‹ La Presqu'île du SinaiChapitre 91 sur 151 · Lepsius, Briefe aus Aegyplen etc., 1852, p. 324 suiv · texte numérisé non relu

Lepsius, Briefe aus Aegyplen etc., 1852, p. 324 suiv

Cette marche stratégique de premier ordre n’a plus de villes, sauf Tor à l'extrême sud-ouest, depuis l’abandon des établissements chrétiens du vi° siècle, la ruine de Pharan et le passage d’Aila sous la domination voisine. Comment, dès lors, y mettre les garnisons qui surveilleront la frontière orientale ? La force égyptienne pourrait bien être représentée à Kalaat en Nakhl, sur la route directe d'Akaba à Suez par le désert de Tih ; mais rien, ou presque rien, ne passe plus sur cette route désolée, et Tôr, qui surveille bien le golfe de Suez, est trop loin d’Akaba : c'est la forteresse religieuse de Sainte-Catherine qui, depuis sa fondation, joue le rôle de sentinelle centrale de la frontière d’Arabie. Ceux qui firent bâtir ces murs, au vi’ siècle, paraissent avoir senti la catastrophe prochaine, les villes de l’intérieur évacuées et ruinées, les sentinelles de la barrière d’Aiïla obligées de se replier en deuxième ligne. Les veilleurs de Sainte-Catherine cessèrent vite, toutefois, d’être des soldats, et ce fut un vaste service d'informations qui s'organisa naturellement à l'abri des murs : on comprend de quelle utilité fut de tout temps, pour le gouvernement de l'Égypte, dès qu'il se préoccupait d'organisation et de défense, cette puissance existante, le seul centre par où l'on püt être renseigné sur ce qui se passait dans la marche sinaïtique, et avoir une action facile sur son territoire. Il y avait donc obligatoirement partie liée entre le gouvernement égyptien et le monastère. Lorsque le gouvernement était fort, le couvent en bénéficiait, et les privilèges obtenus alors, les vieilles prétentions sanctionnées, l'argent mis en réserve, lui permettaient derésister sans trop de peine aux Bédouins lorsque l'administration du Caire venait à sombrer dans l'anarchie.

L'histoire du couvent, s'il devenait Jamais possible de la faire, comprendrait donc au point de vue politique deux ordres de faits différents, concernant les relations et tractations avec les indigènes, et les relations et tractations avec les puissances civilisées. De tout cela nous ne connaissons guère que la direction générale ; le peu que nous savons des traités passés avec les Bédouins se borne aux quelques pièces qu'a découvertes Burckhardt, et en ce qui concerne l’histoire des relations occidentales, qui est l'histoire de la fortune de l’ordre, il n'y a que les résultats qui se laissent constater. Il est hors de doute que Sainte-Catherine est arrivée, à un moment donné, à un haut

degré de richesse et de puissance ; d'heureux continuateurs du Symeon du xu° siècle n'ont jamais cessé d'obtenir pour le couvent les largesses de tous les États de religion chrétienne. Félix Fabri, à la fin du xv° siècle, parle des quêtes de Sainte-Catherine en Occident !; on connaît une lettre de 1569 d'Eugène, archevêque du Sinai, à l'empereur Maximilien, demandant une grosse somme d'argent à payer au sultan des Tures ?, et au xvu® siècle, Bernardin Surius met le lecteur occidental en garde contre les quêtes faites en Europe par les moines Grecs, qui se servent de l'argent recueilli pour élargir leur domination en Orient et en expuléer les religieux occidentaux ?. Mêmes observations de la part du marquis de Nointel, ambassadeur de France à Constantinople {. Les Sinaïtes avaient eu recours également aux bons offices de Henri III, roi de France, comme il résulte des instructions données au sieur de Lancosme, ambassadeur près la Porte, et concernant les moines du Sinaï, qui doivent être bien traités et défendus contre les autorités locales ?. On voit que Sainte- Catherine n’hésitait pas à faire appel à tous les souverains chrétiens, qu'ils fussent ou non leurs coreligionnaires, et bien que la séparation du couvent d'avec l’église romaine fût depuis longtemps consommée.

À quelle époque la séparation se produisit-elle? D’après la bulle plusieurs fois citée plus haut de Grégoire IX, l'union est encore parfaite au xu° siècle 6, et il en est encore de même au xiv° d’après les lettres pontificales également citées de 1328, 1334 et 1360 ; en 1480 et 1481, Hans Tucher et Jean Aerts 7 ne s'expriment pas clairement sur la religion des moines de Sainte- Catherine, mais en 1484, Fabri et Werli von Zimber exposent en termes véhéments qu'ils sont schismatiques, cependant que parmi les autres compagnons de Breydenbach, Jean de Solms

Fabri, Evagatorium (éd. C. Hassler), IT, p. 506. Codex liturgicus eeclesiæ universalis, IV, pars 2, p. ##. Bernardin Surius, Le pieux pèlerin ou Voyage de Jérusalem, p. 137. . A. Vandal, L'Odyssée d'un ambassadeur. Voyages du marquis de Nointel.

5. Pour toutes ces indications, voir H. Lammens dans Rev. de l’Or. Chrétien, VI (1902), p. 501-503; cf. Ahräâm du Caire, 12 mai 1902.

6. Cf. H. Lammens, Le couvent du mont Sinai, dans Rev. de l'Or. Chrétien, VII (1902), p. 501-503.

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