‹ La Presqu'île du SinaiChapitre 76 sur 151 · SINAI BIBLIQUE ET SINAI DE LA TRADITION CHRISTIANO-MODERNE · texte numérisé non relu

SINAI BIBLIQUE ET SINAI DE LA TRADITION CHRISTIANO-MODERNE

La géographie gréco-latine, qui manifeste depuis le n° siècle av. J.-C., nous l'avons vu, une connaissance assez complète des rivages et des ports de la péninsule, reste longtemps ignorante de ce qui se trouve à l’intérieur de son territoire, où nous nous engageons pour la première fois avec Ptolémée. Il y connaît ! une ville de Pharan, appelle promontoire de Pharan sa pointe méridionale, le Ras Mohammed d’aujourd’hui ?, et Pharaniles ses habitants, ce qui revient à comprendre sous le nom de Pharan au moins une large portion du territoire entre les golfes. Ceci, toutefois, n’est pas nouveau à l’époque de Ptolémée, car chez Pline, déjà, nous rencontrons le nom de Pharan employé

1. Ptolémée, V, xvr ; C. Müller, Ptol. Geogr., t. I, p. 993-995.

2. C'est la première fois qu'on rencontre un nom attribué à cette pointe remarquable ; le Poseidion mentionné par Diodore et Strabon n'est pas, comme on a voulu le comprendre à diverses reprises, au Ras Mohammed, mais au point de départ de la navigation d’Ariston, c’est-à-dire au fond du golfe d'Heroopolis.

pour désigner en général l'Arabie Pétrée !. Quant à la ville de Pharan de Ptolémée, il ne fait pas de doute qu'elle soit identique à celle qu'on connaît sous le même nom, à partir du rve siècle, dans l’oasis de Feiran dont nous venons de décrire le site et les ruines ; et l'on voit ainsi que cette ville, occupée par les premières colonies chrétiennes arrivées à la fin du rm siècle, existait déjà longtemps auparavant. La chose n'est point singulière, une fois constaté, par l'exemple de l'oasis de Tôr, qu'il y avait anciennement des villes dans les endroits habitables de la péninsule, et rien de plus ne serait à ajouter si la rencontre fréquente du nom de Pharan, dans la Bible, ne nous obligeait à nous demander s'il peut y avoir entre le Pharan biblique et le Pharan de Ptolémée quelque rapport.

Il faut exclure, tout d’abord, l'idée que Ptolémée a pu nommer la ville et la péninsule par identification avec le désert de Pharan de la Bible, et parce que l'itinéraire traditionnel de l'Exode passait non loin de cette oasis remarquable. Il n'y avait pas, à cette époque, d'itinéraire traditionnel de l'Exode, et Ptolémée n'a pas connu la Bible plus qu'aucun autre Grec de son temps. L'eût-il connue, qu'il eût été dans l'impossibilité d'interpréter l'Exode au point de vue géographique, étant donné qu'au sein des colonies juives égyptiennes de la période alexandrine et de la période romaine, on ne savait plus rien de la localisation de l’Exode entre le passage de la mer Rouge et l’arrivée en Palestine. Cette ignorance, assez extraordinaire au prime abord, s'explique lorsqu'on remarque que le texte seul, et non sa géographie, avait de l'importance comme fondement de la foi juive, et que de tout temps la théologie Juive ne s’est exercée que sur des textes et des commentaires de textes ; ne s'est-on pas étonné souvent que les Juifs n'aient jamais eu l'idée d'aller en pèlerinage au Sinai, du jour où il fut admis que la montagne sacrée était dans la région de la péninsule où on la place aujourd'hui encore? Tout se passe comme st, pour l'esprit juif, le Sinai avait toujours été une image, un nom dans le texte, el non une montagne véri-

1. Pline, Jlist. Nat., XXXVITI, 40, à propos des améthystes : « On en trouve aussi dans cette partie de l'Arabie qui est limitrophe de la Syrie et qu'on nomme Pélrée,., Une autre variélé... se nomme sapenos % on la nomme aussi pharanilis, du nom du pays où on la trouve, qui est limitrophe de l'Arabie, »

table, En tout cas, cette ignorance c'e la localisation de l'Exode, avant Ptolémée, ressort avec évidence du texte de Josèphe, qui, reprenant et développant le récit biblique, se borne à dire, au départ, que Souccoth est Latopolis, et à l'arrivée, que Kadesh est Petra !, — identifications d’ailleurs absurdes ; d'autre part Apion, écho indireet d’un juif alexandrin ?, sait seulement que le Sina est entre l'Égypte et l'Arabie, et une autre tradition alexandrine, conservée par Trogue Pompée, met le Sinai, fort singulièrement, en Damascène#. Ptolémée ne pouvait done avoir aucun texte biblique en vue lorsqu'il enregistrait la ville de Pharan,;de la péninsule ; c'est bien sur place que le nom se rencontre à son époque.

Quant au vieux Pharan biblique de Gen. x1v 6, xx1 21, Nomb.

12, xu 16, xur #4, Deut. 1 1, xxx À suiv., il est considéré depuis longtemps que ce nom désigne la vaste région déserte que bornent la péninsule sinaïtique proprement dite au sud, la marche méridionale de la Palestine au nord, l'Égypte à l'ouest, et à l'est le grand O. Arabah : en d’autres termes, le plateau de Tih. Cest à cette antique désignation que se rapportent, sans doute, le nom d'une vallée de Pharan citée par Josèphe sur les confins de la Palestine méridionale #, et aussi le Phara qu'un itinéraire de la Table de Peutinger met en plein désert de Tih, entre Kalaat.en Nakhl et Akabaÿ, ce qui montre qu'à l’époque qui suit le début de l'ère chrétienne il y avait dans la région sinaïtique plusieurs Pharan distincts, au nord une région de Pharan au voisinage de la Palestine, avec un plus ou moins grand nombre de localités portant le même nom, et au sud, la ville et l’oasis du pied du Serbäâl. Si l’on ajoute à cela que longtemps après, d'après Macrizi6, Faran comme nom de lieu se rencontre encore dans la grande Arabie, on sera tenté de voir dans ce nom une vieille appellation arabe, dispersée ultérieure-

4. Josèphe, Ant. Jud., IE, xv, 1 et IV, 1v, 7 : dans tout l'intervalle de la narration, que remplit l'histoire du voyage, on ne rencontre que les noms bibliques, sans identifications géographiques.

2. Dans Josèphe, Contre Apion, I, 11, 4 (cf. Th. Reinach, Textes relatifs au judaïsme, p. 128).

3. Trogue Pompée, dans Justin, liv. XXXVI, 11 (cf. Th. Reinach, Textes relatifs au judaïsme, p. re

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