‹ La Presqu'île du SinaiChapitre 88 sur 151 · Arch. Or. Latin, 1 (1881), p · texte numérisé non relu

Arch. Or. Latin, 1 (1881), p

3. Frescobaldi, Viaggio in Egitio e in Terra Santa, éd. Manzi, 1818, p- 20.

4, Rev. de l'Or. Latin, HI (1895), p. 605-610.

principalement sur la géographie. En 1484 a lieu le voyage de Jean Aerts,en 1485 celui de Joos van Ghistele, en 1499 celui de Louis Varthema.

Martin de Baumgarten et Georges, prieur de Gaming, voyagent ensemble en 1507, Denis Possot en 1532, Bonaventure Brochart en 1533, Paul Belon en 1547; Belon est sans doute le premier des Occidentaux dont l'attention n'est pas exclusivement absorbée par le but du pèlerinage, et qui sait décrire, en dehors de Sainte-Catherine, les localités intéressantes de la route. Avec lui s'apparente, dans l’ordre intellectuel, l'amiral portugais Jean de Castro, dont nous avons mentionné plus haut (chap. 111, paragraphe I) la reconnaissance de la mer Rouge en 1541 ; il stationne à Tôr, fait des levés de la rade et des environs, et recueille, entre autres renseignements, ceux qui ont trait au grand couvent de la montagne : «Il est des montagnes qui s'élèvent au-dessus de Tôr, et courent sans interruption jusqu'au golfe Persique, séparant l'Arabie Pétrée de l'Arabie Heureuse; au sommet de ces montagnes résident des chrétiens qui mènent la vie monastique suivant le rite grec !. »

Les relations occidentales continuent à être nombreuses : Gabriel Giraudet en 1555, Jean Helffrich en 1566, Ch. Fürer de Haimendorf la même année, Ludwig von Rauter en 1569, le moine Paisios vers 1575, Tryphon Korobeïnikoff en 1583 et 1594, Harant von Polzic en 1598, Sébastien Schach en 1604, Joachim Rieter en 1609, Christian Perband en 1615. On peut considérer qu'à cette date la période des voyageurs pèlerins est pratiquement close ; ultérieurement il y aura de tout temps encore des pèlerins sur la route de la péninsule, et tout d'abord Van der Straeten en 1619, Friedrich von Käpfing en 1625 ; mais dès la première moitié du xvi® siècle commence, avec Pietro della Valle en 1616, Neitzschitz en 1636, Monconys en 1647, Jean de

1. Ioam de Castro, Roteiro, carte de Tôr et du golfe de Suez, et Itinerarium latin, éd. de Paris, 1833, p. 318. Comme-on l'a dit plus haut (chap. m1, paragr. 1), Castro nous apprend également (loc. cit., p. 319) que la population de Tôr est chrétienne. — La définition de la chaîne de montagnes ininterrompue de Tôr au golfe Persique montre que Castro ignore complètement l'existence du golfe d'Akaba. Nous verrons au chap. suivant que le dessin général de la péninsule sinaïtique commencera seulement à s'ébaucher à la fin du xvnt siècle.

Thévenot vers 1655, la longue série des voyageurs savants, proprement géographes, naturalistes ou historiens, dont les efforts ne s'arrèteront plus désormais et qui ouvrent les temps modernes. Les voyages du xvuf siècle et des temps suivants trouveront plus utilement leur place plus loin, lorsqu'on fera l'histoire de la géographie ; pour le moment, il est nécessaire de porter notre attenton sur les documents historiques, malheureusement peu nombreux, qui proviennent de Sainte-Catherine même et éclairent certaines circonstances de l’organisation du couvent, de sa politique et de la vie journalière du monde sinaïtique, dont les Occidentaux en leur visite rapide ne pouvaient avoir aucun soupçon.

