‹ La Presqu'île du SinaiChapitre 90 sur 151 · Morrison, Relation historique ete., 1704, p · texte numérisé non relu

Morrison, Relation historique ete., 1704, p

complètement le mouvement de concentration des moines qui avait commencé, dès le iv° et le v° siècles, par la transformation de la vie érémitique en vie conventuelle, et fut activé par la construction de Sainte-Catherine et les épisodes qui suivirent la conquête arabe. Depuis le xvu® siècle, l'ordre n'occupe plus effectivement dans la péninsule, outre Sainte- Catherine, que sa maison de Tôr, par où se font ses communications avec l'Égypte !.

Les services pour lesquels le couvent traitait avec les tribus étaient reconnus par des paiements divers, principalement en blé ou en pain, objets de haute valeur sur ce sol aride ; et fort ancien doit être le traité, toujours en vigueur, d'après lequel certaines tribus des alentours immédiats du couvent reçoivent la nourriture journalière, à raison d’un pain cuit par tête de créature humaine et par jour. On comprend comment les Bédouins en relation avec Sainte-Catherine sont venus à occuper, vis-àvis du couvent, cette position double qui leur appartient, d’officiers (protecteurs, chargés de la police et de l’ordre au désert) et de serviteurs. Mais la balance entre les deux fonctions se maintient difficilement à travers les âges. L'ordre règne-{-il en Égypte, les seigneurs de Sainte-Catherine savent-ils pouvoir compter sur Le Caire pour réprimer toute tentative de violence, ils se souviennent immédiatement que le désert est leur chose, et que les sheikhs des tribus n’agissent que par délégation; cela confine plus strictement le Bédouin allié dans sa condition vassale. Au contraire, si le gouvernement égyptien a prouvé qu'il était incapable d'intervenir dans la péninsule, alors les Bédouins qui pourraient assumer la police du pays sentent se réveiller les vieux instincts pillards, et regardent les établissements chrétiens avec une colère neuve.

Les événements actuels et ceux relativement récents sont admirablement propres, ici, à faire comprendre le passé. L'insurrection d'Arabi Pacha ayant provoqué, dans les tribus de la péninsule, une certaine effervescence, et E. H. Palmer, le savant explorateur de la mission de 1868, ayant été assassiné, en 1882,

4. Au xvrre siècle, l'archevêque du Sinai continuait encore à résider au grand couvent du désert. Il fut dit à Burckhardt (loc. cit., p. 54) que Cyrille, qui mourut au couvent en 1760, était le dernier archevêque y ayant eu sa résidence complète.

dans le désert où il avait eu l'imprudence de s'engager sans escorte avec une grosse somme d'argent, une expédition militaire fut organisée pour aller chercher les meurtriers, que lui livrèrent les clans indigènes. Cela mit fin au mouvement d’hostilité qui se manifestait dans les tribus méridionales contre la ville de Tor et sa population chrétienne, et depuis lors, sous le régime d'ordre qui est celui de l'Égypte depuis vingt-cinq ans, le séjour au désert n’a jamais cessé d’être aussi sûr pour l'étranger que celui d’une paisible campagne européenne. Plus net encore est le changement d’attitude des tribus qui s'est manifesté au début du xix° siècle. Robinson, qui vit le pays en 1838 et 1852, témoigne qu'il régnait alors une pleine et absolue confiance entre le couvent et les indigènes : cet heureux état de choses, corrélatif d'une situation administrative satisfaisante en Égypte, remontait à Mehemet Ali, antérieurement auquel, nous racontent les voyageurs, la situation du couvent était devenue intenable au milieu des tribus hostiles et agressives !. Lors de l’expédition française en Égypte, les moines avaient présenté leurs doléances à Bonaparte, qui avait promulgué en leur faveur l'Ordre du 19 décembre 1798 ; ses dispositions évidemment suggérées ? comprenaient l'exemption de droits de douane à l'entrée et à la sortie, qui sera plus tard reconnue au couvent par Mehemet Ali. Un secours d’un caractère plus positif encore fut apporté aux moines par Kléber, qui en 1800, sur le rapport de Coutelle et Rozière au retour de leur excursion dans la péninsule, envoya des maçons au couvent pour réparer les murs d’enceinte en ruine ?. La protection française ne fut jamais oubliée

