que nous allons indiquer, la plus fréquemment suivie est celle du O. Hebrân, qui s'embranche au sud sur le chemin précédemment décrit du O. Soläf, assez loin en aval, par la montée du court O. Edjaweh, aboutissant à la cote de 1.000 m. au nagb Edjaweh, de l’autre côté duquel commence la descente du O. Hebrän. La route est fort belle, dans cette étroite et tortueuse vallée où le sentier traverse d'épais fourrés de palmiers et de tamarisques f. Des sources chaudes, très claires, jaillissent dans la partie supérieure, et plus bas, dans la zone où la vallée s’étrangle et se contourne plus encore avant de sortir dans la plaine, coule un ruis-
1. Belle phot. prise dans le O. Hebràn, dans Hume, The lopography and geology of the Peninsula of Sinai ete. (1906), pl. IV (p. #4), et Barron, &b. (4907), pl. III (p. 79).
seau permanent d’eau fraîche. Sur sa rive gauche, la vallée lance vers l’est plusieurs branches importantes, le O. Ghor, le O. Barabra, le O. Eth Themed, que Laborde seul, en 1828, a relevées |, etque le Survey ignore ; Barabra et Eth Themed sont des ravins bien arrosés qui communiquent entre eux par l'amont et d'où un chemin facile, à ce qu'il paraît, conduit à l’est dans la région des vallées entourant Sainte-Catherine.
Au-dessous du O. Ghor, on débouche brusquement dans le grand espace d'El Gâa, dont le glacis en pente insensible se traverse obliquement sur 30 kil. pour toucher le rivage à Tor. Le long de cette route par El Gâa, Hebrân et Soläf, on suit encore les vestiges du chemin carrossable que le khédive Abbas I fit construire de Tôr au Sinai dans les dernières années de son règne.
L'autre route de Sainte-Catherine à Tôr, plus directe, gagne le sillon nord-sud Sadad-Sebayeh par le col au sommet du O. Schouab, au-dessus du couvent, puis descend le O. Sebayeh, fait un crochet bref par le O. Routig et le O. Rahabeh, et reprend la direction du sud, dans la ligne même du O. Sebaveh, par le O. Tarfah, qui prend en un certain point de sa descente le nom de O. Slé; O. Tarfah et Slé dessinent, en plan, un quart de cercle à droite, infléchissant progressivement à l’ouest avant de déboucher dans El Gäa. Le défilé du O. Slé est un des passages les plus parfaitement beaux de toute la péninsule, extrêmement resserré sur une étendue de plusieurs heures de marche, tortueux Jusqu'à paraître enroulé sur lui-même, entre d’extraordinaires falaises verticales de granite rouge, parcouru par un ruisseau qu'accompagne, dès qu'il vient à la lumière, une végétation exceptionnellement vigoureuse où figure un élément nouveau pour nous, de grands roseaux serrés en fourrés dans les fonds humides ; ailleurs, les arbres habituels, palmiers et tamarisques, puis des prauries, des plantes aromatiques, des genêts, des arbustes groupés en buissons épineux ?. A un dernier tournant de la gorge, avec la brusquerie habituelle à la configuration de ces vallées, on sort sur la plaine d'El Gâa, où l’on a 24 kil. de chemin à couvrir pour gagner le point d'arrivée sur la côte.
4. Laborde, Voyage de l'Arabie Pétrée (1830), p. 65 et croquis topographique pl. 16.
2. Cf. la description des O. Slé et Tarfah dans Hume, Loc. eit., p. 46 suiv., et les jolies phot. des pl. V (p. 49), VI à (p. 56).
Tôrest une petite ville, — la seule de toute la péninsule, — qui doit son importance à la création de l'immense établissement quarantenaire régi par la éommission sanitaire internationale de l'Egypte, qui fait barrière chaque année au passage des pèlerins de tout l'Occident, Egypte comprise, se rendant à La Mecque par la voie de la mer Rouge !. A l’époque où cette vaste organisation n'existait pas encore, Tôr était un village de pêche égypto-arabe, un petit groupe de maisons parmi trois ou quatre hameaux voisins, Groum, Gebeleh, El Ouady, mais particulièrement favorisé par sa position au bord d'une crique profonde, protégée par les coraux de son rivage et les formations corallines qui se développent à peu de distance au large ?. Les puits d’eau douce, alimentés par une nappe de sables aquifères et forés en grand nombre par le service de la quarantaine, sont pratiquement inépuisables ; la richesse des habitants en eau douce a été de toute antiquité assez grande pour leur permettre les fructueuses plantations de palmiers-dattiers qui donnent à la plaine à l’entour, principalement au nord-ouest, l'aspect d’une vaste oasis. A peu de distance au nord vient expirer le chaînon côtier du G.Arabah, sous les noms de G. Nakoûs et G. Hammam Mousa ; ce dernier contrefort est ainsi nommé des sources sulfureuses chaudes qui jaillissent à son pied, sœurs de celles de Hammam Faraoun et chargées de sel au contact des mêmes formations gypseuses. L
Les deux portes du O. Slé et du O. Hebrân, bien que les plus fréquemment pratiquées, ne sont pas les seules qui s’offrent au voyageur venant de Tôr, à travers El Gäâa, pour pénétrer dans la grande montagne. Entre Hebrän et Slé existe, d'abord, l'intéressant passage du O. Mear, dont les branches supérieures vont aboutir, au nord-est, dans le réseau des vallées qui avoisinent Sainte-Catherine, tandis que la branche du O. Zeraigiyeh, infléchie au sud-est, permet de redescendre par le O. Bereika dans
1. Pour les pèlerins qui empruntent la route de terre par le nord de la péninsule, Kalaat en Nakhl et Akaba, la quarantaine est en vue de Suez ou en d’autres points spécialement aménagés de la frontière de l’isthme.