Un renseignement relatif à cet ordre de choses nous a déjà été fourni, au xn° siècle, par Albert d'Aix, nous montrant les moines, soucieux de ne point inquiéter leurs maîtres musulmans, détournant le roi Baudouin du projet de leur rendre visite à Sainte- Catherine. Mais de cette attitude de simple prudence, il ne faudrait pas induire que le couvent était en suspicion auprès des souverains du Caire; on croit comprendre, au contraire, que tant que dura au Caire le sultanat indépendant, la communauté sinaïtique fut aussi tranquille du côté du pouvoir central que les communautés chrétiennes de l'Égypte propre, et l’on connaît un traité de paix de 1403 entre l’ordre de Saint-Jean de Jerusalem et le Soudan d'Égypte, comprenant, entre autres stipulations, celles des taxes à prélever sur les pèlerins qui se rendent au mont Sinaï !. La tradition n’a pas gardé le souvenir d’autres menaces, venues du Caire, que celles proférées par Selim, le conquérant ture de la fin du xv° siècle, qui vouluit, à ce qu'il paraît, détruire le couvent. C'est, toujours d’après la tradition, pour amadouer Selim qu'aurait été construite la mosquée qui subsiste dans l’intérieur des murs aujourd’hui encore. Mais sur ce point, la tradition fait erreur. Burckhardt, en effet, a trouvé au couvent une ancienne chronique arabe dans laquelle il est dit qu'en 1381, des pèlerins turcs égarés de leur caravane furent

4. «Item, que tous les Pellerins qui vendront au Saint-Sepulcre ou a Saincte Hatherine ne ent nesun des aultres pellerinages, ne soient tenus de paier ce non les drois aucostumez, quilz soulaient paier avant la Prise d'Alixandre, cest à savoir... » {suit une longue liste de détail); Paoli, Codice diplomatico del S. militare ordine gierosolimitano, Lucca, 1733-1737, IT, p. 108; cf. Heyd, Gesch. des Levantehandels im Mültelalter, I, p. 428.

R. Wir. — La presqu'ile du Sinai. 16

amenés au couvent par les Bédouins et célébrèrent leurs oflices religieux dans la mosquée !. On voit, par là, que la mosquée existait plus d'un siècle avant Selim. Quelle est sa signification ? Il ne semble pas qu'il faille y voir un signe de tyrannie égyptienne, mais plutôt le résultat et la garantie d’une entente avec les tribus bédouines ; il ressort de ce qui fut dit d'autre part à Burckhardt que les tribus avoisinantes avaient le droit, à une époque ancienne et peut-être jusqu'au xvn siècle, d'entrer dans le couvent au moins en certaines circonstances solennelles. Cela tenait une place dans le réseau compliqué des droits et obligations mutuelles entre l’ordre et les indigènes.

Dans la lutte de diplomatie qui constituait la vie journalière du couvent, — car la force ne suffisait pas, et lorsqu'on avait fini de se défendre, il fallait encore s'entendre et vivre, — les moines avaient l'avantage que confère la possession de l'écriture, le prestige de la chose écrite, et des chartes de donation étaient à la base de leurs prétentions fondamentales. On sait ce qu'il faut penser, la plupart du temps, de l'authenticité d'actes de ce genre. Le plus ancien était un firman de Mahomet. lui-même, analogue à celui que prétendaient posséder les gens d'Aïla et dont certains auteurs arabes nous ont conservé le texte (v. plus haut, chap. nr, paragr. I). Le firman de Sainte-Catherine fut montré à Burckhardt? et à Tischendorf *, et l’on en trouve le texte intégral dans la vieille et précieuse relation de Pococke #. Il vise particulièrement les relations avec les indigènes, leurs obligations envers les chrétiens en général et envers les moines en déplacement ou en séjour dans la montagne, et enfin cette importante question de la liberté de bâtir et de réparer qui faisait en partie l'objet, pour les chrétientés de Palestine, de la négociation conclue avec l'Égypte, en 1403, par l'ordre de Saint-Jean de Jerusalem.

Après le firman de Mahomet venait la fameuse charte de Justinien. Mais dans les traditions relatives à Justinien. tout n'était pas inventé par les moines, et l'on trouvait dans les écrits de Procope ce qui concernait l'envoi au Sinai, par ordres

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