1. CE Burckhardt, loc. cit., pp. 490 suiv., 547, el Volney, Voyage en Syrie el en Egypte, KE, p. 218-222. C’est la reproduction exacte, à deux cents ans intervalle, de la situation critique dans laquelle se trouvait le couvent à la fin du xvi® siècle, d'après J. Helffrich {dans Roth, Reyssbuch des heyligen Landes, 64. de 158%, p. 388).

2. Correspondance de Napoléon; &. V, p. 284, Ordre en faveur du couvent du mont Sinai, du Caire, le 19 déc. 1798 ; texte reproduit par le P. Dom P. Renaudin, Le monastère de Sainte-Catherine au Sinai, dans Rev. de l'Or. Chrétien, V (1900), p. 319-321. T.-B. Chabot, revenant sur la question (A »ropos du couvent du mont Sinai, même vol., p. 492-498), fai îtr

) > P. , lait connaitre d'apres la copie jadis publiée par Porph. Ouspensky, en 1856, et prise au couvent en même temps que celle de Ordre de Bonaparte, un autre ordre du général Menou, relatif à la liberté de circulation des Arabes de Tôr et à l'organisation des caravanes d’approvisionnement de Sainte-Catherine.

3. J.-M.-J, Coutelle, dans Descr. de l'Égypte, XNI (1825), p. 171, n.1

par l'ordre. Mais la restauration de leurs défenses passives ne pouvait donner aux moines, après l'évacuation de l'Égypte par les Français, cette sécurité qui résulte de l'équilibre politique des forces, et ce fut pour eux une délivrance que l'avènement de Mehemet Ali, à qui ils allèrent demander secours en 1816. Le restaurateur du sultanat égyptien raffermit la position des maitres traditionnels du désert sinailique, et Lepsius, en 1845, entendit longuement parler des relations amicales qui existaient entre lui et les moines. Il semble que sous son règne, ils obtinrent des privilèges supplémentaires. Auparavant, nous

apprend Lepsius !, — et apprirent-ils probablement au nouveau maitre de l'Egypte, — ils possédaient Le produit des douanes du

Caire, que Mahomet leur avait abandonné ; mais les charges que voulut leur imposer le vice-roi, en retour, étaient si fortes qu'ils préférèrent déclarer abandonner ce revenu, en conservant seulement pour leur usage personnel la franchise douanière. On reconnait la disposition précédemment consentie, sur la demande du couvent, par l’ordre de 1798 de Bonaparte.

On ne peut s'empêcher de trouver que l'audace des faussaires dépassait toutes les bornes ; mais peut-être Mehemet Ali estimait-il avantageux d'être à moitié dupe, et son attitude bénévole nous donne-t-elle la solution de ce problème, la fortune persistante du couvent à travers les siècles. Le territoire sinaïtique est le boulevard nécessaire de l'Égypte du côté de l'est, le rempart qui met à l'abri les routes de capitale importance qui circulent dans la dépression de l'isthme, canal maritime et voies ferrées modernes, canal de tous les âges du Nil à la mer Rouge. Lorsque les Turcs, qui gardent sévèrement les accès de la grande Arabie par le nord de la mer Rouge et dont les postes de Kalaat el Akaba font rebrousser chemin, depuis une douzaine d'années, aux voyageurs venant du territoire de la péninsule, firent mine en 1906 de reculer de quelques kilomètres, à leur profit, la frontière en avant d’Akaba au fond du golfe, on put faire d'instructives observations sur l’émotion provoquée par cette affaire de Tabah, dont le règlement défraya la presse européenne. Or, à toute époque, les tentatives d'avancée des Orientaux dans la péninsule ont été vues de la même manière.

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