2, V. la carte d'ensemble, et le carton à grande échelle. qui l’accompagne, à la fin de Walther, Korallenriffe.
3. V. coupe géologique de Fourtau, La côte ouest du Sinai, p. 19, et ce qui est dil sur le fonctionnement et l’alimentation de cette nappe d’eau au précédent chapitre 1v, parag. I.
le O. Rahabeh à l'endroit où commence à l’amont le O. Tarfah. Tout ce cercle de vallées, bouclé sur la plaine à l'embouchure des O. Mear et Slé, a été, comme nous verrons, remarquablement exploré par Burckhardt ; il enserre le colossal G. Oumm Shômer, dont l’escarpe sud-est, qui finit en abîme sur le O. Slé, est entaillée par les O. Rimhan et Oumm Ouajid, par où on arrive également à passer dans le O. Zeraigiveh et qui fournissent l'accès le moins difficile aux gradins supérieurs de la montagne.
Au nord-ouest du O. Hebrân, une quatrième porte dans la muraille granitique est ouverte par le O. Gebâa, dont la branche la plus intéressante est le O. Sigilliyeh ; la montée jusque-là est extrêmement ardue, tellement que la belle conque, bien arrosée, du Sigilliyeh amont, dépend géographiquement du bassin de Feîran, où l'on accède par l’amont du O. Er Rimm el Mahasneh. Le col est franchi par une antique route pavée, construite au prix d'importants travaux et dont nous verrons plus loin le rôle ; descendue jusqu’au confluent où le O. Er Rimm el Mahasneh devient, plus généralement, le O..Er Rimm pour confluer, plus bas, avec le grand O. Solàf, la route remontait à gauche pour gagner, par un nouveau col, le O. Ajelât et descendre directement, par là, sur l'oasis de Feïran et sa ville antique.
Le demi-cercle des ©. Sigilliyeh, Er Rimm el Mahasneh et Ajelât constitue, comme on voit, le fossé de base du grand G. Serbâl, auquel on accède par un sentier très antique, lui aussi, embranché sur la route pavée au col du haut du 0. Sigiliyeh. À l’ouest, la base de la montagne est dessinée par le fossé rectiligne dont le O0. Adjeleh constitue la moitié sur le versant septentrional.
Il faut enfin parler d'une cinquième route qui, issue de Tor, se prolonge le long d'El Gâa, au nord-ouest, jusqu'à l'extrémité de la grande plaine, passe dans le O. Feïran par la brèche que produit en cel endroit, dans la montagne caleaire, le grand synclinal d'El Gâa, et remontant un certain temps le Feîran aval, rejomt à l'embouchure du O. Gharaouel la grande route du versant occidental, venue par le O. Sidreh et Mokatteb (v. ci-avant, chap. 1V, paragraphe I et carte 2). Cet embranchement de la route ordinaire, par Markha, Shellal, Bouderah, Sidreh et Mokat-
teb comme d'habitude, mais ensuite par Feiran aval et El Gâa dans sa longueur, fournit le chemin le plus court aux voyageurs qui suivent la côte ouest de la péninsule pour se rendre à Tor ; il est peu usité à cause de la tristesse et de l’aridité de sa dernière section, qui traverse aux abords du Feiran aval des grès et des calcaires sans eau, avant de s'engager dans la désolation de la grande plaine, tandis que la route ordinaire, à partir du moment où elle débouche dans le O. Feiran, ne sort plus de l'agréable région du granite, des oasis et des sources.
Pour l'observateur qui contemple, de Tôr, la grande façade granitique dé l'arrière-plan, les motifs saillants du tableau sont la masse du Serbàl, à l'extrémité gauche, et vers la droite, d’énormes blocs montagneux où l'œil arrive à distinguer, séparés par la coupure du O.Slé, le G. Oumm Shômer à gauche et le G. Thebt à droite. Cette ligne du O. Slé marque la limite à partir de laquelle le territoire de la péninsule, vers le sud, devient de parcours moins habituel que les routes que nous venons de décrire. La carte d'ensemble, toutefois, est établie avec une sûreté suffisante en ce qui concerne les lignes des vallées sur l’un et l’autre versants. Les documents géographiques principaux sont toujours, avec la carte du Survey, celles de Hume et Barron, mais il importe de ne point les lire, sur le versant occidental, sans les compléter par la carte déjà citée de Walther dans Korallenriffe. Walther a soigneusement étudié la surface de la plaine d'El Gâa et des montagnes granitiques qui la bordent ; on a de lui, dans la région de la pointe méridionale, des observations spéciales sur l'ilot d'El Masrayeh !, sur le O. Moukheired et les particularités de l'histoire de son creusement?, sur le O. Hascheb, qui débouche non loin du Ras Mohammed et dans lequel on observe les formations de grès éoliens dont il a été question plus haut *: un peu plus loin à l’est, on arrive au petit hameau pêcheur de Scherm, groupé au voisinage d’une source i.
1. Walther, Denudation, p. 20. Un ilot granitique analogue dans les alluvions d'El Gâa est le Krèn Outoùd dont on trouve une jolie vue dans Barron, loc. cit., pl. VII (p. 187).
2, Walther, Ueber Ergebnisse etc., p. 4; Denudation, p. 60.
3. Walther, Ueber Ergebnisse elc., p. 9; Korallenriffe, pp. 14, 19 (coupe fig. 13) ; Denudation, p. 176-177; Wüstenbildung, p. 107.
4. Voir, entre autres documents sur Scherm, Hume, loc. cit, p. 86 et la jolie vue de pl. XVI (p. 136).
R. Weu. — Lapresqu'ile du Sinai. 13